Le monde d'Antigone
Un regard révolutionnaire sur l'actu internationale à partir des sites d'info...

Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour : 29.10.2026
9047 articles


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Bonjour

Publié le 31/12/2026 à 23:59 par monde-antigone

 

 

Ce blog autonome publie chaque jour une édition sur les faits les plus marquants de l'actualité internationale (économique, sociale et environnementale) à partir des articles des agences de presse et des sites d'information mis en ligne sur internet.


Les articles apparaissent du plus récent au plus ancien.
Vous trouverez dans chaque rubrique un index des articles antérieurs. Les rubriques numérotées permettent d'accéder plus rapidement aux articles. Une page contient 10 articles.


En caractères bleus: les coupures de presse (avec ++ quand elles sont accompagnées d'un commentaire, même court, de ma part).
En caractères noirs: mes articles personnels et mes éditos (avec ++ quand ils sont illustrés par une coupure de presse).
En caractères verts: les commentaires des intervenants.
En caractères bleu ciel: les ajouts et actualisations.
La mention 
en cours pour les mises à jour..  signalées aussi par la date suivie de  >> 


LES TITRES DES 30 DERNIERS JOURS

_________________________________ 

  

01.Parler de "casseurs" n'explique pas l’ampleur des pillages, 29/10/2026

09. ++ En Israël, une jeunesse de plus en plus à droite, 28/10/2026

06. ++ Vucic battu. Le début d'une nouvelle ère en Serbie, 27/10/2026

09. Netanyahou au milieu d'autres extrémistes, 26/10/2026

29. ++ La dynastie Bolsonaro proche du pouvoir absolu, 25/10/2026  en cours

[Ec4] Bitchat, la messagerie anti-censure qui cartonne, 24/10/2026

40. Le GIEC en crise avant la publication de son 7e rapport, 23/10/2026

40. ++ Le bilan caché de la canicule de l'été 2026 en Europe, 22/10/2026

40. ++ Des scientifiques dressent le bilan de santé de la planète, 21/10/2026

35b ++  L'armée prépare la succession de Sissi, 20/10/2026

01. ++ La colère des lycéens vue par les médias internationaux, 19/10/2026

Hist  Endettée, bloquée, sans gouvernail, l'ONU à la dérive, 18/10/2026  en cours

EcM  Catastrophes naturelles: La facture des logements détruits, 17/10/2026

08. ++ Trump met Zelensky au piquet pour 300.000 t de diesel russe, 16/10/2026

[Ec2]  Le commerce dépend des soubresauts de la géographie maritime, 15/10/2026

37. El Nino: Le Grand Sud malgache déjà affamé, 14/10/2026

08. L'Ukraine porte la guerre en Russie (jul 2026- ?), 14/10/2026

[Ec2]  Le pétrole circule à nouveau, mais les prix ne baissent pas, 13/10/2026

06. L’avenir politique de la Bosnie ressemble à son passé, 12/10/2026

[Ec1]  La dette mondiale atteint le montant record de 365.000 Mds $, 11/10/2026

01. ++ Que penser de la crise dans les lycées ?, 10/10/2026  en cours

37. ++ Au Tigré, le risque d'une insurrection de longue durée, 09/10/2026  en cours

09. L'extrême droite blanchie pour son soutien à Israël, 08/10/2026  en cours

 09. Le 7-Octobre au cœur des élections israéliennes, 07/10/2026

 10. Les Houthis s'imposent dans le conflit au Moyen-Orient, 06/10/2026  en cours

 [Ec1]  Le grand réveil des taux, 05/10/2026

 02. ++ La crise du logement provoque des manifestations à Madrid, 04/10/2026  en cours

 23. Elections au Québec et retour de la question indépendantiste, 03/10/2026  + EDIT

29. Le nouveau capitalisme politique brésilien, 02/10/2026

40. Réchauffement climatique, été 2026, 02/10/2026

41. ++ Une multiplication incontrôlée de débris spatiaux, 01/10/2026

16. Philippines: Un méga projet technologique menace une tribu, 30/09/2026

 

Le Cha-cha-chat

Publié le 31/12/2026 à 23:58 par monde-antigone

 
Pour dialoguer, laisser un message. Une discussion sur la conception du blog peut s'engager dans cet espace: Boite de dialogue

– INDEX des brèves 
–  

Fukushima 2011-2012

/ 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020, 2021, 2022, 2023, 2024 ,  2025 

Tract 2012 >> Le travail ? Quel travail ?
Tract 2013 >> Austérité ou relance: entre la pauvreté et la ruine

Tract 2024 >> Un monde sans argent est possible


 * * * * * * Les ajouts des 30 derniers jours * * * * * *

   

 

Les ajouts des 3 derniers jours (quand il y en a) sont reproduits in extenso juste après les brèves. 

(29/04 + 01/07 + 22/10/2026) [Ec4] Editions de "Pourquoi le procès entre Musk et OpenAI pourrait bouleverser toute l’économie de l’IA ?" puis "Les États-Unis lèvent leurs restrictions sur les modèles d'IA les plus puissants d'Anthropic" puis "Faille sur Internet: Qu’est-ce que le PHP, qui fait tourner la majorité des sites web ?" à la suite de " L'IA exhume des failles informatiques en série"(22/04/2026)

(18/10/2026) VFr / Edition de "Quels sont les visages qui incarnent la mobilisation lycéenne ?" à la suite de "Que penser de la crise dans les lycées ?" (10/10/2026)

(13+15/10/2026) Asie / Editions de "Indonésie: endommagées et asséchées, les tourbières partent en fumée" puis "Ciel orange apocalyptique, la fumée gagne Singapour" à la suite de "El Nino, brulis, sécheresse: L'Indonésie suffoque" (28/09/2026)

(15/10/2026) EurC / Edition de "Nouvelle journée de heurts entre manifestants et policiers en Albanie, des ministères attaqués" à la suite de "Albanie: La révolution des flamants roses" (08//06/2026)

(12/10/2026) Afr / Edition de "Joseph Kabila prend la tête du Front pour la refondation de la nation, nouveau mouvement politico-militaire" à la suite de "Le M23 dit vouloir "libérer tout le Congo" (07/02/2025)

 

Liste des topics périodiques régulièrement actualisés: Compilation des bulletins de santé (rubrique Ec1) / Fukushima dernières (rubrique 20) / Migrants: chronique meurtrière (rubrique 39) / Record de déplacés et de réfugiés dans le monde (rubrique 39) / Réchauffement climatique (rubrique 40) / Le "jour du dépassement" dépassé (rubrique 40) / * Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (rubrique 41) / Plongée dans les premiers temps de l'Univers (rubrique 41) / Des lois de société à plusieurs vitesses dans le monde (Chat)


SUR LE FEU / 06 Bosnie-Herzégovine, Kosovo (menace de guerre civile) - 08 Ukraine-Russie (guerre) - 09 Palestine-Israël (guerre) - 10  Yémen 
(guerre) - 11 Iran (guerre + crise générale) - 16 Myanmar (guerre interethnique) - 26 Haïti (guerre civile) - 27 Equateur (état de "guerre interne") - 34 Tunisie (crise et faillite) - 35b Soudan (guerre interethnique) - 36 Sahel (guerre régionale) - 37 RDC (guerre civile interethnique)
EN  ATTENTE /  02 Italie (dette) - 33 Algérie (usure) - 38 Afrique du Sud (déclin de l'ANC)
 

Parler de "casseurs" n'explique pas l’ampleur des pillages

Publié le 29/10/2026 à 06:06 par monde-antigone

 

Manifestations du 17 octobre: Pourquoi parler de "casseurs" ne suffit pas à expliquer l’ampleur des pillages et débordements

Entretien avec par Paolo Stuppia, sociologue, membre du CESSP (Centre Européen de Sociologie et de Science Politique), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, propos recueillis par Aurélie Djavadi.

The Conversation - 20 oct 2026

https://theconversation.com/manifestations-du-17-octobre-pourquoi-parler-de-casseurs-ne-suffit-pas-a-expliquer-lampleur-des-pillages-et-debordements-294762

 

Les pillages et les violences commis en marge des manifestations du 17 octobre 2026 ont focalisé l’attention sur les "casseurs". Mais le recours à ce terme ne pose-t-il pas plus de questions qu’il n’apporte de réponses ? Les scènes de pillage auxquelles on a assisté en marge des manifestations du 17 octobre sont-elles inédites ?

Ce qui peut être inédit, c’est l’ampleur des destructions de biens privés et du vol de marchandises. Il faut bien voir néanmoins que toutes les personnes qui ont pillé n’étaient pas forcément structurées dans des groupes identifiables, du moins politiquement.

En effet, comme l’ont souligné en 2021 le politiste Xavier Crettiez, la sociologue Isabelle Sommier et l’historien François Audigier dans l’ouvrage collectif "Violences politiques en France", les cibles d’une action violente à laquelle on attribue un sens politique peuvent être déterminées à la fois par des contraintes techniques et par la culture militante des personnes impliquées. Rappelons que, dans l’Italie des années 1970, des militants autonomes parlaient d’"autoréduction" (le fait de se réapproprier un bien, un service jugé essentiel), les maoïstes en France parlaient de "réappropriation prolétarienne", la plus fameuse de ces actions restant celle du casse de l’épicerie Fauchon, place de la Madeleine, en mai 1970, où des marchandises avaient été redistribuées dans des bidonvilles et des foyers de travailleurs.

Or, l’ensemble des pillages du 17 octobre revêtent-ils un sens politique ? Même si on ne dispose pas de tous les éléments concernant le profil des personnes interpellées, les vidéos postées sur les réseaux sociaux ou la remise en vente sur des sites en ligne de certaines marchandises semblent contredire cette vision.

Ce n’est pas pour autant qu’au moins une partie des cibles ait été choisie au hasard: pour certaines d’entre elles, il s’agit de symboles du capitalisme, comme les magasins de luxe, les assurances, les banques, les multinationales. Et puis il y a eu un certain nombre d’enseignes plus localisées, de petits magasins, des magasins de jouets ou de jeux vidéo par exemple, qui sont rarement visés par ce type d’actions.

Si, depuis le mouvement altermondialiste notamment, on voyait apparaître une violence contre les biens plutôt dirigée vers les symboles du capitalisme et en particulier les multinationales, ce phénomène va de pair avec des actions spontanées de groupes sans affiliation politique, qui viennent dans la manifestation pour "se servir" en quelque sorte, sans qu’on puisse dire si c’est une simple pratique de défoulement ou bien s’il y a un but redistributif par derrière – ce week-end, on a assisté à quelques scènes de redistribution, par exemple de nourriture à des personnes sans abris.

 

Que sait-on des profils des "casseurs" ? À partir de quand cette figure est-elle apparue dans les manifestations et les discours médiatiques ?

Historiquement, le premier article de recherche sur le phénomène des "casseurs" vient de la sociologue Gwenola Ricordeau. Dans les années 1990, par exemple lors du mouvement étudiant et lycéen de 1998, elle avait remarqué que des jeunes venaient dans les manifestations pour commettre des actes de dégradation ou dépouiller des personnes sans partager les revendications du mouvement. Ils venaient par opportunisme, mais aussi pour remettre en question la monotonie du quotidien.

Le fait de disqualifier des personnes en les désignant comme des "casseurs" nous ramène plutôt, donc, à des phénomènes de type émeutier, avec ou sans "dépouille", qui s’inscrivent dans la continuité des "révoltes de banlieue" ou d’"émeutes de cité" qui se sont progressivement développées dans les quartiers populaires depuis la 2e moitié des années 1970. Comme nous l’avons montré avec la sociologue Valérie Becquet dans notre ouvrage "Géopolitique de la jeunesse", il s’agit d’un ensemble de désignations péjoratives et disqualifiantes à l’égard d’une "jeunesse dangereuse".

Le terme de "casseur", à côté de la disqualification "racaille", a par exemple trouvé un large écho dans le langage médiatique à l’occasion des émeutes de 2005 pour désigner un lumpenproletariat de jeunes qui s’attaquent à la fois aux forces de l’ordre, à des biens privés et à un certain nombre de services publics et de biens publics comme le mobilier urbain, mais en enlevant toute signification politique à leurs actions.

Si on se réfère à la théorie du labeling ou de l’étiquetage, on comprend donc que le terme de" casseurs" a à voir avec le stigmate auquel ces jeunes des quartiers populaires sont associés. Mais il peut y avoir un deuxième sens aussi: les phénomènes dans lesquels la mouvance autonome s’implique, des scènes de casse et de violence contre des biens voire des personnes. Or, d’abord, il faut noter que cette mouvance a historiquement coutume de revendiquer les actions commises. Ensuite, elle peut revendiquer le stigmate de "casseur" dans le but de mieux le retourner, avec parfois de l’autodérision.

En 2006, lors des manifestations contre le contrat première embauche (CPE), il y a eu des tensions entre ceux qui disaient « On n’est pas des casseurs » ou « On ne veut pas de casseurs », d’autres qui disaient « C’est eux – le gouvernement, le patronat… – les casseurs ». Et c’est dans ce contexte qu’est apparue à Rennes une banderole qu’on a vu se déplacer à Paris, revendiquant « Nous sommes tous des casseurs », comme pour assumer un terme historiquement flou, recouvrant des réalités différentes, convié régulièrement par les médias à chaque mouvement social, ces trente dernières années.

C’est un peu comme l’expression "black bloc": parler de "casseurs" revient à désigner ceux qui ont recours à une technique, disqualifiée et suscitant aussi une certaine inquiétude dans une partie de l’opinion, mais la désignation est très floue et facilement instrumentalisée.

 

Comment les réseaux changent-ils la donne pour les forces de l’ordre ?

Là encore, il y a une différence très claire entre des mouvances plutôt structurées, même de façon informelle, et une utilisation beaucoup plus spontanée des réseaux en vue de se mettre en scène, avec des jeunes, très jeunes, qui se filment par exemple avec des maillots de foot en sortant de boutiques à côté de la place de la République.

On est face à une génération qui fait preuve d’une agilité numérique certaine. Il y a une multiplication de plateformes. Avec les gilets jaunes, on utilisait encore en très grande partie les outils qui étaient issus de l’Internet des années 2000, que ça soit Instagram, Facebook, un peu de messagerie, mais pas tant que ça, Twitter aussi. Là, c’est une nouvelle vague de réseaux sociaux qui est mobilisée, avec des outils conçus pour amoindrir aussi, pour certains, le contrôle – comme sur Snapchat ou Telegram, où les contenus sont extrêmement éphémères.

La question serait alors: comment s’adapter à ces nouveaux emplois des réseaux sociaux ? Il y a aussi le phénomène des boucles, difficiles à infiltrer, avec des personnes très mobiles qui apportent un soutien en temps réel aux personnes impliquées dans les mouvements, de façon plutôt confidentielle. Une des hypothèses serait que les forces de l’ordre sont un peu démunies face à la situation.

Il y a une rapidité dans l’échange d’informations, plusieurs niveaux de conversations, avec des salles publiques, des salles privées, des groupes plus ou moins restreints. Ces échanges en temps réel sont beaucoup plus difficiles à appréhender. Au-delà de la disparition rapide des messages, sur Snapchat par exemple, il faut tenir compte de tout un ensemble de paramètres propres à cet univers: les profils sont dotés de scores liés à l’activité de la personne, une personne qui s’infiltre est donc presque tout de suite repérable.

La combinaison entre l’agilité extrême permise par les réseaux et la mobilité des manifestants est très difficile à contrôler. On peut renvoyer, d’ailleurs, aux mouvements de jeunesse à Hong Kong en 2019-2020 qui ont donné bien du mal aux autorités, alors même qu’il s’agit d’une police avec un gouvernement de tutelle qu’on peut quand même qualifier d’autoritaire. Même eux avaient peiné à contrôler ces groupes de jeunes manifestants qui se déplaçaient sur les réseaux, avec des actions éclatées, avec dix personnes à un endroit, dix à un autre et des dispersions rapides. On peut se demander dans quelle mesure il y a un retard dans le renseignement. Mais ça, ce sera à la commission d’enquête parlementaire de l’établir.

 

Brèves de la semaine du 26 octobre au 1er novembre 2026

Publié le 29/10/2026 à 06:05 par monde-antigone

 

Jeudi 29 ---------

 

Rien

 

 

Mercredi 28 -----

 

Rien

 

Mardi 27 ---------

 

ISRAEL - Résultats élections législatives (source i24news) - majorité: 61. Participation; 77,7 % la plus élevée depuis 1999. Le bloc Netanyahou arrive en tête, mais sans majorité.

Le bloc anti-Netanyahou est le mieux placé pour former une majorité parce qu'on voit mal comment les partis d'extrême droite pourraient s'entendre avec les partis arabes. 

Bloc Netanyahou = 55 sièges - dans une fourchette de 50 à 60 selon les chaines de TV : Likoud (droite conservatrice) 27 / Shas (ultra orthodoxe sépharade) 8 / Judaïsme unifié de la Torah (ultra orthodoxe ashkénaze) 7 / Force juive (extrême droite, Itamar Ben Gvir) 7 / Sionisme religieux (orthodoxe ultra nationaliste, Bezalel Smotrich) 6

Bloc anti-Netanyahou, opposition sioniste = 49 sièges - dans une fourchette de 43 à 52 selon les chaines de TV : Yashar (Gadi Eizenkot) 20 / Beyahad-Ensemble (Naftali Bennett + Yair Lapid) 15 / Les Démocrates (Yair Golan) 9 / Israel Beytenou (Avigdor Liberman, ultra nationaliste laïc) - 5 / Le Parti travailliste (centre gauche) et Meretz (gauche laïque) ne passent le seuil de représentativité de 3,5 %

Partis arabes = 16 sièges - dans une fourchette de 16 à 18 selon les chaines de TV : Liste arabe unie (Ra'am, islamiste modéré) 7 / Hadash-Ta'al (nationaliste arabe) 9

 

Les grands médias norvégiens saisissent la justice pour empêcher Meta d'exploiter leurs contenus

AFP, TV5 Monde - 27 oct 2026

https://information.tv5monde.com/economie/les-grands-medias-norvegiens-saisissent-la-justice-pour-empecher-meta-dexploiter-leurs-contenus-2843319

 

OSLO – Les grands médias norvégiens ont annoncé mardi avoir saisi la justice pour demander une injonction provisoire visant à empêcher Meta d'appliquer de nouvelles conditions d'utilisation qu'ils accusent de menacer leurs droits sur leurs contenus journalistiques. Selon ces médias, les conditions censées entrer en vigueur le 20 novembre donneraient à Meta (Facebook, Meta) le droit de collecter leurs articles, photos et vidéos, y compris derrière un mur payant, et de s'en servir notamment pour développer des produits d'intelligence artificielle. (...) "Résultat: Meta utilise les investissements des groupes de médias pour développer des services d'intelligence artificielle qui leur font directement concurrence. C'est à la fois inacceptable et cela fausse la concurrence", a-t-elle ajouté.

Selon les plaignants, les nouvelles conditions d'utilisation de Meta s'appliqueraient à tous les propriétaires de comptes professionnels - médias mais aussi entreprises et commerces - et ne leur laisseraient aucune option pour s'y opposer, sinon que supprimer leurs comptes. Ils disent avoir déposé devant le tribunal d'Oslo une demande d'injonction provisoire contre l'entrée en vigueur de ces conditions d'utilisation en attendant un jugement sur le fond. Parmi les plaignants figurent le groupe d'audiovisuel public NRK, les groupes de médias Schibsted, Amedia, Polaris et Aller, ou encore l'agence norvégienne NTB. 

Contacté par l'AFP pour un commentaire, Meta n'a pas réagi dans l'immédiat. Le 14 octobre,  l'Association norvégienne des entreprises de médias (MBL) et NRK avaient aussi menacé de poursuivre Meta en justice, accusant le géant américain de tirer profit de publicités frauduleuses usurpant leur identité pour escroquer les internautes.

 

Lundi 26 ---------

 

BRESIL - Election présidentielle: Lula déjoue les pronostics. Contre toute attente, il renverse Bolsonaro et gagne avec 4,4 millions de voix d'avance.

Bolsonaro conteste le résultat et demande l'annulation du scrutin à cause de la décision d'un juge de prolonger l'ouverture des bureaux de vote pour des raisons de conditions météorologiques et de circulation dans les grandes villes. [Il reconnaît sa défaite le lendemain]

Dans le détail, Bolsonaro a remporté le pôle agroalimentaire du Centre-Ouest et a facilement gagné le Sud. Lula a effacé une grande partie des gains de 1er tour de Bolsonaro en gagnant dans le Nord-Est. Il a également triomphé dans le Nord, la région amazonienne. Rio de Janeiro et Sao Paulo sont fortement ancrées à droite. Il est rare que les grandes villes ne donnent pas l'avantage au candidat progressiste.

Lula: 51,79 %  /  Bolsonaro: 48,21 %  

abstention:  19 %  la plus faible de l'histoire du pays   (source O Globo)

 

SERBIE - Victoire de l'opposition qui tire bénéficie d'une participation record depuis 1993, de 65 %. Conduite par la liste étudiante, elle obtiendrait 51 % et la majorité au parlement avec 134 sièges sur 250.

 

La phrase du jour: « Franchement, la Norvège craint. En fait, la Norvège est devenue un pays de chiottes » (D. Trump, lors d'un meeting dans l'État du Michigan le 25/102026, indigné de ne pas s'être vu attribuer le prix Nobel de la Paix).

 

 

En Israël, une jeunesse de plus en plus à droite

Publié le 28/10/2026 à 00:06 par monde-antigone

 

Un gouvernement dirigé par Eisenkot, le leader de l'opposition, serait aussi conservateur que celui de Netanyahou. Dirigés par d'anciens généraux, les partis d'opposition soutiennent en effet le principe des guerres menées à Gaza, au Liban et contre l'Iran. Ils critiquent juste la manière dont elles ont été menées. Ils soutiennent aussi la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, et ne veulent pas d'un Etat palestinien.

Ils ont en commun une détestation de Netanyahou et réclament la création d’une commission d’enquête indépendante... pour prendre sa place. Leur politique, c'est du Netanyahou sans Netanyahou. Ils se sont adaptés à la dérive droitière de l'électorat israélien, une tendance déjà perceptible avant le 7-Octobre, mais qui s’est encore accélérée depuis. Car la doctrine sécuritaire est devenue une doctrine d'expansion.

La gauche politique a cessé d'exister. Ses projets mobilisateurs ont disparu. Le Parti travailliste (centre gauche) et Meretz (gauche laïque) ne franchissent plus le seuil de représentativité de 3,5 % pour être présents à la Knesset. Dans ces conditions, il n'y a rien d'étonnant que les jeunes, au moins ceux qui n'ont pas pris le chemin de l'exil, adhèrent aux idées les plus extrémistes du Grand Israël, le projet ultra-nationaliste de l'extrême droite.

 

"C'est le moment le plus important de ces 50 dernières années pour le pays"

Les jeunes électeurs, la clé des élections législatives en Israël ?

par Thibault Lefèvre

Radio France, Franceinfo: - 27 oct 2026

https://www.franceinfo.fr/monde/israel/c-est-le-moment-le-plus-important-pour-le-pays-de-ces-50-dernieres-annees-les-jeunes-electeurs-traumatises-par-le-7-octobre-vont-ils-etre-la-cle-des-elections-legislatives-en-israel_8254774.html

 

Ils ont entre 18 et 22 ans et n'ont connu que la guerre depuis leur majorité. Quelque 7 millions d'électeurs israéliens [étaient] appelés aux urnes le 27 octobre, dont près de 10 % sont des primo-votants, pour les premières élections législatives depuis le 7-Octobre. Un scrutin serré aux allures de référendum pour le Premier ministre Benyamin Netanyahou dans un pays fracturé.

Ces élections interviennent en effet sur fond de critiques internationales croissantes contre la conduite de la guerre à Gaza, ainsi que les violences et l'expansion des colonies en Cisjordanie occupée sous le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël. Le Premier ministre est par exemple recherché par la justice internationale pour "crimes de guerre et crimes contre l'humanité".

C'est donc une génération traumatisée par le massacre du 7-Octobre qui doit déterminer l'avenir du pays. Pour beaucoup de ces jeunes Israéliens juifs qui ont effectué leur service militaire, seule l'extrême droite peut protéger un pays plus isolé que jamais. " Ben Gvir est un roi ! Lui ne veut que des Juifs ici et, pour ça, il ne peut y avoir que Ben Gvir et "Bibi", alias Benyamin Netanyahou, assure Dror. Soutenu par Donald Trump, l'actuel Premier ministre est à la tête de la coalition la plus à l'extrême droite qu'Israël ait jamais connue. Son allié au gouvernement, Itamar Ben Gvir, a été condamné à plusieurs reprises pour racisme.

"Rien ne va dans ce pays", estime Amit, qui soutient Gadi Eisenkot, le principal concurrent du Premier ministre, lui aussi très à droite et qui défend une certaine intégrité en politique. Selon le jeune homme, il est temps de refermer l'une des parenthèses les plus malheureuses de l'histoire d'Israël: "C'est le moment le plus important pour le pays de ces 50 dernières années. Si rien ne change, beaucoup de gens quitteront Israël. Nous ne pouvons pas nous le permettre".

Parmi les 600.000 primo-votants, près de la moitié sont des ultra-orthodoxes ou de jeunes Arabes. Les premiers votent selon les préceptes de la Torah et suivent les consignes de leurs rabbins, quand les seconds exigent un avenir dans un système politique qui ne fonctionne depuis 4 ans qu'au service des Juifs.

 

En Israël, la jeunesse se tourne toujours plus vers la droite, voire l'extrême droite

par Béatrice Guelpa

RTS - 25 oct 2026

https://www.rts.ch/info/monde/2026/article/israel-75-des-jeunes-electeurs-penchent-vers-la-droite-29396003.html

 

Pour la première fois depuis 4 ans, Israël retourne aux urnes, dans un pays profondément divisé. Et les jeunes sont peut-être l’une des clés du scrutin. Parmi les nouveaux électeurs et nouvelles électrices, près de 640.000 jeunes âgés de 18 à 22 ans s’apprêtent à voter. Selon les sondages, 3/4 se définissent comme étant de droite, voire d’extrême droite.

Au siège du Likoud, à Tel-Aviv, Nof, 18 ans, prépare une dernière réunion du mouvement de jeunesse du parti de Benjamin Netanyahu. Dans un mois, il rejoindra une unité de combat. "Depuis que j’ai 10 ans, je rêve d’aller à l’armée, comme mon père et mon grand-père", explique-t-il dimanche dans l'émission Mise au point. Pour lui, les massacres du 7 octobre ont définitivement discrédité les espoirs de paix. Il défend ainsi l’expansion des colonies et rejette la création d’un Etat palestinien. "On fera tout pour que de telles situations ne se reproduisent plus", affirme-t-il.

Itamar Ben Gvir, une figure de référence

Pour une partie de cette jeunesse, la droite de Netanyahu ne va pas assez loin. Leur figure de référence est Itamar Ben Gvir, ministre d’extrême droite dont les vidéos aux messages provocateurs séduisent sur les réseaux sociaux.

Zehavit, 21 ans, gère sa communication. Élargissement du port d’arme, peine de mort pour les "terroristes" arabes, expulsion des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie sont autant d'idées radicales qu'elle partage. Pour elle, c’est le genre de messages que les jeunes veulent entendre: "La paix n'arrivera que par la puissance, par la force, par la dissuasion". Ce point de vue est de plus en plus ouvertement partagé. Selon un sondage publié début octobre par l'Institut israélien de la démocratie, environ 55 % des Israéliens juifs soutiennent les politiques menées par différents gouvernements visant à autoriser, voire à encourager, l'implantation de colonies. Seuls 32 % estiment que l'expansion des colonies est une erreur, selon cette étude. [Voir l'article ci-dessous]

Les ultra-orthodoxes, un autre enjeu électoral

Près de 100.000 jeunes ultra-orthodoxes voteront eux aussi pour la première fois. À Bnei Brak, ville ultra-orthodoxe près de Tel Aviv, les jeunes électeurs se mobilisent. Selon les journalistes de la radio Kol Barama, 80 à 90 % des jeunes de cette communauté devraient se rendre aux urnes. La majorité votent en principe pour des partis religieux qui jusqu’ici faisaient partie de la coalition gouvernementale de Benjamin Netanyahu.

Leur priorité n'est pas la sécurité, mais la conscription militaire. Ils veulent préserver leur exemption pour continuer à étudier la Torah. Une position de plus en plus contestée dans la société israélienne, alors que l’armée estime manquer de 12.000 soldats. Cette question est l'un des grands thèmes de la campagne.

Une fracture jusque dans les familles

Le virage à droite traverse aussi les générations. Nimrod, étudiant en psychologie, s’apprête à voter pour Moshe Feiglin, candidat de la droite nationaliste. Sa mère, Lilli, engagée dans la promotion de la démocratie, défend au contraire l’idée qu’il faut se battre pour la paix et la coexistence. Pour Nimrod, les Palestiniens ne sont pas prêts pour la paix et la solution à deux Etats est dangereuse. Interrogé sur ce qu’il faudrait faire des Palestiniens, il répond: "Dehors !"  Lilli comprend les peurs de son fils, mais redoute que la violence ne nourrisse une haine durable. Elle veut encore croire qu'un autre avenir est possible. Pourtant, pour la première fois, elle envisage de quitter Israël si l’extrême droite s’impose durablement. Une décision qui n’est pas isolée.

La tentation de l’exode

Selon une enquête publiée en novembre par l’institut israélien de la démocratie, environ 1/4 des juifs israéliens envisagent de s’installer à l’étranger. La tentation est particulièrement forte à gauche: plus de 40 % envisagent de partir. Selon une étude de l’Université de Tel Aviv publiée en août, depuis 2023, près de 150.000 Israéliens ont déjà quitté le pays. Ces départs concernent les catégories les plus qualifiées de la population. Beaucoup de celles et ceux qui quittent Israël aujourd’hui attribuent leur décision à un désaccord idéologique avec le gouvernement ou à la situation sécuritaire actuelle du pays. Cet exode témoigne des profondes fractures de la société israélienne. Le résultat des élections du 27 octobre pourrait encore augmenter cette tendance.

 

Cisjordanie: L'accélération de la colonisation israélienne

par Valentin Rakovsky et Pascale Juilliard

AFP, France24 - 26 oct 2026

https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20261026-cisjordanie-l-acc%C3%A9l%C3%A9ration-de-la-colonisation-isra%C3%A9lienne

 

Des drapeaux israéliens pendent d'une maison après que l'armée israélienne a forcé des Palestiniens à évacuer le quartier d'Ein Deir Baha, dans la ville occupée d'Hébron, en Cisjordanie, le 24 octobre 2026. La colonisation israélienne en Cisjordanie occupée s'est continuellement développée depuis 1967 malgré la pression internationale, mais s'est particulièrement intensifiée depuis le retour au pouvoir en 2022 de Benjamin Netanyahu, candidat à propre succession aux élections législatives de mardi.

Presque la moitié des implantations israéliennes sur le territoire - toutes illégales au regard du droit international - ont été réalisées depuis 2023, selon une analyse AFP des données de l'ONG israélienne anticolonisation "La paix maintenant", de l'International Crisis Group (ICG) et du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). En comptant Jérusalem-Est occupée et annexée, "La paix maintenant" en dénombre plus de 550 au total, dont environ 150 colonies installées avec l'aval des autorités israéliennes, les autres étant au départ des implantations sauvages.

Plus de 3 millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie ainsi que 500.000 Israéliens, dans un climat de violence exacerbée de part et d'autre, qui s'est encore tendu à l'approche des élections. Le gouvernement a ordonné un "bouclage total" du territoire le jour du scrutin, après la mort de deux soldats israéliens dans une attaque vendredi.

Explosion des implantations sauvages

Depuis les attaques inédites commises par le Hamas palestinien sur le sol israélien le 7 octobre 2023, qui ont déclenché la guerre à Gaza, l'expansion de la colonisation en Cisjordanie se manifeste par l'explosion des créations d'"avant-postes", notamment des fermes. Souvent constituées de quelques caravanes ou structures de fortune, ces implantations sans autorisation des autorités israéliennes se multiplient sous l'impulsion de colons confortés par le fait qu'elles finissent souvent par être légalisées. Selon "La paix maintenant", le nombre de fermes et autres avant-postes établis en Cisjordanie depuis le début de l'année 2026 a déjà atteint le niveau record enregistré sur toute l'année 2025 (environ 90), presque 3 fois plus qu'en 2023.

Le phénomène des avant-postes a émergé à partir de 1996 et la première arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu, chef du Likoud, le grand parti de la droite israélienne. Au fur et à mesure que leur nombre augmentait, l'implantation de nouvelles colonies classiques a ralenti. L'installation de fermes a pour sa part commencé en 2012 - Benjamin Netanyahu était alors au pouvoir pour la 2e fois - pour devenir le moteur de l'expansion israélienne dans le territoire (plus des 2/3 du total depuis 2023). Ces fermes, qui offrent aux Israéliens l'avantage d'occuper beaucoup de terres avec peu de colons, développent beaucoup d'activités d'élevage. Elles contrôlent souvent de vastes étendues, situées surtout dans l'est de la Cisjordanie, le long du Jourdain.

Expansion sous l'impulsion des autorités

Depuis le retour au pouvoir de Benjamin Netanyahu, et particulièrement depuis le 7 octobre 2023, le nombre de permis de construire délivrés par les autorités israéliennes a bondi, selon ICG, atteignant plus de 23.000 en 2025, soit plus du triple de 2012.

Fait emblématique de l'expansion rapide de la colonisation, les quatre colonies du nord de la Cisjordanie qui avaient été évacuées en 2005 - dans le cadre d'un plan de désengagement conclu par l'ancien Premier ministre Ariel Sharon et qui concernait également la bande de Gaza - ont été officiellement réinvesties cette année électorale, sous l'impulsion du gouvernement. Un appel d'offres a par ailleurs été lancé pour la construction de plus de 1.200 logements, première tranche du projet dit E1 jouxtant la colonie de Maale Adumim, proche de Jérusalem. Ce projet est dénoncé par l'ONU et une partie de la communauté internationale, car il achèverait d'isoler Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, mettant encore plus en péril la possibilité d'un futur Etat palestinien.

Grandes vagues

Depuis la conquête de la Cisjordanie lors de la guerre israélo-arabe de juin 1967, la colonisation s'est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite. La première colonie a été celle de Kfar Etzion, au sud de Jérusalem, autorisée en septembre 1967 par les travaillistes.

La première grande vague de colonisation a eu lieu au début des années 1980, sous le gouvernement de droite de Menahem Begin, qui avait autorisé de nombreuses colonies. Les colons ont multiplié les implantations sauvages en 1998-2002, puis en 2019-2021, à un rythme toutefois bien moindre que ces quatre dernières années. Le nombre d'installations en 2023-2026 est une fois et demi plus élevé que le cumul des trois vagues précédentes.

 

Vucic battu: Le début d'une nouvelle ère en Serbie

Publié le 27/10/2026 à 00:06 par monde-antigone

 

Je suis très surpris par le renoncement de Vucic.

Il a instauré un régime illibéral, autoritaire. Il a bâillonné l'opposition, truqué les élections... et d'un seul coup, au bout de 14 ans, il démissionne, organise un mois plus tard des élections libres qu'il a toutes les chances de perdre. C'est très étonnant, ou alors quelque chose a dû m'échapper ?

A seulement 56 ans, il pouvait s'accrocher encore une quinzaine d'années au pouvoir, à grands coups de réformes constitutionnelles, en se présentant comme le garant de la stabilité régionale... A force de dérive autoritaire, il s'était rapproché de la Russie jusqu'à en devenir un proche allié, mais sans rompre avec la politique pro-occidentale de Tadic, son prédécesseur. Il recevait ainsi de l'argent de Moscou et de Bruxelles.

Personne dans les médias ne s'interroge sur les raisons profondes de son abandon. Orban avait un opposant déclaré, Peter Magyar. Vucic n'en a pas. L'opposition dite démocratique a été éliminée. En face de lui, il n'a que des inconnus, des étudiants et des personnalités de la société civile sans expérience. Aucun nom n'émerge. Personne ne sait qui serait en première ligne pour devenir Premier ministre.

Avec la Serbie, Poutine a perdu l'un de ses derniers points d'appui en Europe. Mais la Serbie n'est pas pour autant sortie d'affaire. L'administration reste profondément corrompue et nationaliste, à l'écoute de Moscou. L'économie serbe est très dépendante de la Russie, en particulier pour l'énergie.

Les étudiants et les élus issus de la société civile auront du boulot pour imposer une justice indépendante du pouvoir central, restaurer l'état de droit, faire entrer une bouffée de liberté d'expression dans un système médiatique sclérosé post-stalinien qui fonctionne, depuis Tito et Milosevic, à la langue de bois. Vucic quitte le pouvoir, mais son empreinte ne s'effacera pas du jour au lendemain.

Vucic a 30 jours pour faire le ménage dans les ministères et faire disparaître les dossiers compromettants.

 

La défaite d'Aleksandar Vucic signe un changement d'ère en Serbie

Les Echos - 25 oct 2026

https://www.lesechos.fr/monde/europe/la-defaite-daleksandar-vucic-signe-un-changement-dere-en-serbie-2258990

 

Le président sortant de Serbie a reconnu sa défaite aux élections législatives, dimanche soir. La victoire du Mouvement des étudiants, né il y a deux ans, constitue un profond bouleversement politique dans ce pays des Balkans de 6 millions d'habitants.

C'est la fin d'une époque en Serbie. Dimanche soir, le dirigeant populiste et nationaliste, Aleksandar Vucic, au pouvoir à Belgrade depuis 14 ans, a concédé la défaite aux élections législatives. Les Serbes se sont massivement rendus aux urnes pour chasser du pouvoir un président que nombre d'entre eux, à commencer par les étudiants qui ont multiplié les manifestations depuis deux ans, accusent de corruption.

« Il est clair que nous avons perdu les élections. Le Mouvement des étudiants aura entre 135 et 140 sièges et nous en aurons 105 », a-t-il déclaré. Le parti du président sortant aurait obtenu 39 % des suffrages, contre 53 % pour la liste des étudiants, selon des résultats partiels publiés ce lundi. Aleksandar Vucic a accusé l'opposition d'avoir bénéficié d'un « soutien direct de certains pays européens et de l'Etat profond américain ».

Explosion de joie

L'annonce a provoqué une explosion de joie dans les rues de Belgrade dimanche soir. « La Serbie a gagné, comme nous l'avions promis », a déclaré Ilija Srdanovic, représentant la liste des étudiants, devant les militants brandissant des ballons colorés. « Plus jamais nous n'aurons de tyran dans ce pays. »

Aleksandar Vucic a démissionné de ses fonctions de président le mois dernier après avoir annoncé la tenue d'élections anticipées, dans une tentative visant à prolonger son emprise sur le pouvoir en se présentant à nouveau au poste de Premier ministre.

De longues files d'attente se sont formées devant les bureaux de vote dans tout le pays, et même Aleksandar Vucic a dû patienter deux heures avant de déposer son bulletin dans l'urne. Le taux de participation a atteint 69 %, très proche du score le plus élevé depuis l'éclatement de la Yougoslavie en 1992. La dernière forte mobilisation électorale remontait à l'éviction de l'ancien dirigeant Slobodan Milosevic en 2000, une référence dans l'histoire politique serbe.

Aleksandar Vucic a été confronté à des manifestations anticorruption déclenchées par l'effondrement, en novembre 2024, du toit de la gare de la ville de Novi Sad, dans le nord du pays, qui a tué 16 personnes. Les protestataires ont estimé que l'accident était une conséquence de la corruption endémique. Au plus fort de la mobilisation, des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans la capitale

Corruption et autoritarisme

Au fur et à mesure, leurs revendications se sont transformées en appel à des élections anticipées. La victoire de l'opposition estudiantine constitue un profond bouleversement politique dans ce pays des Balkans comptant quelque 6 millions d'habitants, officiellement candidat à l'Union européenne.

Le mouvement étudiant s'est constitué en une force politique disparate. Sa liste unique n'a aucune tête d'affiche, mais a présenté une sélection de candidats issus de la société civile, dont le seul point commun était de vouloir battre le Parti progressiste serbe (SNS) d'Aleksandar Vucic.

Depuis son accession au pouvoir en 2012 en tant que vice-Premier ministre, Premier ministre, puis président de la République, Aleksandar Vucic a supervisé une période de développement économique mais a également dû faire face à un mécontentement croissant face à ce que ses opposants qualifient de corruption et d'autoritarisme.

« Un référendum sur Vucic »

« Cette élection était un référendum sur Vucic et le SNS. Le Mouvement des étudiants a su se présenter comme la seule alternative », décryptait, à la veille du scrutin, le politologue Nikola Burazer, lors d'un webinaire organisé par l'Atlantic Council. « Les étudiants ont réussi à libérer le peuple de sa peur, à libérer la parole des opposants », expliquait de son côté Ivan Vejvoda, cofondateur du think tank Europe's Futures Initiative. « Les étudiants se sont progressivement politisés. Il ne s'agit pas seulement d'un phénomène de la Gen Z, ils ont su convaincre leurs parents, leurs grands-parents », ajoutait Florian Bieber, politologue à l'université de Graz, en Autriche.

Le Mouvement des étudiants serbe pourrait également servir de modèle à d'autres mouvements étudiants à travers l'Europe, qui sont descendus dans la rue ces dernières semaines pour protester, parfois violemment, contre la mauvaise qualité de l'enseignement et le manque de perspectives.

 

Comment les Serbes ont mis fin au règne d’Aleksandar Vucic

par Milica Cubrilo Filipovic

Le Point - 26 oct 2026

https://www.lepoint.fr/monde/autoritaire-et-corrompu-comment-les-serbes-ont-mis-fin-aux-14-ans-de-regne-daleksandar-vucic-OZFUCV3BJRDVTEGIJ34XUT4ZV4/

 

BELGRADE - La Serbie vient de tourner une page décisive de son histoire. La Liste étudiante, menée par le cardiologue et professeur de médecine Ilija Srdanovic, est arrivée largement en tête des élections législatives anticipées de ce dimanche 25 octobre. Elle a réussi le tour de force de chasser pacifiquement le président eurosceptique Aleksandar Vucic du pouvoir qu’il occupait depuis quatorze ans, grâce à une participation record de près de 70 % des inscrits. Elle obtient 52 % des voix, contre 39 % pour le Parti progressiste serbe (SNS) de l’ancien maître de Belgrade et sa liste "Serbie unie". Aucune autre liste n’a franchi le seuil de 3 % des inscrits.

Le visage crispé, Aleksandar Vucic a pris la parole dimanche, depuis le siège de son parti, pour reconnaître sa défaite sans aucune ambiguïté: « Il est clair que nous avons perdu ces élections. Je félicite les vainqueurs, même si ce ne sont que des mercenaires, les mercenaires d’un sale boulot orchestré par d’autres pour abattre un pays souverain. Pour le moment, vous avez réussi, mais pour combien de temps ? » Aussitôt, dans tout le pays, des foules en liesse ont submergé les rues et places principales, scandant « Victoire, victoire », « Vucic, va-t’en ! ». À Belgrade, des dizaines de milliers de citoyens se sont rassemblées sur la place Slavija, devenue l’épicentre de la fête, là où 150.000 personnes s’étaient réunies pour participer au meeting final de la Liste étudiante trois jours avant le scrutin.

Drapeaux serbes au vent, les automobilistes klaxonnaient dans les rues adjacentes totalement bloquées, tandis que beaucoup saluaient des trois doigts, une salutation traditionnelle serbe qui correspond aussi au numéro de la Liste étudiante sur les bulletins de vote. Ils ont chanté et dansé, jusque tard dans la nuit. « Je suis si heureuse, quel choc qu’il ait ainsi reconnu sa défaite ! Je m’attendais à tout sauf à ça ! Je pensais qu’on allait devoir défendre notre victoire pendant de longues journées », lance, visiblement soulagée, Maria, la quarantaine, dans un nuage de fumigènes et de feux de Bengale. « C’est historique, on n’a jamais vu ça ! Même lorsqu’on a renversé Milosevic, le 5 octobre 2000, ce n’était pas comme ça. Et c’est grâce à cette merveilleuse génération de jeunes, sans lesquels rien n’aurait été possible », abondait, euphorique, Nikola, 60 ans, au cœur de la marée humaine festive. « Nous allons pouvoir vivre libres ! », scandait en pleurs Snezana, étudiante en psychologie, avant de rejoindre le "kolo", une ronde traditionnelle folklorique.

Un mouvement civil né il y a deux ans

La naissance de cette Liste étudiante, composée d’universitaires et membres de la société civile, remonte à deux ans, avec un soulèvement populaire inédit, consécutif à l’effondrement de la gare de Novi Sad qui avait provoqué la mort de seize personnes. Très vite, le mouvement a été porté par les étudiants, qui ont demandé la convocation d’élections anticipées, et ont fini par présenter leur propre liste, alors que les différentes composantes de l’opposition au régime d’Aleksandar Vucic étaient largement discréditées.

Rien ne pouvait pourtant laisser supposer un scénario si rapide et pacifique. Dimanche en fin d’après-midi, une ambiance de plus en plus tendue régnait dans tout le pays. Plus de 16.000 observateurs nationaux et internationaux avaient été déployés pour surveiller le scrutin dans les bureaux de vote. La liste étudiante avait organisé, avec les assemblées citoyennes, crées elle aussi dans chaque quartier ces deux dernières années, des "équipes mobiles" pour surveiller les alentours des bureaux de vote et prévenir toute malversation, achat de voix ou autres pressions qui avaient marqué les élections précédentes. « Ils ont encore une fois triché, volé, fait pression sur les citoyens, fait intervenir des tabasseurs, mais cette fois, nous sommes si mobilisés que ça les dépasse », assurait Nela, membre d’une "équipe mobile", qui n’a rejoint la fête qu’après avoir accompagné l’urne avec les contrôleurs, jusqu’à la commission électorale municipale. « Ils sont capables de tout », disait-elle.

 

Une mobilisation citoyenne inédite

Avant qu’Aleksandar Vucic ne reconnaisse sa défaite, les unités antiémeutes de la gendarmerie avaient en effet pris position dans la capitale près de bâtiments stratégiques, comme la mairie, la Présidence et le Parlement, tandis que des colonnes de jeunes gens masqués se regroupaient à proximité, dans le camp des Pionniers gardé par la police, le "Caciland", base arrière des partisans du régime. L’ampleur de la victoire de la Liste étudiante a été telle que les forces de l’ordre, tout comme les hommes masqués vêtus de noir, ont évacué les lieux peu après le discours d’Aleksandar Vucic, laissant les citoyens démonter le campement.

Ce succès s’explique par une mobilisation citoyenne inédite, le taux de participation atteignant près de 70 %. Résultat d’un travail de terrain systématique mené par la Liste étudiante afin de contourner les blocages, puisque la grande majorité des médias, notamment toutes les chaînes à fréquence nationale, étaient sous le contrôle du parti au pouvoir. Les militants de la Liste étudiante ont parcouru des centaines de kilomètres à travers le pays pour aller à l’encontre directe des citoyens, lors de longues marches et tours à vélo, et multiplié les opérations de porte-à-porte jusqu’au moindre village.

« Autoritaire et corrompu »

« Un énorme travail attend maintenant la Liste étudiante mais aussi l’ensemble de la société serbe qui l’a soutenue », souligne Ivan Milenkovic, un analyste s’exprimant sur le site du média indépendant Vreme. « Il va falloir faire face aux institutions dévastées par 14 années d’un règne autoritaire et corrompu, bâtir une démocratie en coupant toutes les tentacules de la pieuvre, et passer à un nouveau modèle de croissance, qui n’est pas fondé sur l’endettement et les grands projets d’infrastructure », résume Ivan Milenkovic. Un exercice délicat, sachant que la Liste étudiante rassemble un électorat hétéroclite et se compose elle-même de personnalités aux visions politiques contrastées. Surtout, Aleksandar Vucic a, dès hier soir, annoncé une obstruction féroce.

En attendant, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a félicité les étudiants et s’est dite prête à « soutenir les réformes en matière d’État de droit, de liberté des médias, de lutte contre la corruption et de solides institutions démocratiques, et à travailler ensemble pour faire avancer l’avenir de la Serbie vers l’Union européenne. »

 

Netanyahou au milieu d'autres extrémistes

Publié le 26/10/2026 à 00:07 par monde-antigone

 

Législatives en Israël: Qui s'oppose à Benjamin Netanyahu ?

par Ariane Menage

RTS [Le Point J] - 07 oct 2026

https://www.rts.ch/info/monde/2026/article/elections-en-israel-2026-qui-peut-battre-netanyahu-29377516.html

 

Les élections législatives israéliennes du 27 octobre 2026 s'annoncent aussi serrées que décisives pour l’avenir du pays. L'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, il y a tout juste 3 ans, constitue une faille, mais aussi une force pour Benjamin Netanyahu au pouvoir depuis 2009 presque sans interruption.

(...) Les derniers sondages créditent le bloc de l'opposition de 53 ou 54 sièges sur 120. Le bloc dirigé par Benjamin Netanyahu obtient 52 ou 53 sièges. Aucun camp n'atteint les 61 sièges nécessaires pour former une majorité stable au Parlement israélien.

Benjamin Netanyahu a considérablement réduit son retard ces dernières semaines. C’est lui qui impose les thèmes et le rythme de la campagne, tandis que ses opposants restent dans une posture défensive. Son principal adversaire, le centriste Gady Eisenkot, paraît assez terne et novice en politique face à l’actuel chef du gouvernement.

L'attaque du Hamas du 7-Octobre marque ces élections. L'opposition a fait des responsabilités du Premier ministre l'aspect central de sa campagne. "Benjamin Netanyahu arrive à se présenter comme finalement le seul capable de gérer les conséquences du 7-Octobre, donc les guerres qui ont suivi, à Gaza, au Liban et en Iran. Le Premier ministre se positionne aussi comme le seul rempart contre la création d'un État palestinien.

 

Candidats, stratégie militaire... Tout savoir sur les prochaines élections législatives en Israël

par Maeliss Orboin

AFP, TV5 Monde - 01 aot 2026

https://information.tv5monde.com/international/candidats-strategie-militaire-tout-savoir-sur-les-prochaines-elections-legislatives-en-israel-2832165

 

(...) Quatre principaux opposants se présenteront pour obtenir le poste de Premier ministre, actuellement occupé par Benjamin Netanyahu. Il est celui qui a exercé cette fonction le plus longtemps dans l'histoire du pays, plus de 18 ans. 

Bien qu'il se représente, il est poursuivi pour fraude, corruption et abus de confiance depuis 2020. Il se prépare donc à des élections que beaucoup considèrent comme susceptibles de mettre un terme à l'une des carrières les plus marquantes et controversées de la politique israélienne. Il est par ailleurs l'objet de vives critiques depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023 qui a entraîné la mort de plus de 1.200 personnes dans le pays.

4 principaux candidats opposants. Qui sont-ils ?

 –– Gadi Eisenkot

C'est le concurrent le plus sérieux face Benjamin Netanyahu, qui n'est rien d'autre que son ancien chef d'état-major entre 2015 et 2019. Gadi Eisenkot, 66 ans, qui s'inscrit dans la longue tradition des anciens chefs d'état-major reconvertis en politique comme Yitzhak Rabin et Ehud Barak, jouit toutefois d'un fort capital sympathie auprès de la population, notamment en raison de la mort au combat de son fils lors de la guerre à Gaza et de celles de deux de ses neveux.

Critique acerbe de la conduite de la guerre à Gaza et de la politique du Premier ministre, il a créé en septembre 2025 son parti Yashar ("droit") qui supplante désormais le Likoud de Netanyahu dans les sondages. Une formation qui regroupe des gens connus pour leurs positions de gauche ou de droite mais aussi la fille de deux otages du 7-Octobre et l'ancien chef du Shin Bet (renseignements intérieurs).

 –– Naftali Bennett

Après une période de retrait, Naftali Bennett est revenu sur le devant de la scène après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Agé de 54 ans, cet ancien entrepreneur de la tech s'est imposé comme une figure de la droite nationaliste. Il a par ailleurs déjà été Premier ministre entre juin 2021 et juin 2022. Après avoir dirigé le Conseil de Yesha, principal organe représentatif des colonies de Cisjordanie occupée, il est entré en politique au sein du camp national-religieux avant de devenir ministre de l'Éducation, puis de la Défense.

En 2021, il avait créé la surprise en formant une coalition hétéroclite allant de la droite à la gauche, avec le soutien inédit d'un parti arabe israélien. Il avait alors mis un terme à 12 années ininterrompues de pouvoir de Benjamin Netanyahu, malgré un gouvernement qui n'a tenu qu'un an. Selon certains observateurs, l'ancien commando pourrait être une alternative moins clivante au Premier ministre pour des électeurs de droite déçus mais qui ne veulent pas rejoindre le centre ou la gauche. Il est partisan d'une ligne dure sur les questions de sécurité et opposé à la création d'un État palestinien.

 –– Yaïr Lapid

Il est l'un des visages les plus familiers de la politique israélienne. Ancien journaliste, présentateur vedette puis homme politique, Yaïr Lapid est le fondateur du parti centriste Yesh Atid crée en 2012. Cet homme de 62 ans s'est rapidement imposé comme l'un des principaux adversaires de Benjamin Netanyahu. Plusieurs fois ministre, notamment des Finances puis des Affaires étrangères, il a brièvement occupé le poste de Premier ministre en 2022 dans le cadre de l'accord d'alternance conclu avec Naftali Bennett.

Omniprésent sur les réseaux sociaux, il se présente comme laïc assumé, défenseur d'une ligne centriste et libérale, et a été notamment l'un des visages de la mobilisation contre la réforme judiciaire qui a profondément divisé le pays avant le 7 octobre 2023. Il peine à convaincre au-delà de son socle d'électeurs urbains modérés. Peu d'observateurs le voient conquérir seul le poste de Premier ministre. En revanche, avec sa poignée de sièges et son alliance avec Naftali Bennett, il pourrait une nouvelle fois se retrouver dans le rôle de faiseur de rois.

 –– Avigdor Lieberman

Il est le vétéran de la politique israélienne. Avigdor Lieberman est né en Moldavie soviétique en 1958 avant de s'installer en Israël à la fin des années 1970. Il fut le chef de cabinet de Benjamin Netanyahu et plusieurs observateurs lui attribuent un rôle clé dans sa victoire électorale en 1996. Fondateur du parti nationaliste laïc Israel Beiteinou, il s'est appuyé sur l'électorat russophone avant d'élargir progressivement sa base à une partie de la droite.

Il est l'un des rares responsables à avoir dirigé trois des principaux ministères: les Affaires étrangères, la Défense et les Finances. Très actif sur les réseaux sociaux, où il critique régulièrement Benjamin Netanyahu dans un style parfois provocateur, il prône une ligne sécuritaire dure. Avigdor Lieberman réclame depuis des années la conscription militaire des ultra-orthodoxes et défend une vision laïque de l'État, qu'il estime trop dépendant des demandes des juifs religieux.

7-Octobre, sécurité, conscription, coût de la vie...

Sans surprise, le 7-Octobre occupera une place centrale dans le déroulement de ces élections. Et notamment une question : qui est responsable de la faille qui a conduit au 7-Octobre ? L'attaque la plus meurtrière de l'histoire d'Israël a provoqué un traumatisme profond qui continue de se répercuter sur la vie politique. De nombreux Israéliens ainsi que les partis d'opposition réclament une commission d'enquête indépendante sur les défaillances ayant permis au Hamas d'attaquer le territoire.

Pendant des décennies, la doctrine sécuritaire d'Israël a reposé sur un triptyque: renseignement, dissuasion et guerres courtes, mais le 7-Octobre a profondément ébranlé ce modèle.

Le gouvernement de Netanyahu lui défend une stratégie de prévention permanente, avec de longues campagnes et la mise en place de zones occupées par l'armée - dites "de sécurité" - , à Gaza, au Liban et en Syrie. Auxquelles il faut ajouter des opérations régulières en Cisjordanie occupée et des frappes contre l'Iran et les rebelles yéménites houthis. La question des capacités du pays à soutenir durablement une telle doctrine se pose. Des dizaines de milliers de réservistes ont été mobilisés à plusieurs reprises depuis 2023, parfois au prix de lourdes conséquences familiales et professionnelles, et l'armée continue d'alerter régulièrement sur le manque d'effectifs.

Alors que l'armée réclame davantage de soldats, le débat sur les exemptions dont bénéficient les juifs ultra-orthodoxes s'est élargi à la question plus large de l'identité d'Israël. La plupart des formations d'opposition veulent envoyer sous les drapeaux les étudiants des écoles talmudiques et ont exclu toute alliance avec des partis ultra-orthodoxes. Ces divisions dépassent aussi la question du service militaire.

Juste avant sa dissolution du vendredi 17 juillet, la Knesset (le Parlement) a voté une loi permettant de séparer hommes et femmes dans certains parcours universitaires et un texte sur l'importance de l'étude de la Torah. Pour leurs partisans, ces mesures renforcent le caractère juif d'Israël. Leurs détracteurs dénoncent une emprise croissante de la religion sur la vie publique, ne répondant pas aux attentes d'une majorité de la population.

Malgré des performances macroéconomiques solides, un PIB ayant plus que doublé depuis 2000 et un chômage historiquement bas, les Israéliens font face à un coût de la vie parmi les plus élevés au monde. Parallèlement, les salaires médians restent inférieurs à la moyenne de l'OCDE, érodant le pouvoir d'achat des ménages et creusant la fracture sociale. Les économistes pointent des problématiques structurelles: marché intérieur très peu concurrentiel, barrières commerciales et politique de logement inexistante.

Depuis 2023, le budget de la Défense a doublé et la fiscalité s'est alourdie en conséquence. Même si les thématiques identitaires et sécuritaires sont au cœur de la campagne, les candidats ne font pas l'impasse sur le coût de la vie qui figure dans tous les programmes.

 

Cinq questions pour comprendre les élections en Israël

Radio-Canada, avec AFP, The Israel Times, Jerusalem Post, Haaretz et Yedioth Ahronoth - 25 oct 2026

https://ici.radio-canada.ca/info/long-format/2295103/israel-elections-cinq-questions-comprendre

 

Plus de 7 millions d’Israéliens sont appelés aux urnes, mardi, pour renouveler leur Parlement, la Knesset. Une lutte qui s’annonce très serrée, selon les derniers sondages.

Après trois ans de guerre dans la bande de Gaza, au Liban et en Iran, un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et de graves accusations de défaillances sécuritaires ayant précédé les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, le Premier ministre Benyamin Netanyahou apparaît plus fragilisé que jamais.

Le chef du Likoud, qui détient un record de longévité au pouvoir avec plus de 18 ans cumulés à la tête du gouvernement, pourrait toutefois créer la surprise et déjouer les prédictions.

 

Voici ce qu’il faut savoir.

Qu’est-ce que ça prend pour gagner ?

La Knesset compte 120 sièges. Pour obtenir la majorité parlementaire, un parti doit en remporter 61. Or, en raison du système électoral proportionnel en Israël, aucun parti n’a réussi cet exploit jusqu'à maintenant.

Contrairement au Canada ou à la France, par exemple, les élections en Israël se déroulent à l'échelle d'une circonscription unique nationale, ce qui signifie qu'il n'y a pas de découpage géographique par ville ou par région. Le pays en entier représente ainsi une seule circonscription. Les électeurs votent pour un parti et non pas pour un candidat en particulier [Les électeurs votent pour une liste, puis les partis négocient pour former une coalition capable de gouverner Les voix obtenues par les listes qualifiées sont additionnées, puis divisées par 120. Ce calcul permet d’établir le nombre approximatif de voix correspondant à un siège; ndc].

Les partis en lice obtiennent des sièges en fonction de leur part des suffrages à l'échelle nationale, à condition d'avoir recueilli 3,25 % de l'ensemble des voix pour se qualifier. Franchir ce seuil permet à un parti d'obtenir au minimum 4 sièges. Si un parti recueille moins de 3,25 % des voix, il n'obtient aucun siège et ses voix sont disqualifiées. [Des partis proches politiquement peuvent choisir de faire liste commune afin de ne pas risquer de rester sous cette barre. Les suffrages des listes qualifiées sont ensuite pris en compte pour répartir les 120 sièges. Les votes accordés aux listes éliminées ne sont pas comptabilisés, ce qui augmente mécaniquement la part des partis ayant franchi le seuil; ndc]

Lors des dernières élections israéliennes, en 2022, le seuil minimum de votes à atteindre représentait environ 155.000 voix. Cette année, ce nombre risque d’être bien plus élevé, selon le quotidien Haaretz, qui explique qu’il y a plus de 540.000 nouveaux électeurs enregistrés et que le taux de participation pourrait être plus important cette année que lors des dernières élections.

Qui sont les principaux candidats ?

Il y a essentiellement deux camps qui s’affrontent: l'un pro Netanyahou et l'autre anti Netanyahou.

D'un côté, il y a le bloc de droite mené par le Premier ministre sortant et son parti, le Likoud. Il est appuyé par les partis issus de la droite nationaliste, de l'extrême droite et des formations ultra-orthodoxes. Lors des dernières élections en 2022, cette coalition regroupait 64 sièges.

En face, on retrouve le bloc de l’opposition, mené par l'ancien général de l’armée israélienne et chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot. Il s’appuie sur l'alliance baptisée Ensemble, qui regroupe les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid, ainsi que d'autres partis centristes, libéraux ou de gauche, comme Israël Beytenou de l’ancien ministre Avigdor Liberman.

Quel rôle jouent les petits partis ?

On les surnomme les faiseurs de rois. En raison du système proportionnel, les petits partis ont plus de difficultés à se faire élire, mais ils détiennent un pouvoir de négociation considérable qui leur permet de faire pencher la balance du pouvoir. Cela est d’autant plus vrai quand les deux principaux blocs en lice sont au coude-à-coude, autour de 50-52 sièges chacun à en croire les sondages.

En échange de leur collaboration, les petites formations peuvent exiger des postes ministériels ou des engagements sur des politiques importantes pour leurs électeurs. Le parti ultra-orthodoxe Shas, par exemple, a utilisé son poids politique, allant jusqu’à menacer de faire tomber la coalition au pouvoir, pour maintenir l'exemption des Haredim du service militaire, un sujet très polarisant en Israël. Pour déloger la coalition pro Netanyahou et accéder au pouvoir, Gadi Eisenkot, quant à lui, pourrait devoir compter sur l’appui des partis arabes. Les derniers sondages attribuent à ces formations, qui représentent la minorité arabe israélienne, soit environ 20 % de la population, entre 12 et 14 sièges sur les 120 que compte la Knesset.

Il y a un mois, la Commission électorale centrale, saisie par des membres de la coalition de Benyamin Netanyahou, avait voté l'invalidation des deux listes à majorité arabe en vertu d'une loi fondamentale interdisant à toute formation ou à tout candidat de participer aux élections s'ils nient l'existence de l'État d'Israël en tant qu'État juif et démocratique ou soutiennent la lutte armée d'un État ennemi ou d'une organisation terroriste contre Israël.

Cette décision a toutefois été invalidée par la Cour suprême israélienne, qui a estimé que les arguments présentés par la Commission électorale ne suffisaient pas à justifier l'invalidation des deux listes: Raam (un acronyme en hébreu signifiant "Liste arabe unie") et la Liste unifiée, qui rassemble trois partis à majorité arabe.

Que se passe-t-il au lendemain des élections ?

Si la lutte est très serrée, il ne faut pas s’attendre à des résultats clairs le soir des élections. Au lendemain du scrutin, le pays entre traditionnellement dans une période intense de négociations politiques et de dépouillement des votes.

Le processus en vue de la formation d’un gouvernement s'étale ensuite sur plusieurs semaines, selon un calendrier précis. Dans la semaine qui suit le scrutin, la Commission centrale des élections publie les résultats officiels définitifs. Par la suite, le président israélien – qui exerce une fonction principalement honorifique – reçoit individuellement les représentants de tous les partis élus à la Knesset. Chaque parti lui recommande le nom de l’élu qu'il estime le plus apte à former le prochain gouvernement.

Sur la base de ces recommandations, le président désigne officiellement un candidat – généralement le chef du parti ayant obtenu le plus de votes [Il n’est pas tenu de choisir le chef du parti arrivé en tête ni même celui qui a reçu le plus de recommandations; ndc] – et lui accorde un délai de 28 jours pour bâtir sa coalition. En cas d’échec, un autre candidat est désigné. Il dispose lui aussi de 28 jours pour former un Cabinet. En cas de nouvel échec, le pouvoir de décision revient directement aux membres de la Knesset, qui auront 21 jours pour proposer une solution en désignant un élu soutenu par au moins 61 députés. Ce dernier n'aura toutefois que 14 jours pour former un gouvernement.

Si toutes ces options n'aboutissent à aucune solution, la Knesset est alors considérée comme dissoute et de nouvelles élections législatives doivent avoir lieu dans les 90 jours suivants. Pendant tout ce temps, c’est le gouvernement sortant qui assure l'intérim.

Quels sont les scénarios possibles ?

Pour Myriam Shermer, spécialiste de la politique israélienne, plusieurs scénarios sont possibles à l’issue des élections du 27 octobre.

Impasse politique et nouvelles élections

Si aucune coalition ne parvient à atteindre le seuil de 61 sièges nécessaires pour passer le test du vote de confiance à la Knesset, le pays pourrait être confronté à une impasse politique qui risque de durer de longs mois.

Selon l’autrice du livre "Knesset 2026 - Comprendre la politique israélienne", des résultats très très serrés comme l’annoncent les sondages pourraient effectivement nous renvoyer à la situation qu’on a connue en 2019 avec des élections à répétition. Entre avril 2019 et novembre 2022, Israël a ainsi organisé cinq élections législatives, Israël a connu une grave crise politique (..) en raison de l'impossibilité de former un nouveau gouvernement ralliant l’appui de 61 députés. La crise n’a pris fin qu’en novembre 2022, lorsque Benyamin Netanyahou a réussi à remporter une majorité claire de 64 sièges avec ses alliés de l'extrême droite et des partis ultra-orthodoxes.

Mme Shermer souligne toutefois que le contexte a considérablement changé en 7 ans. « Il ne faut pas oublier que les Israéliens sont épuisés après trois ans de guerre et que [Benyamin] Netanyahou lui-même n'a pas le même âge non plus, il a 77 ans, il n’a plus 3 ou 4 ans à perdre avec des élections à répétition, comme en 2019 ».

Un gouvernement d’union

L’autre scénario possible, mais fortement improbable en raison de la polarisation politique dans le pays, est celui d’un gouvernement d’union nationale, selon Mme Shermer. Selon ce scénario, MM. Netanyahou et Eisenkot se tendent la main pour travailler ensemble au sein d'un même gouvernement. Mais tout le monde est assez sceptique quant à l’éventualité d’un tel scénario, précise la spécialiste. Gadi Eisenkot a par ailleurs récemment exclu toute alliance ou participation à un gouvernement avec Benyamin Netanyahou.

Ce scénario n’est pas inédit: en 2020, Benyamin Netanyahou et le centriste Benny Gantz avaient, malgré leur profonde inimitié, conclu un accord de partage du pouvoir après trois élections en moins d'un an, qui prévoyait une rotation au poste de Premier ministre. Mais l'attelage s'était défait au bout d'un an, entraînant un nouveau scrutin.

Un gouvernement minoritaire

Si aucun bloc ne parvient à réunir 61 sièges, un gouvernement minoritaire pourrait se constituer, en s'appuyant sur le soutien ponctuel de certains députés. Tout comme le Likoud de Benyamin Netanyahou s’était appuyé sur les partis de l’extrême droite en 2022, le Yashar de Gadi Eisenkot pourrait compter sur le soutien des élus arabes israéliens pour obtenir le vote de confiance à la Knesset sans toutefois les inclure dans un gouvernement, estime la spécialiste israélienne.

La formation Raam de Mansour Abbas se dit prête à travailler avec le bloc de Gadi Eisenkot, mais les principales figures du bloc d'opposition se montrent réticentes à assumer publiquement une telle hypothèse, en raison de l'hostilité d'une grande partie de l'électorat juif à toute forme d'alliance avec les Arabes israéliens. Une telle coalition peut être très compliquée à maintenir, ajoute enfin Mme Shermer, mais ça peut permettre d’éviter des élections à répétition dans l'immédiat.

 

"La sécurité" plutôt que "la paix": Dans la campagne pour les législatives en Israël, la question palestinienne est "largement marginalisée"

par Marie-Violette Bernard

France Télévisions, Franceinfo - 25 oct 2026

https://www.franceinfo.fr/monde/israel/la-securite-plutot-que-la-paix-dans-la-campagne-pour-les-legislatives-en-israel-la-question-palestinienne-est-largement-marginalisee_8229832.html

 

Si les responsabilités du 7-Octobre et la protection de l'Etat hébreu sont au cœur du scrutin, l'avenir des territoires palestiniens est, lui, loin d'être une priorité pour la plupart des partis.

Qui sera le prochain chef du gouvernement israélien ? Après plus de 18 ans passés à la tête de l'Etat hébreu, l'inamovible Benyamin Netanyahou va tenter de conserver son siège de Premier ministre, à l'issue des législatives du mardi 27 octobre. Mais les conséquences du scrutin, qui s'annonce très serré selon les sondages, ne s'arrêteront pas aux frontières d'Israël. Les élections influenceront aussi l'avenir de la bande de Gaza, ravagée par trois ans de guerre, et de la Cisjordanie occupée, où la colonisation israélienne ne cesse de s'accélérer.

"La politique israélienne ne peut jamais se détacher de la question palestinienne, qui a des conséquences tant sur la politique interne qu'externe" de l'Etat hébreu, souligne Hugh Lovatt, chercheur à l'ECFR [Conseil européen pour les relations internationales]. Mais "malgré l'importance du conflit sur le quotidien et le futur" d'Israël, l'avenir de Gaza et de la Cisjordanie occupée est un sujet "largement marginalisé" dans la campagne, constate le spécialiste.

La solution diplomatique, une option "quasiment impensable"

"Il y a encore dix ou vingt ans, certains partis évoquaient le projet d'une paix économique, voire la solution à deux Etats", qui impliquerait la reconnaissance d'un Etat palestinien par Tel-Aviv, retrace Ksenia Svetlova, chercheuse associée à l'institut Chatham House. Mais depuis les attentats du 7-Octobre, durant lesquels plus de 1.200 personnes ont été tuées par les terroristes du mouvement islamiste palestinien Hamas, "il n'y a guère d'appétit pour une quelconque initiative centrée sur la paix", analyse cette ancienne députée de centre gauche, qui a siégé à la Knesset, le Parlement israélien, entre 2015 et 2019. "Dans cette campagne, le principal sujet est la sécurité et la défense d'Israël. L'enjeu de scrutin, plus largement, est de savoir qui aura le pouvoir, comment il sera utilisé et contre qui."

Avec le traumatisme laissé par le 7-Octobre, la société israélienne s'est "radicalisée", ajoute Hugh Lovatt. "L'idéologie antipalestinienne et l'opposition à un Etat palestinien, qui existaient déjà auparavant, ont été légitimées et amplifiées" depuis les attaques du Hamas, poursuit le chercheur. Dans ce contexte, deux priorités se dessinent, dans un scrutin qui ressemble surtout à un référendum pour ou contre Benyamin Netanyahou: établir les responsabilités qui ont mené au 7-Octobre, alors que plusieurs médias affirment que le Premier ministre avait reçu des alertes sur l'imminence des attentats, et garantir la sécurité de l'Etat hébreu.

A la veille de l'élection, rares sont les partis qui mettent en avant la solution diplomatique pour parvenir à ce deuxième objectif. "L'idée de négociations est quasiment impensable dans le climat actuel", assure Ksenia Svetlova. A la tête d'une coalition de droite et d'extrême droite, Benyamin Netanyahou est fermement opposé à la mise en place d'un Etat palestinien. Le Premier ministre continue de défendre son projet de "victoire totale" sur le Hamas à Gaza, mais n'a pas de "plan clair" pour y parvenir, juge le Jerusalem Post. Pour Ksenia Svetlova, le chef du gouvernement a "ralenti" la mise en œuvre de l'accord négocié par les Etats-Unis pour mettre fin au conflit dans l'enclave. Son maintien au pouvoir équivaudrait à un statu quo, avec "une situation qui n'est ni la guerre ouverte ni la paix" à Gaza, ainsi qu'une "annexion de fait de la Cisjordanie" occupée, insiste la chercheuse.

L'opposition "plus encline à restreindre l'expansion des colonies"

Comme le relève Reuters, le projet du Premier ministre israélien est en partie influencé par ses alliés d'extrême droite, dont certains soutiennent ouvertement l'idée d'une annexion des territoires palestiniens. Sous Benyamin Netanyahou, les installations israéliennes en Cisjordanie occupée – considérées comme illégales par le droit international – se sont faites plus nombreuses. Tout comme les violences et intimidations des colons envers les Palestiniens, qui n'ont cessé d'augmenter à l'approche de l'élection: entre le 1er et le 9 octobre, l'organisation à but non lucratif ACLED [Armed Conflict Location & Event Data, spécialisée dans l'analyse et la cartographie des données relatives aux violences politiques et aux manifestations à travers le monde; ndc] a recensé près de 40 incidents quotidiens, contre une vingtaine par jour en septembre.

L'extrême droite défend un programme allant encore plus loin. Itamar Ben Gvir, à la tête d'un parti ultranationaliste et actuel ministre de la Sécurité intérieure, a proposé début septembre de vider la bande de Gaza de ses 2 millions d'habitants. Un "transfert" selon lui "volontaire", qui s'opérerait sur 6 ans, le temps de "pousser à l'émigration" une population déjà déplacée à de multiples reprises durant les trois ans de guerre au pouvoir. Il cible aussi le reste des territoires palestiniens. "Il ne faut pas attendre qu'un 7-Octobre se produise [en Cisjordanie occupée]. C'est là que la prochaine guerre va éclater", a-t-il déclaré vendredi, en réaction à une attaque qui a fait 5 blessés israéliens près de Hébron. "L'Autorité palestinienne [qui administre une partie de ce territoire] doit être démantelée et démilitarisée", a-t-il ajouté.

Un changement de coalition gouvernementale permettrait-il une autre approche ? En cas de victoire du principal rival de Benyamin Netanyahou, Gadi Eisenkot, la différence avec l'actuel Premier ministre serait minime, avance Hugh Lovatt. Le centriste, ancien chef d'état-major de l'armée israélienne et novice en politique, s'oppose lui aussi à l'idée d'un Etat palestinien. Il se montrerait toutefois "plus enclin à restreindre l'expansion des colonies non autorisées [par le gouvernement israélien] en Cisjordanie occupée, et à combattre l'extrémisme de certains colons", poursuit-il. Début octobre, Gadi Einsenkot a ainsi qualifié de "terrorisme juif" l'explosion des violences contre les Palestiniens.

Une élection scrutée par les Palestiniens

L'ancien général, dont le fils a été tué dans la guerre à Gaza, "ne mentionne pas la solution diplomatique" pour résoudre le conflit dans l'enclave, relève néanmoins Ksenia Svetlova. S'il a reproché à Benyamin Netanyahou son "échec retentissant" dans la guerre contre le Hamas, Gadi Eiseinkot a lui aussi promis de vaincre le mouvement islamiste palestinien, quitte à devoir lancer de nouvelles opérations militaires. "On verrait peut-être chez l'opposition une plus grande volonté d'appliquer la deuxième phase du plan de paix américain", qui prévoit le désarmement du mouvement islamiste palestinien, "mais elle aurait aussi des lignes rouges", note Hugh Lovatt. "L'opposition [menée par Gadi Eisenkot] accepterait-elle le retrait progressif de l'armée israélienne de Gaza ? J'en doute. Permettraient-ils le retour des Palestiniens sur leurs terres ? J'en doute".

"Le seul qui parle de stabiliser et reconstruire Gaza, d'y mettre en place une nouvelle gouvernance, est Yaïr Golan", le chef du parti de gauche Les Démocrates, pointe Ksenia Svetlova. Sans soutenir ouvertement la solution à deux Etats, il plaide pour une résolution diplomatique du conflit à Gaza, condamne les violences commises par les colons israéliens et compte mettre un terme aux colonies financées par l'Etat, détaille le Jerusalem Post. Si le parti de Yaïr Golan "semble être en position d'avoir une dizaine de sièges dans le prochain Parlement, contre quatre actuellement", il "ne représenterait que 10 %" de la Knesset, tempère toutefois la chercheuse.

A en croire les sondages, le futur Parlement israélien s'annonce en effet très morcelé. Les partis arabes, qui représentent environ 20 % de la population israélienne et sont crédités d'une douzaine de sièges, pourraient donc s'avérer déterminants dans la formation du futur gouvernement. Si la Liste unifiée soutient la création d'un Etat palestinien, la formation Raam "se concentre sur l'amélioration du quotidien des Palestiniens d'Israël, en luttant contre les discriminations ou l'explosion de la criminalité", pointe Ksenia Svetlova. Mais seul le parti de Yaïr Golan s'est dit, à ce stade, prêt à former une coalition avec eux.

Peu d'espoirs côté palestinien

De l'autre côté des frontières, dans les territoires palestiniens, on observe aussi l'issue de ces élections avec attention. "Nous voulons un Premier ministre israélien qui reconnaîtra la souffrance du peuple palestinien et la responsabilité [de l'Etat hébreu] dans cette souffrance", martèle Mohammed Shtayyeh, ancien Premier ministre de l'Autorité palestinienne et responsable du Fatah, auprès de Haaretz. Selon le quotidien, les Palestiniens nourrissent néanmoins peu d'espoirs de voir leur quotidien s'améliorer. "Si la coalition actuelle se maintient au pouvoir, la situation à Gaza et en Cisjordanie occupée continuera de se détériorer, estime Ksenia Svetlova. Ce serait le pire cas de figure pour les territoires palestiniens, pour Israël, et pour toute la région." Le chef du Hamas s'est montré, début octobre, encore plus pessimiste. Dans un entretien à la télévision qatarienne Al Araby, Khalil al-Hayya a jugé: "Que telle ou telle personne arrive au pouvoir, de ce parti ou d'un autre... Notre peuple a souffert aux mains de tous les partis israéliens". [L'article est écrit avec d'infinies précautions...; ndc]

 

Compilation des bulletins de santé, automne 2026

Publié le 25/10/2026 à 20:00 par monde-antigone

 

25 octobre 2026 - Wall Street continue d'être agitée par les inquiétudes liées aux investissements et dépenses des entreprises liées à l'IA. Les coûts croissants enregistrés par le secteur de l'IA donnent le tournis dans les salles de marché. Ainsi, Meta a dit devoir lever "des centaines de milliards de dollars sur plusieurs années" à partir de cet automne, alors que la Chine pourrait obtenir les mêmes résultats avec deux zéros de moins. Ça va durer jusqu'à ce que ça fasse boum... L'IA pèse, mais aussi la nouvelle flambée des prix du pétrole avec un Brent s'approchant de 120 $. Sur la semaine, le S&P500 à 7.623 pts et le Nasdaq à 25.955 pts ont reculé respectivement de 0,4 % ​et 0,7 %, tandis que le Dow Jones contenant des valeurs plus traditionnelles avançait de 0,4 % à 52.215 pts.

La baisse des valeurs liées à l'IA a entraîné toutefois une légère détente sur le front obligataire. Détente dont n'a pas profité la France qui traîne à présent un taux d'emprunt à 10 ans supérieur à 5 %. La France emprunte plus cher que les USA pour la première fois depuis 2013.. Mais vendredi soir, tout le monde a été surpris de voir sa note souveraine maintenue par Moody's à Aa3... Néanmoins l'image de la France à l'international se dégrade, et après les violences et pillages du 17 octobre à Paris, les prêteurs doutent de plus en plus de la capacité de la France de redresser ses comptes publics. Il y a 168 pts d'écart entre les taux allemands et français, et il n'y a pas de raison que cela s'arrange avant la présidentielle dans 6 mois. Au contraire, avec Le Pen à l'Elysée, il y a fort à parier que ce sera pire...

La semaine prochaine, les investisseurs auront les yeux rivés sur les résultats trimestriels d'1/3 des 500 plus grosses entreprises, ​et sur la décision que prendra la Fed concernant sa politique monétaire.

 

18 octobre 2026 - Wall Street vit au rythme des dépêches qui tombent sur les terminaux, tantôt alertant sur l'inflation, l'endettement, la hausse des taux d'emprunt et celle des prix du pétrole, tantôt faisant craindre pour la rentabilité de l'IA et s'inquiétant de valorisations excessives des entreprises de semi-conducteurs, sans oublier la concurrence chinoise toujours aussi prégnante. Ces dernières heures, c'était au tour des géants de la Tech de subir une rafale de ventes et de perdre 3 à 5 %. On sait le poids qu'elles pèsent sur les indices. Aussi le bilan boursier de la semaine ressort mitigé. Si le Dow Jones gagne 0,6 % à 52.002 pts, le S&P500 tombe de près de 2 % à 7.659 pts tandis que le Nasdaq chute de 4,5 % à 26.140 pts.

L'endettement inconsidéré de bien des entreprises non cotées de la Tech attirées par les promesses de profits de l'IA a créé un marché opaque aussi dangereux et incontrôlable que les produits dérivés apparus au moment de la crise des subprimes. Les investisseurs attendent de découvrir la hauteur des performances des entreprises du secteur de l'IA au 3e trimestre avant de penser à racheter les positions perdues par le Nasdaq cette semaine.

Le département du Travail a indiqué que les prix à ‌la consommation (CPI) aux Etats-Unis avaient accéléré en septembre, à 3,7 % sur un an, mais surtout de 0,6 % sur le dernier mois. Cette nouvelle venant après que le seuil des 110 $ du Brent a  brièvement été atteint en séance cette semaine a conforté la thèse d'un prochain relèvement des ‌taux directeurs de la Fed.

 

11 octobre 2026 - Stabilisation à Wall Street, tant sur le front des rendements d'emprunts d'Etat que pour le prix des carburants, mais la situation reste précaire. Le rebond des cours du pétrole ne trompe personne. Trump menace d'une possible reprise des bombardements sur l'Iran juste après les élections de mi-mandat, et les incidents qui se multiplient près des détroits d'Ormuz et de Bab-el-Mandeb ne sont guère rassurants. Les taux américains qui s'étaient envolés jusqu'à 5,36 %, niveau inédit depuis 2002, se sont un peu calmés autour de 5,25 %. Néanmoins la fièvre est toujours active.

Si les indices ont profité des gains de la tech pour se maintenir au sommet, les marchés n'en restent pas moins nerveux, réagissant aux moindres rumeurs sur la rentabilité attendue du développement de l'IA à court et moyen termes. Des informations contradictoires concernant le chiffre d'affaires de OpenAI ont semé le trouble tout au long de la semaine, et cette opacité durera tant que OpenAI et Anthropic n'auront pas fait leur entrée en bourse. Dans ce jeu à se faire peur, Nvidia a perdu 3 %.

La saison des résultats démarre la semaine prochaine avec les grandes banques. Pas de souci pour la grande partie des valeurs qui devraient afficher des bénéfices mirobolants approchant 25 %, mais les investisseurs attendent surtout d'être éclairés sur les valeurs liées à l'IA. Sur la semaine, le Dow Jones gagne un peu moins de 1 % % à 51.654 pts, le S&P500 un peu plus de 1 % à 7811 pts, tandis que le Nasdaq avance de 0,6 % à 27.366 pts.

 

4 octobre 2026 - Wall Street débute l'automne sur fond d'inquiétudes grandissantes sur les taux d'intérêt. 

Les chiffres pas très bons de la semaine ont été plutôt bien accueillis par les acteurs du marché. Le taux de chômage aux Etats-Unis a légèrement augmenté en septembre à 4,2 %; les créations d'emploi ont déçu à 29.000, soit 3 fois moins qu'escompté; mais ce qui est mauvais pour l'économie pourrait inciter la Fed à retarder ses prochaines hausses de taux. Les investisseurs misent à présent sur une pause sur les taux directeurs après avoir fait le pronostic inverse d'un tour de vis monétaire il y a quelques jours. Le mois prochain, ils pourraient dire le contraire de ce qu'ils disent aujourd'hui, plaidant pour une possible hausse avant la fin de l'année en s'appuyant sur la persistance d'un pétrole cher, autour de 100 $, et d'une montée de l'inflation. Aucune décrue ne se profilera à l'horizon tant que la situation restera tendue au Moyen-Orient. Le moral des consommateurs américains est tombé en septembre à un niveau qui n'avait plus été vu depuis 12 ans. Dans la zone euro aussi, la hausse des prix s'est accélérée. L'inflation se situe sur une trajectoire montante, à 3,8 % en septembre après 3,2 % en août. 

Le niveau des taux d'emprunt restera une préoccupation majeure et durable pour les Etats très endettés. Les taux d'intérêt à long terme de plusieurs pays, surtout les USA et la France, ont battu cette semaine des records datant de la dernière crise financière. L'écart de taux entre la France et l'Allemagne s'est creusé à 140 points de base ! Les obligations sont sous pression depuis plusieurs mois du fait de la flambée du prix du pétrole, mais aussi de la concurrence des géants du numérique massivement investis sur le marché de la dette pour financer l'IA. Devant l'ampleur des déficits, la soutenabilité budgétaire des Etats est en question. En France, les investisseurs s'interrogent sur la capacité du gouvernement à faire voter un budget, alors que la situation politique est prise en otage par les forces populistes dans la perspective de la présidentielle de 2027.

Sur la semaine, le Dow Jones recule de 1,2 % à 51.176 pts, le S&P500 reste quasi stable à 7722 pts, le Nasdaq avance de 0,4 % à 27.190 pts

 

La dynastie Bolsonaro proche du pouvoir absolu

Publié le 25/10/2026 à 00:07 par monde-antigone

 

Normalement, Flavio Bolsonaro devrait l'emporter pour plusieurs raisons:

 - On n'a jamais vu le candidat arrivé 2e du 1er tour gagner la présidentielle;

 - Au 1er tour, Bolsonaro a devancé Lula dans les trois principaux Etats disputés, Sao Paulo, Minas Gerais et Rio de Janeiro, sortes de "swing states" brésiliens;

 - Le Parti libéral de Bolsonaro a obtenu le plus grand nombre de gouverneurs, de sénateurs et de députés fédéraux élus. Son parti sera celui qui aura le plus de poids au Congrès. En gagnant, Bolsonaro fera le grand chelem. Si Lula gagnait, il n'aurait pas les moyens de gouverner, sauf à employer des "Medidas Provisorias" (ordonnances) pendant 4 ans;

 - Lula n'a pas de réserves de voix parmi les candidats (de droite) éliminés. Et c'est très aléatoire de compter sur les quelque 20 % d'abstentionnistes du 1er tour;

 - Les derniers sondages indiquent une réduction de l'écart entre Bolsonaro et Lula à 51/49 ou même 50/50. Mais attention, les instituts de sondages en Amérique du Sud se trompent souvent. Au 1er tour, Lula était donné en tête de 2 pts: il a été devancé de 2 pts;

 - La grande partie de l'Amérique latine a élu des présidents de droite ou d'extrême droite, alignés sur l'administration Trump. C'est une tendance continentale. La dernière fois, les partisans de Bolsonaro avaient contesté le résultat donnant la victoire à Lula, et avaient tenté un coup de force à Brasilia, le 8 janvier 2023...

Les Bolsonaro, c'est un clan familial comparable à celui des Trump, soudé autour de Jair, ancien président 2019-2022, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat, une peine qu'il purge en résidence surveillée.

Flavio, 1er fils de Jair, député de Rio puis sénateur, est sous le coup de plusieurs affaires de corruption. Michelle, 3e épouse de Jair, a été élue sénatrice. Carlos, 2e fils de Jair, a lui aussi été élu sénateur. Eduardo, 3e fils de Jair, a perdu son mandat de député, et vit aux Etats-Unis pour échapper à une peine de 4 ans de prison pour obstruction à la justice. 

Après avoir amnistié son père, l'une des premières mesures que prendra Flavio Bolsonaro sera de mener des chasses aux sorcières dans les forces armées afin de purger en profondeur l'appareil d'Etat. Il réinstaurera l'administration de son père.

 

"Ce sera très compliqué pour lui": Au Brésil, Lula mise sur les abstentionnistes pour remporter les élections

par Rodrigo Castillejo

TV5 Monde - 24 oct 2026

https://information.tv5monde.com/international/ce-sera-tres-complique-pour-lui-au-bresil-lula-mise-sur-les-abstentionnistes-pour-remporter-les-elections-2842838

 

Ce dimanche 25 octobre aura lieu le second tour de l'élection présidentielle au Brésil. Luiz Inacio Lula da Silva, dans une position difficile, cherche à attirer le soutien des abstentionnistes. "Il y a beaucoup de personnes qui ne votent pas", confirme le chercheur Frédéric Louault.

Tout n’est pas perdu pour Lula au Brésil. Ce dimanche 25 octobre, il affrontera au second tour de l'élection présidentielle Flavio Bolsonaro, fils de Jair Bolsonaro, président brésilien entre 2019 et 2023. Le scénario n'est pas idéal pour Lula. Au 1er tour, le chef d'État a été relégué à la 2e place avec 45 % des voix. Son rival, Flavio Bolsonaro, s’est positionné 1er avec 47 % des voix.

33 millions d’abstentionnistes lors du 1er tour

"Mathématiquement, ce sera très compliqué pour Lula de remporter le second tour", affirme auprès de TV5 Monde Frédéric Louault, codirecteur du Centre d’étude des Amériques à l’Université libre de Bruxelles. Pour tenter de sortir son épingle du jeu, Lula cherche ainsi à mobiliser les abstentionnistes. "Paradoxalement, le vote est obligatoire entre 18 et 70 ans, mais il y a beaucoup de personnes qui ne votent pas", détaille le chercheur. Ce 1er tour a connu le niveau d’abstention le plus élevé depuis 1998, un chiffre pourtant "assez stable" comparé aux précédentes élections. Environ 21 % des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes le 4 octobre, lors du 1er tour. Autant de potentiels électeurs qui pourraient changer la donne pour Lula. Sur le papier, rallier les abstentionnistes à sa campagne pourrait lui suffire pour remporter l’élection. Lors du 1er tour, l’écart entre les deux finalistes avait atteint environ 9,2 millions de voix, alors que 33 millions de personnes se sont abstenues.

Un électorat difficile à mobiliser

Mais convaincre ces électeurs potentiels de se rendre aux urnes n’est pas une tâche simple. Ces Brésiliens auraient à rompre avec de vieilles habitudes. Et ce groupe est loin d’être homogène. Il se partage notamment entre "les plus de 70 ans, pour qui le vote est facultatif, et les jeunes de 16 à 26 ans". Les premiers constituent une cible privilégiée pour Lula. "Ce sont des personnes plutôt favorables à Lula, d’après ce qu’on observe dans toutes les analyses ou les sondages", détaille Frédéric Louault. Cet électorat "a connu les mandats de Lula entre 2003 et 2010, qui ont constitué son âge d’or politique".

Mais malgré cette appétence pour le candidat de gauche, certains de ces électeurs "ne vont pas voter parce que le transport est coûteux ou compliqué". Lula essaie donc de faire appel à des relais familiaux, en mobilisant les enfants et les petits-enfants de ces électeurs pour faciliter leur déplacement jusqu’aux bureaux de vote. Pour l'expert, le leader du Parti des travailleurs essaye également de jouer "sur l'importance du moment". Lula s'est approprié "la défense de la démocratie" et celle de certaines politiques publiques "qui seraient menacées par Flavio Bolsonaro". "Il met en avant le domaine de la santé, où Bolsonaro père a eu une gestion désastreuse de la pandémie".

Les jeunes: un électorat dangereux

"Par rapport aux jeunes, c’est difficile de savoir s'ils sont plus favorables à Lula ou à Flavio Bolsonaro", confie Frédéric Louault. Les exemples des pays voisins laissent penser qu’ils pourraient pencher pour le second. Les jeunes ont notamment joué un rôle dans la victoire de Javier Milei en Argentine et de José Antonio Kast au Chili. Reste que dans le contexte actuel, Lula ne peut pas se permettre de passer à côté de cette partie de l'électorat. Pour ce second tour, il a tenté de modifier sa manière de faire campagne, jugée "trop traditionnelle". Il a notamment rajeuni ses équipes de communication, en s’appuyant sur des dirigeants politiques qui ont réalisé de "bonnes performances aux législatives" et qui ont "fait campagne à travers les réseaux sociaux". Des profils tels que les députés fédéraux Erika Hilton (7 millions d'abonnés sur Instagram) et Pedro Roussef (plus d'un million d'abonnés) sont mis en avant.

Pour Frédéric Louault, la stratégie constitue "un pari". En cherchant à toucher les jeunes, Lula pourrait "réveiller une sorte de vote de protestation, de vote contestataire, qui n’ira pas forcément favorablement en sa faveur". Le match est loin d’être joué pour Lula, déjà élu président à trois reprises au cours de sa carrière. Les 48 heures prochaines seront, pour lui, déterminantes.

 

Lula et Bolsonaro au coude-à-coude: Le Brésil retient son souffle à la veille du second tour de la présidentielle

par Thierry Ogier

Les Echos - 24 oct 2026

https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/lula-et-bolsonaro-au-coude-a-coude-le-bresil-retient-son-souffle-a-la-veille-du-second-tour-de-la-presidentielle-2258938

 

Lula tente de remonter la pente après sa contre-performance du 1er tour et a multiplié les initiatives dans la foulée de l'adoption de la semaine de 40 heures. Son adversaire, Flavio Bolsonaro, a lancé une série de promesses dans une atmosphère de surenchère.

L'espoir renaît dans le camp de Lula à la veille du scrutin décisif de dimanche. Quelque peu sonnée par les résultats frustrants du premier tour, la gauche brésilienne estime que l'ancien président est en mesure de refaire son handicap de 1,8 point enregistré au premier tour et de l'emporter dans la dernière ligne droite face à Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro.

Les sondages placent de nouveau les deux candidats au coude-à-coude, alors que les quatre "petits" candidats de droite éliminés au 1er tour ont officiellement appelé à voter Bolsonaro dimanche. Cela montre que le report des voix ne sera pas automatique. Jeudi, une enquête d'opinion Datafolha attribuait 50 % d'intentions de vote à chacun des deux candidats, avant le dernier débat télévisé houleux qui s'est déroulé vendredi soir.

Stratégie musclée sur les réseaux sociaux

Entre les deux tours, la campagne de Lula, quelque peu maladroite au départ, a repris de la vigueur. Au-delà des meetings traditionnels aux quatre coins du Brésil, la stratégie orchestrée sur le terrain des réseaux sociaux a été considérablement musclée.

Un député activiste allié au président sortant a ainsi mobilisé sur WhatsApp l'"armée de Lula", forte d'une dizaine de millions d'abonnés, pour faire face à la "troupe de Flavio" dont les effectifs seraient bien inférieurs. « Ça ne sera pas évident, ça ne sera pas facile, mais il y a une chance potentielle qui est considérable », affirme un militant à Sao Paulo.

Lula a également fait le forcing en matière de politique sociale. Il est parvenu à faire approuver in extremis la semaine des 40 heures par le Congrès entre les deux tours. La mesure est si populaire que même Flavio Bolsonaro, qui détient un mandat de sénateur, a finalement voté en faveur de cette mesure, en dépit de ses critiques initiales. Lula a également promis la gratuité des transports en commun le week-end.

Promesses difficilement tenables

Pris à contre-pied par les nombreuses mesures au caractère électoral annoncées par Lula pendant la campagne, comme l'augmentation des allocations pour les 19 millions de familles les plus pauvres ou un programme de désendettement des ménages, le candidat de l'opposition a pratiqué la surenchère en promettant des mesures encore plus généreuses, en apparente contradiction avec son programme de rigueur et sa volonté affichée de s'attaquer au problème de la dette. « Dans ce cas, il lui sera plus difficile d'atteindre ses objectifs économiques, à moins qu'il y ait tromperie sur la marchandise et qu'il affirme durant la campagne électorale le contraire de ce qu'il va faire dans la pratique », estime Nelson Marconi, professeur d'économie à la Fondation Getulio Vargas, une école de commerce à Sao Paulo.

Flavio Bolsonaro a promis au passage de créer un "ministère de la prospérité" tout en réduisant les dépenses publiques de quelque 40 milliards d'euros en s'attaquant à la corruption, sans trop détailler ces mesures. « On nage en pleine démagogie, affirme de son côté Monica de Bolle, chercheuse brésilienne à l'Institut Peterson d'économie internationale. C'est typique du pire populisme en Amérique latine ».

Avantage Flavio ?

De son côté, le quadragénaire Flavio Bolsonaro entend profiter de son avance du 1er tour et d'une campagne vigoureuse. Alors que les accusations de corruption fusent de part et d'autre, il insiste sur les thèmes de la vie quotidienne qui font mouche au sein de la classe moyenne, comme la lutte contre l'insécurité ou la baisse du pouvoir d'achat. Il promet d'appliquer la manière forte contre les narcoterroristes qui se sont emparés du contrôle de nombreuses favelas, éventuellement avec l'aide de Donald Trump, et fustige le "laxisme" de Lula envers les criminels.

Le président sortant a par ailleurs commis de nombreuses maladresses durant la campagne électorale, comme lorsqu'il a comparé son adversaire à un "vaurien typique de Rio". Reste à savoir si la population de la ville, qui penche traditionnellement à droite, lui en voudra. Agé de 81 ans et au terme de son 3e mandat, il est aussi victime de l'usure du pouvoir.

Mais d'autres tendances lui paraissent plus favorables. Un sondage de l'Institut Quaest a ainsi détecté que « la peur du retour de la famille Bolsonaro au pouvoir » (44 %) était plus forte que celle de la réélection de Lula (42 %). Le taux de rejet du candidat de l'opposition (52 %) est également plus élevé que celui du président sortant (47 %, en baisse de 6 points en une semaine). Le suspense devrait ainsi continuer jusqu'au bout, alors que les deux candidats sont dans un mouchoir de poche.

 

En cas de victoire à l'élection présidentielle, Flavio Bolsonaro disposerait d'un pouvoir que son père n'a jamais eu

par Laura Perren, d'après The Washington Post

Slate - 09 oct 2026

https://www.slate.fr/monde/election-presidentielle-bresilienne-bolsonaro-pouvoir-pere-clan-lula-bresil-politique

 

Le favori de l'élection présidentielle brésilienne s'est engagé à faire libérer son père incarcéré, l'ancien président Jair Bolsonaro, à accorder l'amnistie aux partisans ayant participé aux émeutes de janvier 2023 et à destituer les juges de la Cour suprême.

La vague de droite issue des élections brésiliennes du 4 octobre pourrait bien profiter à Flavio Bolsonaro. Arrivé en tête du 1er tour de la présidentielle avec 47 % des voix, devant son rival de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (45 %), le sénateur entend bien rompre avec

les 4 années de gouvernement de Lula, s'il est élu à la tête du pays. Libération de son père condamné à 27 ans de prison pour sa tentative de coup d'État du 8 janvier 2023, amnistie pour les partisans ayant pris part aux émeutes et destitution des juges de la Cour suprême qui ont cherché à les traduire en justice: ses promesses sont nombreuses, à moins de trois semaines du second tour de l'élection suprême, prévu le dimanche 25 octobre. D'après les analystes et les instituts de sondage, le fils de Jaïr Bolsonaro est donné favori face à l'actuel président de gauche.

Le succès des candidats de droite lors des élections régionales, sénatoriales et législatives du dimanche 4 octobre renforce cette dynamique. Le Parti libéral (PL) de Flavio Bolsonaro a obtenu de nombreux sièges supplémentaires au Congrès, remportant notamment 19 des 54 sièges de la Chambre haute en jeu lors de ces élections (sur un total de 81 sièges que compte le Sénat).

Selon les estimations, le parti bolsonariste obtiendrait également 121 des 513 sièges de la Chambre des députés, un record depuis la fin de la dictature militaire au Brésil, en 1985. Avec ses alliés du centre-droit et de la droite, le PL serait en mesure de former une coalition suffisamment large pour modifier la Constitution et, pour la première fois dans l'histoire du pays, destituer des juges.

« Flavio n'a jamais trompé les électeurs sur le programme qu'il compte mettre en œuvre, souligne le politologue Felipe Nunes, directeur de l'institut de sondage Quaest. S'il est élu, il disposera d'une base parlementaire qui lui permettra de prendre ces mesures. L'extrême droite sera en mesure de mettre en œuvre un programme bien plus radical qu'auparavant ». Le candidat à la présidentielle en a bien conscience. Mardi 6 octobre, lors d'un meeting électoral à Goiânia, 2e ville de la région du centre-ouest du pays, il a affirmé: « Le Brésil m'a déjà donné un Parlement bien plus à droite qu'il ne l'est aujourd'hui, pour que nous puissions modifier la Constitution, pour que nous puissions redémocratiser ce pays, pour que les institutions respectent à nouveau la Constitution ».

La dynastie Bolsonaro, inspirée par le clan Trump ?

Selon le Washington Post, l'ex-président (2019-2023) d'extrême droite Jair Bolsonaro n'a jamais disposé d'une telle marge de manœuvre. Lors de son arrivée au palais présidentiel du Planalto en 2019, son parti ne comptait que 4 sénateurs et 52 députés. Son refus de négocier avec les élus de centre-droit, dont le soutien était indispensable au Congrès, a également entravé la mise en œuvre de son programme.

Le média américain compare la dynastie Bolsonaro au clan Trump. Jair Bolsonaro, tout comme le locataire de la Maison-Blanche, a qualifié de fraude l'échec de sa tentative de réélection avant d'assister, les bras croisés, à l'assaut et à l'occupation du palais présidentiel, du Congrès et de la Cour suprême par ses partisans. Flavio Bolsonaro, à l'instar de Donald Trump, a qualifié ses partisans de patriotes, promettant de leur accorder son pardon. Il affirme que ceux qui ont poursuivi son père en justice sont corrompus et s'est engagé à utiliser les pouvoirs présidentiels pour les sanctionner.

Pour le favori au prochain scrutin brésilien, la refonte de la Cour suprême est devenue une priorité et une manière de régler ses comptes. Le sénateur fait lui-même l'objet d'une enquête pour blanchiment d'argent et corruption, après avoir sollicité des millions de dollars auprès de Daniel Vorcaro, un banquier incarcéré accusé d'avoir participé à une fraude de plusieurs milliards de dollars.

(...) Bolsonaro et Lula vont tenter de convaincre les quelque 9 millions d'électeurs qui ont voté pour d'autres candidats au 1er tour, ainsi que les quelque 33 millions d'abstentionnistes, soit 21 % de l'électorat, un niveau record. L'actuel président a alerté contre le risque de redonner le pouvoir aux Bolsonaro, présentant l'élection comme un choix entre « la démocratie et la souveraineté » et « la barbarie et la corruption ».

Dans un pays touché par des prix élevés et un endettement croissant des ménages, Flavio Bolsonaro se présente comme le candidat du changement. De son côté, Lula ne cesse de rappeler les effets de son mandat actuel sur la croissance économique et la baisse du chômage. « Flavio est aujourd'hui le favori, conclut Felipe Nunes. Mais Lula a encore la possibilité de toucher les électeurs qui l'ont soutenu pour la première fois en 2022, qui sont aujourd'hui frustrés et ont choisi de ne pas voter ». La réponse est attendue dans les urnes, dimanche 25 octobre.

 

26/10/2026 >> Lula déjoue les pronostics. Contre toute attente, il renverse Bolsonaro et gagne avec 4,4 millions de voix d'avance.

Bolsonaro conteste le résultat et demande l'annulation du scrutin à cause de la décision d'un juge de prolonger l'ouverture des bureaux de vote pour des raisons de conditions météorologiques et de circulation dans les grandes villes. [Il reconnaît sa défaite le lendemain]

Dans le détail, Bolsonaro a remporté le pôle agroalimentaire du Centre-Ouest et a facilement gagné le Sud. Lula a effacé une grande partie des gains de 1er tour de Bolsonaro en gagnant dans le Nord-Est. Il a également triomphé dans le Nord, la région amazonienne. Rio de Janeiro et Sao Paulo sont fortement ancrées à droite. Il est rare que les grandes villes ne donnent pas l'avantage au candidat progressiste.

Lula: 51,79 %  /  Bolsonaro: 48,21 %  

abstention:  19 %  la plus faible de l'histoire du pays   (source O Globo)

27/10/2026 >> CNN et le NYT rapportent que Flavio Bolsonaro a fui le Brésil pour les États-Unis. Bolsonaro fait l'objet de plusieurs enquêtes. L'une d'elles sur des soupçons de corruption et de blanchiment d'argent dans le financement d'un film sur son père.

 

Bitchat, la messagerie anti-censure qui cartonne

Publié le 24/10/2026 à 03:12 par monde-antigone

 

Manifestations en France: Bitchat, la messagerie sans réseau qui a le vent en poupe

par Jean-Luc Mounier

France24 - 22 oct 2026

https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20261022-manifestations-france-bitchat-messagerie-sans-r%C3%A9seau-vent-poupe

 

C'est une place qui est d'habitude trustée par Telegram, Signal, Discord ou encore WhatsApp. Mais une application peu connue du grand public, Bitchat mesh, figurait jeudi 22 octobre en tête du classement de la  catégorie "réseaux sociaux" sur l'App Store. Elle a aussi intégré le top 10 des applications les plus populaires toutes catégories confondues. Deux places honorifiques dans le catalogue d'applications d'Apple qui disent beaucoup de la popularité actuelle de cette messagerie, alors que la France est secouée depuis des semaines par des manifestations lycéennes – et depuis le 17 octobre pour le pouvoir d'achat.

Contrairement aux autres applications, Bitchat a une particularité: c'est une messagerie décentralisée pour laquelle "aucune connexion internet, aucun serveur, aucun numéro de téléphone ne sont requis", comme on peut le lire sur la page officielle de l'application. Elle permet à ses utilisateurs d'envoyer et de recevoir des messages par des liaisons locales uniquement avec le Bluetooth. Une fonctionnalité pratique en l'absence de réseau, comme cela arrive parfois lors d'une manifestation.

Pour rendre les échanges possibles entre ses utilisateurs, l'application développée en juillet 2025 par Jack Dorsey (le cofondateur de Twitter) se base sur la technologie des réseaux maillés ("mesh networks"). Contrairement à des messageries comme WhatsApp, qui reposent sur des serveurs centraux, ce système réseau est décentralisé: les appareils utilisant Bitchat sont interconnectés à l'image d'une toile d'araignée qui peut de plus en plus s'étendre en fonction du nombre de personnes qui utilisent l'application. Cette technologie n'est pas nouvelle: d'autres applications l'utilisent depuis plus d'une décennie, à l'instar de FireChat, qui était très utilisée pour contourner la censure lors des manifestations à Hong Kong, en 2014. Par ailleurs, Bitchat sait aussi utiliser Internet... "Mais quand le réseau tombe, c’est le Bluetooth qui prend le relais", comme l'explique le média spécialisé Numerama.

Une appli utilisée en Iran, en Ouganda ou encore en Inde

La page officielle de Bitchat revendique l'indépendance de son application: "Les applications de messagerie traditionnelles reposent sur une infrastructure centralisée susceptible d'être surveillée, censurée ou désactivée", peut-on lire sur le site officiel. "Bitchat crée des réseaux (...) utilisant uniquement les appareils situés à proximité physique. Cette approche garantit la résistance à la censure, à la surveillance et l'indépendance vis-à-vis des infrastructures. "Le réseau reste fonctionnel en cas de pannes d'Internet, de catastrophes naturelles, de manifestations ou dans les régions à connectivité limitée".

Au moment de son lancement, la messagerie chiffrée a été conçue pour être utilisable en cas de pannes d'Internet, de catastrophes naturelles ou dans les régions à connectivité limitée. Mais cette application a rapidement connu d'autres usages, notamment lors de manifestations dans plusieurs pays du monde confrontés aux coupures d'Internet, notamment en Iran et en Ouganda en début d'année.

L'application a été rapidement redoutée par les régimes contrôlant la circulation de l'information, à l'image de la Chine qui a demandé à Apple de retirer la messagerie décentralisée de son App Store, en avril dernier. Bitchat a aussi été retiré des plateformes de téléchargement indiennes, comme l'a annoncé Jack Dorsey sur X le 3 octobre. En cause: lors de précédentes manifestations de l'opposition en juillet, les protestataires avaient notamment utilisé cette application, qui était alors l'une des plus populaires pour contourner l'interdiction d'accès à Internet. (...)

 

Bitchat, la messagerie hors ligne anti-censure, cartonne sur iOS et Android

par Geoffroy Ondet

01net - 22 oct 2026

https://www.01net.com/actualites/bitchat-la-messagerie-hors-ligne-anti-censure-cartonne-sur-ios-et-android.html

 

Depuis quelques jours, l’application de messagerie Bitchat cartonne sur l’App Store et le Google Play Store. (...). Et ce soudain succès dans l’Hexagone n’est sans doute pas le fruit du hasard. Si BitChat est depuis quelques jours téléchargée massivement, c’est principalement grâce à son mode de fonctionnement.

Une messagerie en peer-to-peer qui échappe à la censure

Lancée il y a un an, l’application de messagerie chiffrée (...) s’utilise sans compte, et ne nécessite ainsi ni numéro de téléphone ni adresse e-mail pour être utilisée. Contrairement aux applications de messagerie traditionnelles, Bitchat s’appuie sur un système décentralisé de peer-to-peer. Bitchat fonctionne sans connexion à Internet et sans serveur centralisé. Pour ce faire, la messagerie utilise le Bluetooth Low Energy pour établir un réseau maillé local. Cela signifie que tous les appareils utilisant Bitchat à proximité servent de relais pour transmettre les messages de proche en proche, étendant ainsi la couverture réseau. Et c’est là que réside toute la force de Bitchat: la messagerie fonctionne lorsqu’Internet est coupé et échappe à tout risque de censure. Un système de fonctionnement idéal dans le cadre d’une manifestation, par exemple.

Fonctionnelle avec ou sans Internet

Bitchat sait aussi parfaitement fonctionner avec une connexion à Internet. Lorsqu’une connexion est disponible, l’application bascule sur le protocole ouvert et décentralisé Nostr pour communiquer avec d’autres utilisateurs à plus grande échelle. La messagerie transmet ainsi ses données à travers un réseau mondial composé de plus de 440 relais Nostr. Cela permet ainsi aux utilisateurs de la messagerie d’accéder à des salons de discussion géolocalisés à l’échelle d’un quartier d’une ville ou même d’une région. Là encore, la messagerie sécurise les échanges avec un chiffrement propre à l’application et génère des clés cryptographiques éphémères par zones géographiques. Bitchat sélectionne automatiquement le canal de transmission le plus adapté à chaque situation. La messagerie passe directement par le réseau maillé Bluetooth si le destinataire est physiquement à proximité. Elle bascule automatiquement sur Nostr si le destinataire est hors de portée Bluetooth mais connecté à Internet. Et si toutefois aucun réseau n’est disponible dans l’immédiat, elle stocke temporairement les missives jusqu’à ce qu’un canal (Bluetooth ou Internet) soit de nouveau opérationnel.

Bitchat, solution de secours en cas de blocage des réseaux sociaux

Si Bitchat truste soudainement le podium des applications les plus téléchargées sur iPhone et Android, c’est principalement à cause du contexte sociopolitique actuel en France. Car parmi les débats menés après les manifestations du 17 octobre dernier, qui ont dégénéré en émeutes destructrices et ont donné lieu à des pillages, l’idée de procéder à un blocage des réseaux sociaux a commencé à émerger. Invité par RTL lundi dernier, l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, candidat Renaissance à l’élection présidentielle a ainsi suggéré de procéder à « un blocage temporaire ciblé sur les territoires où se déroulent les émeutes ». En 2024, après plusieurs jours d’émeutes, Gabriel Attal, alors Premier ministre avait fait bloquer Tik-Tok en Nouvelle Calédonie, blocage qui avait été retoqué quelques jours plus tard par le Conseil d’État. En téléchargeant massivement Bitchat sur leur smartphone, les participants aux manifestations à venir ce samedi 24 octobre, espèrent sans doute esquiver tout risque de voir leurs moyens de communications bloqués.