Intermède

(à l’instar de certains lecteurs, la direction de Jourdhumeur s’est posé des questions sur la santé mentale de son chroniqueur vedette après la lecture de l’article d’hier ; en conséquence, nous avons décidé de demander à des messieurs en blanc de venir chercher Jourd’hu afin de lui faire subir toute une série d’examens pour vérifier le bon fonctionnement de son métabolisme, et de lui offrir une chambre capitonnée pour un temps ; dans le but de ne pas léser notre lectorat adoré, durant quelques jours, nous publierons des textes apocryphes du susnommé ; nous précisons que nous n’avons aucune idée de la signification du mot apocryphe ; en vous remerciant)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je mets mes connaissances au service du collectif.

La maison d’été de Mère se situe en plein sur le tracé du GR 34. Le GR 34 est considéré par les locaux comme le plus beau chemin de randonnée de tout l’univers mais ils aimeraient bien qu’il soit un peu moins embouteillé que le périph’ parisien un vendredi soir du moi de mai. A noter que, selon la région où vous vous trouvez, les locaux affirment que le GR à proximité est le plus beau de la galaxie.

Ce n’est que récemment, un mardi, que ce chemin côtier fut qualifié de GR. Auparavant, et ce pendant des siècles, il s’agissait du chemin dit des douaniers. De fait, de chemin point. Ce sont les godasses cloutées de gabelous qui forgèrent, au fur et à mesure des passages de ceux qui les avaient enfilées, une sente guère plus large que la semelle d’icelles. Les douaniers devaient couvrir des distances considérables chaque jour ou chaque nuit selon leur affectation afin de prévenir toute tentative de contrebande qui, par définition, n’intègre pas la taxe royale ou gouvernementale à son activité. Les douaniers n’étaient pas bien payés. C’est pourquoi beaucoup d’entre eux n’hésitaient pas à rançonner les malfaisants. Ainsi, les fonctionnaires pouvaient garnir davantage leur gamelle et, accessoirement, mourir d’une cirrhose du foie. Comme leur ronde étaient épuisantes, pendant leurs vacances, les douaniers construisaient des petits abris de fortune communément appelés les « cabanes des douaniers ». C’est pratique.

La preuve en photo.

Et je ne suis pas peu fier de ce flamboyant cliché.

Aujourd’hui, cette pittoresque construction sert de ouah-ouah aux randonneurs imprévoyants.

Une partie de l’histoire de ce sympathique monument et du GR 34 demeure, encore de nos jours, assez obscure. Il se murmure qu’au milieu du 20è siècle, une cohorte de jaunes teutons blonds vêtus de vêtements vert-de-gris, tout heureux de ne pas visiter les steppes de l’Oural, y fit résonner le bruit de ses bottes par de fraiches soirées de novembre. Allez savoir…

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026

Quelqu’un quelque part

(la direction de Jourdumeur présente ses excuses à son lectorat adoré pour l’absence injustifié de son chroniqueur vedette ces deux derniers jours ; afin que cet incident ne se reproduise plus, nous lui avons fait parvenir une note le mettant en demeure de ne plus réitérer cette absence sous peine de licenciement pour faute grave, sans préavis ni indemnités, ni treizième mois, ni étrennes, ni tickets-restaurants ; en vous remerciant)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Ce matin, alors que je déambulais dans les rues ensoleillées de la riante cité de P., mon chemin croisa celui d’une jeune femme que je n’avais jamais vu de ma vie. Aussitôt, mon cerveau atteignit son point d’ébullition et les idées se bousculèrent dans mon neurone.

Tout d’abord, pourquoi n’avais-je jamais rencontré cette personne ? La ville de P. compte 3000 habitants, à une vache près, hors saison. Le fait de m’y rendre quasi quotidiennement pendant quatre mois et demi par an me permet de scanner la grande majorité des visages de celles et ceux qui empruntent les mêmes horaires que moi, sans compte la boulangère et le buraliste. Donc, et ce malgré ma légère prosopagnosie, il m’est assez curieux de rencontrer un être humain totalement inconnu de mes services. Certes, quelques touristes errent encore en quête de dépaysement dans les dédales de la commune mais ceux-ci se différencient aisément du péquin local. La jeune femme était du coin, native même si ça se trouve.

Cette constatation m’a soufflé un prolongement de réflexion. Nous sommes bientôt huit milliards d’individus humains sur la Terre. Or, malgré l’adage « le monde est petit » nous ne nous connaissons pas tous. Ceci tendrait à prouver que notre planète n’est pas si petite que cela. Pourtant, à l’échelle de l’univers, la Terre est un grain de poussière dans la chambre d’un adolescent. Par conséquent, nous devrions tous nous connaître intimement. Si, ça se tient.

Selon l’IA (j’ai honte, mais je m’y suis mis ; contraint et forcé par Gogol), dans sa vie, un individu croisera en moyenne cinquante mille personnes et il en fréquentera cinq mille. Nous sommes très loin de huit milliards. Et c’est du gâchis. En effet, dans nos cinq mille « proches », nous pouvons dénombrer une bonne moitié qui ne nous intéresse pas plus que cela et un nombre mal défini de crétins congénitaux. Il reste donc, à peu près, deux milles rencontres agréables au cours de notre passage sur Terre. Deux mille sur huit milliards. Comme disait mon grand-père, c’est moins lourd que le pet d’une mouche.

Pour accroître notre cercle de connaissances présentant un réel intérêt, il faut donc rencontrer toute la population de la planète. Logique.

— « Ignace ! Où as-tu acheté ce chichon ? »

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026

Mer (d’alors)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je m’explique.

Hier, je vous contais, brillamment, que le bruit de la mer m’excédait. Vous fûtes nombreux, quelques millions, à penser que j’en rajoutais pour vous faire saliver.

Que nenni.

Je n’aime pas la mer.

Je ne suis pas une exception, mais il faut reconnaître que, en règle générale, les gens se pâment dès que l’on fait allusion aux océans. Ce n’est pas mon cas. Voici pourquoi.

Je ne sais pas nager. Je n’ai jamais appris car mes parents ne voyaient pas l’intérêt que leur fils se meuve dans l’onde, contrairement au vélo qui les délestait d’obligations de déplacements pour leur enfant tout en lui accordant une certaine autonomie (pour aller à la messe, par exemple). Nager ne m’aurait jamais mener nulle part. Certes, j’aurais pu me montrer rebelle et apprendre par moi-même mais un problème m’en empêcha. Je coule. Mon enveloppe corporelle si parfaite n’accepte pas la flottaison. Par ailleurs, j’ai failli me noyer une fois, je ne souhaite pas réitérer l’expérience.

Je ne navigue pas. Un peu pour la même raison. Mes parents n’ont jamais jugé utile d’inscrire leur rejeton à l’école de voile sise à deux kilomètres de la maison de vacances car que je sache manoeuvrer un bateau n’aurait en rien simplifier leur quotidien. Pourtant, j’aurais pu me rendre aux leçons à vélo. Et j’aurais certainement appris à nager.

Je ne pêche pas. Plus, plus exactement. J’ai longtemps taquiné le bouquet, à marée basse, pile en face de la maison. Mais les pêches ridicules m’ont lassé. En effet, l’endroit ne regorge pas de demoiselles frétillantes. C’est le moins que l’on puisse dire. Lorsque j’en ramenais dix, j’invitais tout le quartier pour un festin au cours duquel je servais des merguez trop cuites. Car, je préfère la merguez cramée à la merguez à moitié crue.

Je n’apprécie pas les produits alimentaires issus de l’eau salée. A part les crevettes bouquets, les coquilles Saint-Jacques sous certaines conditions, les langoustines, le homard grillé une fois tous les dix ans, la sole cuisinée par ma grand-mère décédée en 2007, les joues de lotte, la queue de langouste, et c’est à peu près tout. Je peux mourir de faim devant un plat de bigorneaux ou de bulots, et assassiner la personne qui me servirait des ailes de raie au beurre noir.

Oui, bon d’accord, me direz-vous, mais la vue, nom d’une pipe en bois ! Ben quoi la vue ? C’est de l’eau qui bouge la plupart du temps. Remplissez votre baignoire et agitez l’eau avec votre main et hop vous avez une bonne risée sur les flots du Nord Finistère.

Voilà, je n’aime pas la mer, je préfère la montagne. Et si j’habitais à la montagne, je n’aimerais pas la montagne, je préfèrerais la mer. C’est ainsi.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026

Bruit perpétuel

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

L’un des principaux inconvénients lorsque l’on réside sur le littoral, à quelques encâblures de la mer, c’est le bruit.

Si l’on fait abstraction des quelques heures de marée basse (prière de vérifier la signification de cette phrase si l’on habite le sud-est de la France), le bruit de la mer m’agresse sans discontinuer.

Alors, je sais bien ce que vous vous dites. « Quel grincheux celui-ci ! Il n’existe aucune mélodie plus belle que celle du ressac sur les galets ronds polis par les millions d’années de flux et de reflux des eaux limpides de la grande bleue ! »

Je vous rétorquerai qu’il n’est point de galets de par chez moi, je vous prie de ne pas confondre avec les Côtes du Nord, les pécores du 22, mais de lassantes plages de sable blanc décorées, de ci de là, de varech abandonné par le jusant, notamment après les tempêtes et dégageant une entêtante odeur de pourriture que les agriculteurs adoreraient étalé sur leurs champs afin de les fertiliser mais l’administration en a décidé autrement.

Et puis, c’est facile de voir un paradis quand on n’y réside pas contraint et forcé par des choix de vie. Vous rêvez de vous endormir au doux murmures des vagues finistériennes bien au chaud sous votre couette. Vous envisagez même d’entrouvrir le vasistas pour profiter encore davantage du lancinant écho des ondes mécaniques provoqués par ce con de Neptune qui n’en a cure du sommeil d’un pauvre romancier indigent quand lui souffre d’un ongle incarné mal soigné et tient à le faire savoir.

Je vous aurais bien conviés, tous autant que vous êtes, à vivre cette expérience qui vous tente tant. Toutefois, Mère verrait d’un mauvais oeil voilé de cataracte, l’invasion de son logis estival par une bande d’amoureux marins de la toile. Et, de toutes les façons, elle fixerait des prix prohibitifs.

Allez, soyez heureux avec le ronron des autoroutes, le son harmonieux des voisins ivres qui se déchirent la vie, le fracas des montagnes qui se déplacent la nuit, en douce, ou les aboiements de cet abruti de Médor qui confond la lune et le phare de la bicyclette du facteur.

Chacun sa croix, dames et sieurs.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026

Ravitailler par les mouettes

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Que s’est-il passé dans le monde depuis vingt-quatre heures ?

En effet, je pose la question car, depuis hier, j’ai intégré mes quartiers d’hiver. Tout au bout de la Terre occidentale, Finis Terrae. Comme d’habitude, vous dites-vous car vous suivez mes pérégrinations quadri-annuelles depuis un certain temps. D’ailleurs, je vous trouve très courageux.

Donc, je vous demande ce qui s’est passé depuis hier dans le monde car, sur le littoral finistérien, les nouvelles arrivent au compte-goutte. Pas comme la pluie. Comme je dépends de la toile mondiale pour me tenir au courant, je dépends également de ses caprices.

En bout de ligne, ils m’ont dit chez SFR. Pour vous donner une image, c’est un peu comme si le signal parvenait en crachotant.

Mais bientôt, je vais connaître la liberté de la fibre Orange. Enfin, quand je dis bientôt, en réalité c’est loin d’être gagné.

Récemment, Orange a fait des travaux dans le coin pour pouvoir équiper chaque foyer qui le désire en fibre. Même si le « désir » est une vue de l’esprit dans la mesure où l’ADSL doit disparaître du bled d’ici un an ou deux et la fibre deviendra obligatoire si on ne veut pas revenir au 19è siècle. Bien. La maison se situe au bout d’un chemin dont les derniers cinquante mètres ne desservent que notre propriété. Orange a creusé ces cinquante mètres sans nous demander, au préalable, si nous comptions nous abonner chez eux. Ils ont certainement trop de sous.

Essayez de suivre, c’est un peu ardu.

Si nous nous abonnons chez Orange et que nous profitons de la fibre enterrée, il nous restera à faire creuser une tranchée de trente mètres, à travers le terrain, pour accéder à la maison. Et ça coûtera un bras. Or, pour Mère, c’est hors de question. Et je la comprends, pour une fois. Ce serait beaucoup plus simple de passer par voie filaire aérienne, comme l’ADSL obsolète. J’ai vérifié, c’est possible. Sauf que la politique de la municipalité de P. est de faire disparaître le plus possible de fils aériens. Par conséquent, dans un ou deux ans, je m’attends à un sac de noeuds administratif, d’autant que le fil ADSL survole une toute petite partie d’un chemin qui appartient à la ville.

Rien que d’y penser, je suis fatigué.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026

Y aura-t-il de la dinde à Noël ?

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Cet après-midi, près d’un million de personnes manifestaient dans les rues de France et de Navarre pour demander une hausse de leur pouvoir d’achat. Et c’est bien.

J’avoue que, précédemment, les revendications lycéennes m’ont laissé de marbre. Parfois, elles m’ont fait sourire ou m’ont crispé. Comme ce jeune imbécile qui expliquait à un journaliste que son emploi du temps était trop chargé. Bon, pourquoi pas. Sauf que le journaliste a insisté pour que le jeune lui montre son agenda. Résultat : le lundi et le mardi le lycéen commençait les cours à dix heures et il les finissait deux fois dans la semaine à dix-huit heures. Halte aux cadences infernales !

Petite digression de vieux con.

Lorsque j’étais en Seconde, Première et Terminale, j’avais cours, tous les jours, de 8 heures à midi et de 13 heures 30 à 16 heures 30. Certes, il existait une ou deux heures de « permanence » hebdomadaire, mais nous les effectuions en étude sous la surveillance d’un vieux débile retraité de la marine (l’un de ceux qui considéraient que la lecture était un loisir, non de la cuture et donc interdite ; vieille baderne !). Et je peux vous assurer que l’idée de manifester ne nous a jamais effleurés.

Cette simple histoire d’emploi du temps discrédite, en partie, le mouvement lycéen. En partie seulement, car des gamins moins stupides mettent l’accent sur les vrais problèmes. Des locaux insalubres, des profs manquant, le manque de frites à la cantine. Et « Parcoursup ». Vous ne me fustigerez pas de ne pas m’attarder sur ce dernier truc car je n’ai pas l’ombre d’une idée de la signification de ce machin, et je ne m’en porte pas plus mal.

Revenons aux gens qui manifestent pour le pouvoir d’achat. Les gentils. ,Pas ceux qui règlent le souci en faisant leur courses avec des pavés. Je les comprends, les gentils. Voilà peu mon caddie de la semaine me revenait entre 40 et 50 euros. Désormais, il dépasse allègrement les 60 euros sans que je change quoi que ce soit à mes habitudes. Beaucoup de personnes devront faire des sacrifices pendant les fêtes de fin d’année. Soit pour s’offrir tout ce qu’ils veulent et, ensuite, bouffer leurs godasses, soit en mangeant directement les chaussures, avec une purée de marrons.

Le syndicat des dindes françaises fait peu entendre sa voix cette année. En effet, selon les dernières études de l’agence OPIF, plus de la moitié des Français coutumiers de la dinde farcie le soir du réveillon aurait décidé de la remplacer par un bulot. Par conséquent, un très grand nombre de dindes devraient éviter le couteau du volailler et aller se dorer les plumes à Ibiza.

En vrai, je m’en fiche, je n’aime pas la dinde. Les bulots non plus.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026

Chat alors ! *

*(oui bon, ce titre n’est pas très original, mais j’ai eu une journée harassante ; comme je n’ai pas l’habitude de me harasser, je suis assez fatigué ; en vous remerciant)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

J’aime beaucoup les chats. Jusqu’à récemment, j’avais un fluide avec eux. Même les plus sauvages venaient se frotter à mes bas de pantalons en ronronnant. Le fluide a totalement disparu. Tiens à propos de chat. Naguère, je vous parlais des blaireaux qui venaient, nuitamment, faire des trous dans la pelouse de Mère. C’est officiel, le blaireau est déclaré espèce nuisible en Bretagne.

Bon revenons aux minets. La PQR du jour consacre un bel article, et une place en Une, à l’histoire d’une famille qui a retrouvé son chat treize ans après. C’est émouvant.

Toutefois, je me demande si l’histoire de Réglisse mérite un tel traitement. Il est vrai qu’il n’y a pas grand chose d’autre à raconter dans la mesure où la Terre tourne parfaitement rond. Quelques guerres, des difficultés sociales un peu partout en Europe, une tempête dévastatrice. Pas de quoi fouetter un chat. Tiens à propos de chat. Sachez-vous que lorsqu’une queue de chien est très poilue, on l’appelle un fouet ? Je viens d’apprendre cela dans un bouquin de Clavel. De rien.

Donc, treize ans plus tard, Réglisse est rentré à la maison. Je pense qu’il a trouvé ses allumettes dans une rue du Massachusetts. Je ne vois pas sinon. De plus, Réglisse a perdu un oeil. Donc, on peut dire sans se tromper qu’il ne prend pas soin de ses affaires. Lorsque j’étais ado, nous avons eu à la maison un adorable chat noir et blanc que nous avions prénommé Méphistophélès, dit Méphisto, dit Mémèf pour les intimes. C’était un animal un peu particulier. Par exemple, il miaulait pour rentrer dans la maison, il pissait puis miaulait derechef pour sortir. Un poète. Un jour, il est rentré à la maison avec un oeil qui pendouillait hors de son orbite. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, et Mère, infirmière de son état, a procédé à l’ablation de l’organe avant de désinfecter sommairement. Mémèf, tout content, est retourné courir la gueuse.

Je souhaite longue vie à Réglisse.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026

Tu n’es que poussière

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Samedi, je rejoins mes quartiers d’hiver. Par conséquent, je quitte ceux d’été et, comme je suis un garçon bien élevé, je les laisse dans l’état dans lequel je les ai trouvés. Autrement dit je salope tout partout.

En effet, Mère est persuadée d’être une fée du logis (et une cuisinière hors paire, ma doué…) alors que, plus le temps passe, plus c’est moi qui nettoie le mieux. Et moi non plus je ne suis pas une fée du logis, loin de là ma pauv’ dame. Mais, comme tous les allergiques au ménage, quand je m’y mets, je ne fais pas semblant.

Toutefois, une question m’interroge.

Voilà quelques années, j’ai lu que 75% de la poussière était d’origine humaine. Non pas que nous déplaçons des éléments cosmiques et terriens, mais nous sommes directement à l’origine de ce désagrément. La poussière provient de notre corps.

Franchement, j’en doute. Me concernant, je me douche tous les matins, sauf le dimanche si je ne mets pas le nez dehors car il faut faire reposer sa peau et je change de caleçon tous les jours. J’estime que je suis un garçon plutôt propre. En tout cas, lorsque je m’observe, je ne perçois aucun grain de poussière se détacher du corps parfait dont la nature m’a fait cadeau.

En réalité, il parait que la poussière est issue de nos peaux mortes. Ben mon vieux !

Donc, si je comprends bien, quand je passe le balai, rarement, je ramasse mes propres cellules. Maintenant que je sais cela, je ne mettrais plus le produit de mes balayages à la poubelle. Vous vous mettriez vous-même aux ordures vous ? Je vais garder précieusement la poussière que je trierai pour récupérer mon bien corporel. Après, je ne sais pas trop ce que j’en ferai, mais hors de question de donner une partie de mon anatomie aux boueux, d’autant que je ne vois pas dans quelle poubelle il faudrait recycler.

Je pense à ceux qui reçoivent. Ce n’est pas mon cas, heureusement. Quel bazar de différencier ses peaux mortes de celles de la voisine !

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026

Jane

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je déclare ouverte la saison dite du vent qui souffle très fort. Voire très très fort.

Demain et vendredi, la Bretagne sera balayée par une tempête. Rien de bien grave car les vents les plus violents devraient atteindre 120 km/h. Quand on a connu la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2023, 195 km/h sur la pointe armoricaine, on ne craint plus rien.

Ce qui m’embête un peu, c’est que samedi je rejoins mes quartiers d’hiver sur la côte. Or, ce con de vent souffle toujours plus fort sur le littoral. Donc, cet après-midi, comme je vais déposer quelques affaires dans mon igloo, je vais en profiter pour sécuriser les lieux.

J’ai prévu des clous de cinquante centimètres de long que je vais planter en biais dans le bas des murs extérieurs afin d’éviter à la demeure de s’envoler jusqu’en Angleterre. Sauf que la maison est construite sur la dune, et des clous dans le sable sont aussi efficaces qu’un sparadrap sur une jambe de bois. Bon, ce sera mieux que rien.

Je n’aime pas le vent. Outre qu’il me décoiffe alors que j’ai subi ma coupe de cheveux annuelle au début du mois de mai, il fait tout plein d’autres dégâts. En 2023, les vaches volaient et n’étant pas entrainées pour atterrir, leur retour au sol fut difficile et le lait avait tourné. Des cabanes de jardin sont devenues des cabanes de grenier. Des cheminées des niches pour le chien. Des chiens des hamburgers.

Le vent ne présente-t’il, pas quelques avantages, me demandez-vous avec votre sagacité coutumière ?

Si, mais peu.

Par exemple, le vent permet de sécher le linge. Toutefois, le tri s’avère délicat. En effet, et il s’agit, bien entendu, d’une expérience vécue, il m’est arrivé de devoir restituer ses culottes à la voisine alors qu’elle avait hérité de ma petite robe à fleurs et de mes bas résille. Le vent est, également, un atout pour le navigateur à voile. Je ne navigue pas car la marinière ne me sied pas. Enfin, le zef, comme peu de gens disent chez moi, est le meilleur moyen pour arrêter de fumer. Avec 195 km/h dans la figure, essayez d’allumer votre clope, même avec un briquet-tempête, vous m’en direz des nouvelles.

Je déteste le vent.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026

Les bijoux de la Castafiore

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je vous entretiens, de temps à autre, ici-même, avec talent, de la faune peuplant le jardin de Mère. Cet été fut assez riche en diversité puisque outre les frelons, guêpes et bourdons classiques, j’eus le droit à la visite nocturne de quelques blaireaux (non non, pas mes voisins, des animaux, et je ne vous permets pas de traiter mes charmants voisins de la sorte) et à celle, diurne cette fois, de quelques lézards grimpeurs.

Il est une autre espèce fort nombreuse dont je ne vous ai pas parlé depuis un moment, la pie.

Cet oiseau noir et blanc comme une vulgaire voiture de patrouille policière US, prolifère sous nos latitudes exotiques. Pourquoi pas, me direz-vous, c’est même plutôt bon signe pour la santé de la biodiversité.

Certes.

Toutefois, plus les années passent, plus j’ai du mal à classer cette espèce dans le règne animal.

Je m’explique.

L’une des caractéristiques principales de l’oiseau est de craindre à peu près tout, et notamment l’humain. Or, les pies de par ici, se dévergondent de plus en plus. Il arrive, fréquemment, que la plumue ne se soucie que très tardivement de ma présence. En gros, lorsque je vais lui marcher dessus. La pie craint de moins en moins. Encore une ou deux décennies et il faudra leur demander la permission de passer la tondeuse.

Cette évolution est d’autant plus surprenante que, selon mes pauvres connaissances, les oiseaux sont les animaux les plus proches des dinosaures (avec les crocodiles, mais nous en avons très peu par chez moi). Donc, s’ils ont connu les t-rex et les diplodoqui, cela signifie qu’ils sont assez loin dans la hiérarchie évolutive des cerveaux de la création. Non, justement, bande de nouilles, c’est tout l’inverse. Ils sont là depuis tellement longtemps, ces cons-là, qu’ils devraient lire Nietzsche dans le texte, diriger les entreprises du CAC 40 et conduire des bolides sur les routes de campagne.

Alors, pourquoi la pie a-t-elle évolué si lentement ?

Parce que c’est une grosse faignasse qui préfère picorer l’herbe fraichement tondue plutôt que de se prendre en aile et d’aller lire les offres d’emploi dans l’entrée du centre Leclerc.

Croyez-moi, ce n’est pas deux mains de la vieille que les pies prendront le pouvoir. Les fourmis y veillent.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2026