En plein débat, limite insoluble, sur le budget 2027 de l’Etat fédéral belge, j’en ai marre des discours qui nous disent qu’il faut dégraisser une fonction publique soi-disant obèse. C’est une blague ? Police, pompiers, protection civile, justice, services hospitaliers, enseignement, travailleurs sociaux et tant d’autres sont à la diète depuis des lustres !
L’État n’est pas au-dessus de nous, il est ce que nous construisons ensemble, pour nous tous et pour les générations à venir. C’est l’expression de notre volonté collective, le garant du bien commun et de l’intérêt général, au service de toutes et tous, et non des intérêts particuliers ou marchands. C’est le rempart de nos libertés, le garant de nos droits, de nos services publics, de la solidarité et de la justice sociale.
L’Etat, c’est l’institution qui veille à l’égalité devant la loi, protège les plus vulnérables, assure les fonctions régaliennes, préserve la souveraineté populaire et garantit à chacun les conditions d’une vie digne. A l’ère du mercantilisme effréné, l’État n’est pas une entreprise, le citoyen n’est pas un client et le bien commun n’est pas une marchandise.
Il est l’héritage des Lumières, des combats démocratiques, des conquêtes ouvrières et des hautes luttes sociales qui ont arraché, génération après génération, des droits et des libertés. Il est le fruit de nos solidarités, le dépositaire de nos conquêtes collectives et le garant de leur transmission.
L’État, ce n’est pas le marché qui gouverne la société : c’est la société qui se donne les moyens de décider de son avenir, n’en déplaise aux (néo)libéraux, prêts à vendre père et mère pour faire du pognon.
Mais il est également temps de poser une question fondamentale, que trop peu de responsables politiques osent aborder : qui décide réellement de notre avenir économique ? Est-il normal que les politiques budgétaires, les choix sociaux et les marges de manœuvre des États soient à ce point contraints par les marchés financiers, les créanciers et des institutions monétaires largement soustraites au contrôle démocratique direct ? La Banque centrale européenne, au nom de son indépendance, dispose d’un pouvoir considérable sur les orientations monétaires de notre continent. Cette indépendance mérite elle-même d’être interrogée, sans tabou ni dogmatisme. L’indépendance à l’égard des gouvernements ne peut signifier l’absence de responsabilité démocratique devant les peuples. N’est-il pas temps de remettre collectivement ce système en débat, d’en questionner les fondements et d’imaginer les réformes nécessaires ? La monnaie, le crédit et les choix économiques ne sont pas de simples mécanismes techniques réservés aux experts : ils conditionnent directement nos vies, nos services publics, nos emplois et notre avenir collectif. L’économie doit rester un moyen au service de la société, jamais devenir une autorité qui dicte à la démocratie ce qu’elle a le droit de faire.
Précisons-le : cette réflexion n’a rien d’une remise en cause de l’initiative individuelle, de l’entrepreneuriat ou de la liberté d’entreprendre. Je hais la dictature communiste, le collectivisme despotique et sans réflexion. La création d’activités, l’innovation, la prise d’initiative et la production de richesses sont indispensables à toute société vivante. Il ne s’agit ni de nier l’économie de marché ni de prôner un collectivisme dogmatique, mais de rappeler une évidence : l’économie doit être au service de la société, et non l’inverse. La liberté d’entreprendre ne saurait se confondre avec le droit de dicter les choix collectifs, pas plus que la recherche légitime du profit ne peut primer systématiquement sur l’intérêt général.
Pour un État démocratique, fort de sa légitimité populaire, responsable devant les citoyens, au service de l’émancipation, de la dignité humaine et des générations futures.













