L’aube de ce vendredi

Photo charef

L’aube de ce vendredi

Il est des matins qui ne ressemblent à aucun autre. Ce vendredi, le ciel a choisi de se confier à la lumière avant même que la ville ne se réveille. Des nuages mauves, des éclats de rose et quelques lueurs d’argent composent une toile que nul peintre n’aurait osé imaginer.

En bas, les maisons sommeillent encore, prisonnières de leurs ombres. Là-haut, le ciel s’éveille, libre de toute frontière. Entre ces deux mondes, je demeure un instant silencieux, témoin privilégié de cette rencontre entre la nuit qui s’efface et le jour qui s’annonce.

Peut-être est-ce cela, l’espérance : cette petite lumière qui trouve toujours son chemin, même lorsque nos fenêtres restent closes.

En ce vendredi naissant, que la paix habite les cœurs, que la sérénité accompagne nos pas et que la miséricorde du Tout-Puissant éclaire nos chemins.

Poème

Le ciel brode en silence un manteau de douceur,
La nuit cède au matin ses dernières pensées,
Et l’horizon rosit comme un jardin en fleurs,
Où les rêves perdus renaissent apaisés.

La ville dort encore au creux de ses maisons,
Tandis qu’un jour nouveau se lève avec tendresse ;
Que Dieu veille sur nous au fil des horizons,
Et dépose en nos cœurs la paix et l’allégresse.

Charef Berkani

Bon vendredi à vous et à tous ceux qui vous sont chers. Que cette aube vous apporte la paix du cœur, la douceur des souvenirs et l’espérance des jours heureux.

Cœur de pierre

Photo Charef

Cœur de pierre

Il est des pierres qui ressemblent à des cœurs, et des cœurs qui, avec le temps, prennent l’apparence des pierres. Celui-ci semble avoir traversé les saisons sans rien perdre de ce qui l’habite. Une faille le partage, comme une blessure ancienne que le temps n’a pas su refermer. La lumière caresse ses aspérités, tandis que son ombre s’étend sur le sol, gardienne silencieuse de ce que la pierre ne peut raconter.

Peut-être a-t-il connu des pas oubliés, des départs sans adieux, des promesses déposées dans le creux des jours. Peut-être conserve-t-il, sous son écorce minérale, la mémoire de ceux qui l’ont frôlé sans le voir.

Les pierres aussi ont leurs silences. Elles ne pleurent pas, ne réclament rien, ne cherchent pas à retenir ce qui s’éloigne. Elles demeurent, tout simplement, avec leurs blessures et leurs mystères.

Et si ce cœur de pierre était moins insensible qu’il n’y paraît ? S’il avait appris, au fil des jours, à protéger ses souvenirs derrière une apparente indifférence ?

Car il existe des cœurs que le temps n’endurcit pas : il leur apprend seulement à se taire.

Charef Berkani

Poème

Un cœur de pierre au seuil des ombres,
Garde en son sein mille souvenirs,
Des jours heureux aux silences sombres,
Des rêves morts qui voudraient revenir.

Le temps s’incline au bord de sa blessure,
Sans effacer les traces du passé,
L’ombre lui prête une étrange armure,
Et son secret demeure inviolé.

Charef Berkani

Se battre c’est aimer…

Texte mis en image par Gemini

Se battre n’est pas être violent, c’est rester droit et debout, avoir pour horizon autre chose que son nombril…C’est aimer. Barbara Auzou

Se battre, c’est aimer

Prose

Se battre n’est pas toujours lever le poing. Parfois, c’est simplement refuser de courber l’échine lorsque le monde nous invite à nous agenouiller. C’est garder le cœur ouvert quand la vie nous apprend à nous méfier, préserver sa dignité quand l’injustice nous provoque, et continuer d’avancer sans piétiner personne.

Il existe des combats qui ne font aucun bruit, des résistances qui ne cherchent ni victoire ni applaudissements. Ce sont ces luttes silencieuses où l’on défend une idée, une liberté, une espérance, ou simplement le droit d’être humain parmi les hommes.

Se battre, c’est aussi détourner son regard de son propre nombril pour percevoir la détresse de l’autre. C’est tendre la main sans calculer ce qu’elle rapportera, porter un peu du poids d’autrui sans prétendre le sauver de tout. Car la véritable force ne consiste pas à dominer, mais à protéger ; elle ne cherche pas à faire plier les autres, mais à empêcher que l’humanité en eux ne s’effondre.

Et si aimer était, au fond, la plus noble des résistances ? Aimer malgré les blessures, malgré les déceptions, malgré les murs que les hommes dressent entre eux. Aimer sans se soumettre, sans posséder, sans renoncer à soi-même.

Rester droit et debout, ce n’est pas se croire plus fort que les autres. C’est refuser de devenir semblable à ce qui nous blesse.

Poème

Je resterai debout quand s’inclinera le monde,

Sans rendre coup pour coup, sans maudire le sort,

Car l’amour est ce feu dont la flamme féconde

Réchauffe les cœurs froids et défie la mort.

Je marcherai sans haine au milieu des tempêtes,

Le regard vers demain, les mains tendues vers vous,

Car les plus beaux combats ne couronnent pas les têtes,

Ils font grandir l’amour en chacun de nous.

Charef Berkani

Entre deux langues

Monologue : “Entre deux langues, un seul vertige”

Je parle… et déjà je me trahis.

Car chaque mot que je prononce choisit un camp, et moi, je reste au milieu, comme une frontière fatiguée d’être traversée.

En français, je me tiens droit. Je polis mes phrases comme on polit une pierre ancienne, j’y cherche la lumière, la mesure, la trace des siècles. Je deviens presque raisonnable…presque immortel. Mes silences y sont élégants, mes blessures organisées. Même ma douleur y porte un costume.

Mais en arabe…ah, en arabe, je ne parle pas, je déborde. Les mots ne marchent plus,  ils courent, ils se cognent, ils s’embrassent, ils se disputent, ils vivent comme des enfants dans une cour sans murs.
Là, je ne suis plus écrivain…je suis fils, je suis mémoire, je suis cri. Je ne compose pas, je respire.

Et pourtant…

Entre ces deux langues, il y a un homme qui hésite. Un homme qui écrit pour ne pas disparaître, et qui disparaît un peu à chaque phrase. Car écrire, voyez-vous, ce n’est pas seulement dire, c’est choisir ce que l’on abandonne.

Quand j’écris en français, je laisse derrière moi le parfum du café brûlant,
les voix rauques des ruelles, les rires qui ne demandent pas la permission d’exister.

Et quand j’écris en arabe, je renonce à la précision froide, à la beauté disciplinée, à cette distance qui protège du vertige. Alors je vis ainsi… écartelé avec élégance, peut-être, mais écartelé tout de même.

(Temps. Il regarde ses mains.)

Mes mains savent tout cela. Elles tremblent différemment selon la langue. Dans l’une, elles sculptent. Dans l’autre, elles brûlent. Et moi…moi, je reste là, à tenter de réconcilier ce qui ne demande qu’à être séparé. Mais parfois, oui, parfois il arrive un miracle discret. Une phrase naît…et je ne sais plus d’où elle vient. Elle porte en elle la rigueur et la fièvre,la distance et l’étreinte, la pensée et le souffle. Et là…juste là…je me reconnais.

Arabe par naissance et par mémoire, et homme qui parle en français, non comme un héritier, mais comme un conquérant inversé, porteur de ses propres lois. Un homme qui écrit comme on tend la main dans le noir, sans savoir qui, ou quoi, la saisira.

(Silence.)

Si un jour vous me lisez…ne cherchez pas la langue. Cherchez la faille. C’est là que j’habite.

Charef Berkani

Point de non retour…

Point de non-retour

Anecdote

Il y avait, autrefois, une demeure suspendue entre le vertige des rochers et l’écume de la mer. Là vivait une poétesse dont la peau et l’esprit ne vivaient que pour l’écriture. Elle composait pour ceux qu’elle aimait d’un amour brûlant, pour ceux qu’elle désirait en silence, et pour ceux qui s’en étaient allés en laissant sur sa chair l’empreinte de leur absence.

Chaque lettre portait le frisson de son corps et le souffle de ses nuits : une mémoire affleurante, un désir à vif, un élan sauvage. Elle abandonnait ses mots au vent comme on offre un baiser sans rien attendre en retour, ivre du seul bonheur de déposer son âme sur le papier.

Un jour, un lecteur croise sa route. Troublé par la ferveur de ses vers, il lui murmure à l’oreille :

« Tes mots enivrent, mais pour te donner vraiment, tu devrais dompter ta plume. Épouse d’autres formes, tais ces ardeurs trop nues, attends l’heure propice, sois plus retenue, plus courtoise, plus savante. »

La poétesse se laisse séduire. Elle soumet son souffle à des règles strictes, coule son désir dans des moules polis et voile les frissons de sa peau sous des tournures apprêtées. Elle guette le souffle idéal, l’écho parfait qui viendra couronner son abdication.

Les jours glissent comme une soie froide. Ses poèmes deviennent irréprochables, élégants, dociles. Mais à chaque relecture, un fardeau glacé pèse sur sa poitrine : sous la perfection de la forme, son essence s’éteint. Ces vers n’avaient plus le parfum de son cou, ni la tiédeur de ses lèvres, ni le tumulte de son sang.

Un soir de tempête, n’y tenant plus, elle déchire les voiles de la bienséance. Sa main, tremblante d’une fièvre retrouvée, rédige une lettre comme aux premiers jours : fiévreuse, maladroite, éperdue de vérité. Sans attente et sans pudeur, elle la confie à la nuit.

Elle n’a jamais reçu de réponse. Et pourtant, ce fut la seule lettre qui lui a rendu sa liberté et a apaisé ses tourments.

Quand le cœur refuse les formalités, il reste fidèle à sa vérité.

Charef Berkani

Quand le cœur se tait

Quand le cœur se tait

Il arrive que les sentiments se présentent à notre porte sans frapper, les mains vides, mais le cœur chargé de cette richesse que nul marché ne saurait évaluer. Ils ne connaissent ni les usages, ni les protocoles, ni les chemins balisés par la raison. Ils viennent simplement déposer un peu de leur lumière sur le seuil d’une âme, dans l’espoir discret d’y trouver un écho.

Le cœur offre sa fleur sans rien réclamer en retour. La sincérité lui suffit, car elle vaut à ses yeux toutes les richesses du monde.  Il ignore les lois que la raison impose. Il se contente d’un sourire pour éclairer le jour.

Quand le devoir étouffe l’élan du cœur, la tendresse s’efface au fil des jours ; et l’on cherche en vain la douce lueur, des instants perdus à différer l’amour.

Je voudrais croire que nous saurons, un jour, laisser les sentiments respirer à leur rythme, sans leur imposer le costume de nos certitudes.

Charef Berkani

Une beauté sereine

Une beauté sereine

Celle que j’adule dans mes rêves n’a pas la splendeur éphémère d’une rose à peine éclose. Non, elle possède la beauté patiente et profonde de cette grenade au teint doré, légèrement hâlé par les années et par le soleil de mes songes. Sa peau est douce comme un parchemin usé. Elle porte les traces discrètes d’un temps que j’imagine long, rempli de sagesse et de tendresse accumulée.

Elle apparaît souvent au détour d’un chemin intérieur, un secret partagé uniquement entre elle et mon esprit endormi. Elle est là, comme ce fruit posé dans sa main, discrète et précieuse. Parfois, elle porte une écharpe de dentelle tissée, de la couleur des épices, qui semble absorber toute la chaleur du monde pour me la restituer. Derrière ses yeux, du même gris-bleu que l’horizon dans la brume, elle me regarde avec une infinie bienveillance.

J’adore la richesse intérieure de cette femme. Sous son enveloppe simple et sage se cache un cœur incandescent, composé de mille pépites de rubis, serrées les unes contre les autres. Chacune d’elles est un souvenir, une émotion, un éclat de rire qui a traversé le temps. Elle est cette réserve inépuisable d’amour et de mémoire, un trésor que je ne possède qu’en rêve, mais qui, chaque matin, au réveil, dépose en moi un goût sucré et tenace d’éternité.

Charef Berkani

La marge

La marge
Livre de lumière

Elle avait longtemps vécu dans la marge, là où les regards s’attardent rarement, là où les mots semblent s’arrêter avant d’avoir raconté l’essentiel. Elle était cette femme discrète, dont les rêves demeuraient entre les lignes, comme si la vie avait oublié de lui réserver une place au cœur de son propre livre.

Puis, un jour, quelqu’un posa entre ses mains un livre de lumière.

Il ne lui promit ni de réécrire son passé ni d’effacer les blessures que le temps avait laissées sur son âme. Il lui offrit simplement des mots, des silences complices, une présence qui ne cherchait pas à la retenir. Page après page, quelque chose en elle se remit à vivre. Les phrases éclairaient des souvenirs qu’elle croyait perdus, réveillaient des désirs longtemps tus et rendaient à ses rêves le droit d’exister.

Peu à peu, elle comprit que la lumière de ce livre ne venait pas seulement de celui qui le lui avait offert. Elle naissait aussi de ce qu’il révélait en elle : une tendresse intacte, une beauté intérieure qu’elle avait cessé de regarder, une force tranquille que les années n’avaient pas réussi à lui enlever.

Elle qui s’était longtemps crue reléguée dans les marges découvrait qu’elle pouvait, elle aussi, devenir le sujet d’une histoire. Non pas en abandonnant sa liberté pour entrer dans celle d’un autre, mais en retrouvant le goût d’écrire ses propres pages.

Car un livre de lumière ne demande pas à la femme de devenir l’ombre de celui qui le tient. Il éclaire son chemin, sans choisir sa destination. Il lui tend une main, sans emprisonner la sienne.

Et si elle demeure parfois dans la marge, ce n’est plus par oubli ni par résignation. C’est peut-être là qu’elle aime se tenir, à l’abri du bruit, pour écouter battre son cœur et recueillir les mots que lui inspire cette nouvelle clarté.

Il arrive ainsi qu’un homme offre un livre à une femme, sans savoir qu’il lui rend le plus précieux des cadeaux : la possibilité de se relire autrement.

Et lorsqu’elle referme doucement l’ouvrage, la lumière ne s’éteint pas.

Elle a simplement changé de demeure.

Elle n’habite plus seulement les pages du livre ; elle habite désormais sa propre vie.

Charef Berkani

Le bois des blessures

Le bois des blessures

Prose poétique

Au détour d’un chemin, mon regard s’est arrêté sur un vieux bois brisé, abandonné à même le sol. Ses branches dénudées s’entremêlaient dans un désordre étrange, comme si elles cherchaient encore à se retenir les unes aux autres. Certaines portaient les marques d’une rupture brutale ; d’autres, plus modestes, s’accrochaient à la terre, sans savoir si elles avaient encore un avenir.

Je me suis approché. Dans cette carcasse de bois, j’ai cru reconnaître quelque chose de familier. N’avions-nous pas, nous aussi, connu des saisons où la vie nous arrache une part de nous-mêmes ? Des paroles qui blessent, des départs qui défont nos habitudes, des rêves qui se brisent sans même nous demander notre avis…

Pourtant, ce bois ne semble pas tout à fait mort. Entre ses branches, quelques tiges fragiles se frayent un passage. Elles ne cherchent ni à réparer les blessures ni à dissimuler les cicatrices. Elles poursuivent simplement leur chemin, comme si vivre ne consistait pas à retrouver ce que l’on a perdu, mais à découvrir ce qui peut encore naître.

J’ai souri. Peut-être faut-il accepter que certaines ruptures ne se referment jamais complètement. Elles deviennent alors des passages par lesquels la lumière nous apprend à regarder autrement.

J’ai repris ma route, sans ce compagnon silencieux qui m’a transmis cette pensée : la vie ne nous promet pas de rester intacts ; mais elle nous offre parfois la grâce de refleurir là où nous pensions avoir fini de vivre.

Charef Berkani

Poème

Le vieux bois a gardé les traces des orages,
Ses rameaux déchirés se souviennent du vent ;
Pourtant, sous son écorce, au-delà des ravages,
Un souffle se prépare et se réveille lentement.

La vie brise parfois nos plus belles certitudes,
Elle emporte nos rêves au détour d’un chemin ;
Mais le cœur peut trouver, au fond de ses blessures,
Un espoir qui renaît sous la caresse d’une main.

Ne juge pas l’arbre à ses branches meurtries,
Ni l’homme aux cicatrices que le temps lui a laissées ;
Car il reste en chacun une force assoupie,
Et des printemps secrets que rien n’a pu chasser.

Charef Berkani

Au cœur des épines

Prose poétique

Je me suis arrêté devant cette fleur que personne n’a songé cueillir. Elle n’avait ni la grâce docile des roses ni le parfum discret des violettes. Son corps hérissé de pointes semblait défier la main qui aurait voulu la caresser. Pourtant, au sommet de cette armure racornie, deux pompons d’un jaune lumineux, offraient au regard une douceur inattendue.

Je me suis demandé quelle histoire pouvait bien se cacher derrière cette apparente hostilité. Peut-être avait-elle grandi dans un monde où la tendresse devait apprendre à se défendre. Peut-être avait-elle compris, bien avant nous, que la beauté ne suffit pas toujours à protéger ce qui est fragile.

Les épines ne m’ont pas paru méchantes. Elles étaient là, simplement, comme ces silences que nous dressons autour de nos blessures, ces barrières que nous élevons après avoir trop longtemps laissé nos rêves à la merci des autres. Nous finissons parfois par ressembler à ce que nous redoutons : inaccessibles au premier regard, alors qu’une part de nous attend encore une présence capable de voir au-delà des apparences.

Cette fleur ne réclamait rien. Elle ne cherchait ni à séduire ni à se faire pardonner ses défenses. Elle offrait sa lumière sans renoncer à ses pointes. Et c’est peut-être là que résidait sa leçon : nous n’avons pas toujours à nous dépouiller de nos protections pour mériter d’être aimés.

J’ai quitté cette rencontre avec une pensée pour tous ceux qui cachent leur douceur derrière une parole brusque, un sourire rare ou une prudence acquise. Il suffit parfois de prendre le temps de regarder, pour découvrir au milieu de leurs épines, une petite lumière qui n’a jamais cessé de veiller.

Après tout, la tendresse n’est pas l’absence de défenses ; c’est cette part de nous qui demeure capable de fleurir malgré elles.

Charef Berkani

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