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Comoresdroit. a 17 ans !

Lancé il y a dix-sept ans, le 29 janvier 2009, le blog Comoresdroit.centerblog.net s’est progressivement imposé comme l’une des rares plateformes dédiées à la vulgarisation juridique, à la réflexion citoyenne et à la diffusion des textes et analyses relatifs au droit comorien.

En ce 29 janvier 2026, nous célébrons ainsi ses 17 ans d’existence, un anniversaire symbolique qui témoigne de sa longévité, de sa constance et de son utilité publique.

 

Statistiques

Date de création : 29.01.2009
Dernière mise à jour : 29.10.2026
2996 articles


Comores-droit a 17 ans

29 janvier 2009 – 29 janvier 2026 : Comores-droit a 17 ans

La population augmente, les services publics suivent-ils ?

Publié le 29/10/2026 à 05:55 par comoresdroit

Les Comores connaissent depuis plusieurs décennies une transformation démographique majeure. La population recensée était de 758 316 habitants en 2017. Selon les nouvelles projections de l’INSEED fondées sur le RGPH 2017 et actualisées notamment à partir de la MICS 2022, elle est estimée à 921 626 habitants en 2025 et devrait franchir le seuil du million d’habitants en 2029, pour atteindre environ 1,35 million en 2042. La croissance moyenne annuelle de la population est estimée à 2,3 % entre 2017 et 2025.

 

Cette croissance démographique constitue à la fois une richesse et un immense défi. Le véritable problème n’est pas que la population augmente. Le problème est que les infrastructures, les services sociaux de base, les opportunités économiques et l’aménagement du territoire ne semblent pas progresser au même rythme. Si cette tendance se poursuit, l’écart entre les besoins de la population et la capacité des services publics à y répondre risque de devenir l'un des principaux défis de développement du pays.

 

L'éducation illustre cette pression. Les effectifs scolaires ont considérablement évolué dans certains niveaux d'enseignement. À titre d'exemple, le nombre d'enfants inscrits au préélémentaire est passé de 8 181 en 2010/2011 à 29 063 en 2023/2024. Pourtant, les défis d'accès, de qualité, d'achèvement et d'équité restent importants. En 2023/2024, le taux d'achèvement était de 74,7 % au primaire, mais seulement de 45,9 % au premier cycle du secondaire. Ces constats conduisent précisément à faire de l'élargissement de l'accès et de l'amélioration de la qualité des apprentissages des priorités pour 2025-2030. 

 

L'enjeu ne consiste donc plus seulement à inscrire davantage d'enfants à l'école. Il faut anticiper l'augmentation continue des effectifs en construisant et réhabilitant les infrastructures, en recrutant et formant suffisamment d'enseignants, en améliorant les équipements et en adaptant la carte scolaire à l'évolution démographique.

 

Dans le domaine de la santé, des progrès ont également été réalisés et il serait injuste de les ignorer. Mais augmenter le nombre de structures ou de professionnels ne garantit pas automatiquement la qualité et l'accessibilité des soins.

 

Les documents nationaux disponibles soulignent notamment les disparités territoriales d'accès aux formations sanitaires et l'importance de la distance et des difficultés de transport pour accéder aux services. 

 

Avec une population qui continue d'augmenter, les besoins évolueront également : consultations, maternités, vaccination, médicaments, personnel qualifié, ambulances, équipements, santé des adolescents et prise en charge des maladies non transmissibles. La planification sanitaire doit donc intégrer systématiquement les projections démographiques.

 

La pression démographique se ressent également sur les routes. Le parc automobile s'est considérablement développé, alors que le réseau routier et l'organisation de la circulation peinent à absorber les déplacements quotidiens.

À Moroni et dans son agglomération, les embouteillages ne doivent plus être considérés comme un simple désagrément. Ils affectent le temps de travail, les déplacements scolaires, l'accès aux soins, l'activité économique et la qualité de vie.

 

Le pays devra progressivement réfléchir à ce qui lui manque encore : un système organisé de transport collectif, des transports scolaires, une meilleure régulation de la circulation, des espaces de stationnement, des plans de mobilité urbaine et un aménagement routier pensé sur vingt ou trente ans plutôt qu'en fonction des urgences immédiates.

 

Chaque hausse de population signifie également davantage de ménages à alimenter en eau et en électricité. Il ne suffit donc plus de mesurer les progrès à partir du nombre de nouvelles installations. Il faut se demander si l'augmentation de l'offre est suffisamment rapide pour absorber simultanément le déficit ancien et les nouveaux besoins créés par la croissance démographique.

 

Sans planification de long terme, les investissements réalisés risquent de courir constamment derrière une demande qui augmente.

 

Dans un petit État insulaire où l'espace est naturellement limité, la croissance démographique exerce également une pression croissante sur le foncier.

 

Les villes s'étendent, les constructions gagnent progressivement des espaces autrefois non bâtis et l'habitat peut se développer plus vite que les infrastructures nécessaires pour l'accompagner : routes, drainage, assainissement, eau, électricité, écoles et centres de santé.

 

Cette évolution pose une question fondamentale : où et comment loger la population comorienne de demain ?

Sans politiques foncières et urbaines suffisamment anticipatives, sans plans d'urbanisme effectivement appliqués et sans réflexion sur le logement accessible, le risque est de voir se multiplier les quartiers précaires et les constructions dans des zones exposées aux risques naturels.

 

Les projections officielles situent désormais le franchissement du million d'habitants autour de 2029. Ce seuil ne devrait pas être seulement une curiosité statistique. Il doit déclencher un débat national sur le modèle de développement que nous voulons pour un pays de plus d'un million d'habitants.

 

Combien faudra-t-il construire de salles de classe chaque année ? Combien d'enseignants et de professionnels de santé faudra-t-il former et recruter ? Quelle quantité d'eau et d'électricité faudra-t-il produire ? Comment organiser les transports ? Où construire les logements ? Comment créer suffisamment d'emplois pour une population particulièrement jeune ? Comment protéger les terres agricoles face à l'urbanisation ? Ce sont ces questions que la politique démographique doit désormais intégrer.

 

Le défi démographique comorien ne doit pas être présenté uniquement sous l'angle de la maîtrise de la croissance de la population. Il doit surtout être considéré comme un défi de planification et d'anticipation des besoins. L'INSEED projette aujourd'hui environ 1,35 million d'habitants en 2042, contre 758 316 recensés en 2017, soit une multiplication par environ 1,8 en vingt-cinq ans.  Cette évolution doit être intégrée dès maintenant dans les politiques d'éducation, de santé, d'eau, d'énergie, de logement, de transport, d'emploi et d'aménagement du territoire.

 

La population augmente. Les aspirations augmentent. Les besoins augmentent. Les politiques publiques doivent désormais augmenter leur capacité d'anticipation dans les mêmes proportions.

 

La démographie n'est donc plus seulement une affaire de statistiques. Elle doit devenir une question centrale de gouvernance et de choix politiques. Gouverner, c'est aussi prévoir combien nous serons demain et préparer aujourd'hui les écoles, les hôpitaux, les routes, les logements, les emplois, l'eau et l'électricité dont cette population aura besoin.

Une population qui a plus que doublé depuis l’indépendance

Publié le 28/10/2026 à 08:20 par comoresdroit

Depuis l’accession des Comores à l’indépendance en 1975, notre pays a profondément changé. L’une des transformations les plus spectaculaires est démographique : en un demi-siècle, la population comorienne a plus que doublé. Cette croissance représente une richesse humaine considérable, mais elle pose également une question essentielle : nos infrastructures, nos écoles, nos hôpitaux et nos services publics ont-ils évolué au même rythme ?

 

Les chiffres récents donnent la mesure du défi. La population des Comores est estimée à 944 000 habitants en 2026, contre 922 000 en 2025, 899 000 en 2024 et 762 000 en 2017. En moins d'une décennie, le pays aurait ainsi gagné environ 182 000 habitants, soit près de 24 %.

 

Ces chiffres ne devraient pas être considérés comme de simples statistiques. Derrière chaque nouvel habitant, il y a des besoins : une maternité capable d'accueillir les naissances dans de bonnes conditions, une école pour accueillir les enfants, un centre de santé, de l'eau potable, un logement, des infrastructures d'assainissement et, plus tard, des perspectives de formation et d'emploi.

 

La question démographique doit donc devenir une dimension centrale de la planification nationale.

 

Lorsque la population augmente rapidement mais que le nombre d'écoles, de salles de classe, d'enseignants et de structures sanitaires ne suit pas au même rythme, la pression s'accroît inévitablement sur les services existants. Les classes deviennent plus chargées, les structures de santé doivent accueillir davantage de patients, les besoins en eau et en assainissement augmentent et la demande de logements s'intensifie.

 

Le véritable défi n'est donc pas la croissance de la population en elle-même. Le problème apparaît lorsqu'elle progresse plus rapidement que notre capacité à créer les infrastructures, les services sociaux et les opportunités dont cette population a besoin.

 

Il est désormais nécessaire que l'État engage une politique d'investissement à long terme fondée sur les projections démographiques. Construire une école ou un hôpital ne devrait pas seulement répondre aux besoins d'aujourd'hui. Il faut anticiper la population que chaque île, chaque préfecture et chaque commune devra accueillir dans dix, quinze ou vingt ans.

 

Cette évolution impose de remettre les investissements sociaux au cœur des priorités publiques. Il faudra construire et équiper davantage d'écoles, de collèges, de lycées, de centres de santé et d'hôpitaux, mais également recruter et former les enseignants, médecins, sages-femmes, infirmiers et autres professionnels nécessaires à leur fonctionnement.

 

L'accès à l'eau potable, l'assainissement, la gestion des déchets, le logement, les transports, l'énergie et la protection sociale devront également être dimensionnés en fonction de l'évolution réelle de la population.

 

Autrement dit, nous devons progressivement passer d'une logique consistant à rattraper les besoins à une logique permettant de les anticiper.

 

La question est d'autant plus importante que les Comores constituent un petit territoire insulaire. Contrairement à la population, notre superficie ne grandira pas.

 

Chaque augmentation de la population accroît potentiellement la pression sur les terres agricoles, les ressources en eau, le littoral, les forêts et les espaces urbains. Lorsque l'aménagement du territoire ne suit pas, cette pression peut favoriser l'urbanisation anarchique, l'occupation des zones à risque, le déboisement, l'accumulation des déchets et la dégradation des écosystèmes côtiers. La démographie est donc aussi une question environnementale.

 

Nous devons être capables de transmettre aux prochaines générations non seulement des écoles et des hôpitaux, mais également des terres cultivables, des plages préservées, des ressources en eau suffisantes et des villes où il reste possible de vivre dignement.

 

Cette réalité devrait également nous conduire à rouvrir sereinement le débat sur l'espacement volontaire des naissances et la planification familiale.

 

Il ne s'agit nullement d'imposer aux familles le nombre d'enfants qu'elles peuvent avoir. Il s'agit de garantir aux femmes, aux hommes et aux couples l'information, l'accompagnement et l'accès volontaire aux services de santé reproductive leur permettant de prendre des décisions éclairées et responsables.

 

Une nouvelle campagne nationale de sensibilisation pourrait notamment expliquer les bénéfices de l'espacement des naissances pour la santé de la mère et de l'enfant, le bien-être économique des ménages, la scolarisation des enfants et, plus largement, le développement du pays.

 

Cette campagne gagnerait à associer les professionnels de santé, les autorités locales, les médias, les organisations communautaires, les jeunes ainsi que les responsables religieux et communautaires. Dans un pays où les dimensions sociales, culturelles et religieuses sont importantes, le dialogue doit être respectueux, pédagogique et fondé sur la responsabilité familiale.

 

 

Les Comores se rapprochent du million d'habitants. Il ne faudrait ni s'en alarmer ni simplement s'en féliciter. Il faut surtout s'y préparer.

 

La démographie n'est pas une fatalité. Elle peut devenir une formidable force de développement si les enfants sont bien nourris, bien soignés, instruits, formés et capables d'accéder à des emplois décents. Mais sans investissements suffisants, cette même dynamique peut accentuer la pression sur les services publics, l'emploi, les ressources naturelles et le cadre de vie.

 

Le prochain cap démographique devrait donc nous conduire à adopter un véritable pacte national d'anticipation démographique, articulé autour de quelques priorités : données démographiques actualisées, investissements massifs dans l'éducation et la santé, aménagement du territoire, création d'emplois pour les jeunes, protection de l'environnement et accès volontaire à la planification familiale.

 

Depuis l'indépendance, notre population a plus que doublé. Il est désormais impératif que nos infrastructures, nos services sociaux et notre capacité de planification rattrapent cette transformation.

 

Le million d'habitants n'est finalement pas le véritable sujet. La véritable question est celle-ci : quel pays voulons-nous offrir à ce million de Comoriennes et de Comoriens, et dans quelles conditions voudrons-nous transmettre nos îles aux générations qui suivront ?

 

Comores : le cap du million d’habitants !

Publié le 27/10/2026 à 07:39 par comoresdroit

Les Comores sont à la veille d’un tournant démographique majeur. Selon le Bulletin mensuel de statistique d’août 2026 des Nations Unies, la population des Comores est estimée à 944 000 habitants en 2026, contre 922 000 en 2025, 899 000 en 2024 et 762 000 en 2017. Ces estimations sont fondées sur le Recensement général de la population de 2017. 

 

Cette évolution est particulièrement rapide : en moins d’une décennie, les Comores auraient gagné environ 182 000 habitants, soit une hausse proche de 24 % entre 2017 et 2026. À cette dynamique démographique s’ajoute une population jeune qui continuera à exercer une forte pression sur les besoins sociaux. 

 

Le chiffre de 944 000 habitants concerne les Comores telles qu’elles sont comptabilisées séparément par la statistique des Nations Unies. Le même bulletin présente séparément Mayotte, dont la population était estimée à 334 000 habitants en 2025. Ainsi, si l’on raisonne à l’échelle géographique de l’ensemble de l’archipel des Comores en additionnant simplement ces deux statistiques, on dépasse déjà 1,27 million d’habitants, et ce sans même intégrer la diaspora comorienne établie à l’étranger. 

 

Au-delà du symbole du million, cette évolution démographique pose une question fondamentale : nos politiques publiques évoluent-elles suffisamment vite pour accompagner la croissance de la population ?

 

Davantage d’habitants signifie davantage d’enfants à scolariser, de jeunes à former et à insérer professionnellement, mais aussi des besoins croissants en structures sanitaires, logements, eau potable, assainissement, énergie, transports et protection sociale. Dans un petit État insulaire où les ressources foncières, économiques et financières sont limitées, la pression démographique peut accentuer les inégalités si elle n’est pas suffisamment anticipée.

 

Elle exerce également une pression supplémentaire sur l’environnement : urbanisation rapide, artificialisation des terres, production de déchets, déboisement, occupation des zones à risque et dégradation du littoral. Le défi démographique rejoint ainsi directement les défis climatiques et environnementaux auxquels les Comores sont déjà confrontées.

 

Le passage vers le million d’habitants doit donc être considéré comme un appel à mieux anticiper l’avenir. Il devient urgent de disposer de données démographiques régulièrement actualisées et suffisamment désagrégées par île, sexe, âge et territoire pour guider les investissements publics.

 

Les politiques d’éducation, de santé, de protection de l’enfant, d’emploi des jeunes, d’aménagement du territoire et de développement urbain devraient intégrer explicitement les projections démographiques à moyen et long terme.

 

Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de constater que l’archipel a franchi le cap du million d’habitants. Il est de savoir comment offrir à cette population croissante, et particulièrement aux nouvelles générations, les services, les opportunités et le cadre de vie auxquels elle a droit.

 

La progression présentée par le Bulletin mensuel de statistique d’août 2026 est éloquente : 762 000 habitants en 2017, 835 000 en 2021, 899 000 en 2024 et 944 000 en 2026.

 

À ce rythme, le million d’habitants pour les seules Comores comptabilisées par l’ONU apparaît désormais très proche. Ce prochain cap ne devrait pas nous surprendre. Il doit, dès aujourd’hui, être anticipé dans la planification du développement national.

 

 

Lula, une victoire qui redonne espoir !

Publié le 26/10/2026 à 06:10 par comoresdroit
Lula, une victoire qui redonne espoir !

 

La victoire de Luiz Inácio Lula da Silva à l’élection présidentielle brésilienne dépasse largement les frontières du Brésil. À 80 ans, l’ancien ouvrier et syndicaliste vient de réussir un retour politique spectaculaire en remportant un quatrième mandat présidentiel, face à Flávio Bolsonaro. Avec près de 99 % des voix dépouillées, Lula obtenait 51,75 % des suffrages contre 48,25 % pour son adversaire.

 

Cette victoire est d’autant plus remarquable que Lula était arrivé deuxième au premier tour, avec environ 45 % des voix, derrière Flávio Bolsonaro, qui en avait recueilli environ 47 %. Il a donc dû renverser la dynamique électorale entre les deux tours. 

 

Ce qui donne à cette victoire une portée particulière est le parcours de Lula. Né dans un milieu pauvre, ancien ouvrier métallurgiste devenu dirigeant syndical, il accéda pour la première fois à la présidence en 2003. Son histoire personnelle explique en partie pourquoi la lutte contre la pauvreté, la faim et les inégalités est devenue l'un des marqueurs de son action politique.

 

Ses premiers gouvernements ont notamment été associés à deux grandes politiques sociales : Fome Zero, visant à combattre la faim, et Bolsa Família, programme de transferts monétaires aux familles pauvres conditionné notamment à la scolarisation et au suivi sanitaire des enfants. À la fin de son deuxième mandat, Bolsa Família touchait plus de 12 millions de familles, soit environ un quart de la population brésilienne selon certaines estimations. 

 

C'est peut-être là que réside la leçon la plus importante de cette nouvelle victoire. La lutte contre la pauvreté n'est pas seulement une question d'assistance. Elle suppose des choix politiques : redistribuer les richesses, protéger les plus vulnérables, investir dans la santé et l'éducation des enfants et créer les conditions permettant aux familles de sortir durablement de la pauvreté.

 

Dans un contexte mondial marqué par la montée des populismes, des discours de haine, de la polarisation politique et de la remise en cause de certaines institutions démocratiques, le résultat brésilien peut également être interprété comme un signal politique important.

 

Le Brésil rappelle ainsi qu'une élection n'est jamais gagnée d'avance. Lula avait perdu le premier tour de plusieurs millions de voix avant de parvenir à inverser le rapport de force au second. 

 

L'expérience brésilienne mérite d'être regardée bien au-delà de l'Amérique latine. Le programme Bolsa Família est devenu une référence internationale en matière de transferts monétaires conditionnels, en combinant soutien financier aux familles et obligations concernant notamment la fréquentation scolaire et le suivi sanitaire des enfants. 

 

Pour les pays confrontés à une pauvreté persistante, notamment en Afrique, cette expérience rappelle une évidence : la pauvreté n'est pas une fatalité. Elle peut reculer lorsque la volonté politique s'accompagne de politiques sociales ambitieuses, financées et suivies dans la durée.

 

La victoire de Lula représente donc une véritable bouffée d'oxygène pour celles et ceux qui, partout dans le monde, considèrent que la lutte contre la pauvreté et les inégalités doit rester au cœur de l'action publique.

 

Mais cette victoire crée aussi une immense responsabilité. Un quatrième mandat ne pourra être jugé à l'aune de la seule victoire électorale. Il le sera sur sa capacité à produire de nouveaux résultats pour les plus pauvres, à réduire les inégalités, à défendre les institutions démocratiques et à apporter des perspectives aux nouvelles générations.

 

Au fond, le message envoyé depuis le Brésil est peut-être simple : on peut venir de la pauvreté, accéder au sommet de l'État et continuer à faire de la lutte contre la pauvreté une priorité politique

 

Plan sectoriel d’éducation 2025-2030

Publié le 23/10/2026 à 06:45 par comoresdroit

L’Union des Comores s’est dotée d’un nouveau Plan sectoriel d’éducation (PSE) 2025-2030 qui trace les grandes orientations de la transformation du système éducatif pour les prochaines années. Au-delà des réformes institutionnelles, pédagogiques et financières qu’il prévoit, le document porte une ambition essentielle : faire progressivement de l’accès à une éducation inclusive, équitable, sûre et de qualité une réalité pour tous les enfants comoriens. 

 

Cette ambition s’appuie notamment sur la loi n° 20-034/AU du 29 décembre 2020 portant révision de la loi d’orientation de l’éducation. Le PSE rappelle que cette législation consacre la scolarité obligatoire de 3 à 16 ans et prévoit, durant cette période, l’acquisition par chaque élève d'un socle minimum de connaissances et de compétences. 

 

Le diagnostic dressé par le PSE montre cependant que la reconnaissance juridique du droit à l’éducation ne suffit pas à en garantir l'exercice effectif.

 

Au primaire, le taux d’achèvement national était de 74,7 % en 2023/2024, ce qui signifie qu’environ un enfant sur quatre d’une génération n’atteignait pas le CM2. Les disparités territoriales demeurent également importantes, avec un taux d’achèvement de 70,1 % à Ngazidja, contre près de 78 % à Ndzuani et 87 % à Mwali. 

 

À ces difficultés d’accès et d’achèvement s’ajoute celle de la qualité des apprentissages. En cinquième année du primaire, 78,6 % des élèves n’atteignent pas le niveau minimal de maîtrise en français et 85,3 % en mathématiques, selon les données reprises dans le PSE. Le document estime par ailleurs la pauvreté des apprentissages à 81 %.

 

Du point de vue des droits de l’enfant, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à ouvrir les portes de l’école. Il faut également garantir que chaque enfant puisse y rester, apprendre et acquérir effectivement les compétences nécessaires à son développement.

 

Le premier axe de réforme du PSE vise précisément l’universalisation progressive de l’éducation de base, à travers une amélioration de l’accès, de la qualité, de l’inclusion et de la résilience. À l’horizon 2030, le plan prévoit notamment une participation d’au moins 50 % des enfants de 3 à 4 ans au préélémentaire et de 100 % des enfants de 5 ans.

 

La stratégie entend aussi agir contre le décrochage scolaire. Le programme d’actions prévoit des dispositifs de remédiation, de rattrapage et d’accompagnement des élèves en difficulté, ainsi qu'un mécanisme de prévention et de dépistage du décrochage durant toute la période de scolarité obligatoire.

 

L’approche fondée sur les droits apparaît particulièrement dans la place accordée aux enfants vulnérables. Le PSE affirme que l’éducation inclusive suppose que tous les enfants puissent être instruits ensemble indépendamment, notamment, de leur genre, de leur environnement économique ou culturel et de leurs capacités physiques et intellectuelles. Il prévoit des mesures spécifiques pour les enfants vivant avec un handicap, ceux issus des familles pauvres et les autres groupes vulnérables.

 

 

Des interventions particulièrement concrètes sont programmées : adaptation des infrastructures scolaires aux enfants vivant avec un handicap, développement de contenus d’apprentissage adaptés, ressources éducatives en braille ou en langue des signes et mesures de gratuité concernant notamment l’accès à l’éducation et aux manuels scolaires pour ces enfants.

 
 

Cette orientation traduit un principe fondamental : l’égalité devant l’éducation ne signifie pas offrir exactement la même réponse à tous, mais lever les obstacles spécifiques qui empêchent certains enfants d’exercer leur droit à l’éducation.

 

Le PSE accorde également une place importante aux droits et à l’autonomisation des filles. Il prévoit notamment leur réinsertion scolaire lorsqu’elles ont quitté l’école, des interventions relatives à l’hygiène menstruelle, le développement des compétences de vie et des actions de sensibilisation sur les avantages du report du mariage. 

 

 

Le droit à l’éducation est en outre indissociable du droit de l’enfant à être protégé contre la violence. Le plan prévoit la mise en place de dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre en milieu scolaire, ainsi que des mesures destinées à assurer la sécurité dans les établissements. Au niveau universitaire, il prévoit également un dispositif de signalement et de prise en charge des abus et comportements contraires à l’éthique. 

 

L’école envisagée par le PSE doit ainsi être non seulement accessible, mais également sûre, saine, inclusive et protectrice.

 

Le PSE reconnaît implicitement une autre dimension fondamentale du droit à l’éducation : la qualité. Une place importante est accordée à la formation initiale et continue des enseignants, aux ressources pédagogiques, aux évaluations des apprentissages, aux manuels scolaires, aux infrastructures, à la santé et à la nutrition scolaires. 

 

Le plan prévoit notamment un objectif d’un manuel par élève et par discipline, des dispositifs d’alimentation et de nutrition scolaires, la santé et la protection des enfants en milieu scolaire, l’amélioration des infrastructures et la continuité pédagogique lors des crises. 

 

 

Il prévoit aussi d’intégrer progressivement les enjeux du changement climatique et de la réduction des risques de catastrophe dans les programmes scolaires, les activités pédagogiques et la formation des enseignants, tout en développant des infrastructures scolaires plus sûres et plus résilientes.

 

La question financière constitue toutefois l’un des principaux défis à la réalisation effective du droit à l’éducation. Le PSE relève qu’en 2020 les ménages dépensaient collectivement près de 17,4 milliards de KMF pour l’éducation de leurs enfants, contre 12,5 milliards de KMF consacrés par l’État à l’éducation. 

 

Le plan envisage en conséquence plusieurs mesures susceptibles de réduire la charge supportée par les familles, notamment la mise à disposition de fournitures et de manuels pour favoriser la gratuité, l’allègement des listes de fournitures demandées dans les écoles publiques et un programme national de prise en charge des kits scolaires par l’État. 

 

Il projette parallèlement une augmentation substantielle des ressources publiques pour l’éducation : la part des dépenses courantes hors dette consacrée au secteur passerait de 18,8 % en 2024 à 22 % à partir de 2028 dans le tableau de simulation présenté, avec environ 24 milliards de KMF de ressources courantes prévues pour l’éducation en 2030.

 

Le Plan sectoriel d’éducation 2025-2030 marque ainsi une évolution importante : l’enfant y est présenté comme le centre d’intérêt du système éducatif, à la fois bénéficiaire et acteur du processus d’apprentissage. L’école doit contribuer à combattre l’intolérance et l’exclusion, promouvoir l'intégration sociale et assurer un environnement favorable à l’épanouissement de chaque élève. 

 

Mais l’enjeu des prochaines années sera surtout celui de la mise en œuvre. L’existence de stratégies, de programmes et de budgets ne garantit pas automatiquement l'exercice des droits. La réussite du PSE devra donc pouvoir être appréciée à travers une question simple : en 2030, chaque enfant vivant aux Comores, notamment le plus pauvre, l’enfant en situation de handicap, celui vivant dans une zone éloignée ou exposée aux risques climatiques, pourra-t-il effectivement entrer à l’école, y rester, y être protégé et y apprendre dans de bonnes conditions ?

 

C’est à cette aune que pourra être mesurée la véritable transformation du système éducatif comorien : passer progressivement d’un droit à l’éducation reconnu dans les textes à un droit effectivement exercé par chaque enfant, sans discrimination et sans laisser personne de côté.

 

Jeux des Îles 2027 et les marchés publics

Publié le 22/10/2026 à 08:06 par comoresdroit
Jeux des Îles 2027  et les marchés publics

 

Les Comores préparent un rendez-vous historique. Pour la première fois, le pays accueillera en 2027 les Jeux des Îles de l’océan Indien. La construction des infrastructures nécessaires, notamment le village destiné à accueillir les athlètes, constitue à la fois un défi considérable et une formidable opportunité de développement. Mais l'importance de l'événement, l'urgence des travaux et les délais imposés ne doivent pas conduire à reléguer au second plan une exigence fondamentale : le respect de la législation comorienne sur les marchés publics.

 

Cette question mérite aujourd'hui d'être posée avec sérénité, sans accusation et sans procès d'intention.

 

En mars 2026, La Gazette des Comores rapportait la signature de contrats avec trois entreprises de droit comorien, STC-EGT, Dounia Construction et ERAC, pour des travaux répartis en trois lots et un budget annoncé de 5 milliards de francs comoriens. Quelques mois plus tard, la presse évoquait un projet comprenant 200 villas, mobilisant jusqu'à sept entreprises, dont deux chinoises, et un financement annoncé de plus de 28 millions d'euros. 

 

Ces informations ne démontrent en elles-mêmes aucune irrégularité. Elles soulèvent toutefois une question simple, légitime et d'intérêt public : dans quelles conditions les différents marchés relatifs à la construction du village des Jeux ont-ils été attribués ?

 

La réponse ne devrait pas être difficile à apporter, car les Comores disposent d'un cadre juridique relativement précis. La loi n°22-011/AU du 23 juin 2022, promulguée par le décret n°22-085/PR, encadre la passation des marchés public

 

Son article 3 pose trois principes fondamentaux : la liberté d'accès à la commande publique, l'égalité de traitement des candidats et la transparence des procédures, et précise que ces principes s'imposent quel que soit le montant du marché. Plus important encore, l'article 3 bis garantit l'accès aux informations relatives à la passation des marchés, tandis que l'article 3 ter reconnaît expressément à la société civile un droit de contrôle citoyen et la possibilité de saisir l'Autorité de régulation des marchés publics lorsqu'elle constate des irrégularités.

 

Demander des explications sur l'attribution de marchés publics n'est donc pas s'opposer aux Jeux. C'est exercer un droit reconnu par la loi.

 

Le Code est tout aussi explicite sur le mode de sélection des entreprises. Son article 31 dispose que les marchés publics sont passés après mise en concurrence et affirme clairement que« l'appel d'offres ouvert est la règle ». Le gré à gré ou l'entente directe constituent des exceptions qui ne peuvent être utilisés que dans les circonstances prévues par la loi. 

 

 

Il est donc légitime de savoir quels appels d'offres ont été organisés pour les infrastructures des Jeux, quand ils ont été publiés, quelles entreprises ont présenté des offres, sur quels critères elles ont été évaluées et pour quels montants les marchés ont finalement été attribués.

 

La présence de plusieurs entreprises sur un même grand projet mérite également d'être examinée à la lumière du Code.

 

La répartition d'un chantier en plusieurs lots est parfaitement légale et peut même présenter des avantages techniques ou financiers. Mais cela ne peut pas permettre de contourner les règles de passation. Pour un marché comportant plusieurs lots, l'article 10 impose de prendre en compte la valeur estimée de la totalité des lots pour déterminer la procédure applicable. L'article 23 interdit par ailleurs le morcellement des commandes et l'article 27 précise que l'allotissement ne doit pas permettre de soustraire un marché aux règles qui lui sont normalement applicables.

 

Autrement dit, la question à poser n'est pas de savoir pourquoi plusieurs entreprises travaillent sur le chantier. Elle est de déterminer si le découpage du projet, l'attribution des différents lots et les procédures correspondantes ont respecté le Code.

 

L'article 67 du Code impose, pour les marchés concernés par les seuils légaux, la publication d'un avis d'appel à la concurrence. Le texte va particulièrement loin puisqu'il prévoit que l'absence de la publication requise est sanctionnée par la nullité de la procédure. [

 

Après la compétition, la transparence doit continuer. Les articles 93 et 93 bis imposent notamment l'établissement et la publication du procès-verbal d'attribution provisoire et des résultats de la mise en concurrence. L'avis destiné au public doit notamment indiquer le nom de l'attributaire, le montant du marché, son objet et sa durée prévue d'exécution.

 

Ce sont précisément ces informations qui permettraient d'écarter les soupçons et d'instaurer la confiance.

 

Le respect du Code doit être encore plus rigoureux lorsque des procédures exceptionnelles sont utilisées.

 

Les articles 55 à 58 encadrent strictement le gré à gré. Celui-ci suppose notamment une autorisation spéciale de la Direction nationale de contrôle des marchés ou de la Direction insulaire compétente, ainsi qu'une justification du recours à cette procédure. Même pour le gré à gré, hors exceptions prévues par la loi, les résultats doivent être rendus publics avec le nom de l'attributaire, le montant, l'objet et la durée du marché.

 

Il serait donc utile que les autorités précisent si certains contrats relatifs au village des Jeux ont été conclus de gré à gré et, si tel est le cas, en vertu de quelle disposition et avec quelles autorisations.

 

Pas de travaux avant un marché régulièrement approuvé

La loi contient enfin une disposition particulièrement importante pour un chantier déjà en cours. L'article 115 prévoit que tout marché public doit être conclu, signé et approuvé avant le commencement de son exécution. Le même article précise qu'une régularisation ultérieure de travaux commencés en violation de ce principe n'est pas admise. 

 

Cette disposition justifie à elle seule que soient accessibles les dates de signature, d'approbation et de notification de chaque contrat ainsi que les dates de démarrage des travaux correspondants.

 

Il ne s'agit pas d'affirmer que les marchés du village des Jeux ont été irrégulièrement attribués. Les informations actuellement disponibles ne permettent pas de tirer une telle conclusion. Il s'agit précisément de demander que les documents nécessaires soient rendus accessibles pour que chacun puisse constater que la loi a été respectée.

 

Les autorités chargées du projet gagneraient ainsi à publier, pour chaque marché ou lot :

 

  • l'objet et le montant du marché ;
  • le plan de passation dans lequel il était inscrit ;
  • l'avis et le dossier d'appel d'offres ;
  • la liste ou le nombre des soumissionnaires ;
  • le procès-verbal d'ouverture des offres ;
  • le rapport d'analyse et d'évaluation ;
  • le procès-verbal d'attribution ;
  • l'identité de l'entreprise attributaire ;
  • l'avis de la Direction nationale de contrôle des marchés ;
  • les éventuelles autorisations de recours à une procédure dérogatoire ;
  • le contrat approuvé et sa date de notification ;
  • les éventuels avenants et leur montant.

Une telle démarche ne fragiliserait nullement l'organisation des Jeux. Au contraire, elle protégerait le projet, les autorités publiques et les entreprises attributaires contre les soupçons, tout en renforçant la confiance de la population.

 

 

Les Jeux des Îles de 2027 représentent une occasion exceptionnelle de montrer la capacité des Comores à réaliser des infrastructures ambitieuses dans des délais exigeants. Mais la réussite ne se mesurera pas uniquement à la beauté du village, à la qualité des équipements ou au respect du calendrier.

 

Elle se mesurera également à la manière dont les ressources mobilisées auront été gérées.

 

Construire vite est nécessaire. Construire bien est indispensable. Construire dans la transparence et dans le respect de la loi l'est tout autant.

 

Dans un projet mobilisant des sommes aussi importantes, la meilleure réponse aux interrogations n'est ni le silence ni la polémique : c'est la publication des procédures, des contrats et des montants.

 

Les Jeux des Îles doivent laisser aux Comores des infrastructures durables. Ils peuvent aussi laisser un autre héritage : celui d'une commande publique transparente, concurrentielle et respectueuse de la loi.

 

Le Karthala, une opportunité pour l’avenir énergétique

Publié le 21/10/2026 à 16:11 par comoresdroit

Ce mercredi 21 octobre 2026, Moroni accueille, au Palais du Peuple, la cérémonie d’ouverture de la 11ᵉ Conférence africaine du Rift géothermal (ARGeo-C11), organisée aux Comores du 19 au 24 octobre sous le thème« Libérer le potentiel géothermique de l’Afrique : une voie vers le développement durable ». La conférence réunit décideurs, experts, chercheurs, investisseurs et partenaires autour du développement de la géothermie en Afrique. ARGeo-C11.

 

Pour les Comores, cette rencontre revêt une importance particulière. Le volcan Karthala représente une véritable opportunité pour transformer durablement le secteur énergétique national. Les études géoscientifiques disponibles estiment son potentiel géothermique à environ 45 MW, avec des températures pouvant atteindre 300 °C à près de 2 900 mètres de profondeur. Lancement officiel du Projet d'Exploration Géothermique du Karthala.

 

Dans un pays encore fortement dépendant des combustibles importés pour produire son électricité, la valorisation de cette ressource locale pourrait contribuer à réduire progressivement la dépendance aux énergies fossiles, renforcer la sécurité et l’autonomie énergétiques et offrir une électricité plus stable, propre et, à terme, potentiellement moins coûteuse pour les ménages et les entreprises. Le coût de production actuel de l’électricité est estimé à environ 0,78 dollar par kWh, ce qui illustre l’ampleur du défi énergétique auquel le pays est confronté. 

 

Le lancement en juillet 2026 du Projet d’Exploration Géothermique du Karthala (PEGK) constitue à cet égard une étape déterminante. Le projet prévoit notamment le forage de trois puits d’exploration afin de mieux caractériser la ressource et de confirmer son potentiel avant une exploitation à plus grande échelle. 

 

Au-delà de la conférence, l’enjeu est désormais de transformer le potentiel du Karthala en une véritable solution énergétique pour le développement des Comores. Une géothermie maîtrisée et durable pourrait aider le pays à réduire les délestages, diminuer sa vulnérabilité aux fluctuations du prix des hydrocarbures et accélérer sa transition vers une énergie propre et produite localement

 

Education au changement climatique

Publié le 20/10/2026 à 10:31 par comoresdroit
Education au changement climatique

 

Le Gouvernement de l’Union des Comores, à travers le ministère de l’Éducation nationale organise le 20 et 21 octobre 2026, un atelier national de validation des outils pédagogiques d’éducation au changement climatique destinés à l’enseignement préscolaire et primaire. Cette initiative, appuyée par l’UNICEF et financée par l’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA), marque une avancée importante dans l’intégration des questions climatiques au sein du système éducatif comorien.

 

Présidant l’ouverture des travaux, le Représentant par intérim de l’UNICEF aux Comores, M. Ismael SAADI, a souligné que cette rencontre constitue l’aboutissement d’un processus engagé avec les autorités nationales afin de faire de l’école un véritable levier de résilience face aux effets croissants des changements climatiques.

« Notre ambition commune a été d’aller au-delà de la simple sensibilisation pour faire progressivement de l’école comorienne un espace d’apprentissage, d’action et de résilience climatique », a-t-il déclaré.

 

 

Les réflexions engagées depuis 2025 se sont traduites par plusieurs actions significatives. Plus de 21 300 élèves du préscolaire et du primaire, dont près de la moitié sont des filles, ont déjà été sensibilisés aux enjeux climatiques et à la protection de l’environnement à travers diverses activités éducatives et écocitoyennes, notamment des campagnes de plantation d’arbres.

 

Par ailleurs, onze établissements scolaires ont été équipés de systèmes solaires afin de renforcer leur résilience énergétique. Des équipements informatiques sont également prévus pour soutenir la digitalisation des apprentissages et assurer la continuité éducative en période de crise ou de catastrophe naturelle.

 

L’atelier a permis d’examiner et de valider un ensemble d’outils pédagogiques élaborés selon une approche participative impliquant les acteurs de l’éducation et de l’environnement. Après leur conception et leur expérimentation dans les trois îles de l’archipel, les documents ont été ajustés en fonction des retours des enseignants et des responsables pédagogiques.

 

Au total, quatre livrets d’éducation au changement climatique, adaptés aux différents niveaux de l’enseignement préscolaire et primaire, ainsi que quatre guides pédagogiques à l’intention des enseignants, sont soumis à validation.

 

Ces outils visent à permettre aux enfants de mieux comprendre les causes et les effets du changement climatique, d’identifier ses manifestations dans leur environnement quotidien et d’adopter des comportements favorables à la protection de la nature et à la réduction des risques.

 

 

Pour l’UNICEF, cette validation constitue une étape essentielle mais non suffisante. Le défi consiste désormais à assurer l’appropriation nationale de ces outils, la formation des enseignants et leur intégration effective dans les pratiques pédagogiques.

 

Selon M. Saadi, l’enjeu dépasse la simple production de supports éducatifs. « Nous n’investissons pas seulement dans des livrets et des guides. Nous investissons dans une génération d’enfants mieux préparés aux défis climatiques auxquels les Comores sont déjà confrontées », a-t-il affirmé.

 

Face à l’augmentation des phénomènes climatiques extrêmes, à l’érosion côtière, aux inondations et aux autres impacts environnementaux qui touchent particulièrement les enfants, l’éducation apparaît comme un levier stratégique pour renforcer la capacité d’adaptation des communautés.

 

L’UNICEF a salué le leadership du ministère de l’Éducation nationale ainsi que l’engagement des inspecteurs, encadreurs pédagogiques, enseignants, consultants et communautés scolaires qui ont contribué à l’élaboration de ces outils.

 

L’organisation a également exprimé sa gratitude envers la KOICA pour son soutien financier et son engagement en faveur d’une éducation plus résiliente et plus innovante.

 

À l’issue de cet atelier, les partenaires ont réaffirmé leur volonté commune de faire de l’éducation au changement climatique une composante durable du système éducatif comorien afin que chaque enfant puisse comprendre les défis environnementaux de son époque, s’y adapter et devenir acteur du changement.

 

Cour d’assises de Moroni

Publié le 19/10/2026 à 07:59 par comoresdroit

 

La récente session de la Cour d’assises de Moroni restera sans doute parmi les plus marquantes de ces dernières années. Par la gravité des affaires examinées, par le nombre de dossiers relatifs aux violences sexuelles, notamment contre des mineurs, mais aussi par la sévérité de certains verdicts, elle place notre société face à une réalité que nous ne pouvons plus regarder comme une simple succession de faits divers.

 

À l’ouverture de cette deuxième session de 2026, 21 dossiers étaient programmés, dont 19 liés à des viols et autres actes criminalisés. Le parquet faisait par ailleurs état, en l’absence de statistiques définitivement consolidées, d’une « tendance à la hausse » des viols sur mineurs et des crimes de sang en 2025-2026. 

 

Derrière ces chiffres, il y a des enfants, des femmes, des familles et des communautés profondément éprouvées. Les condamnations prononcées témoignent de la volonté de la justice d’apporter une réponse pénale ferme. Mais elles nous posent également une question fondamentale : notre société doit-elle attendre que les crimes soient commis pour agir ?

 

 

Les premières audiences avaient déjà donné une dimension particulièrement préoccupante à cette session. Plusieurs affaires examinées concernaient des agressions sexuelles commises contre des enfants.

 

Dans une affaire particulièrement grave, un homme a été condamné à 13 ans d’emprisonnement ferme pour une agression sexuelle sur une enfant de trois ans. Dans une autre affaire, concernant une enfant de quatre ans, la Cour a prononcé 17 ans de réclusion criminelle, auxquels se sont ajoutés deux millions de francs comoriens de dommages-intérêts au bénéfice de la partie civile.

 

Ces condamnations sont importantes. Elles rappellent qu’une violence sexuelle contre un enfant constitue un crime grave et que ses auteurs doivent répondre de leurs actes devant la justice.

 

Mais chaque procès représente aussi un échec collectif de la prévention : lorsque la justice intervient, l’enfant a déjà été victime.

 

À ces affaires de violences sexuelles s’est ajouté le procès très attendu du meurtre de Naïcha Mmadi Abdou, originaire de Foumbouni, dont la disparition et la mort avaient profondément bouleversé l’opinion publique comorienne. Sa dépouille avait été retrouvée calcinée le 22 mai 2026, dans un champ à Dzahadju-Mbadjini.

 

Au terme du procès, la Cour d’assises de Moroni a prononcé l’une des sanctions les plus lourdes prévues par la législation comorienne : Fahami Moustoifa a été condamné à mort. Athoumane Abdouroihamane a pour sa part été condamné à 25 ans de réclusion criminelle, tandis que Elamine Moumine, poursuivi pour complicité passive, a été acquitté. Le parquet général a fait appel des deux dernières décisions

 

Ce verdict dépasse cependant le seul cadre de ce drame. Il relance inévitablement le débat national sur la peine de mort, qui demeure inscrite dans le droit comorien mais n’a plus été exécutée dans le pays depuis 1997.

 

Il faut distinguer ici deux débats tout aussi légitimes : celui de la nécessité de rendre justice aux victimes et de sanctionner avec fermeté les crimes les plus graves, et celui, beaucoup plus large, de l’efficacité, de l’application et des implications de la peine capitale. Cette discussion mérite d’être menée sereinement, dans le respect de la douleur des familles et des principes de l’État de droit.

 

Ces verdicts doivent également être replacés dans l’évolution récente du droit comorien.

 

L’Union des Comores s’est dotée d’un nouveau Code pénal à travers la loi n°20-038/AU du 29 décembre 2020 portant Code pénal, promulguée par le décret n°21-018/PR de février 2021. Ce texte a modernisé une législation devenue ancienne et renforcé notamment le traitement pénal des violences sexuelles.

 

Pour les enfants, cette réforme est particulièrement importante. Le Code renforce leur protection et prévoit une répression sévère des agressions sexuelles, notamment lorsque la victime est mineure.

 

Cette avancée législative ne doit pas être minimisée. Pendant longtemps, certaines violences pouvaient être banalisées, dissimulées ou réglées en dehors des mécanismes judiciaires. Le message désormais porté par le droit doit être sans ambiguïté : la violence sexuelle contre un enfant constitue un crime et ne saurait faire l’objet d’un arrangement familial ou communautaire destiné à soustraire son auteur à la justice.

 

 

Les peines prononcées au cours de cette session montrent que la justice peut agir avec fermeté. Mais la sévérité de la réponse pénale ne doit pas devenir notre seul indicateur de réussite.

 

Onze ans, quinze ans, dix-sept ans ou vingt-cinq ans de prison, voire une condamnation à mort, interviennent après que l’irréparable s’est produit.

 

La question essentielle devient donc : comment empêcher que ces crimes se produisent ?

 

La réponse passe nécessairement par une prévention beaucoup plus forte au sein des familles, des écoles et des communautés. Elle passe par l’éducation et la sensibilisation des enfants sur leurs droits, le renforcement des mécanismes de signalement, des services sociaux et de la prise en charge médicale et psychosociale, ainsi que par une meilleure coordination entre police, gendarmerie, justice, santé, éducation et protection sociale.

 

Elle nécessite également de combattre une réalité particulièrement difficile : le silence.

 

Aucune volonté de préserver la réputation d’une famille, d’un auteur présumé ou d’une communauté ne devrait conduire à dissimuler une violence exercée contre un enfant. Le premier réflexe doit toujours être de protéger la victime.

 

Cette session pose enfin une question essentielle : disposons-nous d’un système suffisamment robuste pour mesurer l’évolution des violences faites aux enfants ?

 

Au moment de l’ouverture des assises, les données pour 2025-2026 n’étaient pas encore définitivement consolidées, même si une tendance à la hausse des viols sur mineurs était évoquée. 

 

Il est urgent de disposer de données nationales régulières, consolidées et anonymisées sur les violences sexuelles : signalements, âge et sexe des victimes, poursuites engagées, dossiers classés, jugements, condamnations et prise en charge des victimes.

 

Ces statistiques ne sont pas de simples chiffres administratifs. Elles doivent servir à identifier les facteurs de risque, orienter les politiques publiques et mesurer si les efforts de prévention produisent réellement des résultats.

 

La session de la Cour d’assises de Moroni nous envoie finalement deux messages.

 

Le premier est celui de la fermeté judiciaire. Les crimes sexuels contre les enfants et les crimes les plus graves peuvent conduire à des sanctions particulièrement lourdes. La condamnation à mort de Fahami Moustoifa dans l’affaire Naïcha Mmadi Abdou, comme les longues peines de réclusion prononcées dans plusieurs autres dossiers, l’illustrent avec force. 

 

Mais le deuxième message est encore plus important : une société ne peut pas construire sa politique de protection uniquement autour de la punition.

 

La justice intervient lorsque le crime a été commis. La protection doit agir avant.

 

Notre ambition collective ne devrait donc pas être de voir chaque année davantage de condamnations lourdes prononcées par nos cours d’assises. Elle devrait être de voir de moins en moins d’enfants et de femmes devenir victimes de violences.

 

C’est à cette évolution que nous devrons mesurer nos véritables progrès.

 

Les verdicts de Moroni doivent donc être entendus comme un appel à une mobilisation plus large : justice ferme, certes, mais aussi prévention, éducation, signalement, accompagnement des victimes, collecte de données et changement des comportements sociaux.

 

La condamnation d’un coupable est une nécessité de justice. Empêcher qu’il y ait une prochaine victime doit être notre véritable priorité collective.

 

Des progrès contre la pauvreté multidimensionnelle !

Publié le 16/10/2026 à 07:15 par comoresdroit
Des progrès contre la pauvreté multidimensionnelle !

 

La publication de l’Indice mondial de pauvreté multidimensionnelle (IPM) 2026 apporte un éclairage à la fois encourageant et exigeant sur la situation des Comores. Derrière les chiffres se dessine une réalité importante : le pays a accompli des progrès considérables au cours de la dernière décennie, mais des milliers de Comoriens restent simultanément privés de conditions essentielles en matière de santé, d’éducation et de niveau de vie.

 

Publié par le PNUD et l’Oxford Poverty and Human Development Initiative (OPHI), l’IPM mondial 2026 couvre 108 pays et 6,3 milliards de personnes. Il estime à 1,2 milliard le nombre de personnes vivant dans une situation de pauvreté multidimensionnelle aiguë, soit 18,9 % de la population couverte. Environ 83,3 % de ces personnes vivent en milieu rural. 

 

Mais l'un des constats les plus préoccupants concerne les enfants : 617 millions d’enfants sont multidimensionnellement pauvres. Ils représentent 51,5 % de l’ensemble de la population pauvre mesurée par l’indice. À l’échelle des pays couverts, environ un enfant sur trois est touché, contre un adulte sur sept. 

 

La pauvreté ne se résume pas au revenu disponible d’un ménage. C’est précisément l’intérêt de l’IPM : regarder simultanément plusieurs privations qui empêchent une personne de vivre dignement et de développer pleinement son potentiel.

 

L’indice examine dix indicateurs répartis entre trois dimensions : la santé, l’éducation et le niveau de vie. Sont notamment considérés la nutrition, la mortalité des enfants, les années de scolarisation, la fréquentation scolaire, le combustible de cuisson, l’assainissement, l’accès à l’eau potable et à l’électricité, le logement et les biens du ménage. Une personne est considérée comme multidimensionnellement pauvre lorsque son score de privation atteint au moins un tiers des indicateurs pondérés. 

 

Cette approche est particulièrement pertinente pour les Comores. Une famille peut disposer d’un revenu qui la place au-dessus d’un seuil monétaire de pauvreté tout en cumulant des difficultés d’accès à l’éducation, à l'eau potable, à l'assainissement, à l'électricité, à un logement adéquat ou à une alimentation satisfaisante. L’IPM permet précisément de rendre visibles ces privations qui se renforcent mutuellement.

 

Les données concernant les Comores révèlent une évolution particulièrement intéressante.

 

Selon les estimations harmonisées permettant de suivre les changements dans le temps, 34,6 % de la population était multidimensionnellement pauvre en 2012, contre 19,4 % en 2022. Dans le même temps, la valeur de l’IPM est passée de 0,171 à 0,085, tandis que l’intensité moyenne des privations chez les personnes pauvres a reculé de 49,3 % à 43,8 %. 

 

La baisse de l’incidence représente donc environ 15 points de pourcentage en dix ans. Plus symboliquement encore, les Comores figurent parmi les 33 pays identifiés dans le rapport comme ayant réduit de moitié leur valeur de l’IPM en moins de quinze ans, sur la période 2012-2022. 

 

C’est une évolution qui mérite d’être soulignée. Elle montre que les progrès en matière de développement humain ne se mesurent pas uniquement par la croissance économique, mais également par l’amélioration concrète des conditions de vie.

 

 

Les résultats les plus récents utilisés dans le tableau principal du rapport, issus de la MICS 2022, établissent l’IPM des Comores à 0,084 et l’incidence de la pauvreté multidimensionnelle à 19,2 %. Cela correspondait à environ 160 000 personnes au moment de l’enquête, et à une estimation de 167 000 personnes en appliquant cette incidence à la population de 2024. 

 

Parmi les personnes identifiées comme pauvres, l’intensité moyenne des privations atteint 43,9 %. En outre, 5,7 % de la population se trouve en situation de pauvreté multidimensionnelle sévère, tandis que 19,4 % supplémentaires sont considérés comme vulnérables à la pauvreté multidimensionnelle. 

 

Ce dernier chiffre est particulièrement important. Il rappelle que la frontière entre vulnérabilité et pauvreté peut être fragile pour une partie importante de la population.

L’analyse de la composition de l’IPM permet d’aller plus loin que le simple taux de pauvreté.

Aux Comores, selon les données 2022 figurant dans le tableau principal, les privations liées au niveau de vie contribuent pour 42,9 % à l’IPM, devant l’éducation (34,4 %) et la santé (22,7 %). 

 

Les estimations harmonisées montrent également qu’en 2022, 16,8 % de la population était à la fois multidimensionnellement pauvre et privée de combustible de cuisson propre, 14,8 % en matière de logement, 12 % en assainissement, 11,3 % en matière de possession de biens, et 9,4 % pour les années de scolarisation. 

 

Ces chiffres donnent une indication essentielle pour les politiques publiques : réduire la pauvreté multidimensionnelle suppose des interventions coordonnées. Construire une école ne suffit pas si l’enfant est malnutri ; améliorer l’accès aux soins ne suffit pas si une famille ne dispose pas d’eau potable ou d'assainissement ; et améliorer les revenus ne garantit pas automatiquement que les enfants resteront à l’école.

 

Pour les acteurs engagés dans la réalisation des droits de l’enfant, la publication de l’IPM 2026 invite surtout à déplacer le regard.

 

La question n’est plus seulement : combien de Comoriens sont pauvres ? Elle devient : qui sont les enfants et les familles qui cumulent encore plusieurs privations ? Où vivent-ils ? Quelles sont les privations qui se renforcent mutuellement ? Et quelles politiques publiques permettraient de les réduire simultanément ?

 

Cette interrogation prend tout son sens dans le contexte africain. L’Afrique subsaharienne demeure la région la plus touchée par la pauvreté multidimensionnelle : 51,4 % de sa population est concernée, représentant environ 616 millions de personnes. La région compte également quelque 355 millions d’enfants multidimensionnellement pauvres.

 

Au regard de cette situation régionale, la trajectoire comorienne apparaît encourageante. La figure comparative du rapport situe en effet les Comores parmi les pays d’Afrique subsaharienne présentant les valeurs d’IPM relativement faibles. 

 

Mais il serait dangereux que cette position relativement favorable conduise à minimiser les vulnérabilités persistantes.

 

L’un des enseignements les plus intéressants du rapport mondial est justement que les moyennes nationales peuvent masquer de très fortes disparités territoriales. À l'échelle mondiale, l’édition 2026 analyse 1 360 régions infranationales dans 100 pays et souligne l’importance d’identifier précisément les territoires où se concentrent les différentes privations. 

 

Pour les Comores, le prochain défi consiste donc moins à célébrer une position dans un classement qu’à approfondir la compréhension des inégalités entre territoires, entre milieux urbain et rural, entre groupes d’âge et entre catégories de ménages.

 

Il faut notamment pouvoir identifier avec précision les enfants qui cumulent malnutrition, difficultés scolaires, insuffisance d'accès à l'eau et à l'assainissement, habitat inadéquat ou autres privations. C'est à cette échelle que l'IPM devient véritablement un instrument de programmation et de politique publique.

 

Il convient par ailleurs de rester prudent dans les comparaisons internationales. Le rapport précise que les données utilisées pour l’IPM 2026 proviennent d’enquêtes réalisées entre 2014 et 2024-2025, selon les pays. Pour les Comores, les estimations reposent sur la MICS 2022. L'année « 2026 » désigne donc l'édition de l'indice et non l'année de collecte des données comoriennes. 

 

Les Comores ont incontestablement accompli un chemin important. En une décennie, la proportion de personnes vivant dans la pauvreté multidimensionnelle est passée de plus d’un tiers de la population à environ une personne sur cinq. 

 

Mais une personne sur cinq reste une personne de trop, surtout lorsque plusieurs privations se cumulent dès l’enfance et risquent de conditionner toute une trajectoire de vie.

 

L’enjeu pour les prochaines années devrait donc être double : consolider les progrès réalisés et accélérer la réduction des disparités qui persistent derrière la moyenne nationale. Cela suppose de mieux articuler les politiques de santé, nutrition, éducation, eau et assainissement, protection sociale et amélioration des conditions de vie, tout en ciblant prioritairement les enfants, les ménages et les territoires cumulant le plus grand nombre de privations.

 

La véritable ambition ne devrait donc pas être seulement d’améliorer encore le classement des Comores. Elle doit être de faire en sorte que chaque enfant comorien, quel que soit son lieu de naissance ou la situation économique de sa famille, puisse grandir sans être prisonnier de privations qui se cumulent et se transmettent d’une génération à l’autre.