Contes pour tous, contes per totei
Jean-Claude RENOUX, auteur, conteur, artiste peintre. Je traduis mes contes en provençal.

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Date de création : 28.10.2008
Dernière mise à jour : 19.01.2024
227 articles


01 Presentacion, contes per totei

Publié le 18/01/2024 à 19:17 par contespourtous Tags : contes per totei contes pour tous centerblog roman
01 Presentacion, contes per totei

Contes per totei

 

Revirada en provençau dei contes de Toidibo

Clicar aqui per la pagina de Contes per totei puei lo Somari

 

 

 

Jean-Claude RENOUX, dit Toidibo

Toidibo30000@gmail.com

Tel 06 78 32 57 04

 

Bonjorn en totei.

 

Ai passat força annadas a contar dins leis estructuras per enfantons e ninets e leis escòlas. Uèi, desire pas pus ni contar ni mai èsser editar. Córrer lei rotas es pas pus de mon gost. Desire pas que transmetre meis istòrias pichòtas en provençau rodanenc, provençau parlat a Nimes, ont demore. Pretende pas lo parlar perfectement, mai lo legissse pro correntament, e crese mestrejar pro ben la gramatica, e possedir un pro bon vocabulari. Demande donc vòstra indulgéncia e vos promete de tenir còmpte de vòstreis observacions.

D'autre part, ai causit la grafia classica, dicha alibertiste. Pasmens ai optat tanben per lei acomodaments que se son permeses Bigot o lei que l'an tornat escriure sus unei ponchs. Escrive lo diftong iá per ié, come se pronóncia. Tot coma i, pronom complement d'objècte indirècte de tresena persona, e i pronom adverbial per ié, levat quand precedís una vocala, aquí encara come se pronóncia. E ai conservat lo pronom neutre o confòrmament au parlar de Gard, mentre qu'es lo mai sovent remplaçat per lo dins d'autrei partidas de la Provença rodanenca. Ai entreprés de corregir mei contes ja traduches en aqueu sens, en començant per lei premiers en linha.

 

 

Novetats :

- La cigonha, conte de saviensa

- Lo discípol, conte de saviensa

- Lo vielh òme que sabié pas qu'una causa, conte taoïsta

 

Rubrique : poemas e cançons vietnamians revirats en provençau

 

(Fotò d'illustracion, la font de Nimes, lo contaire sota l'estatua d'Antòni Bigot, poèta nimesenc)

 

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Contes pour tous, c'est quoi ?

 

Contes pour tous, c'est l'expérience d'un conteur qui tient à faire partager son expérience et qui souhaite que son répertoire profite à d'autres. Merci d'indiquer mon nom quand vous utilisez mes contes.

 

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Jean-Claude RENOUX

écrivain et conteur
ong.gia.noe@gmail.com

 

 

ma page facebook, cliquer ici : contes pour tous

 

25, rue de l'Aspic
30000 Nîmes
Tel fixe : 0466214265

Portable : 06 78 32 57 04

 

Revirada en provençau Contes per totei

 

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Le roi et la poule rouge, conte bilingue français-vietnamien 

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- Les trois châteaux de Saint-Paul :

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En principe un conte ne se lit pas, on suit la trame que l'on a dans la tête, et on se laisse aller, on laisse le conte vous habiter, prendre possession de vous. Donc s'il y a un léger bafouillage, un lapsus, une liaison qui n'est pas appropriée (les fameuses liaisons "maltapropos") ce n'est pas important, ça fait partie de la vie, du conte. Darwin disait "la preuve du pudding, c'est qu'on le mange". La preuve du conte c'est qu'on l'écoute. Mieux vaut un conte vivant que l'on écoute avec plaisir malgré ses imperfections qu'un conte aseptisé où l'on s'ennuie... 

 

La plupart de mes livres sont publiés aux Éditions l'Harmattan. Pour contacter l'Harmattan via le net :

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=harmattan&sr=3

 

Pour leur écrire :

 

Pays :

France

Adresse :
5/7 rue de l'école Polytechnique
75005 Paris

Téléphone :
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01 43 25 82 03

Email :

diffusion.harmattan@wanadoo.fr

N'gholo et le roi des serpents

Publié le 16/12/2013 à 14:40 par contespourtous Tags : roman background enfants afrique centerblog moi monde homme sourire nuit livre
N'gholo et le roi des serpents

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N’Gholo et le roi des serpents

 

Il était une fois, le premier des griots, dont on dit qu’il est le père de tous les griots. N’Gholo, c’est son nom, était un bien brave homme qui, le jour, souriait au soleil, la nuit chantait pour les étoiles. Ce brave homme pourtant avait un gros défaut. Il ne regardait pas où il mettait les pieds. Un jour il marcha sur le père des serpents. C’était un serpent considérable, long, prétend-on comme sept jours et sept nuits. On exagère sans doute. Il était quand même considérable. C’est ce serpent-là qui, se dressant devant N’Gholo, lui dit :

- Homme, tu as essayé de me tuer, je vais te manger. 

N’Gholo proteste :

- Je ne suis qu’un griot. Le jour, je souris au soleil, la nuit, je chante pour les étoiles. Je n’ai jamais fait de mal à qui que ce soit ; si je t’ai marché dessus, je ne l’ai pas fait exprès. Je te demande de m’excuser ! 

Le grand serpent répond :

- Ça n’a aucune importance : j’ai faim, je vais te manger. 

Voilà N’Gholo obligé de fuir. Il fuit longtemps, longtemps, traversant sept vallées, franchissant sept montagnes jusqu’à atteindre la plus grande d’entre elles. Le Kilimandjaro ! Il va monter en courant, toujours poursuivi par le père des serpents. Il parvient enfin au sommet. Il ne peut aller plus loin : on dit que c’est le bout du monde. Il va sauter sur un premier nuage et dee nuage en nuage, il arrive à côté de la lune. Il lui dit, avec un infini respect :

- Mère, le grand serpent veut me manger, je te demande de me protéger. 

La lune répond :

- Je te connais, tu es N’Gholo, je t’ai entendu chaque nuit chanter pour les étoiles. N’aie crainte, cache-toi derrière moi, il ne t’arrivera rien. 

À peine N’Gholo s’était-il caché derrière la lune, que le grand serpent arrive :

- Je sais que tu caches N’Gholo derrière ton dos, dit-il à la lune. Livre-le-moi. Cet homme a essayé de me tuer, je veux le manger. Si tu veux m’en empêcher, je te mangerai aussi. 

La lune répond :

- Je préférerais être mangée que de te livrer N’Gholo. De toute façon, le soleil va se lever. Lui nous dira lequel de nous deux à tort et lequel à raison. 

(Il faut dire qu’en ce temps-là le soleil était la plus haute autorité qu’on puisse concevoir ; quand il rendait une sentence, il fallait s’exécuter, sans discuter). Le soleil apparaît. La lune et le grand serpent lui exposent le différend qui les oppose. Le soleil rend un jugement qu’il espére définitif.

- Je veux que vous redescendiez sur terre, l’un et l’autre, N’Gholo et le père des serpents. Dorénavant, essayez de vous éviter. Toi, N’Gholo que j’aime car je t’ai vu chaque jour me sourire, à partir d’aujourd’hui, regarde où tu mets les pieds. 

Le grand serpent n'est pas d'accord :

- Cet homme a essayé de me tuer, je veux le manger. Si on m’en empêche, je mangerai la lune aussi. 

Le soleil se fâche ; il se fâche tout rouge (on dit que c’est là l’origine de la première sécheresse qui sévit en Afrique !). Il tranche, définitivement :

- Puisque tu le prends ainsi, N’Gholo seul redescendra sur terre. Toi, le grand serpent, tu resteras dans le ciel. Et puisque tu veux manger la lune, je te condamne à en manger un peu, chaque nuit, et à n’en venir jamais à bout. 

C’est depuis ce temps-là que, chaque nuit, le grand serpent mange un petit peu de lune et qu’à chaque mois lunaire elle se reconstitue. 

 

Enregistrement audio tout-à-fait provisoire

Les trois châteaux de Saint-Paul, 1ère partie

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Les trois châteaux de Saint-Paul

1ère partie, La langue d'ortie

Connaissez-vous, dans le sud de la Drôme, la petite ville de Saint-Paul trois châteaux ? Un jour, je rencontrai un vieux monsieur, tout petit et tout habillé de gris ; il portait de jolies lunettes cerclées d'or, et une toute petite moustache soigneusement taillée ; je savais que l'on disait de lui : “ C'est un monsieur très sérieux, et très instruit ! ” Je me suis dit qu'il saurait où se trouvaient les trois châteaux de Saint-Paul ! Le vieux petit monsieur en gris m'écouta gravement ; il prit un air encore plus sévère, encore plus instruit, enleva les petites lunettes cerclées d'or, caressa la petite moustache, et me dit sévèrement : “ Mais enfin, d'où sortez-vous ? Un enfant de cinq ans sait que Saint-Paul tire son nom du latin Augusta Tricastinorum, et il n'y eut jamais ici trois châteaux. Croyez-vous que nous en ayons jamais eu les moyens ? ” Je demandai à mon fils Guillaume, qui justement avait cinq ans, s'il savait quoi que ce soit à propos de ce Tricastinorum. Il m'assura que les trois châteaux avaient sans doute existé, mais que je ne m'étais pas renseigné auprès de la bonne personne. Je me le tins pour dit, et je partis à travers la campagne, demandant aux sources, aux ruisseaux, aux arbres, au vent, aux oiseaux et aux animaux des bois s'ils connaissaient l'histoire véridique des trois châteaux de Saint-Paul. C'est un vieux hibou de mes amis, qui s'appelle Païolive Connoissier, qui m'en fit ce récit : il le tenait de l'arrière-grand-père de l'arrière-grand-mère de son petit cousin par alliance au huitième degré : c'est vous dire s'il était bien renseigné !

J'appris qu'il fut un jour une petite chevrière qui habitait Saint-Paul, en lisière du bois de Saint-Juste, et qui s'appelait Louison ; une adorable drollette de huit ans qui, pour son grand malheur, était orpheline de mère. Son père, un brave journalier, se louait pour les saisons et n'était que rarement au logis. Il s'était remarié avec une femme de Bollène qu'on appelait la Langue-d'ortie, tellement elle prenait plaisir à dire du mal des uns, des autres, de ceux qu'elle connaissait comme de ceux qu'elle n'avait jamais vus mais dont elle avait entendu parler. On ne la connut jamais sous un autre nom ! La vilaine femme était désagréable avec la pauvre Louison, et elle l'obligeait à faire les plus méchantes corvées, en plus de son travail de chevrière. 
Un jour la fillette délivra un petit écureuil pris dans un piège ; quand elle en parla à la marâtre, celle-ci la battit pour avoir laissé échapper pareil civet, et elle la priva de nourriture pendant trois longs jours.
Comme on ne peut pas avoir que des malheurs, l'orpheline connaissait deux grands bonheurs : elle avait hérité d'une marraine extraordinaire puisqu'il s'agissait d'une fée ; et pas n'importe laquelle : Na Dolinose, la fée verte amie des sources et des bois, inspiratrice des peintres, des poètes et des musiciens ; c'est elle qui s'en va chaque année dire à l'Hiver que son temps est fini, et au Printemps que le sien est venu ; c'est vous dire si la Dame est d'importance, et quelle bénédiction c'était pour la fillette d'avoir une telle marraine. L'autre grand bonheur de Louison était un chevreau qui s'appelait Derboux-chevreau : il avait le regard d'or, et une étoile bleue sur le front ; cela avait d'ailleurs failli être sa perte : de méchantes gens avaient prétendu qu'il s'agissait sans aucun doute de la marque du Diable ; que Derboux-chevreau était chevreau-sorcier. Il n'évita que de peu le bûcher, grâce à un bon gros prêtre de l'époque qui calma les uns, rassura les autres, et tança vertement les plus niais !

Un beau jour Na Dolinose, la marraine, s'en vint faire ses adieux à la petite fille avant d'aller réveiller le Printemps. Elle offrit à Louison un pipeau magique : si la drollette pensait à l'air de gaieté, elle se mettrait à jouer une mélodie si légère que chacun, l'écoutant rirait aux éclats ; si elle pensait à l'air de tristesse, le pipeau jouerait une mélodie si mélancolique que l'on éclaterait en sanglots ; si c'était à l'air de sommeil qu'elle songeait, les auditeurs oublieraient tous soucis pour sombrer dans l'inconscience.

Du temps passa ! Na Dolinose ne revenait toujours pas ; en plein mois de juillet il neigeait encore et il gelait à pierre fendre. C'est alors que la Langue-d'ortie résolut de se débarrasser de sa fillâtre. Un beau matin, pendant que Louison dormait encore, elle mena Derboux-chevreau dans les bois ; elle l'attacha à un arbre, et elle revint bien vite à la maison. La Langue-d'ortie secoua l'enfant : “ Debout, vilaine fille, par négligence tu as laissé échapper le chevreau que j'aimais tant ; tu as oublié de fermer la porte de la bergerie, et il est parti ; il te faudra maintenant le chercher, et je t'avertis bien que si tu ne le retrouves pas, il est inutile que tu reviennes. ” La marâtre jeta dehors la petite, mal réveillée, sans se soucier de ses protestations ! La chevrière ravala ses larmes, et elle s'en fut dans la forêt ; elle appela longuement : “ Derboux-chevreau ! ” Était-ce l'effet du vent ? Il lui semblait que le chevreau répondait ! Elle se dirigea à l'écoute, s'enfonçant toujours plus profondément dans les bois... Bientôt la fillette n'avança plus qu'avec les plus grandes difficultés ; la neige freinait sa marche et engourdissait ses membres ; elle parvint enfin près de l'arbre où la Langue-d'ortie avait attaché Derboux-chevreau ; mais en lieu et place de celui-ci, elle vit un mauvais morceau de corde qui témoignait de la félonie de la marâtre. Un petit écureuil s'en vint la saluer, trois pirouettes et puis s'en fut ( pour remercier Louison de l'avoir sauvé du piège, il avait rongé l'attache du chevreau afin qu'il échappât aux prédateurs des bois ). Comprenant la traîtrise de la Langue-d'ortie, et se rappelant les menaces qu'elle avait proférées, la petite chevrière était bien désemparée. Elle se mit à pleurer ; jusqu'à ce qu'une petite étoile bleue, semblable à celle que Derboux-chevreau portait au front, s'en vint tourner autour d'elle, indiquant quelle direction suivre. La petite suivit l'étoile une grosse journée ; l'astre bleu semblait protéger la fillette ; les bêtes sauvages s'éloignaient prudemment des voyageuses, et restaient à bonne distance. À jour faillant, Louison aperçut un étrange château rouge, tout biscornu, qui se tenait sur un roc pourpre !

Les trois châteaux de Saint-Paul, 2ème partie

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Les trois châteaux de Saint-Paul

2ème partie,

 

Le château rouge

La faim, le froid, la crainte de l'obscurité l'emportant sur l'impression d'étrangeté qui émanait du lieu, elle franchit le seuil, erra quelque temps dans les couloirs, et parvint dans une salle immense où se trouvait une table massive ; sur la table, il y avait un grand bol de soupe fumante ; dans un coin, un bon gros feu de bois de cade qui embaumait ; dans un autre coin, un lit douillet, dessus, un gros édredon : la fillette se jeta sur le bol et, sitôt la soupe avalée, elle se chauffa au feu de cade, et s'endormit profondément sous le gros édredon dans le lit douillet ! Quand elle se réveilla, le jour était là. Elle vit un petit homme tout habillé de rouge, de la toque aux bottines, le poil si noir qu'il en était bleu, et le teint si bistre qu'il en paraissait vert ; cet homme reniflait dédaigneusement et s'aspergeait régulièrement d'un liquide nauséabond : “ Sniiiffff, sniiiffff, sniiifff ? Pchiiitttt, pchiiitttt, pchiiitttt ! Quelqu'un a mangé ma soupe ; quelqu'un s'est chauffé à mon feu de cade... Ça sent l'innocence ici ! Bouh, bouh, bouh, quelle horreur, quelle pestilence ! Vite, mon parfum à l'essence d'ail, de sueur d'avares, de bile de chauves-souris, de bave de crapauds et de pipi de chats... Sniiiffff, sniiiffff, sniiifff ? Pchiiitttt, pchiiitttt, pchiiitttt ! ” Il s'aspergea encore, et encore, et encore ! “ Quelqu'un s'est aussi couché dans mon lit douillet, poursuivit l'homme rouge ! ” Il repoussa le gros édredon, et poussa un cri d'horreur, fit un grand bond en arrière, et laissa choir la toque qui cachait une paire de cornes... Bien entendu, et vous aviez deviné : c'était le DIABLE ! “ Qu'est cela ? Une petite fille qui pue l'innocence comme ce n'est pas permis ! Moi qui espérais un gros et gras marchand, bien riche et bon voleur, ou un brigand plein de crimes et d'argent : voilà que j'hérite d'une drollette qui n'a pas plus de péché que le chauve n'a de pou, à part trois assiettes cassées, quelques gros mots et une poignée de mensonges. Quelle époque ! Il y a trois mois, une drôle de fée verte frappa à ma porte, hier j'ai recueilli un chevreau : les fées, c'est bien connu, sont immortelles ; et les chevreaux, avec leurs petites cornes et leurs pieds fourchus, me ressemblent trop pour que j'en apprécie longtemps la compagnie. Aujourd'hui, une chevrière ! Quoi, demain : une procession de nonnes avec leur chapelain et la statue de la sainte Vierge ? Sniiiffff, sniiiffff, sniiifff ? Pchiiitttt, pchiiitttt, pchiiitttt ! ” Le cadet se dépêcha de s'asperger encore, et encore, et encore ! Louison tremblait bien fort, malgré le feu de cade dans la cheminée, le gros édredon et le lit douillet :
“ Je suis désolée, monseigneur le diable, c'est ma marâtre, la Langue-d'ortie, qui m'a envoyée dans la forêt à la recherche de mon chevreau, après qu'elle l'eut elle-même attaché à un arbre...
- Ah, enfin un bon gros produit de qualité, bien noir, bien sale ! Je promets que celle-ci ne perd rien pour attendre ; je saurai, le moment venu, prendre soin de son âme ! Quant à toi, tu me serviras : tu feras mon ménage, ma cuisine. Sniiiffff, sniiiffff, sniiifff ? Pchiiitttt, pchiiitttt, pchiiitttt !
- Je sais faire tout cela, monseigneur le diable ! ”
Le diable semblait cependant bien ennuyé : “ C'est que, je voudrais que tu me serves bien ; mais pour m'être vraiment agréable, il te faudrait me désobéir, dire quarante-trois gros mots par jour, me voler ma nourriture, laisser brûler mes rôtis, faire pipi dans ma soupe et souiller mes couverts et mon linge ; ainsi, dans une dizaine d'années ton âme serait peut-être assez noire pour que je puisse en hériter. Je ne sais quoi choisir ; que tout cela est embêtant ! Sniiiffff, sniiiffff, sniiifff ? Pchiiitttt, pchiiitttt, pchiiitttt ! ” Louison tira de sa poche le pipeau de Na Dolinose : “ Je voudrais, s'il vous plaît, monseigneur le diable, avant de prendre mon service, jouer encore de ce pipeau en souvenir du chevreau qui vint ici hier et qui est mien ! ” Le diable eut un rictus : “ Souffle tant que tu veux dans ton roseau, petite : je saurai bien, plus tard, t'apprendre d'autres chansons... ” La petite fille pensa bien fort à l'air de gaieté ! Bientôt le rire du cadet s'étrangla dans sa gorge. Rien n'y fit : ses yeux jetaient des éclairs, il brandissait le poing, s'esclaffant tant et plus ; si bien que dans les profondeurs du château rouge les diablotins, les damnés, les rôtis, les écartelés, les ébouillantés et tous les suppliciés lui firent écho : un bon gros rire faisait trembler dangereusement sur ses bases le palais du cadet. Cela, assurément, était du plus mauvais effet, le diable transpirait aigre à l'idée que la rumeur selon laquelle on pût rire aux enfers parvînt un jour aux oreilles des humains : quelle honte, quel discrédit, quelle dérision ; et si ce n'étaient que les hommes : il imaginait déjà les moqueries de saint Pierre et de tous les angelots du paradis ; si bien qu'il hoqueta : “ Arrête petite, je te laisserai partir ! ” Louison fit celle qui était tant absorbée par la musique qu'elle n'entendait point ! “ Arrête petite, poursuivit le diable ; je te donnerai une pleine bourse d'or qui te mettra à l'abri du besoin jusqu'à la fin de tes jours : c'est une bourse magique, chaque fois que tu feras une bonne action elle comptera une pièce de plus ! ” La fillette cessa : d'abord parce que la promesse du cadet lui permettrait de vivre correctement et de soulager bien des misères, à commencer par celle de son père qui pourrait dorénavant ne plus courir le travail par tous les temps et en toutes saisons ; ensuite parce qu'elle n'était point naturellement méchante, et que le diable lui faisait pitié. Il fallut au cadet reprendre souffle ; puis il raccompagna précipitamment la petite jusqu'à la porte et la flanqua dehors : “ Ce qui est dit est dit, petite ; mais je saurai bien un jour me venger sur ta marâtre de tout le désagrément que tu as provoqué ! Sniiiffff, sniiiffff, sniiifff ? Pchiiitttt, pchiiitttt, pchiiitttt ! ” Il s'aspergea bien vite de tout un tombereau de purin qui traînait par là, et se barricada solidement chez lui.

Toujours guidée par l'étoile bleue, la petite fille s'enfonça encore plus profondément dans la forêt ; bientôt elle fut cernée par les ronces qui s'en venaient lui griffer le visage, les mains, et lui déchirer les vêtements. Elle désespérait d'aller plus loin ; quand apparut un château noir, avec quatre tours carrées, massif et sinistre, posé sur un roc tout aussi sombre et lugubre !

Les trois châteaux de Saint-Paul, 3ème partie

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Les trois châteaux de Saint-Paul

3ème partie,

 

Le château noir

Ne pouvant retourner en arrière, Louison fut bien aise de s'arracher aux ronces qui la navraient, et pénétra dans le château noir. Elle n'était pas bien rassurée ! En même temps qu'elle entendait derrière elle un cliquetis terrible, un rire mécanique sonna dans le château de mauvais augures. Elle se retourna, et reconnut le squelette encapuchonné de noir : C'était la MORT ! Les os de la dame à la faux sonnaient et tintinnabulaient au plus petit geste : “ Cric crac ; tinguelali, tinguelala ; ding dong ! ” La petite était bien pâle, et elle se sentait mal ! 
“ Je te vois trembler, fillette ; je suis pourtant bonne fille : après tout, c'est moi qui délivre les hommes du fardeau de la vie. Personne ne combat plus efficacement la souffrance et la misère que moi ; je suis bien meilleur médecin que le plus habile d'entre eux, et je console plus sûrement que le meilleur des prêtres ! Il est rare que l'on me fasse visite ; d'habitude, c'est moi qui me déplace à domicile. À vrai dire, je n'ai donné l'hospitalité ces derniers temps qu'à une fée, dont la couleur verte me sembla du dernier mauvais goût, et à un chevreau qui bêlait à mon huis ; les fées sont immortelles, et le chevreau m'amusa fort et je le laissai aller. Toi, tu me serviras quelque temps ; après quoi je t'offrirai le repos éternel. Tu es bien jeune, c'est vrai, mais tu comprendras que je ne puisse te laisser repartir ! Cric crac ; tinguelali, tinguelala ; ding dong !
- Ce n'est point ma faute, madame la Mort, je ne voulais pas vous déranger, plaida la petite. C'est ma marâtre, la Langue-d'ortie, qui m'envoya chercher dans les bois le chevreau qui vous a distraite ; alors qu'elle l'y avait elle-même mené pour l'attacher à un arbre...
- Voilà une personne dont j'aurai grand plaisir à trancher le fil qui la retient à la vie, promit la Mort. Ne crois pas que j'ai quoi que ce soit contre toi, fillette : tu ne me déranges nullement, et tu m'es sympathique. Hélas, les hommes ne m'aiment guère, et je n'ai point pu en avoir d'enfants... Tiens : je serai ta marraine ! Comme nul, jamais, ne doit m'échapper, je te promets, quand l'heure sera venue, de te faire passer en douceur de vie à trépas ! Cric crac ; tinguelali, tinguelala ; ding dong ! ”
La fillette sortit alors de sa poche le cadeau de Na Dolinose : “ Puisque votre résolution est prise de me retenir ici, madame la Mort, je voudrai jouer une dernière fois de ce pipeau que je tiens de la fée verte qui aimait tant le chevreau qui vous amusa fort.
- Eh bien je t'écoute, filleule : je ne dédaigne point à l'occasion la fantaisie ; j'avoue, plus jeune, avoir pris plaisir à danser le branle ! Cric crac ; tinguelali, tinguelala ; ding dong ! ”
Louison emboucha le pipeau ; elle pensa bien fort à l'air de tristesse. La Mort se mit à sangloter, à se répandre en hoquets lugubres ; tant et si bien que la basse besogne s'en ressentit : on vit des vieillards s'accrocher aux barreaux de leur lit en l'entendant venir, d'autres appeler à l'aide parents, amis ou domestiques ! Tout cela faisait désordre ! Déjà que la tâche n'était point facile, cela devenait dès lors fort désagréable, la Mort n'avait plus le coeur à l'ouvrage ; si bien qu'elle attrapa la dépression nerveuse, et se mit à redoubler de pleurs, de râles, d'afflictions. “ Arrête filleule ; je promets de te laisser repartir comme tu es venue ! Cric crac ; tinguelali, tinguelala ; ding dong ! ” Louison fit la sourde oreille ! “ Écoute-moi bien, fillette, je te promets de te laisser vivre quatre-vingt-dix-neuf ans ! ” La chevrière cessa de jouer du flûtiau. À peine la Mort remise de ses émotions, elle l'empoigna d'os fermes par le bras, l'entraîna jusqu'à la porte, et la jeta dehors : “ Va-t'en, fillette, et ne reviens jamais traîner tes hardes par ici, où je reprendrai ma parole. Je te promets que ta marâtre va payer pour toi ; je vais de ce pas lui faire passer le goût de médire des uns, des autres, de ceux qu'elle connaît comme de ceux qu'elle ne connaît pas mais dont elle a entendu causer ! ” La Mort se précipita vers Saint-Paul en aiguisant sa faux : Cric crac ; tinguelali, tinguelala ; ding dong ! ”

La quête de Louison se poursuivit, toujours guidée par l'étoile bleue, et toujours plus profondément dans les bois. Était-ce la fatigue, ou les émotions de la journée ? Le froid semblait plus vif, plus incisif, et les mouvements de la petite fille devenaient de plus en plus malaisés, douloureux ; les arbres, immenses, s'élançaient vers le ciel, pour ployer sous la charge de neige ; la fillette entendit soudain un craquement lugubre ; la grosse branche givrée qui était tombée non loin se répandait, gelée à coeur, en éclats irisés : la forêt qui l'entourait était une forêt morte de froid ! Il était trop tard pour s'en retourner, et d'abord, quel chemin prendre ? Tous les squelettes fourchus se ressemblaient ; il fallait à Louison s'enfoncer toujours plus dans la forêt gelée, car elle savait que s'arrêter lui serait fatal. La petite fille allait renoncer, quand apparut au creux d'un val bleu de neige, un château qui scintillait des dernières lueurs du soir !

Les trois châteaux de Saint-Paul, 4ème partie

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Les trois châteaux de Saint-Paul

4ème partie,

 

Le château bleu

En s'approchant du château bleu, la chevrière vit qu'il était de blocs de glace assemblés ; elle hésitait à entrer, quand un bêlement familier, résonna quoique affaibli par le froid. “ Derboux-chevreau ! ” Louison franchit le seuil du château bleu, et pénétra plus avant : tout y était de glace, les tables, les lits, les fontaines, les cheminées, les bûches et les semblants de feux. Dans la salle principale, elle vit le chevreau, déjà engourdi, couché au pied d'une statue de glace. Toute à sa joie, elle serra d'abord Derboux-chevreau contre elle ; puis elle reconnut dans la statue sa marraine ! Elle entendit un grand rire sarcastique faire résonner le château de glace ; se retournant, elle vit une vieille folle qui la regardait méchamment : C'était une sorcière, à n'en point douter !
“ Eh bien, belle enfant, mon oeuvre est-elle à ton goût ?
- Qu'avez-vous fait à ma marraine, méchante femme ?
- Ainsi, tu es la filleule de Na Dolinose ! Il y avait longtemps que cette fade-là me portait ombrage, car je suis la Frégasse. ”
LA FRÉGASSE ! Bien sûr, Louison avait entendu parler par les anciennes de la vieille sorcière de Saint-Paul, dont on disait qu'elle détestait plus que tout autre chose au monde le soleil, le chant des oiseaux et le rire des enfants ; elle n'aimait rien tant que la froidure et, à bouche de nuit, le chant des corbeaux déchirant le silence glacé des forêts enneigées : “ Eh bien, belle enfant, figure-toi que cette naïve me rendit visite car, prétendait-elle, mon inimitié la chagrinait ; elle eut la candeur d'accepter de moi un rafraîchissement ; c'était un fluide magique que m'avait transmise la Roumêque, une de mes consoeurs du Languedoc, et ce fluide l'endormit pour l'éternité. Depuis lors le froid mortel qui émane de mon château s'étend chaque jour un peu plus. Mon heure est venue ; bientôt je serai maîtresse du monde ! Mais je manque à tous mes devoirs, et je te vois bien lasse et bien triste ; n'aie crainte, tu vas t'engourdir et rejoindre ta marraine ; j'ai bien peur cependant que toi, tu ne sois immortelle ! ” La vieille folle se remit à rire, tant et si fort que des fragments de glace se détachaient du plafond pour venir tinter à leurs pieds. 
Louison pensa alors au pipeau magique : “ S'il vous plaît, madame la vieille sorcière, je voudrai avant de m'endormir, comme vous me le prédisez, jouez une dernière fois de ce pipeau pour mon ami Derboux-chevreau ! ”
La Frégasse rit de plus belle : “ Joue, belle enfant, joue. Je garderai ainsi longtemps le souvenir de ton dernier soupir ; c'est un cadeau de prix, et crois bien que je l'apprécie à sa juste valeur... ”
La chevrière pensa bien fort à l'air de sommeil ; à la première mesure la vieille sorcière s'écroula sur le pavement gelé. 

La fillette se précipita vers la bonne fée, serrant la glace sur son coeur ; quand une larme vint choir sur le sein de Na Dolinose, une lumière sourde et rouge s'alluma et s'éteignit, s'alluma et s'éteignit, s'alluma et s'éteignit... La petite entendit le bruit du coeur de Na Dolinose, assourdi mais net : “ toutougue, toutougue... ” 
La chevrière emboucha de nouveau le pipeau : elle pensa bien fort à l'air de gaieté mais c'était peine perdue, rien ne se produisait d'autre que la lumière rouge qui continuait de sourdre de la poitrine de la fée, et le même battement amorti par la glace : “ toutougue, toutougue... ”
Louison pensa bien fort à l'air de tristesse ; seule la lumière rouge continuait de s'allumer et s'éteindre, s'allumer et s'éteindre, s'allumer et s'éteindre ; pendant que le même bruit se faisait entendre : “ toutougue, toutougue... ” 
La fillette revit toute sa vie de petite chevrière : elle inventa un air, à la fois doux et triste, parfois joyeux, toujours empreint de nostalgie ; c'était l'air de l'amour et de l'amitié ! Quand elle vit la statue commencer à fondre, l'air se fit plus guilleret, plus primesautier ; bientôt la bonne fée put se libérer de la gangue de glace qui la retenait prisonnière. Na Dolinose ne prit même pas le temps d'embrasser sa filleule : “ Ne t'arrête pas de jouer, Louison, et dépêchons-nous avant que ce château maudit ne nous tombe sur la tête. ” Elle la saisit par le coude et se précipita vers la sortie ; Derboux-chevreau courait derrière elles et, à peine le seuil franchi, le château bleu s'écroula ! La fillette et sa marraine prirent alors le temps de se faire un gros câlin.

Sur le chemin de Saint-Paul, Na Dolinose, Louison, et Derboux-chevreau constatèrent que le Printemps était enfin de retour ; mille et un oiseaux s'en vinrent voleter autour d'eux, reprenant en choeur l'air de l'amour et de l'amitié ; les petites bêtes des champs et des bois s'en venaient leur faire un brin de route et gambader quelque temps auprès des voyageurs ; le soleil en fête faisait disparaître les dernières traces de neige ; chaque arbre rivalisait de bourgeons, partout les fleurs dressaient la tête, elles embaumaient de leurs senteurs capiteuses l'air de renouveau qui sourdait alentour !

Écoutez voir encore ce que me raconta Païolive Connoissier, le vieux hibou qui me fit le récit véridique des trois châteaux de Saint-Paul : quand la chevrière regagna la masure de son père, la Mort avait visité la Langue-d'ortie, et le Cadet comptait une damnée de plus parmi les rôtis. Louison vécut aussi longtemps que le lui avait prédit la Mort, à l'abri du besoin selon la promesse du Cadet. Pour son malheur Derboux-chevreau vécut ce que vivent les boucs ; après qu'il fut parti, la chevrière s'en alla dans le bois de Saint-Juste, chaque premier jour de Printemps, et à nuitée elle jouait l'air de l'amour et de l'amitié ; alors un astre neuf apparaissait dans le ciel, une étoile bleue qui brillait une unique nuit, chaque année que vécut Louison. Le vieux hibou ajouta : “ Du château bleu, il ne reste qu'une immense étendue d'eau que l'on peut voir encore, vers le Colombier, sur la route de Suze la rousse. ” Il affirma encore : “ C'est dorénavant la demeure de la Frégasse, la vieille sorcière de Saint-Paul. Elle en sort parfois, et elle fait n'importe quoi ; les hommes, volontiers sentencieux, affirment : il n'y a plus de saisons, sans savoir qu'ils doivent à la Frégasse les gelées de Printemps ou les orages d'été. ”
Il existe aussi, sur l'ancienne route de Suze la rousse, un château qui s'appelle “ le château de la chabrière ”. Est-il noir ? Est-il rouge ? Cela, Païolive Connoissier ne me l'a pas dit !
 

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Publié le 03/01/2013 à 07:57 par contespourtous Tags : centerbloga lestroischateauxdesaintpaul jeanclauderenoux background centerblog saint
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* Les trois châteaux de Saint-Paul, 1ére partie :

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Le conte du montreur d'ours, 1ère partie

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Le conte du montreur d'ours 

1ère partie, le vieux Barnaud

Le vieux Barnaud s'était bel et bien perdu. Depuis une semaine c'était le même spectacle de pierres grises et d'arbustes nains... de pierres grises et d'arbustes nains... de pierres grises et d'arbustes nains... ; avec de loin en loin la tache sombre d'un genévrier géant ou la croûte bleue de lavande et de chardons des crêtes. Pas une source. Peu d'oiseaux. De temps en temps, dans le ciel morne et gris, un rapace à l'affût d'un serpent ou d'un lézard vert. Une semaine qu'il marchait ; deux jours qu'il n'avait absorbé rien que du cuir bouilli, quelques baies qu'il glanait ça et là sur le causse de Meyrueis, un peu d'eau moussue au sein de pierres évidées par le temps, quelques louchées de miel sauvage au creux de souches mortes et les racines blanches et filandreuses que Germain déterrait. Ces deux-là barulaient ensemble depuis que l'homme avait trouvé la bête, encore ourson, à côté du corps de sa mère, tuée par des chasseurs. Il fallait bien vivre, et Barnaud n'était qu'un gueux : il avait enseigné à Germain à danser au rythme d'un tambourin, et il était devenu montreur d'ours. Depuis, ils couraient les foires, les fêtes et les marchés pour gagner quelques sols et, le temps passant, l'homme avait appris à préférer la compagnie de la bête à celles des humains ; il ressemblait à un ours, avec sa barbe épaisse qui lui mangeait la figure, sa broussaille de cheveux qui lui tombait sur les yeux et dans le cou ; tout son corps était pareillement velu, et il avait de l'ours les mêmes petits yeux noirs, sans cesse en mouvement. L'homme n'avait pas dit trois phrases en trois ans : à quoi bon puisque tous deux se faisaient comprendre en grognant semblablement. Ils vivaient dans les bois, et n'en sortaient que pour se rendre aux foires, aux fêtes et aux marchés. 
Barnaud s'était perdu, et il avait mangé tout ce qui pouvait l'être ; le cuir, bouilli, de sa sacoche et de son ceinturon, les baies, l'eau moussue, le miel sauvage et les racines n'avaient pas calmé la faim qui dévorait ses entrailles. La nuit ne tarderait plus guère. Tout à coup, Barnaud sentit la fumée énerver ses narines : il y avait donc des hommes qui vivaient en ces lieux. Loin de tout, ils devaient être hospitaliers et apprécier la compagnie ; ils leur offriraient bien un peu de soupe et un quignon de pain, en échange de quoi Barnaud ferait danser son ours, au son du tambourin. Se guidant à l'odorat, il parvint dans une grotte au sein d'une combe étroite noyée dans les cades, où veillaient quatre hommes et une fillette, autour d'un feu. Barnaud comprit trop tard son erreur : c'était une bande de brigands dont l'un n'avait qu'un oeil, l'autre qu'une oreille, le suivant qu'une jambe, et le dernier un bras unique, et qu'on appelait par commodité N'a-qu'un-oeil, N'a-qu'une-oreille, N'a-qu'une-jambe et N'a-qu'un-bras. La petite fille était brune et ses yeux, grands soleils noirs, rayonnaient dans son visage brun. Elle était moins bavarde qu'un montreur d'ours ; jamais les brigands qui l'avaient enlevée ne lui avaient entendue dire le moindre mot. Jamais ils ne l'avaient vue sourire ; jamais elle n'avait sucé son pouce !
“ Bienvenu l'ami, dit N'a-qu'un-oeil qui était le chef, tu connais les usages ; tu nous apportes de quoi faire banquet.
- Je n'ai rien, grogna Barnaud. Pas mangé depuis deux jours.
- Que dis-tu là, l'ami ? Cet ours est gros, et gras, et nous n'avons pas tous les jours pareil repas.
- Pas touché Germain, grogna Barnaud. ”
Les brigands ricanèrent.
“ Tu n'as guère le choix... D'ailleurs, rien ne nous dit que tu n'irais pas nous dénoncer aux gens d'armes si nous te laissions repartir ! ”
Les quatre marchaient sur lui, les haches et les couteaux levés ; Barnaud et son ours n'étaient pas de taille à lutter contre eux... L'homme eut une idée. Il se rappela les histoires que lui contait sa grand-mère, lorsqu'il était petit gueux ; il leva un doigt, timidement, et dit :
“ Moi, je sais une histoire ! ”
Les brigands, intrigués, le fixèrent.
“ Vraiment ? ”
Il fallait parler, retrouver le goût des mots et des belles phrases assemblées.
“ Pourvu que vous preniez place, gente demoiselle et beaux seigneurs, je vous la conterai. ”
Les brigands se dirent que les divertissements étaient rares sur le causse de Meyrueis ; après tout, ni l'ours, ni l'homme, ne perdaient rien pour attendre. Ils s'assirent autour du feu, ils invitèrent Barnaud à prendre place, et ils ouvrirent grand leurs deux yeux - sauf N'a-qu'un-oeil qui n'en avait qu'un ; et leurs deux oreilles - excepté N'a-qu'une-oreille qui n'en avait qu'une ! La petite caressa l'ours, et se cala contre lui. Elle fixa l'homme de ses grands yeux qui brillaient comme des soleils noirs, sans sourire.

Barnaud conta, une première fois :

Le conte du montreur d'ours, 2ème partie

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Le conte du montreur d'ours 

2ème partie, le propriétaire, le prêcheur et le seigneur.

“ Laissez-moi vous conter, gente demoiselle et beaux seigneurs, l'histoire de Camurac, natif de Marvejols ; et comment, venant de Florac, il croisa la route d'un riche propriétaire, d'un prêcheur et du seigneur du lieu, et quels événements il s'ensuivit pour lui. ”


C'était un bien brave homme que ce Camurac qui, en raison de son métier, courait les grands-routes, les chemins et les sentiers, de mas en burron, et de ville en village pour y proposer ses services ; un bien brave homme qui réparait les parapluies et les porcelaines ! Il aimait rire et chanter en compagnie lorsque l'occasion s'en présentait, et outre sa grande habileté à adouber les parapluies, il était violoneux. On se le disputait pour les noces et les fêtes, car personne ne savait résister aux airs qu'il vous tirait de son instrument. C'était merveille de voir ses doigts voleter sur la touche, pendant que l'archet dansait sur les cordes. Qui ne se laissait pas emporter par la danse en restait quiet et la bouche bée. Eh bien figurez-vous que Camurac avait marié une fille de Nîmes qu'on appelait la Roumamau ! On s'étonnait : comment le Camurac, si brave, avait-il trouvé pareil remède ? C'est toujours un brave mystère que de savoir comment un homme bon comme le pain du voisin se choisit pour compagne une ronchonneuse. Pour le cas, c'était bien un gros dragounas qu'avait pêché lors d'un de ses voyages le pauvre parapléjaïre : rien qu'en la regardant, la Roumamau tournait l'eau en vinaigre ! On m'a dit d'ailleurs qu'à Nîmes, Roumamau était un surnom désobligeant pour qualifier les mauvaises femmes qui passent leur temps à roundiner. Enfin, le fait est qu'il était mal marié, mais marié quand même, et qu'il s'en allait le plus souvent qu'il le pouvait loin de Marvejols et de l'enquiquineuse qui l'attendait de balai ferme à la maison.
C'est ainsi, gente demoiselle et beaux seigneurs, qu'un beau jour le Camurac s'en revint de Florac à Marvejols. Il n'avait gagné, tout au long de son voyage, que quelques mauvais quignons et de bien maigres soupes tout juste suffisants pour qu'il ne mourût point d'inanition en chemin. Il venait de serrer sa ceinture d'un nouveau cran, quand il parvint au village d'Ispagnac. Il se dépêcha d'en faire le tour pour y proposer ses talents. Il en ramena un parapluie rouge, que lui confia le plus gros propriétaire du village, un noir qui appartenait au prêcheur, et un bleu qui était au seigneur du lieu. Déjà le Camurac se sentait mieux. Songeant au repas que lui procurerait son travail, il s'installa à l'ombre d'un mas en ruine et, tout en chantant, il déballa son petit matériel pour se mettre ensuite vaillamment à l'ouvrage. Il fit ce jour-là merveille, et les parapluies étaient fort habilement adoubés ; si bien que, son labeur terminé, il s'en alla les rapporter.

Il sonna d'abord à la porte du propriétaire. Une servante lui ouvrit, prit le parapluie rouge, et lui dit d'attendre là son maître qu'elle s'en allait chercher. La brave fille revint quelques minutes plus tard, toute penaude et presque aussi rouge que le parapluie ; mais de celui-ci point, et du propriétaire encore moins.
“ Hélas, brave homme, mon maître est parti précipitamment régler quelque querelle qui l'oppose aux consuls d'Alais ; il sera de retour sous quinzaine.
- Eh bien, paye-moi donc, toi !
- Las, las, mon pauvre ami, je ne le puis, je ne suis que servante, et mon maître ne m'entretient point de ses affaires.
- Mais ton maître a bien femme ?
- Non point l'ami, ni femme, ni père, ni fils ! ”
Devant tant de malchance, le pauvre Camurac crut bien défaillir. Il ne pouvait attendre plus longtemps le retour du maître ; il s'en fut, tristement. Tout en partant, il jeta un regard sur la demeure ; il y vit, à l'étage, mal caché par un rideau, le propriétaire qui le regardait s'en retourner tant pélucre que lorsqu'il s'en était venu.
Le Camurac baissa la tête, et grommela à part lui : “ Quand ma chienne aura fait chiens, mon maître, je t'en garderai un bien dentu ! ”

Il se rendit ensuite au presbytère. Le prêcheur vint à lui. Il avait la mine gracieuse et le bon sourire d'un prêtre pétri de charité chrétienne.
“ Que puis-je, mon fils, pour ton service ?
- Je m'en viens, mon père, vous rapporter votre parapluie.
- Parle plus fort, mon fils, car je souffre de sourdigne.
- JE DISAIS, MON PÈRE, QUE JE VENAIS VOUS RAPPORTER VOTRE PARAPLUIE !
- Je ne t'entends guère, mon fils, mais je vois bien que tu me rapportes mon parapluie. ”
Et le prêcheur de le prendre, et d'aller le soigner dans quelque placard. Quand il revint, il fit l'étonné, et il dit au Camurac :
“ Tu es encore là, mon fils, est-ce que je pourrai donc faire quoi que ce soit pour toi ? Parle sans crainte, ouvre-moi donc ton coeur !
- SI FAIT, MON PÈRE, VOUS POUVEZ ME PAYER MON TRAVAIL, CAR JE NE VIS NI DU CHANT DE LA SOURCE, NI DU GAZOUILLIS DE L'OISEAU ; JE NE VOUS DEMANDE POINT, MOI, D'OUVRIR VOTRE COEUR, MAIS LES CORDONS DE VOTRE BOURSE !
- Je crois, en effet, qu'il va faire beau. Mais cela ne durera peut-être pas. À ta place, je me mettrais au plus tôt en route pour regagner mon logis. ”
Le Camurac haussa encore le verbe :
“ POUR L'AMOUR DE LA VIERGE ET DE SON FILS JÉSUS, JE NE SOUHAITE RIEN D'AUTRE QU'ÊTRE PAYÉ POUR MON TRAVAIL !
- Je n'y manquerai pas, mon fils. Tu peux me faire confiance. Je prierai pour le salut de son âme. ”
Le Camurac hurla :
“ MAIS ALLEZ-VOUS ME PAYER, PAR TOUS LES DIABLES, VIEILLE CHÈVRE QUE VOUS ÊTES ?
- Je ne puis pas, mon fils, t'entendre à cette heure en confession. Reviens donc demain, à la première heure, et je n'y manquerai point. Ma bénédiction t'accompagne ! ”
Le Camurac ravala la faim, la rage, les larmes, et les insultes qui abondaient à fleur de lèvres ; il tourna les talons avant de commettre un grand malheur ; frapper un prêtre, ça ne pardonne pas, vous le savez ; on en a brûlé comme hérétique pour bien moins que cela. Il se retourna pourtant, et siffla entre ses dents, voyant le prêtre onctueux comme une brioche pascale le bénir : “ Toi, mon damné cochon, quand ma chatte fera petits, je t'en garderai un bien griffu. ”

Le Camurac s'en alla, la mort dans l'âme et l'estomac en râteau, porter au seigneur le dernier parapluie. On le fit annoncer ; cette fois le Camurac tenait fermement le parapluie ; lorsque le seigneur voulut l'en débarrasser, il lui dit : “ Sauf votre respect, votre seigneurie, je ne vous le rendrai que lorsque je serai payé. ” Le seigneur blêmit, et se mit aussitôt à crier : “ Au voleur, au voleur, baïle, viens-t'en chasser le malfaisant ! ” Et le baïle, homme gros et gras, s'en vint à l'appel de son maître. “ Cet homme s'est introduit chez moi pour me voler mon parapluie. Paie-le en coups de bâton ; et paie-le grassement, qu'il soit dit dorénavant qu'un baron peut être aussi généreux qu'un prince ! ”
Le pauvre parapléjaïre en eut le cul rompu, et l'échine aussi. Il dut de plus supporter les quolibets de la valetaille qui servait si méchant maître, trop heureuse de courber la nuque devant un homme plutôt que sur la charrue. Le Camurac se retourna quand même à la porte de la bastide, et jura, à part lui : “ Riez, riez, mon prince, mais si mon âne me donne des petits, je saurai en garder pour vous un bien jambu ! ”

Il se trouva quand même un pauvre hère, qui n'avait point de parapluie à adouber, pour lui donner une écuelle d'un mauvais brouet afin qu'il pût reprendre la route. Pour le coup, le Camurac n'était pas fier. Il en regrettait presque les coups de balai et les criailleries de la Roumamau...

Barnaud vit que N'a-qu'un-oeil avait fermé son oeil unique.
“ Et alors, dit en baillant N'a-qu'une oreille, ton histoire est finie ?
- Point du tout, point du tout, gente demoiselle et beaux seigneurs, mon histoire continue ! ”

Barnaud conta, une deuxième fois :