VOICI UNE NOUVELLE VERSION VIDÉO D’UNE MEILLEURE QUALITÉ TECHNIQUE
Vous vous demandez si la laïcité serait mieux garantie et mieux protégée dans un Québec indépendant plutôt qu’à l’intérieur du Canada ? Écoutez bien ma réponse
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Vous vous demandez si la laïcité serait mieux garantie et mieux protégée dans un Québec indépendant plutôt qu’à l’intérieur du Canada ? Écoutez bien ma réponse
Ce texte a été publié pour une première fois en mars 2012 et je constate qu’il n’a pas pris une ride. Je le publie à nouveau aujourd’hui puisque le sujet est revenu dans l’actualité depuis un certain temps et que ma position demeure la même, soit celle de mettre fin à l’abattage rituel.
Lorsque je me suis présentée aux élections provinciales de 2014 comme candidate pour le PQ, ce texte, publié en 2012, est « soudainement devenu intéressant » pour salir ma réputation et torpiller ma candidature. Il m’a valu, à l’époque, les pires accusations dans certains médias et sur les réseaux sociaux, soient celles d’antisémitisme, de nazisme et même d’association avec l’idéologie du Ku Klux Klan. Imaginez !
De toute évidence les lobbys religieux ne voulaient pas d’une telle députée à l’Assemblée nationale.
Bonne lecture !
«Tout ce qui se meut et qui vit vous servira de nourriture; de même que la verdure des plantes, je vous donne tout. Seulement vous ne mangerez pas la chair avec son âme – le sang.» Genèse 9,3-4, premier livre de la Torah.
«Voici ce qui vous est interdit : la bête morte, le sang, la viande de porc; ce qui a été immolé à un autre que Dieu….. Les bonnes choses vous sont permises. Vous pourrez manger après avoir invoqué sur elles le Nom de Dieu.» Coran, V : 3-4.
«Rien d’extérieur qui pénètre dans l’homme ne peut le souiller, parce que cela ne pénètre pas dans son coeur, mais dans son ventre, pour s’en aller aux lieux d’aisance.» Évangile selon Marc 7, 18-19.
À lire ces passages, on constate qu’en renonçant à l’interdiction de certains aliments, les chrétiens ont raté une belle occasion de faire beaucoup d’argent, abandonnant ainsi aux juifs et aux musulmans le lucratif marché de l’alimentation.
Le miracle de la transsubstantiation
Comme à la messe, alors que la bénédiction du prêtre change le pain et le vin en corps et en sang du Christ, celle du rabbin change les poulets égorgés, le Nestlé Quick et le ketchup, en milliards de dollars. Dieu n’abandonne pas ses créatures et les accompagne même chez Loblaws et chez Métro. Dans les simagrées du rabbin bénissant le Coke, les frites, le sel et la mayonnaise, Dieu est partout et Il «cash» sur tout. Ding, ding, ding! Vous imaginez la supercherie, se faire payer pour bénir des bouteilles de Coke! Il y a même des rabbins qui font un camion d’une seule traite. C’est plus payant, et ça permet de bénir le camion en même temps. Les produits certifiés casher ont envahi l’alimentation industrielle et ils sont devenus incontournables dans nos grandes chaînes d’alimentation. Rien qu’aux États-Unis, le marché casher vaut 13 milliards de dollars. God is rich.
À la page 74 du rapport Bouchard-Taylor, concernant la nourriture certifiée casher, il est écrit que «les frais additionnels que doivent assumer les consommateurs sont très minimes et que les rabbins ne tirent pas profit de la certification». La commission a mandaté deux chercheurs pour nous dire cela.
Les poulets d’Allah
Du côté musulman, on retire le porc du Québec du menu des garderies pour le remplacer par les poulets d’Allah, égorgés en direction de La Mecque. On achète même des yogourts halal, c’est-à-dire «sans gélatine», celle-ci pouvant contenir des traces de porc, yogourts brassés dans la même direction que les poulets. Les enfants grandissant, les écoles publiques suivront d’ici quelques années ce menu islamique. D’ailleurs, au dîner de Noël du cegep où j’enseigne, cette année, on a retiré la tourtière pour la remplacer par de la quiche, champignons tranchés vers La Mecque!
À la page 54 du rapport Bouchard-Taylor, concernant le menu halal dans un Centre de la petite enfance (CPE) : «Le 7 novembre 2006, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) examinait une plainte déposée contre le CPE Gros Bec par un père de confession musulmane qui exigeait que ses deux fils ne mangent aucun mets contenant de la viande non halal.
Le 20 mars 2007, la Commission diffusait un avis demandant au CPE «d’appliquer la mesure d’accommodement proposée par le plaignant qui consiste à ne pas servir de viande non halal à ses enfants». Elle enjoignait également au CPE de verser au plaignant 4000 $ à titre de dommages moraux pour l’atteinte à ses droits.
Le conseil d’administration du CPE a décidé de ne pas donner suite à ces mesures. La Commission a donc engagé une poursuite contre le CPE devant le Tribunal des droits de la personne.»
J’ignore ce qu’il est advenu de cette poursuite qui nous enfonce la viande halal dans la gorge mais si on suit les avis de la CDPDJ, tous les CPE et les écoles publiques, les établissements de détention et ceux du réseaux de la santé de même que les Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) sont en voie de se faire imposer le retrait de la viande de porc en même temps que l’exigence d’une nourriture halal.
Les entreprises ont compris que l’avenir est au halal et qu’Allah est le plus grand. Ainsi le marché halal canadien se chiffre présentement à 1 milliard de dollars, 12 milliards en Amérique du Nord et plus de 300 milliards dans le monde. Rien qu’en France, c’est un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros par an, un marché que s’efforcent de contrôler les Frères musulmans. L’islamisation progresse lentement. D’abord les poulets…
Sirop d’érable béni AA, agneau de Dieu et du Québec, pétro-poulet de chez Olymel. Jamais la superstition n’aura été si payante et le vol aussi parfait.
La cité de dieu
Il y en a qui prie cinq fois par jour alors que d’autres ne prient jamais mais tous ces gens mangent, et au Québec trois fois plutôt qu’une. La bouffe religieusement modifiée (BRM), c’est l’assiette au beurre pour les entreprises et pour les intégristes religieux. Et l’on se trompe en pensant que ce marché du casher et de l’halal n’est qu’une simple activité commerciale.
Parce que contrairement aux autres produits, la BRM contient une «plus-value» à forte teneur politique, si bien que la question importante à se poser est: Où va l’argent remis aux imams et aux rabbins en échange de leur certification divine? Et à quoi sert-il précisément? Pour les Juifs, à financer la colonisation d’Israël en territoires palestiniens? Et pour les musulmans, à financer les Frères musulmans, ces islamistes qui veulent imposer l’islam partout dans le monde?
Et dire que Charles Taylor et tous les tenants de la laïcité ouverte essaient de nous faire croire que la religion est devenue une affaire personnelle et que nous n’avons plus rien à craindre des religions.
La cité des hommes
Exiger davantage de transparence et un meilleur encadrement dans l’étiquetage des produits commercialisés comme le réclame le PQ n’est pas la solution.
Si l’on souhaite écarter le religieux de notre assiette, alors il faut adopter une perspective laïque et se donner des règles nous permettant de laïciser l’alimentation. Bien sûr, on ne pourra pas débaptiser la mayonnaise mais il faut que l’État québécois assume sa laïcité et arrête de se plier à des exigences religieuses en matière d’alimentation.
En clair cela veut dire, ne pas retirer le porc des menus de nos institutions publiques et de tous les organismes qui relèvent de l’État et le réintroduire, là où il est banni.
Ordonner à la CDPDJ qu’elle cesse de donner des avis ou d’entreprendre des poursuites favorisant l’accommodement religieux en matière d’alimentation.
Et surtout, demander au gouvernement fédéral dont nous dépendons ici, qu’il modifie la loi actuelle sur l’abattage des animaux qui impose l’étourdissement des animaux avant l’abattage mais prévoit une exception pour l’abattage rituel. Que Québec demande à Ottawa que l’on mette fin à cette dérogation et que soit dorénavant interdit l’abattage rituel.
D’autres pays tels la Suisse, la Norvège, la Suède, l’Islande, la Nouvelle-Zélande ont eu ce courage de l’interdire. Le Québec doit se faire tout aussi exigeant et suivre leur exemple. Ainsi, les droits des animaux seront mieux respectés mais plus encore, celui des Québécois à vouloir vivre dans un Québec laïque.
Le poulet sacré
Une collègue de travail quittant son bureau pour rentrer chez elle, me dit en partant : «Ce soir, je leur fais un poulet sacré.» Un poulet sacré? C’est quoi ça? «Oh, c’est simple. Je prends un poulet et le «sacre» au four pendant une heure et demie, et l’affaire est ketchup…
La première fois que j’ai rencontré Monsieur Cloche, j’ai su tout de suite qu’il n’était pas comme tout le monde. On sent ces choses-là, au premier coup d’œil. On aurait dit qu’il nettoyait la planète. Il avait l’air de ne faire que cela.
Chaussé de bottes de marche, le pantalon retroussé jusqu’au genoux avec sa petite tuque en laine pour se protéger du soleil, il marchait, d’un pas rapide et assuré, comme s’il était parti pour traverser le monde à pied. La plupart du temps, je l’apercevais sur la rue Laval, à la hauteur du Carré Saint-Louis. Il était toujours en marche.
Mais le plus étonnant, c’est qu’il se penchait sans arrêt pour ramasser tout ce qui traînait devant lui. Rien ne lui échappait. Pas même un petit bout de papier ne trouvait grâce à ses yeux. Il ramassait tout. C’est simple, Monsieur Cloche nettoyait Montréal. Rien de moins! Vous imaginez la tâche? Immense, colossale, démesurée, et combien risible. De quoi décourager tous ceux qui vivent avec le temps bourré d’horloges.
D’abord j’ai cru qu’il était fou. C’est un réflexe normal. On n’a jamais l’habitude de ce qui est rare. Et puis, petit à petit, à force de l’observer, j’ai fini par ne plus rien croire du tout. J’ai pensé à ce bon vieux Sisyphe, aux Douze Travaux d’Astérix et à nous, simples mortels qui courons sans cesse, occupés que nous sommes, à tant réussir notre vie, tout en jetant négligemment sur les trottoirs de cette ville, des tonnes de papiers pour Monsieur Cloche.
À sa façon, il était le roi des poubelles comme celui des trottoirs. De toutes ces poubelles qu’il remplissait de ces longs trottoirs qu’il vidait. Un clochard à l’envers, quoi! Probablement le plus fou de tous. Une espèce de Bouddha urbain. Le Bouddha de l’asphalte en quelque sorte. Il avait l’air tellement absorbé par sa tâche, et si présent dans ses moindres gestes que la lune aurait pu lui tomber dessus, d’un seul coup, sans qu’il s’arrête de marcher pour autant, et qu’on l’aperçoive à nouveau, seul, avançant dans l’éternité bleue, et se penchant de temps à autre pour ramasser tous les papiers du bon dieu.
On n’arrêtait pas Monsieur Cloche. Comme les enfants, il avait le génie du rien, sachant mettre dans le menu détail la plus extrême gravité. Capable de transformer de vulgaires papiers blancs en blanche cérémonie, il déambulait dans la vie comme dans une cathédrale à ciel ouvert. Tout le contraire de l’Amérique. Non, impossible d’imaginer Monsieur Cloche allant quelque part, avec une cravate, un travail, des clés, un portefeuille, ou quelqu’un à son bras le samedi soir, ou même assis tranquille à regarder par la fenêtre d’un wagon de métro. Il aurait pu être l’allumeur de réverbères du Petit Prince tellement qu’il n’avait pas l’air d’ici. Peut-être était-ce bien lui d’ailleurs qui chaque soir nous ouvrait les étoiles une à une? Qui sait?
Ecce homo, voici l’Homme, que plusieurs espéraient bardé de diplômes, un cellulaire dans chaque poche et du fric entre les dents. Alors que la vie de Monsieur Cloche frôlait l’insignifiance, elle semblait pourtant remplie à ras bord. Oui, c’était plein partout dans sa vie. Parce que partout, il y mettait son cœur. Même dans ce que nous avons cru bon de jeter, Monsieur Cloche, lui, y mettait tout son cœur.
J’étais toujours un peu pressée lorsque je le croisais. En hâte, je me rendais au collège pour aller donner mon cours de philosophie. C’était sérieux, j’allais travailler. Tenter de réussir ma vie, et de toutes façons mes étudiants ne m’auraient pas attendue bien longtemps, pressés qu’ils étaient de réussir aussi la leur. Pour dire vrai, tout le monde passait vite sur la rue de Monsieur Cloche parce que la vie était toujours ailleurs et que nous étions tous du côté de l’Amérique.
Je me souviens d’un après-midi où je devais parler à mes étudiants de l’éthique de la présence à soi chez les bouddhistes. En hâte, je traversais le Carré Saint-Louis, tout en réfléchissant à la manière dont je leur présenterais la chose. Allez donc faire l’éloge de l’insignifiance et parler de la disparition de l’ego à des jeunes qui piaffent d’impatience de quitter le collège, à toute allure pour enfin devenir « quelqu’un ».
Et puis soudain, j’ai pensé à Monsieur Cloche, qui au lieu de s’en aller au bout du monde, a décidé de rester. Ici. Peut-être justement parce que le bout du monde, c’est ici, sur ce carré d’asphalte que tout le monde emprunte, beau temps, mauvais temps, pour aller toujours ailleurs. Monsieur Cloche, leur disais-je, avait trouvé son centre de gravité, son bout d’Himalaya, sa lenteur immaculée, là où le vide devient plein, et où le milieu du monde nous atteint en plein cœur.
Il y a longtemps que je n’ai pas revu Monsieur Cloche, à ce point que j’ai l’impression d’un rêve qui a fondu comme un morceau de sucre. Peut-être a-t-il tout simplement changé de quartier ou de rue, ou qui sait, passer pour de bon par-dessus les nuages? Peut-être est-il rendu en Afrique ou en Océanie, toilettant toujours calmement cette bonne vieille planète? La Terre est partout, vous savez.
C’est drôle, quand je me barricade dans ma tête et que je ferme les yeux pour aller plus loin, je vois une grosse boule avec Monsieur Cloche qui marche partout dessus. Si jamais vous l’apercevez au détour d’une rue, saluez-le de ma part, et dites-lui que j’ai compris que la terre est ici, avec des souris et des hommes et un gros soleil en plus pour éclairer tout cela.
Joyeux Noël Monsieur Cloche !
« Celui dont la vue ne porte pas au loin, verra les problèmes de près »
Sun Tzu (général chinois, VI siècle av.n.è.)
Les révélations concernant l’école Bedford ainsi que l’enquête menée dans dix-sept autres établissements d’enseignement concernant le respect des mesures prévues à la Loi sur la laïcité de l’État, ont montré que ce qui se passe présentement au Québec n’est pas un cas isolé ou exceptionnel, mais bien une offensive menée délibérément par certains enseignants ou personnels musulmans pour s’assurer d’une mainmise progressive de l’islam sur certaines écoles publiques, à l’image de ce qui se passe en France et en Belgique.
La montée de l’islamisme en Occident n’est pas une vue de l’esprit, ni le produit d’une quelconque paranoïa, encore moins la preuve manifeste d’une islamophobie décomplexée, comme se sont plaît à dire plusieurs détracteurs de la laïcité.
Depuis la crise des accommodements raisonnables en 2007, combien de lanceurs d’alerte ont vu leur réputation entachée par des accusations de racisme et d’islamophobie, allant même parfois jusqu’à être associé à l’extrême-droite. Certains ont même fait les frais de poursuites judiciaires visant à les neutraliser et à les discréditer auprès de la classe politique et médiatique.
Montée de l’islamisme et progression de l’islam
Mais la réalité ne peut pas avoir tort et ce qui a éclaté au grand jour avec le cas de Bedford, semble leur donner raison. Car ce que nous constatons dix-huit ans plus tard, c’est la progression d’un islam militant, de plus en plus visible, qui s’impose.
Que l’on pense, par exemples, aux démonstrations de prières collectives dans les parcs et les rues de Montréal, la progression de l’hidjab et du niqab dans certains quartiers ou CPE, écoles, cégeps et universités. La demande répétée pour l’octroi de lieux de prières dans ces mêmes institutions. La demande pour des congés religieux, l’extension de la nourriture halal, de plus en plus présente dans les épiceries et les grandes chaînes d’alimentation, le rappel constant de la période du Ramadan souligné par nos principaux médias et les contestations juridiques systématiques de lobbys musulmans afin d’empêcher l’adoption d’une quelconque mesure en faveur de la laïcité au Québec.
Et comment ne pas oublier la représentante spéciale de la lutte contre l’islamophobie, soutenue et financée par le ministère du Patrimoine canadien, en appui aux lobbys musulmans, qui visent ultimement à réislamiser les populations musulmanes pour préserver une identité islamique dont les valeurs religieuses s’opposent aux valeurs profanes de notre société, tout ceci dans le but d’empêcher leur intégration à une société occidentale sécularisée.
Ici, un souvenir me revient en mémoire. Il y a quelques mois, alors que j’étais en visite chez une amie à Québec et que nous étions samedi matin, j’aperçois de sa fenêtre, cinq tapis bien alignés sur la rambarde du balcon d’en face. Mon amie me dit, « c’est comme cela tous les samedis et le vendredi (jour de prières), les enfants ne vont jamais à l’école ». Au même moment, se tenait au Parlement, la commission parlementaire sur le projet de loi 84 portant sur l’intégration nationale. Le contraste était saisissant, déconcertant. Et je me suis dit : voilà où nous en sommes …
Bref, de plus en plus, nous sommes confrontés à un islam militant et conquérant qui vise à étendre sa présence d’un océan à l’autre et dont certains organismes se réclament ouvertement de l’idéologie frériste, issue du fondateur des Frères musulmans Hassan el-Banna. Tout ceci avec les généreuses subventions et la bénédiction de notre gouvernement libéral fédéral.
L’école et les CPE sont des cibles stratégiques pour les islamistes
L’école n’est pas une institution publique comme une autre. D’abord parce qu’elle seule fait le pont entre la famille et la société et que chacun d’entre nous y passe obligatoirement bon nombre années, ce qui n’est pas le cas pour les autres institutions publiques. Mais surtout parce qu’elle est le lieu par excellence de la socialisation, là où se fait l’apprentissage de notre langue, de notre histoire et de nos valeurs. Là où l’individu devient plus qu’un individu, là où il devient un citoyen, celui d’une nation.
Pour toutes ces raisons, les religions ont toujours bataillé ferme pour être présentes à l’école. Et ce n’est certes pas un hasard si, au Québec, le combat pour la laïcité s’est principalement concentré sur la déconfessionnalisation et laïcisation du système d’éducation et qu’il s’est achevé, il y a vingt ans à peine.
Et l’école, un sanctuaire ? Bien sûr que l’école devrait être un sanctuaire à l’abri des influences extérieures, offrant à l’élève un cadre où il puisse faire l’apprentissage de la liberté, de l’esprit critique fondé sur la raison et la science ainsi que de la citoyenneté, mais nous devons admettre que l’école actuelle a bien peu à voir avec cet esprit des Lumières.
L’excellent film AMAL du cinéaste belgo-marocain Jawad Rhalib décrit le quotidien d’une enseignante en classe de lycée qui cherche justement à initier ses élèves à cet esprit des Lumières, de même qu’à l’acceptation de l’homosexualité. Elle se heurtera à trois obstacles colossaux; la Famille, la Religion (ici l’islam) et l’influence des réseaux sociaux sur les jeunes, sur lesquels les enseignants n’ont aucun contrôle.
Une fiction, me direz-vous ? Après le visionnement du film en Belgique et en France, plusieurs enseignants ont témoigné de son réalisme saisissant, à ce point où certains y ont reconnu l’exacte description de leur salle de classe.
La grande leçon de ce film ? C’est le triste constat de la victoire de la Famille, de la Religion et des réseaux sociaux sur l’École de la République. Doit-on s’étonner alors du poids grandissant de la religion chez les jeunes musulmans québécois qui prient dans les cages d’escaliers des écoles ? Nous savons aussi qu’il y a au Québec des centres communautaires musulmans qui organisent des concours de récitation du Coran et qui officie la cérémonie du taklif où l’on fait prêter solennellement serment à des fillettes de porter le hidjab durant toute leur vie. Voilà bien des Bedford à venir …
Quant aux CPE, qui sont l’antichambre de l’école, le voile islamique y est en progression chez les éducatrices, contribuant ainsi à sa normalisation auprès des enfants et des parents fréquentant la garderie.
Et si le voile progresse, c’est tout simplement parce le travail d’éducatrice en CPE est très majoritairement occupé par des femmes. Ce faible taux de mixité explique aussi pourquoi nous y retrouvons autant de femmes voilées, parce que les occasions de séduction y sont beaucoup plus rares que dans d’autres catégories d’emplois, n’oublions pas que le Coran interdit aux femmes musulmanes d’épouser un non-musulman.
Aussi parce que l’éducation des enfants y est vue comme étant la tâche « naturelle » de la femme et finalement parce qu’il est possible de se retrouver rapidement en emploi, en obtenant un certificat d’éducatrice, après n’avoir compléter qu’une seule année de cégep à l’éducation aux adultes. Ajoutez à cela le manque d’éducatrices dans le réseau des CPE et vous comprendrez que ces institutions sont devenues une vitrine extraordinaire pour normaliser la présence du voile islamique.
Centralité de la religion et communautarisme
Avec le parcours qui a été le nôtre depuis la Révolution tranquille, sur le recul de la pratique religieuse et la place qu’elle occupe dans nos vies, nous sommes convaincus que la religion est une affaire personnelle qui doit demeurer privée.
Il n’y a pas de religion personnelle, cela n’existe pas.
Nous aurions donc intérêt à tenir compte de la dimension communautaire de toute religion qui conduit nécessairement au communautarisme. On prie ensemble, on jeûne ensemble et on célèbre ensemble.
Et nous aurions intérêt à tenir compte de la puissance propre de toute religion, de sa dimension politique et de son pouvoir de mobilisation.
C’est l’une des idées phares que présente Jean Birnbaum dans son livre Un silence religieux, Seuil, Paris, 2016. Il y développe l’idée que dans nos sociétés laïques, nous sommes devenus incapables d’articuler le politique d’avec le spirituel, que nous n’arrivons plus à prendre le spirituel au sérieux et que partout où il y a de la religion, on refuse d’y voir de la politique. Que dès que la politique surgit, on nous dit que cela n’a rien à voir avec la religion.
Si bien que lorsque l’islamisme se manifeste, on nous dit que cela n’a rien à voir avec l’islam. Et pourtant, l’auteur affirme que l’on ne peut tout réduire à l’islamisme parce que la religion elle-même, l’islam comme toutes les autres religions, ont leur propre puissance que nous n’arrivons plus à saisir adéquatement. Birnbaum nous invite même à interroger la teneur spécifique des textes fondamentaux des trois monothéismes. Et il conclut en disant que « le politique ne s’est que tardivement détaché du théologique. Hobbes, Spinoza, Rousseau : aucun de ces classiques n’a pensé que les temps modernes pouvaient se passer de la religion » p. 232
Nous partageons son point de vue et nous croyons que ces quelques lumineuses idées de Birnbaum méritent la plus grande réflexion.
Des éléments de constat comme du bonbon en vrac
Nous sommes en retard de dix-huit années… Rien que ça !
La censure des médias
2007, les accommodements raisonnables et le code de vie d’Hérouxville. Qui s’est pointé à Hérouxville avec des plateaux de baklavas ? Des catholiques ? Des protestants ? Des Témoins de Jéhovah ? Non, aucun de ceux-là, plutôt des femmes musulmanes voilées dont certaines sont toujours d’actives militantes.
C’était deux ans après que l’affaire des tribunaux islamiques en Ontario avait fait couler de l’encre dans les journaux et que les Québécois entendaient parler de l’islam. Des féministes québécoises et iraniennes, des journalistes des grands médias et même un ancien ministre ont alerté et pris publiquement position dans les médias contre ces tribunaux d’arbitrage religieux. Aujourd’hui, leurs textes seraient censurés systématiquement par ces mêmes médias.
Au printemps 2024, s’est tenu pendant deux jours à Québec un colloque, organisé par le Mouvement laïque québécois, ayant pour thème L’éducation à la laïcité : une nécessité démocratique. Ce colloque, réunissant de nombreux intellectuels, avait pour président d’honneur nul autre que Guy Rocher et pour invitée d’honneur, la philosophe Catherine Kintzler. À part, une entrevue avec Daniel Baril, président du Mouvement laïque québécois, dans le Journal de Québec, aucun autre média n’a couvert cet évènement.
Le 4 juin dernier, Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue et chargée de recherche au CNRS, l’une des grandes spécialistes des Frères musulmans en Europe, auteure d’un récent ouvrage sur cette question, Le frérisme et ses réseaux, l’enquête, préfacée par l’islamologue Gilles Kepel, est venue au Québec. Sa conférence publique a dû être annulée pour des raisons de sécurité (elle a reçu une menace de mort). Aucun média n’a souligné sa venue, pas plus que l’annulation de sa conférence.
En résumé, le point de vue de la laïcité républicaine est quasi-inexistant dans les principaux médias et ceux qui se portent à sa défense ne sont jamais invités à la télévision et voient généralement leurs textes refusés par la majorité des journaux, qui préfèrent offrir une tribune aux détracteurs de la laïcité.
Une prodigieuse pauvreté intellectuelle
Dans nos universités, nous n’avons pas de chaires de recherches sur l’islamisme, alors que nous en avons plus d’une sur l’islamophobie, généreusement financée par le gouvernement fédéral.
Contrairement à l’Europe ou aux États-Unis, nous n’avons pas non plus de chercheurs ou d’intellectuels dédiés à documenter et analyser la présence de l’islamisme au Québec et au Canada. Il est même difficile de trouver des livres sur ce sujet en librairie au Québec. Ils sont quasi-inexistants. Il faut les faire venir de France ou de Belgique.
Bref, nous ne pouvons que déplorer une telle indigence intellectuelle dans laquelle les Québécois sont maintenus et qui contribue à faire régner une chape de plomb sur la connaissance de l’islamisme, donnant ainsi l’impression que cela n’existe pas au Québec, pas plus que dans le reste du Canada.
L’islam divise les anciens alliés de la laïcité
Depuis la Révolution tranquille, le combat pour la laïcité avait fédéré les laïques, la gauche, les progressistes, les féministes et les syndicats contre le catholicisme. Tous étaient solidaires à défendre cette cause. Et il n’y avait à ce moment-là, qu’une seule laïcité, qui était forcément la bonne.
Or, depuis le rapport Bouchard-Taylor et la présence de plus en plus marquée de l’islam, on se retrouve dorénavant avec deux modèles de laïcité; l’une républicaine, d’inspiration française et conforme à ce que défend le Québec dans sa Loi 21, et l’autre, appelée libérale, en phase avec le modèle multiculturaliste anglo-saxon et recommandée dans le rapport Bouchard-Taylor. Deux modèles qui divisent et rendent frileux la gauche, les progressistes, les féministes et les syndicats, à part les laïques qui sont demeurés fidèles aux principes républicains.
L’islamisme au cœur de l’État canadien
En nommant une représentante spéciale de la lutte contre l’islamophobie, soutenue et financée par le ministère du Patrimoine canadien, le gouvernement de Justin Trudeau a installé l’islamisme au cœur de l’État canadien. Et Mark Carney n’est pas en reste. Le 6 juin, le premier ministre du Canada, a déclaré, dans un rassemblement de la Muslim Association of Canada, à l’occasion de la célébration de la fête de l’Eid, que « Les valeurs musulmanes sont les valeurs du Canada ». Le clientélisme électoral n’a pas de limite pour le gouvernement libéral du Canada. Tant d’ignorance et d’inconscience de la part d’un chef d’État a de quoi sidérer.
Éducation à la laïcité au Québec, il est minuit moins une
Il existe une fracture générationnelle entre les jeunes et les personnes plus âgées. Les jeunes n’ont aucune idée de la dimension politique des religions, pas plus qu’ils comprennent ce qu’est la laïcité, qu’ils voient comme quelque chose de liberticide et de raciste qui ne sert qu’à interdire et discriminer les femmes musulmanes voilées. Car pour eux, le voile n’est qu’un simple vêtement et que l’État n’a pas à dire aux femmes musulmanes comment s’habiller.
Ils perçoivent la laïcité comme étant une affaire de « vieux » alors qu’eux se considèrent comme des gens ouverts sur le monde et sa diversité. Et le plus inquiétant dans tout cela, c’est que trop souvent les enseignants partagent la même ignorance et les mêmes préjugés que leurs élèves sur cette question.
En France, berceau de la laïcité, on donne une formation de 36 heures aux enseignants des lycées sur l’histoire, la philosophie et le droit de la laïcité, alors qu’au Québec, les enseignants ne reçoivent aucune formation sur ce sujet et que l’on survole à peine ce thème avec les élèves, parmi les nombreux autres thèmes du cours Culture et citoyenneté québécoise.
Quant aux enseignants qui sont en faveur de la laïcité et de la Loi 21, ils craignent de l’exprimer publiquement. Peur de n’avoir pas d’appui de leurs collègues, ni de leur syndicat ou de la direction, peur d’avoir maille à partir avec certains parents d’élèves, peur de passer pour raciste et islamophobe. Pourquoi se mettre dans l’embarras et se retrouver isoler ?
On peut comprendre cette peur. Avez-vous seulement entendu des enseignants affiliés à la FAE dénoncer la contestation juridique de leur syndicat contre la Loi 21 ? Non, les enseignants ont peur et ils se taisent.
Loi 21 et clause dérogatoire
On se trompe en pensant que la loi 21 ne concerne que le Québec parce que le jugement de la Cour suprême, peu importe sa décision, modifiera de façon substantielle la jurisprudence canadienne, en autorisant ou non, tous les autres gouvernements provinciaux à légiférer dans le même sens que le Québec.
En clair, cette cause est une cause nationale, une cause-type pour l’ensemble du Canada et c’est la raison pour laquelle le gouvernement fédéral et la Commission canadienne des droits de la personne, elle-même financée par le gouvernement, vont participer à sa contestation en Cour suprême.
Quant à la clause dérogatoire, son enjeu dépasse largement celui de la loi 21, parce qu’il nous entraîne dans une bataille entre un gouvernement provincial qui défend sa loi et sa souveraineté parlementaire face à des juges de la Cour suprême qui craignent une remise en cause de l’énorme pouvoir politique qui leur a été conféré avec l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, depuis le rapatriement de la Constitution en 1982. C’est ce que l’on appelle la judiciarisation du politique.
Recommandations
Que faire ? Que faire pour endiguer cette montée de l’islamisme ? La réponse courte tient en un seul mot, la laïcité. Défendre la laïcité. Ce n’est pas une solution parfaite mais c’est ce que nous avons trouvé de mieux depuis le Siècle des Lumières. Défendre la séparation de l’État d’avec les religions, du mieux que l’on peut et sur tous les fronts. Aussi bien politique que juridique.
Avouons-le, c’est un projet fou, impératif, nécessaire, aussi démesuré et insensé que celui de vouloir construire un barrage contre le Pacifique, comme dans ce magnifique roman de Marguerite Duras Un barrage contre le Pacifique.
Alors je me permets de faire mienne toutes les recommandations proposées par le Mouvement laïque québécois dans leur mémoire présenté au Comité d’étude sur le respect des principes de la Loi sur la laïcité de l’État et sur les influences religieuses dont voici le lien :
À celles-ci, j’ajouterais :
Que le gouvernement mette sur pied un groupe de chercheurs qualifiés pour documenter et analyser la progression de l’islamisme au Québec et au Canada.
Il faut développer une vision d’ensemble et travailler sur plusieurs fronts à la fois. Ne pas se contenter de réagir à la pièce et d’être toujours en réaction à des atteintes à la laïcité, mais être pro-actif et élaborer des stratégies adaptées pour agir de manière préventive.
Il faut voir les choses sur le long terme et ne pas se limiter uniquement à une courte période d’un mandat de 4 ans. Les islamistes ne raisonnent pas ainsi et ils envisagent leur travail sur le long terme.
Lorsque l’on parle d’immigration au Québec, on insiste beaucoup et avec raison sur l’importance d’avoir une immigration francophone dans le but de préserver notre langue qui est au cœur de notre identité. Toutefois, il serait imprudent de n’y considérer que les avantages et, par ailleurs, d’en sous-estimer ou carrément négliger les effets sociaux qui mettraient en danger la laïcité de l’État. Cette question demande réflexion.
On répète constamment qu’il faut respecter les croyants mais pas les croyances. Il serait intéressant que cela ne demeure pas qu’un vœu pieux et que l’on interroge et développe une attitude critique face aux textes religieux qui sont sexistes et homophobes, le Coran appelant même à tuer les apostats, niant ainsi la liberté de conscience qui est au cœur de toute laïcité.
Si on veut s’assurer de l’avenir de la laïcité au Québec, il faut insister sérieusement sur l’éducation à la laïcité dans tout le réseau de l’éducation et trouver des moyens pour rejoindre les jeunes qui sont, rappelons-le, les futurs électeurs.
Aussi, dans un souci de cohérence, on ne peut pas uniquement légiférer sur la laïcité sans prévoir une solide éducation à celle-ci pour les jeunes de nos écoles qui représentent l’avenir de la laïcité. Il y a urgence ici !
Voir à ce sujet ma conférence sur l’éducation à la laïcité, au colloque du MLQ de 2024, publié sur mon blogue : https://louisemailloux.wordpress.com/2024/04/12/enseigner-la-laicite/
Le gouvernement de la CAQ a beaucoup insisté sur les avantages de la clause dérogatoire afin de préserver la souveraineté parlementaire mais ceci ne doit pas nous faire oublier que son usage et son renouvellement dépendra toujours des décisions du parti qui forme le gouvernement.
Il suffirait, par exemple, de l’élection du Parti libéral du Québec, qui a annoncé son intention de ne pas renouveler cette clause concernant la Loi 21, pour que les efforts fait jusqu’à maintenant pour protéger la laïcité et la Loi 21 soient dangereusement compromis, voire ruinés.
Considérant ceci, l’avenir de la laïcité au Québec sera toujours fragile et incertain tant et aussi longtemps qu’il reposera sur le recours à cette clause dérogatoire.
Sachant aussi que toutes les décisions contestées devant les tribunaux concernant la laïcité au Québec se rendent systématiquement jusqu’en Cour suprême, là où neuf juges, non élus et nommés par le gouvernement fédéral, décident du cadre laïque pour le Québec.
Sachant aussi que de prochaines contestations juridiques sont déjà annoncées concernant le projet de loi 94, ce qui va amener une fois de plus le gouvernement du Québec à devoir défendre sa nouvelle loi devant la Cour suprême. Tout ceci nous donne une idée de la prodigieuse étendue de notre aliénation à l’intérieur du Canada.
À tout cela, il n’y a qu’une seule et véritable solution. Elle est politique et repose sur la volonté de chaque citoyen. C’est celle de réaliser l’indépendance du Québec.
Le ministre de la Justice du Québec, Simon Jolin-Barrette, a récemment demandé à son homologue fédéral, Arif Virani, d’abroger l’exception religieuse en matière de propagande haineuse inscrite à l’article 319(3)b et 319(3,1)b du Code criminel canadien.
Cet article autorise quiconque à tenir un discours haineux « s’il a, de bonne foi, exprimé une opinion sur un sujet religieux ou une opinion fondée sur un texte religieux auquel il croit, ou a tenté d’en établir le bien-fondé par argument » sans être déclaré coupable d’une quelconque infraction.
Cette protection octroyée aux croyants de pouvoir tenir un discours haineux en toute impunité constitue un passe-droit pour l’expression de toutes les haines et les violences contenues dans les textes fondateurs des différentes religions, mais il y a plus encore.
L’immunité des textes dits sacrés
Cette protection indue constitue avant tout un aveu implicite de la violence que renferme les textes religieux et que l’État canadien veut mettre à l’abri de toute poursuite pénale. Par cette exception, l’État introduit une distinction entre les textes profanes et les textes sacrés, situant alors ces derniers en dehors de la loi des hommes et des normes juridiques s’appliquant à l’ensemble des citoyens.
En faisant cela, l’État outrepasse son rôle, instituant et imposant dans l’espace public, un espace sacré, qui relève d’une logique confessionnelle, qui est celle des Églises, pour qui la parole divine est parfaite, puisqu’elle participe du divin et qu’elle est le fait d’une révélation.
Par cette exemption, l’État se comporte comme une Église, donnant à ces textes un statut particulier, un caractère supérieur qui atteste du primat du religieux sur le civil, contredisant à sa face même les fondements les plus élémentaires de la laïcité.
L’État n’est pas une Église
En Occident, depuis le siècle des Lumières, l’État s’est affranchi progressivement du pouvoir religieux pour devenir autonome et souverain, posant ainsi les principaux jalons de la démocratie, de la citoyenneté, de l’État de droit et de la laïcité. Nous devons retenir de ces avancées historiques qu’un État laïque ne reconnaît que la loi civile, celle des hommes, émanant du peuple et non de Dieu ou d’Allah.
Qu’un État laïque n’est pas une Église au service des croyants mais bien une institution au service de l’ensemble des citoyens, indépendamment de leur croyance ou de leur conviction. Et qu’il ne convient donc pas à un tel État de se comporter comme une Église en reconnaissant le caractère prétendument sacré des textes religieux.
Qu’un État laïque ne doive pas confondre le respect des croyants d’avec le respect des croyances, ces dernières étant éminemment critiquables et justiciables comme n’importe lequel autre discours, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de propos haineux et d’appel au meurtre.
Pour l’abrogation
Cette immunité accordée aux croyants est une aberration et rien ne peut justifier que ceux-ci puissent jouir d’un pareil privilège au détriment de tous les autres citoyens. C’est pourquoi nous devons appuyer sans réserve cette demande du ministre Jolin-Barrette et appeler toute la classe politique, tant provincial que fédéral, à parler d’une seule voix et de se faire entendre haut et fort pour exiger du gouvernement Trudeau le retrait de ce paragraphe discriminatoire, inique et incongru qui autorise les propos haineux fondés sur des textes religieux et constitue un grave errement à l’État de droit.
Cet anachronisme digne du Moyen-Âge n’a évidemment pas sa place dans un État moderne. Le temps est venu chers élus de passer à l’action pour mettre fin à cette exemption religieuse, de prendre un peu de hauteur et de porter votre regard au-delà du clientélisme des lobbys religieux.
8 décembre 2024
À la suite du rapport d’enquête concernant l’école Bedford, plusieurs tombent des nues et se demandent bien candidement comment cette mainmise de onze enseignants, en majorité musulmans, sur l’école et le syndicat a pu durer pendant sept ans sans qu’aucune plainte officielle n’ait été déposée contre eux ?
Bien sûr on peut, et avec raison, exiger que la directrice générale du Centre des services scolaires de Montréal, Isabelle Gélinas, soit congédiée pour avoir ignoré et minimiser la gravité de la situation. On peut aussi comprendre que des enseignants ne se sentant pas appuyés par leur direction et leur syndicat ont préféré changer d’école au lieu de porter plainte contre leurs collègues. Pourquoi se mettre la tête sur le billot alors que tout le monde autour se défile ? Une administration qui fait l’autruche, un syndicat qui n’agit pas et des enseignants qui choisissent de quitter. Pourquoi donc ?
Avec l’islam, on marche sur des œufs
Ce n’est pas un secret, c’est un tabou. Dans le rapport d’enquête de 97 pages, nulle part il n’est question de religion mais tout le monde comprend qu’il s’agit de l’islam. Tout le monde le sait et les fonctionnaires qui ont rédigé le rapport le savent aussi, mais ils ne le disent pas.
Certains journalistes, quant à eux, réduisent ce rapport à sa dimension pédagogique, occultant du même coup toute sa dimension politique. Ils savent très bien que c’est de l’entrisme islamiste mais ils ne le disent pas.
Certains politiciens affirment, par ailleurs, qu’il s’agit d’entrisme religieux. Pourtant, ils savent très bien que, dans ce cas-ci, ce ne sont pas des évangéliques, ni des catholiques pas plus que des Témoins de Jéhovah, mais des islamistes, ils le savent mais ne le disent pas.
Et pourquoi qu’à chaque fois que l’on parle d’islamistes, on se sent obligé d’ajouter que la majorité des musulmans sont modérés et bien intégrés ? Pourquoi donc toutes ces précautions quand il s’agit de l’islam ?
La réponse est fort simple, c’est parce que nous avons peur. Il n’y a pas que les enseignants qui aient peur. Tout le monde a peur. Peur de passer pour raciste et islamophobe. Peur d’être associé à une droite identitaire, à l’extrême-droite et même au nazisme comme on l’a entendu de la bouche d’un avocat lors du procès contre la loi 21. Dites, vous connaissez une autre religion qui produise un effet aussi réfrigérant ?
Il n’y aura pas d’Ababouiné de l’islam
On a bien rigolé avec l’excellent film d’André Forcier mais il n’y aura pas d’Ababouiné de l’islam. La critique de l’islam n’est pas chose facile parce qu’elle nous prive de la zone habituelle de confort que nous avons lorsque nous critiquons le christianisme, parce que l’islam est la religion d’une minorité qui incarne la diversité et réclame au nom de l’inclusion et du multiculturalisme, l’ouverture au voile et à tout le reste. Ceci donne à cette religion un statut privilégié et fait qu’elle jouit d’une protection et d’une immunité que les autres religions n’auront jamais.
Pourquoi, croyez-vous, que la défense de la laïcité face aux catholiques fît l’unanimité dans les syndicats, la gauche et les féministes alors qu’aujourd’hui, face à l’islam, ils sont presque tous contre la loi 21 ?
Des féministes contre la loi 21
En 2009, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) se prononce contre l’interdiction du voile islamique et en 2019, elle rejette en bloc le projet de loi 21.
Face à ce même projet de loi, le Conseil du statut de la femme (CSF) recommande l’interdiction du port de signes religieux pour les personnes occupant des fonctions de coercition mais s’abstient courageusement (!) et demande au gouvernement de réaliser des études et de consultations pouvant justifier l’interdiction pour toutes les autres fonctions (par exemple les enseignants) au sein de l’État.
Des syndicats contre la loi 21
La CSN demande au gouvernement de retirer du projet de loi 21 les interdictions de porter des signes religieux à toute personne salariée, quelle que soit sa fonction, à moins qu’ils ne nuisent à sa prestation de travail.
La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), dont plus de 125 000 membres font partie du personnel de l’éducation, est d’avis que ce projet de loi mérite d’être revu, notamment quant au statut particulier accordé aux enseignantes et enseignants.
La FTQ, qui a été un leader dans la défense de la laïcité face aux catholiques, n’a même pas présenté de mémoire sur le projet de loi 21 et ne s’est pas présenté en commission parlementaire.
La FAE, à laquelle l’Alliance des professeurs est affiliée, conteste devant les tribunaux la loi 21. La honte du mouvement syndical.
L’islam a redessiné le paysage politique et fait prendre au combat laïque une autre dimension. Il devient plus complexe, plus sensible et déconcerte par ses nouveaux alliés. De toute évidence, il pose de nouveaux défis à la laïcité au Québec et le plus difficile sera sans contredit celui d’empêcher les islamistes d’imposer leurs valeurs et leur mode de vie.
L’entrisme islamiste ou appeler un chat, un chat
Ce que nous découvrons avec l’école Bedford n’est peut-être que la pointe de l’iceberg et cela nous ramène à ce qui se passe aussi en France et en Belgique. Le refus de la modernité politique qui a inauguré la séparation du religieux et de l’État, où la foi devient une affaire privée.
Le maillage entre l’école, la mosquée et le centre communautaire, ce type de réseautage qui n’est pas sans rappeler les méthodes fréristes et cette logique de rupture à inculquer aux enfants pour les empêcher de s’occidentaliser et préserver une identité islamique.
Soyons clair, à Bedford, nous faisons face à de l’entrisme islamiste et si nous voulons nous y attaquer adéquatement, vaudrait mieux ne pas avoir peur de le dire et avec les bons mots. Dorénavant, le déni n’est plus une option car ce serait faire preuve d’irresponsabilité et d’aveuglement. Allez courage, merveilleuses élites et commencez par appeler un chat, un chat. La population, elle, a déjà compris chat !
Voici la présentation que j’ai faite au Colloque L’éducation à la laïcité – une nécessité démocratique, organisé par le Mouvement laïque québécois, qui s’est tenu à Québec, le 6 avril 2024. Ma présentation avait pour titre : Quel pourrait être le contenu d’un enseignement à la laïcité et les défis que cela comporte
Je suis heureuse d’être ici aujourd’hui pour partager avec vous mon expérience d’enseignement à la laïcité. J’ai enseigné la philosophie pendant 35 ans au niveau collégial et, dans les dernières années de ma carrière, j’ai accordé à la question de la laïcité une place importante malgré le fait que la question était déjà sensible à ce moment-là et que j’étais la seule de mon département, à aborder ce sujet, mes collègues le jugeant trop délicat ou peu pertinent, quand ce n’était pas carrément raciste ou islamophobe.
J’avais de la pression sur les épaules à devoir me débrouiller seule avec cette matière et je devais éviter le moindre faux pas qui m’auraient peut-être valu une plainte auprès de la direction du collège qui, vous le devinez, ne voulait pas faire de vague.
Je me réjouis donc aujourd’hui que le gouvernement implante enfin un enseignement à la laïcité à l’intérieur du cours « Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) » dans les écoles et que cet enseignement soit obligatoire et non facultatif comme le proposait la première mouture de ce cours.
Une fois à la retraite, j’ai continué à enseigner la laïcité en donnant des formations sur ce sujet à l’Université du Troisième Âge de l’Université du Québec à Trois-Rivières, où ce fut un réel plaisir d’échanger avec des adultes sur un sujet d’actualité pour lequel ils avaient un grand intérêt et pour qui la connaissance de notre histoire et de notre cheminement face à la religion catholique n’était pas une nouveauté, car pour l’avoir vécue dans leur jeunesse, je n’ai pas eu à les convaincre de la dimension politique des religions et de leur propension à vouloir s’immiscer dans les affaires de l’État.
C’est donc cette expérience que je veux partager avec vous aujourd’hui en me concentrant essentiellement sur deux points. D’abord, quel devrait être le contenu d’une formation à la laïcité et en second lieu, quels sont les défis que cela représente.
Au Québec, nous n’avons jamais eu d’éducation à la laïcité. Et c’est au fil de mon enseignement tout comme à la suite de mes nombreuses conférences sur le sujet que j’ai pu constater que peu de gens savent réellement ce qu’est la laïcité, en connaissent les principes, son origine et sa raison d’être et qu’encore trop peu de gens connaissent l’histoire québécoise de la laïcité.
J’ai aussi constaté qu’encore trop de gens pensent que la laïcité est antireligieuse, faite pour supprimer les religions et imposer l’athéisme. Que chez les plus jeunes, la laïcité ne servirait qu’à imposer des interdictions, interdit de prier, interdit de porter le voile, et à brimer les croyants, particulièrement les femmes musulmanes, dans l’expression de leur identité et le choix de leur tenue vestimentaire. Bref, que la laïcité serait contraignante et liberticide. Tout le contraire de la liberté, du libre choix et de l’émancipation.
Cette méconnaissance largement partagée profite à ceux qui, sciemment ou non, colportent les pires faussetés à l’égard de la laïcité, dans le but de la travestir, de la dénigrer et de s’y opposer. Au moment où l’État défend sa loi sur la laïcité devant les tribunaux, développer chez les élèves des écoles publiques des connaissances élémentaires mais fondamentales sur ce sujet s’avère une nécessité pour former de futurs citoyens éclairés et ainsi se porter garant de l’avenir.
La tâche est colossale. Tout est à faire, à commencer par former les enseignants eux-mêmes, qui malheureusement partagent trop souvent envers la laïcité la même ignorance et les mêmes préjugés que leurs élèves. C’est pourquoi je parlerai ici de formation à la laïcité destinée aux enseignants, car si on veut que cela se rende aux élèves, il faut d’abord commencer par bien outiller les enseignants.
Le contenu
Le contenu d’un tel cours pourrait se décliner en deux volets. D’abord le volet philosophique, celui des principes, de l’origine et du sens de la laïcité, puis un second volet sur l’histoire québécoise de la laïcité, en soulignant les temps forts, de la révolution tranquille jusqu’à la loi 21.
Commençons par le commencement, l’étymologie. Le mot « laïc » emprunté au grec est « laïkos » qui veut dire « du peuple », signifiant ainsi que les lois viennent du peuple et non de Dieu, qu’elles sont faites par les hommes et non révélées par Dieu, posant ainsi une nette séparation entre le civil qui relève de l’État et le religieux qui relèvent des Églises. J’emploie ici le mot Églises au sens large pour désigner n’importe laquelle religion.
L’étymologie nous donne donc l’axe central de la laïcité, soit le primat de la loi des hommes sur les lois divines, où les lois civiles sont universelles et s’imposent à tous, alors que les lois religieuses sont particulières et ne concernent que les croyants. D’où la pertinence de les séparer, de façon que la religion ne s’impose pas dans l’État, pas plus que l’État ne se mêle de religion. Comme le disait Victor Hugo « Je veux l’Église chez elle et l’État chez lui ».
Les principes
C’est le principe premier de la laïcité, celui de la séparation de l’État d’avec les religions. L’État est donc neutre sur le plan religieux et ne peut imposer une religion à ses citoyens comme on le faisait, par exemple, à une certaine époque au Québec alors qu’un enseignement confessionnel se faisait à l’école publique.
C’est le second principe, celui de la neutralité de l’État qui va ouvrir le champ des possibles et permettre le maximum de liberté en matière de croyances et de convictions. C’est en ce sens que la laïcité émancipe, parce qu’elle autorise chacun à faire librement ses propres choix. On appelle cela la liberté de conscience qui se définit comme le droit de croire ou de ne pas croire, incluant celui de changer de religion ou de l’abandonner. Cette liberté est par principe antérieure à la liberté religieuse. Elle en est même la condition radicale.
C’est le troisième principe et la raison d’être de la laïcité, son sens le plus profond, car pourquoi la laïcité sinon pour garantir et protéger cette liberté de conscience, essentielle à toute démocratie.
Et finalement le quatrième et dernier principe, celui de l’égalité des droits qui proclame l’égalité de toutes les options sans qu’aucune privation de droits, persécution ou discrimination ne soit exercée à l’endroit de quiconque, comme ce fut le cas au XVI et XVII ième siècle pour les protestants en terre catholique et encore aujourd’hui, pour les chrétiens de pays musulmans.
Ce quatrième principe atteste de l’universalisme des droits et montre bien que la laïcité, c’est, d’abord et avant tout, l’expression de la liberté.
L’origine
Quant à l’origine de la laïcité, il serait important d’en parler pour donner aux élèves une perspective historique et leur expliquer que la laïcité a été la solution politique et philosophique la plus appropriée pour répondre à une conjoncture historique bien particulière, où l’Europe était mise à feu et à sang par les nombreux conflits religieux.
De l’Édit de Nantes en 1598 jusqu’au siècle des Lumières, ceci permettrait de mettre en évidence la dimension politique des religions et leur appétit pour le pouvoir afin d’imposer leurs propres valeurs à l’ensemble de la population.
Parce qu’il faut rompre avec l’idée que la foi est la religion et que la religion est quelque chose de personnelle. Une religion est un phénomène social, une organisation politique avec un chef qui fait parfois des miracles, dont le programme du parti est sacré et inaltérable et qui promet à ses membres la vie éternelle. Trouvez-moi un autre parti politique qui soit capable d’en faire autant !
Les différents espaces
Passons maintenant à des considérations pratiques. Où s’applique la laïcité ? Au restaurant, dans un centre commercial, chez Waldmart ? Dans les écoles, les hôpitaux, les ministères, les cabanes à sucre ou les YMCA ? Dans les transports en commun, les CPE, à la maison, à la SAAQ ? Où ?
Revenons aux principes, le premier, celui de la séparation de l’État d’avec les religions et demandons-nous si un restaurant ou un Waldmart est une institution d’État ? Évidemment non. Donc la laïcité ne s’y applique pas.
Ceci permet de distinguer trois espaces, d’abord l’espace privé qui est la maison et qui ne relève pas de l’État, puis l’espace public comme les parcs, les épiceries, les restaurants qui sont commun à tous mais ne sont pas pour autant une institution d’État et l’espace civique qui lui, réfère aux institutions qui représentent l’État comme l’école, les CPE, les différents ministères et les hôpitaux.
Ce sont ces institutions publiques qui doivent être laïques et offrir des services laïques, justement parce l’État est neutre et qu’il s’adresse à l’ensemble des citoyens, indépendamment de leur religion. L’État ne s’adresse pas à des catholiques, des protestants, des juifs ou des musulmans mais à des citoyens.
Il est important d’attirer l’attention des élèves sur ce concept de citoyenneté. La citoyennetéest un concept politique qui définit l’individu dans son rapport à l’État, avec ses droits et ses devoirs, et qui par l’exercice de ceux-ci, le fait accéder à la communauté politique.
Un citoyen est plus qu’un simple individu. C’est celui qui, conscient de son histoire, de sa culture, des valeurs partagées et du rôle des institutions publiques, a acquis non seulement une maturité politique mais aussi le sentiment d’appartenance à une grande communauté, celle de la nation.
La citoyenneté nous place au cœur de la tradition républicaine, où l’État garantit à tous et à chacun, l’égalité en droit et en dignité, indépendamment de ce qui le distingue, que ce soit le sexe, la race, l’orientation sexuelle ou encore la religion. Organiser la vie sociale et politique selon l’exigence de l’universalisme, en misant sur ce que nous avons en commun, des valeurs collectives, voilà tout le sens de la citoyenneté et de la tradition républicaine.
Il faut expliquer aux élèves que dans la vision libérale anglo-saxonne, le citoyen, pas plus que l’espace civique n’existent, parce qu’il n’y a que des individus qui ont des droits individuels et qui se définissent en fonction de leurs particularismes, mettant ainsi l’accent sur ce qui les différencie, ce qui a pour effet d’encourager le communautarisme, de miner la cohésion sociale et d’empêcher l’affirmation nationale.
Que dans la tradition républicaine qui distingue le Québec du reste du Canada, l’État exerce sa souveraineté parlementaire et impose ses règles afin de préserver la laïcité de ses institutions alors que dans la vision anglo-saxonne, l’État doit être minimal parce qu’on le juge coercitif, enclin à brimer les droits des minorités. C’est pourquoi il doit s’effacer devant le pouvoir juridique et s’en remettre aux jugements des tribunaux. C’est ce que l’on appelle la judiciarisation du politique.
Il faudrait aussi aborder la laïcité ouverte, expliquer ce qui la caractérise et montrer comment elle ne fait qu’introduire à nouveau les religions dans les institutions de l’État. Montrer que la neutralité de l’État sans la séparation n’est pas de la laïcité puisque qu’un État neutre pourrait alors, sans favoriser ou défavoriser une religion, les accueillir toutes et s’harmoniser parfaitement avec le multiculturalisme canadien.
C’est avec ce genre de raisonnement que l’on s’oppose à la loi 21 et défend le port de signes religieux chez les enseignants des écoles publiques en disant que c’est l’État qui doit être neutre, pas les individus et qu’avec la loi 21, l’État restreint la liberté religieuse et brime les droits des croyants, particulièrement celui des femmes musulmanes.
L’histoire québécoise de la laïcité
Passons maintenant au second volet, celui de l’histoire de la laïcité au Québec. Il est important ici de donner aux élèves une perspective historique avec les temps forts qui ont marqués notre parcours en matière de laïcité face à l’Église catholique afin que les élèves comprennent en quoi nos efforts actuels face à des religions minoritaires n’ont rien de raciste ou d’islamophobe, puisqu’ils obéissent toujours aux mêmes principes et qu’ils ne sont que la suite logique de notre histoire.
Depuis le début des années 60, l’État québécois s’est affirmé et investi des champs autrefois occupés par les religieux comme la santé, les services sociaux, l’éducation et la culture, en créant différents ministères qui seront laïques. C’est d’ailleurs l’une des grandes réalisations de cette révolution tranquille que la laïcisation de nos institutions publiques.
Toutefois, d’énormes compromis seront faits avec l’Église dans le domaine de l’éducation. Des instances confessionnelles seront créées dans les plus hautes structures de l’État comme des postes de sous-ministres associés de foi catholique et protestante ainsi que la création de comités catholique et protestant du Conseil supérieur de l’Éducation et le maintien de la confessionnalité dans les écoles.
L’Église a conservé sa mainmise sur les écoles parce qu’elle avait compris que si l’on veut que la religion définisse et oriente la vie de tout un peuple, c’est à l’école qu’il faut être davantage que dans les hôpitaux.
C’est donc sur le terrain de l’éducation que la bataille pour la laïcité va se concentrer avec pour principale revendication, la déconfessionnalisation des écoles publiques.
En 1961, des partisans d’une école laïque vont se regrouper pour fonder le Mouvement laïque de langue française qui conduira en 1981, à la création du Mouvement laïque québécois qui défend actuellement la loi 21 devant les tribunaux.
Il faudra attendre 1997 pour que les commissions scolaires deviennent laïques, 2000 pour laïciser les écoles publiques et 2005 pour mettre fin à l’enseignement confessionnel.
2005 marquera aussi l’entrée de l’islam sur la scène politique et médiatique avec la question controversée des tribunaux islamiques en matière de droit familial.
En 2006, une année seulement après que l’on eût mis fin à l’enseignement confessionnel, la Cour suprême déboutera la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys qui s’opposait au port du kirpan et qui avait gagné en Cour d’appel, et autorisera le port du kirpan dans les écoles.
En 2007, ce sera l’année de la crise des accommodements raisonnables et la mise sur pied de la Commission Bouchard-Taylor, dont le rapport déposé en 2008, recommande la laïcité ouverte et des accommodements au cas par cas, visant à accorder à un individu, une dérogation à une norme, à une règle commune qui serait discriminatoire en vertu des chartes.
En 2013, le projet de loi 60, appelé charte des valeurs, qui interdisait le port de signes religieux dans toutes les institutions publiques, mourut au feuilleton par suite du déclenchement des élections en 2014.
En 2017 sera adoptée la loi 62 sur la neutralité de l’État qui mettait en place une laïcité ouverte aux religions dans les institutions publiques et finalement en 2019, l’adoption de la loi sur la laïcité de l’État actuellement contestée devant les tribunaux et qui se rendra fort probablement en Cour suprême.
Cette Cour suprême qui nous rappelle le carcan constitutionnel dans lequel nous sommes en tant que province et qui empêche le Québec d’avoir sa pleine autonomie en matière de laïcité.
Les défis que représente l’enseignement de la laïcité
Ils sont nombreux. Je vais en énumérer quelques-uns :
Le premier, c’est le temps. Le temps alloué à la présentation de la laïcité à l’intérieur du cours de Culture et citoyenneté québécoise sera déterminant pour la réussite de cet enseignement. Ce sera assurément une façon de juger du sérieux du gouvernement dans l’implantation de ce nouvel apprentissage.
Le second défi, c’est l’ignorance de tout et les mêmes préjugés partagés à la fois par les enseignants et par les élèves face à la laïcité.
L’auto-censure des enseignants qui craignent d’être accusés de racisme ou d’islamophobie. Un facteur silencieux qui pèse lourd dans la balance.
L’isolement des enseignants en faveur de la laïcité face aux prises de position de leur syndicat contre la loi 21. Pensons notamment à la Fédération autonome des enseignants qui contestent la loi 21 devant les tribunaux. Une vraie honte !
Du côté des jeunes, plusieurs ne voient pas l’importance et la pertinence de la laïcité.
Plusieurs jeunes élèves et jeunes enseignants sont contaminés par la pensée intersectionnelle et décoloniale, et ramènent tout à l’identité, jugeant alors que le voile fait partie de l’identité des femmes musulmanes et qu’on ne peut donc pas leur demander de le retirer au travail.
Les élèves n’ont aucune idée de ce qu’est le voile, de sa dimension politique comme élément de prosélytisme ou indice d’islamisation parce qu’on les a habitués à n’y voir qu’un simple vêtement. Le « c’est mon choix » tend à occulter que le vêtement est un objet de communication.
Les jeunes ne voient pas non plus le voile comme étant un symbole d’oppression patriarcale incompatible avec le féminisme.
Et finalement, les élèves n’ont pas l’habitude d’une approche critique du fait religieux et confondent souvent le respect des croyants d’avec le respect des croyances.
Quelques mesures à prendre
Comme outil pédagogique, que le ministère de l’Éducation fournisse aux enseignants un petit guide sur la laïcité qui garantirait un enseignement objectif de qualité, faciliterait le travail des enseignants et leur enlèverait une pression sur les épaules d’avoir à aborder un sujet aussi sensible.
Ajouter une formation obligatoire à la laïcité dans le cursus des futurs enseignants à la faculté des sciences de l’Éducation de même que dans la formation universitaire des futurs médiateurs interculturels.
Finalement décréter une journée de la laïcité à l’école qui permettrait aux enseignants de rappeler les principes de la laïcité et de répondre aux questions des élèves.
Certains d’entre vous seront peut-être tentés de me demander comment mes étudiants réagissaient à mon enseignement à la laïcité. Très bien. Deux remarques revenaient constamment : Madame, j’ai beaucoup appris, on ne m’avait jamais parlé de cela. Et, au début du cours, on pensait que vous étiez raciste mais cela n’a vraiment rien à voir.
Chers amis, ces simples commentaires doivent nous encourager à aller de l’avant dans l’éducation à la laïcité.
« Allah, charge-toi de ces agresseurs sionistes. Allah, charge-toi des ennemis du peuple de Gaza. Allah, recense-les tous, puis extermine-les. Et n’épargne aucun d’entre eux ! » Ce discours haineux prononcé par l’imam Adil Charkaoui, lors de la manifestation pro- palestinienne du 28 octobre, a fait l’objet d’une plainte, qui est toujours sous enquête, et pour laquelle on tarde à porter des accusations en vertu de l’article 319 du Code criminel interdisant l’incitation publique à la haine.
Comment expliquer cela ? Un musulman appelle au meurtre devant une foule en plein Montréal et il serait impossible de le sanctionner ? La réponse est oui. Vous savez pourquoi ? Parce que ce même article autorise, en 319(3)b, quiconque à tenir un discours haineux « s’il a, de bonne foi, exprimé une opinion sur un sujet religieux ou une opinion fondée sur un texte religieux auquel il croit » sans être déclaré coupable d’une infraction.
Cette protection octroyée aux croyants de pouvoir tenir un discours haineux en toute impunité constitue un passe-droit pour l’expression de toutes les haines et les violences contenues dans les textes fondateurs des différentes religions, et dont les propos d’Adil Charkaoui, qu’il affirme être une prière, sont un exemple patent. Mais il y a plus encore.
L’immunité des textes dits sacrés
Cette protection indue constitue avant tout un aveu implicite de la violence que renferme les textes religieux et que l’État canadien veut mettre à l’abri de toute poursuite pénale. Par cette exception, l’État introduit une distinction entre les textes profanes et les textes sacrés, situant alors ces derniers en dehors de la loi des hommes et des normes juridiques s’appliquant à l’ensemble des citoyens.
En faisant cela, l’État outrepasse son rôle, instituant et imposant dans l’espace public, un espace sacré, qui relève d’une logique confessionnelle, qui est celle des Églises, pour qui la parole divine est parfaite, puisqu’elle participe du divin et qu’elle est le fait d’une révélation.
En conformité avec le préambule de la charte canadienne des droits et libertés qui reconnaît la suprématie de Dieu, l’État donne à ces textes un statut particulier, un caractère supérieur qui atteste du primat du religieux sur le civil, reconduisant à nouveau cette même logique confessionnelle.
L’État n’est pas une Église
En Occident, depuis le siècle des Lumières, l’État s’est affranchi progressivement du pouvoir religieux pour devenir autonome et souverain, posant ainsi les principaux jalons de la démocratie, de la citoyenneté, de l’État de droit et de la laïcité. Nous devons retenir de ces avancées historiques qu’un État laïque ne reconnaît que la loi civile, celle des hommes, émanant du peuple et non de Dieu ou d’Allah.
Qu’un État laïque n’est pas une Église au service des croyants mais bien une institution au service de l’ensemble des citoyens, indépendamment de leur croyance ou de leur conviction. Et qu’il ne convient pas à un pareil État de se comporter comme une Église en reconnaissant le caractère prétendument sacré des textes religieux.
Qu’un État laïque ne doive pas confondre le respect des croyants d’avec le respect des croyances, ces dernières étant éminemment critiquables et justiciables comme n’importe lequel autre discours, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de propos haineux et d’appel au meurtre comme ceux d’Adil Charkaoui.
Pour l’abrogation
Cette immunité accordée aux croyants est une aberration et rien ne peut justifier que ceux-ci puissent jouir d’un pareil privilège au détriment de tous les autres citoyens. Mais au Canada, bien que nous soyons tous égaux devant la loi, il semblerait, qu’il y en a qui sont plus égaux que d’autres. Et ici, ce ne sont certes pas les lobbys religieux qui vont s’en plaindre.
Que des accusations criminelles soient portées ou non contre l’imam Charkaoui, son discours du 28 octobre devrait nous inquiéter et interpeler la classe politique. Le paragraphe 319(3)b du Code criminel accordant une immunité aux propos haineux fondés sur un texte religieux doit être abrogé par le gouvernement fédéral.
Et il importe ici d’entendre haut et fort les élus de tous les partis politiques, tant provincial que fédéral, parler d’une seule voix pour exiger du gouvernement Trudeau le retrait de ce paragraphe discriminatoire, inique et incongru qui autorise les propos haineux des textes religieux et constitue un grave errement à l’État de droit.
Pourquoi enrichie ? Pour rectifier certains propos étonnants de Dominique Payette dans son texte, Théorie du genre 101, paru dans Le Devoir du 23 septembre, et exposer du même coup les points saillants de cette théorie, dont tout le monde parle sans jamais pouvoir expliquer clairement en quoi elle consiste.
Disons d’abord que Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir a bien peu à voir avec la théorie du genre. Et s’il faut établir une filiation directe, c’est vers la philosophe américaine Judith Butler, théoricienne du queer, qu’il faut se tourner.
Madame Payette aurait d’ailleurs grand intérêt à lire deux de ses ouvrages, Défaire le genre et Trouble dans le genre, le féminisme et la subversion de l’identité, qui ont été à l’origine d’une remise en question radicale de l’identité de genre et qui ont fait du queer et de la transidentité, des pratiques subversives qui déconnectent le sexe du genre et contestent par le fait même la position sociale dominante de l’hétérosexualité.
Butler applique la méthode foucaldienne à la théorie du genre
Pour Michel Foucault, le sexe existe, bien évidemment, mais, dira-t-il, nous ne le connaîtrons jamais réellement. Parce que nous n’y avons accès qu’à travers un certain langage, un dispositif discursif qui le fait exister d’une certaine façon, à une époque donnée. Bref, le sexe n’échappe pas à l’histoire et n’existe pas en dehors d’elle. Il est travaillé, construit, constitué par elle et ne la précède pas. Il en est plutôt l’effet, le résultat.
C’est en ce sens et en ce sens seulement, qu’il n’y a pas de « vrai sexe » pour Foucault, un sexe universel, une réalité brute traversant toutes les époques, puisque nous n’y avons accès qu’à travers des singularités historiques.
On reconnaît ici l’influence de Nietzsche sur Foucault qui a récusé toute métaphysique de la substance et fait table rase de toutes les philosophies qui présupposent qu’il y a de l’Être qui se cache derrière les mots.
D’où le refus chez Foucault et chez Butler d’une ontologie sexuelle, d’un sexe anhistorique qui servirait de fondement naturel à l’identité de genre. En clair, il n’y a pas d’original, rien que des copies. Des copies à l’infini qui ne sont des copies de rien, toutes différentes les unes des autres. Un monde sans universaux, où n’existent que des singularités.
Butler appliquera cette méthode à la théorie du genre pour en déduire que la norme hétérosexuelle, par sa répétition, crée l’illusion d’une sexualité « naturelle » en dehors de l’histoire, qui détermine et limite le genre. C’est d’ailleurs ce que Butler reproche à Beauvoir, d’avoir pensé le corps comme un donné biologique qui échappe à l’histoire.
La tâche qui s’impose alors pour libérer le genre et le rendre plus fluide comportera deux exigences, la première étant celle de le séparer du sexe, pour ensuite refuser à ce sexe tout caractère naturel. Ainsi, la transidentité, où un homme se dit une femme et une femme se dit un homme, satisfait parfaitement ces exigences et se présente comme la stratégie politique la plus avantageuse pour déstabiliser l’hétéronormativité.
Le sexe est « assigné » et la biologie est congédiée
Dans certains documents du ministère de l’Éducation, on parle de sexe « assigné » à la naissance au lieu de sexe « constaté », sous-entendant ici que l’assignation du sexe de l’enfant est attribuée par une autorité extérieure, soit le personnel soignant ou les parents et qu’il est donc le produit d’une histoire singulière, structurée par des relations de pouvoir dans laquelle l’institution médicale et ses acteurs jouent un rôle prépondérant.
Dénaturaliser l’hétérosexualité suppose également que l’on évite de se référer à des concepts fondateurs trop biologisants, telle fille et garçon, femme et homme, en les remplaçant par « personne avec un utérus », « personne avec un pénis », dans le but d’empêcher tout lien de causalité entre le sexe et le genre et d’effacer toute différence des sexes et de leur nécessaire complémentarité dans la reproduction sexuée.
L’enjeu ultime de la théorie du genre, dénaturaliser l’hétérosexualité
Jusqu’à maintenant, on nous a présenté la théorie du genre sous l’angle de l’acceptation sociale de la diversité sexuelle mais ce serait une grave erreur d’écarter ce qui se joue de fondamental sur le plan des idées. Une révolution est en cours, sous nos yeux, alors que nous sommes en train de réinitialiser notre monde.
Laissons la parole à Butler : « La perte des normes de genre aurait pour conséquence de faire proliférer les configurations du genre, de déstabiliser l’identité substantive et de priver les récits naturalisants de l’hétérosexualité obligatoire de leurs personnages principaux : l’ « homme » et la « femme »
». TG, p. 273.
Ici, la biologie n’est plus une science mais devient plutôt le discours dominant de l’hétérosexisme. Il faut voir dans cette posture une attaque frontale contre l’universalisme et son rempart le plus solide, celui de la science. Ce renversement de perspective est loin d’être banal, il n’est pas sans conséquence, et doit être questionné.
Si les militants trans ont trouvé dans la philosophie de Butler un appui conceptuel à leur démarche politique pour faire avancer leurs droits, il n’en demeure pas moins que c’est un tout nouveau projet de société qui se dessine derrière cette avancée.
Quant à l’affirmation de madame Payette, disant qu’elle ne s’habille pas comme sa grand-mère, ni comme une Afghane et que la théorie du genre est aussi simple que cela, je laisse au lecteur le loisir d’en penser ce qu’il veut.