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Date de création : 11.04.2007
DerniĂšre mise Ă  jour : 30.04.2018
89 articles


Le meilleur chevalier du monde.

Publié le 30/04/2018 à 18:56 par titelive

 

Guillaume le Maréchal,
Comte de Striguil et de Pembroke.

 

Ce personnage a Ă©tĂ© sorti de l’ombre et mĂ©diatisĂ© en France par Georges Duby il y a une trentaine d’annĂ©es.
Le rĂ©cit de la vie de Guillaume le MarĂ©chal nous est parvenu dans un manuscrit unique, cent vingt-sept feuilles de parchemin, du Ă  un trouvĂšre dĂ©nommĂ© Jean. Paul Meyer procura de l’Histoire une Ă©dition en trois volumes publiĂ©s pour la SociĂ©tĂ© de l’Histoire de France en 1891, 1894 et 1901 (consultable sur Gallica). Plus tard, en 1933, parut Ă  Baltimore l’ouvrage de Sydney Painter « William Marshal, knight-errant, Baron and Regent of England ».
C’est d’abord Ă  Radio France dans la sĂ©rie des « Inconnus de l’histoire », cent-vingt-trois Ă©missions diffusĂ©es sur France Culture entre octobre 1981 et avril 1984, que fut Ă©voquĂ©e la vie de Guillaume le MarĂ©chal, puis le livre de Georges Duby paru Ă  la fin de l’annĂ©e 1984 « Guillaume le MarĂ©chal ou le meilleur chevalier du monde » vint parachever cette rĂ©surrection.

Alors qui fut ce Guillaume ?
Il naquit en 1147. Cadet issu d’un lignage modeste qui a fait souche en Angleterre aprĂšs la conquĂȘte normande, il doit son nom de famille Ă  certains de ses prĂ©dĂ©cesseurs qui ont occupĂ© l’office de marĂ©chal des rois anglo-normands. Mais il est aussi, par sa mĂšre, le neveu du comte Patrice de Salisbury. AprĂšs avoir fait son apprentissage militaire dans la maison de son cousin Guillaume de Tancarville, il est armĂ© chevalier vers 1167.
DĂšs lors, durant plusieurs annĂ©es, il cherche fortune et notoriĂ©tĂ© dans les tournois que l’aristocratie de la France du Nord organise. Et lorsque Jean  le TrouvĂšre traite des annĂ©es 1173-1183, il ne parle Ă  peu prĂšs que de tournois. Au service des PlantagenĂȘts (le roi Henri II, son fils aĂźnĂ© Henri le Jeune puis les cadets Richard CƓur de Lion et Jean sans Terre), Guillaume manƓuvre pour rester loyal Ă  des hommages multiples en dĂ©pit des intrigues qui dĂ©chirent ses suzerains. Guillaume entre en contact en 1185 avec les Templiers, lors d’un pĂšlerinage en Terre sainte. En 1189, sa fidĂ©litĂ© aux PlantagenĂȘts lui vaut l’octroi par le roi Richard de la main d’une trĂšs riche hĂ©ritiĂšre, Isabelle de Clare, fille du comte de Pembroke Richard Strongbow, et petite-fille du dernier roi de Leinster Dermot Mac Murrough, dont la fille, Aoife, fut « donnĂ©e » Ă  Richard de Clare. Ce qui fait qu’Isabelle, de par sa mĂšre, possĂ©dait presque le quart de l’Irlande ! Par ce tardif mariage, Guillaume accĂšde au rang des barons qui dominent le royaume et acquiert progressivement les Ă©lĂ©ments du pouvoir politique. Il fut créé comte de Pembroke le 27 mai 1199, jour du couronnement de Jean sans Terre. Un seigneur de la rĂ©gion de Londres, Robert Fitzgautier, se rĂ©fugia en France en 1212. Il devait se battre aux cĂŽtĂ©s de Louis de France et ĂȘtre capturĂ© par Guillaume le MarĂ©chal.
La rĂ©gence dont le charge avant de mourir Jean sans Terre, en 1216, pour le compte de son fils mineur, constitue le couronnement de sa carriĂšre. C’est Ă  l’occasion de la minoritĂ© d’Henri III qu’il remporte sur les partisans du prince Louis, fils du roi de France Philippe Auguste, la victoire de Lincoln (mai 1217) ruinant ainsi les prĂ©tentions en Angleterre du futur Louis VIII de France. Le MarĂ©chal raccompagna lui-mĂȘme jusqu’à la cĂŽte le prince Louis et ses barons  qu’il avait capturĂ©s, ce qui lui fut reprochĂ© vingt ans plus tard par le roi Henri III.
Guillaume le MarĂ©chal est mort le 14 mai 1219. Avant sa mort il avait remis lui-mĂȘme la rĂ©gence, du jeune roi Henri III,  au  lĂ©gat du pape en Angleterre. Il avait aussi, anachroniquement, intĂ©grĂ© l’Ordre du Temple.
Lorsque la nouvelle de sa mort arriva Ă  la cour de France, le chevalier Guillaume des Barres  dĂ©clara en prĂ©sence du roi Philippe II : « En notre temps, il n’y eut en nul lieu meilleur chevalier, et qui s’y connĂ»t mieux en armes
 je dis, et j’en prends Dieu Ă  tĂ©moin, que je ne vis jamais meilleur que lui dans toute ma vie. »
Et Guillaume des Barres s’y connaissait : il Ă©tait le plus preux de la cour de France, c’est-Ă -dire du monde. Le roi Philippe rajouta : « Le MarĂ©chal fut, selon mon jugement, le plus loyal, vrai, que j’aie jamais connu, en quelque lieu que je fusse. »

Le MarĂ©chal eut cinq fils, malheureusement pour lui, aucun n’eut de descendance Ă  son tour. Chacun d’entre eux fut, Ă  un moment donnĂ©, comte de Pembroke.
La lignĂ©e du MarĂ©chal s’éteignit vite : en 1246 il n’y eut plus d’homme qui portĂąt le nom du MarĂ©chal.

Bibliographie :
Georges Duby :  Guillaume le Maréchal ou le meilleur chevalier du monde, 1re édition chez Fayard, 1984.

David Crouch : William Marshal, knighthood, war an chivalry, 1147-1219, Harlow, 2002.

À propos du 22 mars 1968.

Publié le 22/03/2018 à 07:37 par titelive

 

À propos du 22 mars 1968.

Le 20 mars 1968 le siĂšge de l’American Express Ă  Paris est attaquĂ© par une centaine de personnes.
Les baies du bĂątiment sont fracassĂ©es Ă  coup de barres de fer. Le mur est badigeonnĂ© de mots d’ordre anti-amĂ©ricains. La banniĂšre Ă©toilĂ©e est symboliquement enflammĂ©e. L’action dure Ă  peine deux minutes. Xavier Langlade, responsable du service d’ordre de la JCR, est arrĂȘtĂ© dans la rue puis transfĂ©rĂ© au quai des OrfĂšvres. Durant la nuit qui suit, quatre lycĂ©ens membres des comitĂ©s Vietnam sont apprĂ©hendĂ©s chez eux et, vers six heures du matin, le vendredi 22 mars, Nicolas Boulte est cueilli Ă  son domicile de Massy. Boulte est l’ancien prĂ©sident de l’Association des Ă©lĂšves de l’Institut catholique de Paris, l’ex-prĂ©sident de l’éphĂ©mĂšre Jeunesse Universitaire ChrĂ©tienne, enfin et surtout il est le secrĂ©taire du ComitĂ© Vietnam national dont les personnalitĂ©s les plus marquantes sont Laurent Schwartz et Jean-Paul Sartre.
Les trois coups de la piÚce qui va tenir en haleine le pays durant deux mois sont frappés ce vendredi 22 mars !
A Nanterre, dans l’aprĂšs-midi du 22, alors que la nouvelle des arrestations se rĂ©pand, l’émotion grandit. Langlade, inscrit Ă  la FacultĂ©, est un militant connu. Sur le campus, il promĂšne un flegme Ă  toute Ă©preuve. D’emblĂ©e Daniel Cohn-Bendit devine le parti que les « enragĂ©s » peuvent tirer du rĂ©flexe clanique. C’est un des leurs qui est frappĂ© par la rĂ©pression. Inlassablement, suivi d’une petite Ă©quipe, il parcourt les couloirs, pĂ©nĂštre dans les salles de cours et annonce pour cinq heures une rĂ©union dans l’amphithéùtre B2. Unique ordre du jour : la riposte. Des centaines d’étudiants rĂ©pondent Ă  la convocation.  Pour que l’opinion publique parle de ce qui se passe, l’occupation d’un bĂątiment de la facultĂ© est proposĂ©e. Cohn-Bendit suggĂšre de camper dans les locaux du dĂ©partement de sociologie. Mais un anarchiste discret et influent, Jean-Pierre Duteuil, emporte la dĂ©cision : c’est la tour qui domine le campus qu’il faut occuper ! Cohn-Bendit, prudent, est partisan de rester au rez-de-chaussĂ©e, oĂč le risque d’expulsion lui semble moindre. Mais le modĂ©rĂ© Dany se voit dĂ©bordĂ©, quelques Ă©claireurs ont commencĂ© Ă  monter les Ă©tages. Cohn-Bendit se rallie. En haut, au huitiĂšme Ă©tage, c’est l’étage magistral, celui de la salle du conseil. Autour de la grande table ovale les visiteurs du soir prennent leurs quartiers. Des caisses de sandwiches, des canettes de biĂšre apparaissent. Tout le monde s’exprime dans une joyeuse pagaille et Dany, ravi et rayonnant, savoure l’épisode. Une commission s’isole afin de rĂ©diger un texte, un manifeste ; Le ton est donné : « L’heure n’est plus aux dĂ©filĂ©s pacifiques
 Nous devons rompre avec les techniques de contestation qui ne peuvent plus rien
  A chaque Ă©tape de la rĂ©pression, nous riposterons de maniĂšre de plus en plus radicale. » La motion propose de transformer la journĂ©e du 29 mars en dĂ©bat permanent. La rĂ©solution est adoptĂ©e par 142 voix, contre 2, et 3 abstentions.  Le « Mouvement des 142 », dĂ©sormais, enfle et rĂ©clame droit de citĂ©. L’action « exemplaire », Ă  la mode castriste, hante les contestataires nanterrois. Le 26 juillet 1953, avec une escouade de fidĂšle, un jeune avocat barbu avait commandĂ© l’assaut contre la forteresse de la Moncada. Ainsi Fidel Castro Ă©tait-il entrĂ© dans l’histoire, amorçant le « Mouvement du 26 juillet »  Le « Mouvement des 142 », rĂ©flexion faite, rĂ©fĂ©rence vĂ©rifiĂ©e, rĂ©vĂ©rence gardĂ©e et ironie en plus, s’appellera « Mouvement du 22 mars ». Ceux qui le composent sont des anars, des lecteurs assidus des situationnistes, des trotsko-guĂ©varistes de la JCR, des libertaires, des jĂ©cistes, des inorganisĂ©s
 Ils ne sont d’accord sur rien. S’ils s’asseyaient autour d’une table pour parler doctrine, conjoncture ou thĂ©orie, leur compagnonnage ne durerait pas dix minutes. L’unique ciment qui les accole c’est l’action. Le Mouvement du 22 mars est une mouvance, un creuset, sans programme, sans hiĂ©rarchie officielle, sans dirigeants Ă©lus. Une application de « dĂ©mocratie directe ».   Daniel Cohn-Bendit en est un meneur naturel et son principal porte-parole. DĂšs lors l’agitation ne cessera plus Ă  Nanterre et va aller s’aggravant. Le mouvement est prĂ©curseur de ce que les partis traditionnels ont appelĂ© depuis les « évĂ©nements de mai » ou mĂȘme la « crise de mai 68 ».
Le Mouvement du 22 Mars sera dissout par le Gouvernement français le 12 juin 1968, en mĂȘme temps qu’une douzaine de factions dites d’extrĂȘme gauche. Les principales formations d’extrĂȘme gauche se reformeront sous d’autres noms.  Le Mouvement du 22 mars ne se reformera pas, devenant peut-ĂȘtre  le groupe le plus emblĂ©matique de contestation politique et de dĂ©mocratie directe du printemps 1968.

 

Le "Testament" de Jean Meslier.

Publié le 26/02/2018 à 16:27 par titelive

À propos du curĂ© Meslier (1664-1729).

1/ Charles Weiss nous dit, dans sa notice biographique de Jean Meslier, écrite au début du XIXe siÚcle, « MESLIER (JEAN), curé d'Estrepigny, en Champagne, s'est acquis une triste célébrité dans le 18e siÚcle, par sa haine aveugle contre la religion qu'il était chargé de faire chérir et d'enseigner. » Plus loin Weiss ajoute que « Ce n'est qu'une longue et insipide déclamation contre les vérités du christianisme ».

2/ Le Dictionnaire complet de Pierre Larousse (1908) ne mentionne pas Meslier.

3/ Le Larousse encyclopédique en couleurs (1979) donne le texte suivant :
Meslier (Jean), dit le CurĂ© Meslier (Mazerny, prĂšs de Rethel, 1664 – EtrĂ©pigny, Champagne, 1729). AprĂšs sa mort, on retrouva chez ce prĂȘtre estimĂ© de ses paroissiens un « MĂ©moire » oĂč il attaquait violemment la religion et les institutions politiques et sociales. Voltaire en publia des fragments Ă  sa maniĂšre en 1762 et 1768. Le texte complet parut en 1864.

4/ Le petit Larousse illustrĂ© 2000 est plus prĂ©cis car il cite les dates et lieux de naissance et de mort de Meslier, en prĂ©cisant que ÉtrĂ©pigny se trouve prĂšs de MĂ©ziĂšres ; et ajoute que c’est un philosophe français. CurĂ© de campagne, il a laissĂ© un mĂ©moire (le Testament), partiellement publiĂ© par Voltaire, dans lequel il condamne le soutien apportĂ© par l’Église (et par la notion mĂȘme de Dieu) Ă  un ordre social injuste.

Il aura fallu du temps pour reconnaßtre Meslier en tant que philosophe !

5/ C’est l’EncyclopĂŠdia Universalis, dans l’article signĂ© Jean-Robert Armogathe, qui dĂ©veloppe plus sĂ©rieusement la biographie et l’Ɠuvre de Jean Meslier.
On y apprend que fils d’un marchand, aprĂšs des Ă©tudes au sĂ©minaire de Reims, Jean Meslier est ordonnĂ© prĂȘtre en 1688. NommĂ© en 1689 Ă  la cure d'ÉtrĂ©pigny, dans sa rĂ©gion natale, il va exercer ses fonctions, sans grands problĂšmes, jusqu'Ă  sa mort. On ne signale durant son apostolat qu’une altercation avec le seigneur du village. Mais ce qui ressort des trois Ă©crits posthumes qu'il a laissĂ©s : son MĂ©moire (connu comme Le Testament du curĂ© Meslier), ses Lettres aux curĂ©s du voisinage et sa rĂ©futation, en notes marginales, de la DĂ©monstration de l'existence de Dieu de FĂ©nelon (connue comme L'Anti-FĂ©nelon), c’est bien son athĂ©isme et ses idĂ©es rĂ©volutionnaires. En fait, Meslier parle en « communiste », maniant contre « les princes de ce monde » la violence d'un vocabulaire biblique nourri d'une pensĂ©e sociale rĂ©volutionnaire ; dĂ©nonçant l'exploitation des « peuples », il appelle Ă  la rĂ©volte contre les nobles et les prĂȘtres. « CartĂ©sien d'extrĂȘme gauche », Meslier dĂ©nonce les vues finalistes ou providentielles de FĂ©nelon. Son univers mĂ©caniste, oĂč rĂšgne la nĂ©cessitĂ©, fait de lui un prĂ©curseur du matĂ©rialisme. J.-R. Armogathe reconnait que Meslier est athĂ©e et rĂ©volutionnaire.

Qu’en est-il ?
Certains ont voulu voir en ces Ă©crits une Ɠuvre dĂ©iste. Mais il s’agit bien de la premiĂšre manifestation Ă©crite d’athĂ©isme revendiquĂ©. Meslier va beaucoup plus loin dans ses propos rĂ©volutionnaires et nombreux sont ceux qui voient en lui un philosophe rĂ©volutionnaire devancier et annonciateur ; le premier communaliste, communiste, voire anarchiste, avĂ©rĂ©. C’est aussi un prĂ©curseur du matĂ©rialisme.
Jean Meslier appelle Ă  la rĂ©volte contre les nobles et les prĂȘtres. Il souhaite que « tous les grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus et Ă©tranglĂ©s avec des boyaux de prĂȘtre. »

Michel Onfray explique : « Pour la premiĂšre fois dans l’histoire des idĂ©es un philosophe consacre un ouvrage Ă  la question de l’athĂ©isme : il le professe, le prouve, le dĂ©montre, argumente, cite, fait part de ses lectures, de ses rĂ©flexions, mais s’appuie Ă©galement sur ses commentaires du monde comme il va. »
Jean Meslier naĂźt le 15 janvier 1664 Ă  Mazerny, oĂč son pĂšre dispose d’une certaine aisance.
Il effectue de bonnes Ă©tudes grĂące Ă  un curĂ© du voisinage puis au sĂ©minaire. Il est sous-diacre le 29 mars 1687, diacre le 10 avril 1688, puis curĂ© le 7 janvier 1689 Ă  ÉtrĂ©pigny dans les Ardennes, oĂč il restera jusqu’à sa mort. Il restera curĂ© d’ÉtrĂ©pigny et de Balaives pendant 40 ans. Son manuscrit est Ă©crit entre 1719 et 1729. Le titre exact en est « MĂ©moire des pensĂ©es et sentiments de J
 M
 Pre
 cu
 d’Estrep
et de Bal
 Sur une partie des Erreurs et des Abus de la Conduite et du Gouvernement des Hommes oĂč l’on voit des dĂ©monstrations claires et Ă©videntes de la vanitĂ© et de la faussetĂ© de toutes les DivinitĂ©s et de toutes les Religions du Monde pour ĂȘtre adressĂ© Ă  ses Paroissiens aprĂšs sa mort et pour leur servir de TĂ©moignage de VĂ©ritĂ© Ă  eux, et Ă  tous leurs semblables  ». Ce qui fut appelĂ©, en abrĂ©gĂ©, par la suite le « Testament » de Jean Meslier. Le bon curĂ© d’ÉtrĂ©pigny mourut le 28 ou le 29 juin 1729.
Il a toujours Ă©tĂ© proche de ses paroissiens, n’hĂ©sitant pas Ă  les dĂ©fendre contre les maltraitances du seigneur du village, Antoine de Toully, ce qui lui vaudra des rappels Ă  l’ordre de sa hiĂ©rarchie. Cette mĂȘme hiĂ©rarchie ecclĂ©siastique qui lui reprochera de vivre avec une servante trop jeune, Ă  deux reprises. .
Bien Ă©videmment l’historiographie dominante occulte, par l’oubli pur et simple du curĂ© Meslier, la philosophie athĂ©e. Il est au mieux citĂ© comme un dĂ©iste, ou plus vaguement comme une curiositĂ©, un oxymore d’école, et au pire comme un prĂȘtre mĂ©crĂ©ant.
Il fut le premier athĂ©e revendiquĂ©, et d’autres philosophes athĂ©es et professant l’athĂ©isme viendront aprĂšs lui, tels le baron d’Holbach ou Ludwig Feuerbach. Voltaire s’en servira, partiellement et arrangĂ© Ă  sa façon.


Jean Meslier dans son volumineux Testament, prÚs de 1000 pages, écrit :
«  il n'y en a point qui aient poussé si loin l'autorité absolue, ni qui aient rendu leurs peuples si pauvres, si esclaves et si misérables ; il n'y a en a point qui aient fait répandre tant de sang (...) qui aient fait tant verser des larmes aux veuves et aux orphelins que ce dernier roi Louis XIV, surnommé le Grand. »
Et il poursuit : « d'un cĂŽtĂ©, les prĂȘtres recommandent, sous peine de malĂ©diction et de damnation Ă©ternelle d'obĂ©ir aux magistrats, aux princes et aux souverains, comme Ă©tant Ă©tablis de Dieu pour gouverner les autres, et les princes de leur cĂŽtĂ© font respecter les prĂȘtres, leur font donner de bons appointements (...) contraignant le peuple de regarder comme saint et sacrĂ© tout ce qu'ils font. »

Meslier se revendique athĂ©e, dissĂšque et explique les incohĂ©rences et affabulations bibliques, explique que la morale chrĂ©tienne contredit tout ce qu’enseigne la nature. Jean Meslier ne met pas en doute l’existence historique de JĂ©sus mais il rĂ©duit cet « archifanatique » Ă  une condition humaine ; il le dĂ©crit comme un fou, un insensĂ©, un personnage aux aventures plus extravagantes encore que celles de Don Quichotte !

Pendant longtemps on ne connaĂźt des morceaux des Ă©crits de Meslier que par ce qu’en a donnĂ© Voltaire. AprĂšs la RĂ©volution française, Meslier peut enfin devenir ce qu’il est : prĂȘtre athĂ©e, philosophe matĂ©rialiste et rĂ©volutionnaire. En 1864 paraĂźt Ă  Amsterdam le texte intĂ©gral de son Ɠuvre maĂźtresse, sans retouches ni falsifications, grĂące Ă  Rudolf Charles, dans une Ă©dition en trois volumes. Le titre en est : Testament de Jean Meslier.

J’arrĂȘte lĂ  ce rĂ©sumĂ©. Des auteurs pertinents ont Ă©crits des textes instructifs sur ce premier philosophe athĂ©e de l’histoire du monde moderne, et sur ses idĂ©es sociales et politiques trĂšs en avance sur son temps.
ite missa est


À propos de la Bible.

Publié le 22/02/2018 à 10:50 par titelive

 

La Bible fut un des tout premiers livres – si ce n’est le premier – imprimĂ© Ă  l’époque moderne.
La Bible de Gutenberg ou Bible latine Ă  quarante-deux lignes (B42) est le premier livre imprimĂ© en Europe Ă  l'aide de caractĂšres mobiles. Le 23 fĂ©vrier 1455 est la date traditionnelle retenue comme le jour oĂč Johannes Gutenberg a achevĂ© ce livre. Elle reproduit la Vulgate, la version latine due Ă  saint JĂ©rĂŽme.

On parle de la Bible en disant Le Livre. Mais il faut bien comprendre que c’est en fait une « bibliothĂšque », une collection de livres, de diffĂ©rents auteurs dont le nom est souvent inconnu. L’Ancien Testament est composĂ© de 46 livres, et le Nouveau Testament en contient vingt-sept.
Si l’origine de la Bible comme texte hĂ©breu est Ă  situer en Palestine – et symboliquement Ă  JĂ©rusalem – sans oublier l’aller retour de l’exil Ă  Babylone au Ve siĂšcle avant  notre Ăšre, c’est Alexandrie et le grec qui marquent l’ouverture de la Bible au Proche-Orient ancien Ă  la fin du IIIe siĂšcle avant J.-C.
Aussi est-ce encore le grec, langue vĂ©hiculaire des premiers siĂšcles, qui assure jusqu’au cƓur de la Gaule des IIe et IIIesiĂšcles, Ă  Vienne et Ă  Lyon notamment, la tradition biblique issue d’Alexandrie.
La GrĂšce proprement dite, le territoire oriental en face de la pĂ©ninsule italique et le contournement de la mer Noire resteront naturellement investis par le grec de l’Ancien et du Nouveau Testament : deux des principales traductions qui allaient assurer une nouvelle expansion de la Bible se feront Ă  partir du grec, en armĂ©nien au dĂ©but du Ve siĂšcle et en alphabet cyrillique Ă  partir du IXe siĂšcle.
Si, longtemps, Rome connaĂźt le grec, l’Afrique du Nord, en maintenant la primautĂ© du latin et en disposant assez vite de traductions latines du texte biblique, avec notamment ce que l’on considĂšre comme la Vetus Latina ou « version latine ancienne », prĂ©pare une sorte de reconquĂȘte de la chrĂ©tientĂ© occidentale par le latin. À la fin du IVe siĂšcle, la traduction de saint JĂ©rĂŽme, Ă©crite entre 391 et 405 environ, sera, jusqu’aux critiques humanistes du XVIe siĂšcle, la Bible par excellence de l’Europe occidentale, ce que consacre sa dĂ©signation de Vulgate. Saint JĂ©rĂŽme a traduit directement l’Ancien Testament de l’hĂ©breu et rĂ©visĂ© le Nouveau Testament Ă  partir du grec.
DĂšs le XIIesiĂšcle, des traductions vernaculaires sont faites, principalement Ă  l’usage de riches laĂŻques, mais aussi des gens du peuple ; elles suscitent un moment l’inquiĂ©tude de l’Église : les traductions « romanes » servent de support Ă  la prĂ©dication hĂ©rĂ©tique. Pour les clercs le seul texte de rĂ©fĂ©rence reste la Vulgate latine.
La premiĂšre traduction française est le Psautier de Lanfranc (vers 1100). Mais les premiĂšres traductions « françaises » des Écritures sont largement des Nouveau Testament en langue d’oc, et d’origine cathare et vaudoise.
Jusqu’au XVIe siĂšcle les traductions en langue vulgaire de la Bible furent faites d’aprĂšs la Vulgate de saint JĂ©rĂŽme, seul texte authentique (dĂ©claration du concile de Trente le 8 avril 1546). Le texte alors en usage n’en contenait pas moins de nombreuses erreurs, et une Ă©dition corrigĂ©e, dite « édition ClĂ©mentine », fut publiĂ©e en 1592, sous le pontificat de ClĂ©ment VIII. Une nouvelle rĂ©vision de la Vulgate fut ordonnĂ©e par Pie X en 1908 et commença Ă  paraĂźtre en 1926.
En 1965, Paul VI a décidé une nouvelle révision.
La derniÚre révision en date, promulguée en 1979 par Jean-Paul II, est appelée la Néo-Vulgate ou Nova Vulgata en latin.

Revenons aux origines.
L’Ancien Testament est un ensemble de livres dont certains sont Ă©crits en hĂ©breu et d’autres en aramĂ©en ou en grec. L’hĂ©breu est la principale et la plus ancienne langue de rĂ©daction.
L’aramĂ©en fut adoptĂ© aprĂšs l’exil Ă  Babylone.  C’est une langue assez voisine de l’hĂ©breu.
L’Ancien Testament ne conserve que quelques textes et parties de livres en aramĂ©en, tous datables des IIIe-IIe siĂšcles avant JĂ©sus-Christ.
Une importante traduction de l’ensemble a Ă©tĂ© faite en grec prĂšs de trois siĂšcles avant notre Ăšre.
Cette traduction, dĂ©signĂ©e sous le nom de « Septante » et aussi appelĂ©e « Bible d’Alexandrie », se verra ajouter de nouveaux livres dont certains Ă©crits directement en grec.
On a tendance Ă  oublier aujourd’hui que le grec fut, avec l’hĂ©breu et l’aramĂ©en, une des trois langues juives anciennes.
Le Nouveau Testament, seconde partie de la Bible chrĂ©tienne, n’est pas comparable Ă  l’Ancien.
Son originalitĂ© tient naturellement Ă  ce qui l’a suscitĂ© de bout en bout : l’avĂšnement de JĂ©sus de Nazareth. Sa rĂ©daction s’est jouĂ©e sur moins d’un siĂšcle. La « bibliothĂšque » Nouveau Testament se prĂ©sente dans une seule langue originelle, le grec. À l’avĂšnement du Christ, trois langues servent Ă  l’expression du peuple juif : l’hĂ©breu dans les milieux trĂšs cultivĂ©s et comme langue sacerdotale ; l’aramĂ©en pour le commentaire et l’explication de l’Écriture ainsi que pour les Ă©changes de la vie quotidienne, et le grec pour le commerce et les Ă©changes internationaux et qui, en Égypte notamment, devient proprement langue biblique avec la traduction dite des « Septante ».
L’enseignement de JĂ©sus se fit pour l’essentiel en aramĂ©en puisque lui-mĂȘme ne sortit jamais vraiment de l’aire culturelle de sa patrie. Au moment oĂč le message du Christ se rĂ©pand, le grec est de plus en plus langue vĂ©hiculaire, permettant de communiquer dans tout l’Empire romain. Le christianisme se voulant un message pour tous il Ă©tait nĂ©cessaire que tout ce qui servirait au prosĂ©lytisme et Ă  la conservation du message soit Ă©crit en grec.

J’ai fait un rĂ©sumĂ© qui survole l’essentiel de la crĂ©ation et de l’évolution des textes bibliques qui, bien sĂ»r, sont faits pour ĂȘtre lus.
C’est un livre universellement Ă©voquĂ© et cependant trĂšs peu l’ont lu complĂštement ou mĂȘme partiellement. Je dois reconnaĂźtre que c’est assez rĂ©barbatif.
Il faut, aussi, ne pas perdre de vue que la Bible relĂšve d’une composition historique, donc non rĂ©vĂ©lĂ©e.

Les principales dates des textes chrétiens :
50-51      1re épßtre de Paul aux Thessaloniciens
55           1re épßtre de Paul aux Corinthiens
v. 70       évangile selon Marc
v. 80/85   évangiles selon Matthieu et selon Luc
80-90       Actes des apÎtres
v. 90/100  évangile selon Jean
v. 140       édition des épßtres de Paul par Marcion
v. 135        papyrus Ryland (Manchester), plus ancien fragment connu d’une copie d’évangile
v. 175      papyrus Bodmer (GenĂšve), plus ancienne copie presque complĂšte de l’évangile selon Jean.
v. 200     papyri Cheaster Beatty (Dublin), plus anciennes copies des épßtres de Paul
Fin IVe- début Ve (siÚcles) : Codex du Nouveau Testament : Vaticanus (Rome), Sinaïticus, Alexandrinus (Londres).

On comparera ces dates Ă  celles de la mort de JĂ©sus (vers 30), de la mort de Jacques frĂšre de JĂ©sus (en 62) ; ainsi qu’à la date de la destruction du Temple de JĂ©rusalem (en 70).

 

 

L'ancien chĂąteau de Royan.

Publié le 19/02/2018 à 17:01 par titelive
L'ancien chĂąteau de Royan.

 

La gravure ci-dessus représente une vue de Royan réalisée par Claude Chastillon en 1606. Sur cette gravure on aperçoit au second plan le chùteau de Mons ?

 

 

 

Le chñteau – disparu – de Royan.



Royan est clairement citĂ©e dans les textes en 1092, dans le manuscrit De Rugiano lorsque HĂ©lie de Didonne fonde un prieurĂ© bĂ©nĂ©dictin dĂ©pendant de l’abbaye de la Sauve-Majeure.

Actes N° 876 et N° 877 du Grand Cartulaire de La Sauve-Majeure(Bordeaux 1996, Fédération Historique du Sud-Ouest) :
HĂ©lie de Didonne, son Ă©pouse et ses fils donnent un lieu Ă  Royan, un lieu oĂč les moines feront une Ă©glise avec jardin, vigne, maison et le seul four du chĂąteau. Ils donnent aussi dans la forĂȘt de Castelars [ChĂątelard] un hĂŽte et ses neveux avec leurs masures, 10 quartiers de terre pour planter de la vigne, les dĂźmes des moulins de Meschers, une saline Ă  Brienel [ ?] et des terres dans l’üle d’Oleron. Les navires de l’abbaye seront dispensĂ©s de la coutume au port de Royan.

En effet, dans la chĂątellenie de Royan, entre 1050 et 1075, le prieurĂ© de Saint-Vivien de Saintes, crĂ©e le prieurĂ© de Saint-Pierre dans le petit hameau agricole qui portera dĂ©sormais son nom. De l'autre cĂŽtĂ© du marais de Pontaillac s'implante, en 1075, l'abbaye de Vaux. Pour contrebalancer, dans ses propres domaines, l'influence de Vaux et de Saintes, le sire de Didonne, seigneur de Royan, se met sous la protection de l'abbaye de la Sauve-Majeure (situĂ©e en Gironde dans l’Entre-deux-mers).
Par une charte signĂ©e en 1092 "en son propre bourg de Royan", HĂ©lie de Didonne fait don aux moines de cette abbaye de terrains dans le bourg oĂč ils pourront Ă©difier une Ă©glise. Il donne Ă©galement des terres, une partie de la forĂȘt de ChĂątelard, des vignes, une saline, Ă  charge pour les moines de construire un prieurĂ© (Saint-Nicolas) sur le plateau qui domine les marais de Pontaillac. En fait, le seigneur de Didonne intercale ce prieurĂ© entre Royan et l'abbaye de Vaux.

Les Didonne rĂšgnent sur un territoire qui s’étend de la CĂŽte sauvage d’Arvert Ă  Meschers. RĂ©sidant initialement dans leur chĂąteau de Didonne depuis 1050, ils ont fait main basse sur la coutume de Royan, au pĂ©age si lucratif. Ils entreprennent donc de faire bĂątir un second chĂąteau Ă  Royan en 1070. Cette bĂątisse est alors une simple enceinte de bois. Plus tard, la ville est cĂ©dĂ©e Ă  la famille de Tonnay. Elle reste prospĂšre, mais perd son indĂ©pendance sous la coupe d’AliĂ©nor d’Aquitaine. AprĂšs 1154, toute la province d’Aquitaine va bĂ©nĂ©ficier d’un trafic maritime avec l’Angleterre. Royan ne fait pas exception : on y exporte du vin et du sel. C’est au cours du XIIe siĂšcle que le chĂąteau de bois est reconstruit en pierre, entourĂ© de remparts et d’un fossĂ© Ă  sec, large de 40 mĂštres et profond de 20 mĂštres.
Geoffroy III de Tonnay meurt en 1269, sans héritier mùle. Ses possessions sont divisées entre ses sept filles. Royan échoit à Marie, épouse de Robert II de Matha.
Robert II, baron de Matha, chevalier, seigneur de Mornac, de Fontaines, etc., Ă©pousa en premiĂšres noces Marie  de Tonnay-Charente septiĂšme fille de Geoffroi III de Tonnay et d’Aumode de Montendre. Geoffroi de Tonnay Ă©tait chevalier, seigneur de Tonnay, de Didonne, de Montendre, de Broc, de la Barde, de Montdonne, etc. Robert de Matha eut dans la succession de son beau-pĂšre, la ville de Royan, toute la terre de Heustor, le long de la mer, toute la paroisse de Saint-Pierre de Royan et toute la baillie de ChĂątelaiset de Corbes, outre 20 livres de rente que Millet de Montendre fut obligĂ© de lui donner sur sa partie du port de Royan.
Cependant, les revenus de la coutume de Royan ne font pas partie du partage. La recette, qui reprĂ©sente environ 200 livres par an, est enfermĂ©e dans un coffre Ă  sept serrures. Une clef est laissĂ©e Ă  chacune des hĂ©ritiĂšres et, deux fois par an, on se retrouve afin d’ouvrir le coffre et de se partager Ă©galement son prĂ©cieux contenu.
La Guerre de Cent Ans vient bousculer l’existence du port et du chĂąteau. Le roi de France, connaissant la position stratĂ©gique de Royan, dĂ©cide de renforcer ses fortifications. La ville est, comme beaucoup d’autres, disputĂ©e entre les belligĂ©rants, passant tant du cĂŽtĂ© anglais que français. Charles VI finit par confier la garde du chĂąteau de Royan Ă  Renaud de Pons en 1398, et ce, pendant 52 ans. Cette famille n’y est installĂ©e que temporairement, puisque son rĂŽle doit se borner Ă  reprĂ©senter le roi sur ses terres. Lorsqu’en 1441, le roi Charles VII ordonne au capitaine de Royan de rendre la ville et le chĂąteau, Jacques de Pons ne l’entend pas de cette oreille et se comporte en seigneur et maĂźtre sur une terre qu’il vient d’usurper. PassĂ© du cĂŽtĂ© anglais, Jacques de Pons trahit Ă  la fois son roi et son pays. La ville subira pour cela deux siĂšges successifs menĂ©s par le roi de France contre le seigneur de Pons. L’épisode prend fin en 1450 quand Jacques de Pons se rend lui-mĂȘme Ă  Tours pour demander le pardon du roi. Banni, il doit se rĂ©fugier en Espagne.
Des amours d’AgnĂšs Sorel et de Charles VII est nĂ©e Marie de Valois. Celle-ci fait un mariage d’amour en 1458 en s’unissant avec le frĂšre du tuteur qui l’a Ă©levĂ©e, Olivier de CoĂ«tivy. Le roi accorde sa bĂ©nĂ©diction et offre en dot Royan et Mornac. Ce sont les CoĂ«tivy qui modifient le chĂąteau royannais : on va alors le flanquer de deux tours rondes. Mais Ă  la mort de Charles VII, son fils, Louis XI, renoue une amitiĂ© avec son ancien alliĂ© Jacques de Pons qui s’empresse de faire valoir son droit sur la ville de Royan et son chĂąteau : il en rĂ©clame la restitution totale. Nous sommes le 15 novembre 1461, une petite troupe est chargĂ©e de remettre le seigneur de Pons en possession des domaines royannais. Le chevalier Oudry est alors en charge de la place. Il refuse d’abandonner le domaine de son maĂźtre si facilement. Oudry est arrĂȘtĂ©. On parlemente beaucoup. CoĂ«tivy conserve Didonne tandis que Royan et Mornac sont rendues Ă  Pons. Les perceptions injustes et les confiscations abusives des cargaisons marchandes font prendre conscience au roi qu’il faut rendre les deux villes Ă  CoĂ«tivy. Au final, les CoĂ«tivy restent maĂźtres des lieux. Lorsque le dernier descendant mĂąle de cette famille, Charles, dĂ©cĂšde, c’est sa fille Louise qui hĂ©rite de la ville. Elle est mariĂ©e en 1501 Ă  Charles de La TrĂ©moille, mais devient folle quand elle apprend que son mari a Ă©tĂ© tuĂ©, Ă  la bataille de Marignan. Ce sont donc ses enfants qui gĂšreront le domaine royannais. Mais le peu de terres arables alentour de l’estuaire amĂšne les petites gens Ă  dĂ©laisser peu Ă  peu la chĂątellenie, phĂ©nomĂšne qui va empirer pendant les guerres de religion. Le port est alors une simple zone d’échouage protĂ©gĂ©e par la falaise de Foncillon. Elle est au pied du chĂąteau fort.
Le chĂąteau en lui-mĂȘme domine alors un Ă©peron rocheux, flanquĂ© de quatre tours rondes dont deux portent les noms de La Gloriette et Burgault. Il est ceinturĂ© par un mur fortifiĂ© d’environ 26 toises de long et 23 de large. La ville de style mĂ©diĂ©val est elle aussi protĂ©gĂ©e par une enceinte et les remparts possĂšdent un chemin de ronde.
En
1592, Henri IV érige la ville en marquisat au bénéfice de Gilbert de la Trémoille.
Le 2 dĂ©cembre 1621, Royan voit dĂ©barquer 400 hommes sur l’ordre du baron de Soubise, Benjamin de Rohan, tenant pour la RPR, le parti protestant. Furieux d’avoir perdu Royan (et d’autres places !) Louis XIII envoie ses troupes pour la rĂ©cupĂ©rer. Une premiĂšre expĂ©dition pĂ©riclite, le siĂšge tenu par le duc d’Epernon et ses 4000 hommes s’éternise. On tente de nĂ©gocier la capitulation de la ville, rien n’y fait. Louis XIII prend donc l’affaire en main personnellement et attaque Royan. Les hostilitĂ©s commencent le 4 mai 1622 et vont durer six jours pleins. Sans espoir de renforts, les assiĂ©gĂ©s acceptent de traiter leur reddition. C’est alors que va advenir la destruction complĂšte du chĂąteau et de ses fortifications. Il en existe deux versions. Je penche plutĂŽt pour la cause du dĂ©mantĂšlement  des fortifications due Ă  Richelieu, lorsque ce dernier prit la direction de la capitainerie de Brouage. Quoi qu’il en soit, entre 1622 et 1631, de la petite citĂ© de Royan et de son chĂąteau, il ne restera guĂšre plus que des traces. Les habitants abandonnent dĂ©finitivement les lieux et se dirigent vers la paroisse de Saint-Pierre, Ă  l’époque hors les murs d’enceinte.
Aujourd’hui l’église Saint-Pierre de Royan est le plus vieil Ă©difice de la ville et le seul tĂ©moin mĂ©diĂ©val subsistant.
L’ancien chñteau se trouvait à l’emplacement du port.

Un dessin du dessinateur hollandais Herman van der Hem, Ă  la plume et encre brune, sur esquisse Ă  la mine de plomb, nous donne une « image » du port et de ce qu’il reste du chĂąteau, vus depuis l’estuaire de la Gironde. Ce lavis rĂ©alisĂ© entre 1638 et 1649 - on ne peut pas le dater plus prĂ©cisĂ©ment – laisse voir les deux tours restantes, ruinĂ©es, de son chĂąteau qui domine le port dĂ©limitĂ© par des pieux fichĂ©s dans l’eau oĂč mouillent quelques bateaux.
Selon LĂ©on Godefroy en 1638, la baie de Royan et, plus largement, l’embouchure de la Gironde, Ă©tait un site de pĂȘche rĂ©putĂ© par la qualitĂ© des sardines et l’abondance des soles.

En 1757 est construit le Fort du Chay  sur ordre du marĂ©chal de Senneterre. Celui-ci, Jean-Charles de La FertĂ©, a obtenu en 1756 le commandement en Poitou, Saintonge et pays d’Aunis. Il reçoit le bĂąton de MarĂ©chal de France le 24 fĂ©vrier 1757.



NUTS !

Publié le 15/02/2018 à 07:19 par titelive

NUTS !

(Des noix !)

Le plus cĂ©lĂšbre mot de quatre lettres de la seconde guerre mondiale. Il constitua, face Ă  un ultimatum allemand, la rĂ©ponse du gĂ©nĂ©ral amĂ©ricain Anthony McAuliffe, commandant Ă  Bastogne, en Belgique, la 101e division aĂ©roportĂ©e. Dans la nuit du 20 au 21 dĂ©cembre 1944, 45 000 Allemands contre-attaquaient les 18 000 AmĂ©ricains tenant Bastogne. Les troupes amĂ©ricaines se trouvaient encerclĂ©es par la Ve Panzer Armee du gĂ©nĂ©ral von Manteuffel, et risquaient de manquer rapidement de vĂȘtements chauds, de vivres et de munitions. Le 23 dĂ©cembre les aviations alliĂ©es purent apporter un soutien tactique aux encerclĂ©s et leur dĂ©livrer vivres et munitions. Le courage de McAuliffe et de ses hommes, le gĂ©nie tactique du gĂ©nĂ©ral George Patton venu Ă  toute allure au secours de son VIIIe corps d’armĂ©e, sauvĂšrent Bastogne. Les combats durĂšrent du 27 dĂ©cembre 1944 au 12 janvier 1945 et rendirent caduque l’offensive allemande de l’Ardenne.
Ce Nuts, qu’on aurait tendance Ă  traduire par « des nĂšfles ! », « des clous ! » ou, plus sĂ»rement, Ă  l’amĂ©ricaine, par « Mes couilles ! », doit ĂȘtre replacĂ© dans son contexte. Étant donnĂ© la grande disproportion des forces en prĂ©sence, l’insolent refus de McAuliffe voulait tout aussi bien dire « Qu’est-ce qu’on va prendre ! » que « Allez au diable ! ».

Maurice de Saxe.

Publié le 30/11/2017 à 08:00 par titelive

Maurice de Saxe.

Tout vient de Dieu et de Maurice de Saxe.


Belle rĂ©ponse du roi Louis XV au marĂ©chal de Saxe, l’aprĂšs-midi du 11 mai 1745, Ă  Fontenoy, aprĂšs la victoire des Français sur le duc de Cumberland. La bataille de Fontenoy est aussi cĂ©lĂšbre pour la phrase lancĂ©e par Charles Hay « Messieurs des gardes françaises, tirez », qui a donnĂ© le fameux mot historique : Messieurs les Français, tirez les premiers. Auquel fut rĂ©pondu : à vous l’honneur !
Maurice de Saxe commandait les troupes françaises, Louis XV était présent sur les lieux, les engagements durÚrent un peu plus de cinq heures et firent des milliers de morts et de blessés dans les deux camps.
La bataille de Fontenoy est reprĂ©sentĂ©e, par un tableau d’Horace Vernet, dans la Galerie des batailles du chĂąteau de Versailles.

Pour Maurice de Saxe, marĂ©chal de France depuis le 26 mars 1744, ce n’est qu’une victoire de plus Ă  son actif.
Qui est ce cĂ©lĂšbre homme de guerre ? Un bĂątard diront certains, mais de grande naissance. Hermann-Moritz est nĂ© le 28 octobre 1696 Ă  Goslar, en Basse-Saxe. Il est le fruit des amours adultĂ©rines de l’électeur FrĂ©dĂ©ric-Auguste de Saxe, roi de Pologne (Auguste II), et de la comtesse Marie-Aurore de Königsmarck. Son pĂšre est de la branche albertine des Wettin, qui dĂ©tient l’électorat de Saxe depuis 1541. On prĂȘte Ă  FrĂ©dĂ©ric-Auguste de nombreux enfants naturels.  Hermann-Maurice, reconnu par son pĂšre, devient « comte de Saxe » en janvier 1711. Il est mariĂ© contre son grĂ©, le 12 mars 1714, il n’a que dix-sept ans, Ă  Jeanne-Victoire de Loeben. Ce mariage sera dissout le 26 mars 1721 et Maurice n’aura plus d’alliance lĂ©gitime mais de nombreuses maĂźtresses.
Il fait à douze ans ses premiÚres armes devant Lille contre la France. Il combat ensuite successivement dans les armées de Pierre le Grand (qui soutient Auguste II) contre les Suédois, aux cÎtés de son pÚre en Poméranie, en Hongrie contre les Turcs, puis à nouveau avec son pÚre durant la guerre civile en Pologne. Il assista en 1717 à la prise de Belgrade, sous les ordres du Prince EugÚne de Savoie-Carignan, au service des Habsbourg.
En mai 1720, il arrive Ă  Paris et est prĂ©sentĂ© au RĂ©gent qui lui propose de passer au service de la France. Le 6 aoĂ»t 1720 il reçoit le brevet de marĂ©chal de camp et achĂšte le rĂ©giment de Sparre, qui devient Saxe-Infanterie. Il a pour maĂźtresse la cĂ©lĂšbre actrice Adrienne Lecouvreur. Maurice de Saxe joue un rĂŽle sur l'Ă©chiquier europĂ©en : Ă©lu duc de Courlande en 1726, il doit rapidement abandonner le duchĂ© en raison de l'opposition de l'impĂ©ratrice Catherine Ire de Russie ; des projets de mariage avec les futures tsarines Anna Ivanovna et Élisabeth Petrovna, qui auraient pu le porter sur le trĂŽne de Russie, Ă©chouent. Sa participation brillante Ă  la guerre de succession de Pologne lui vaut d’ĂȘtre nommĂ© lieutenant gĂ©nĂ©ral en 1734. La guerre de succession d’Autriche lui permet d’appliquer ses idĂ©es militaires et lui apporte une gloire incontestĂ©e. Durant la campagne de 1745, la victoire de Fontenoy fut suivie des capitulations de Tournai (23 mai), de Gand (14 juillet), de Bruges (18 juillet), de Dendermonde (13 aoĂ»t), d’Ostende (25 aoĂ»t) et enfin de celle de Nieuport le 5 septembre.
Durant la campagne de 1746 il prit Bruxelles le 20 fĂ©vrier et rentra triomphalement Ă  Paris au mois de mars. Il y obtient les honneurs du Louvre et reçoit le chĂąteau de Chambord. Il bat Ă  nouveau les ennemis alliĂ©s Ă  Raucoux le 11 octobre 1746, et le roi lui donne six des piĂšces d’artillerie prises Ă  l’ennemi.
Le 12 janvier 1747, il est fait marĂ©chal gĂ©nĂ©ral des camps et armĂ©es du roi, dignitĂ© accordĂ©e avant lui aux seuls marĂ©chaux de LesdiguiĂšres, de Turenne et de Villars. Il marche ensuite sur la Flandre hollandaise, prend l’Écluse et plusieurs forts, et remporte une nouvelle victoire Ă  Lawfeld.  Promu commandant gĂ©nĂ©ral des Pays-Bas conquis (1748), il prend encore Limbourg et MaĂ«stricht avant que ne soit signĂ©e la paix d’Aix-la-Chapelle.
Le mĂȘme jour que le traitĂ© d’Aix, le 18 octobre 1748, nait Aurore, fille de Maurice de Saxe et de Marie Rinteau. Aurore, la seule postĂ©ritĂ© reconnue du marĂ©chal, est la grand-mĂšre de George Sand. 
Le marĂ©chal de Saxe se retire Ă  Chambord oĂč il rĂ©dige ses MĂ©moires. Le  comte fait installer Ă  Chambord, en 1749, un monumental poĂȘle en faĂŻence de Meissen, splendide Ɠuvre d’art dĂ©corĂ©e sur chacun de ses panneaux par des scĂšnes de genre rappelant les cadres de la vie quotidienne en Saxe. On peut toujours voir ce calorifĂšre Ă  Chambord.
Il meurt dans sa demeure de Chambord le 30 novembre 1750.

Son corps est transportĂ© Ă  Strasbourg et inhumĂ© dans l’église Saint-Thomas de cette ville.
Son mausolĂ©e terminĂ© en 1776 est l’une des Ɠuvres les plus cĂ©lĂšbres de Pigalle.

Les campagnes de Maurice de Saxe pour la succession de Courlande, la succession de Pologne, la succession d’Autriche, sont dĂ©crites assez exhaustivement dans sa biographie due Ă  Jean-Pierre Bois (Fayard, 1992). Il mena une vie de jouisseur et eĂ»t de nombreuses aventures galantes, dont quelques unes mentionnĂ©es par Jean-Pierre Bois.
Parmi ses nombreuses courtisanes on connait Marie-Anne Dangeville, la « petite Gélin », Marie-Gabrielle Hévin de Navarre,
ThĂ©rĂšse Boutinon des Hayes (l’épouse du fermier gĂ©nĂ©ral La PopeliniĂšre), la BeaumĂ©nard, et Justine Favart.
Mais c’est Marie Rinteau, dite Mademoiselle de VerriĂšres, ĂągĂ©e de dix-sept ans dont il va faire sa derniĂšre maĂźtresse. Marie avait Ă©tĂ© mise Ă  la disposition du marĂ©chal par sa propre mĂšre, maquerelle convaincue qu’il ne faut nĂ©gliger aucune aubaine. C’est Marie qui va lui donner une fille, Aurore, en octobre 1748, et lui assurer ainsi une descendance.

Sa vie est assez atypique pour un marĂ©chal de France. En effet il est Ă©tranger, mais ce n’est pas le premier. Les marĂ©chaux Talbot, Van Borsselen, Caraccioli, Strozzi, Trivulce (l’oncle et le neveu) n’étaient pas Français.
Fait exceptionnel Maurice de Saxe est de confession luthĂ©rienne, et il a choisi de servir le roi catholique Louis XV, sans abandonner sa religion. Il fut un grand soldat et porta les armĂ©es de la France Ă  la victoire bien souvent. Le Roi le combla d’honneurs.

L’Histoire gĂ©nĂ©alogique et chronologique, dite du PĂšre Anselme et continuĂ©e par Potier de Courcy mentionne :
Hermann-Maurice, comte de Saxe, duc de Courlande & de Sémigalle, maréchal général des camps & armées du Roi.
Armes : BurelĂ© de sable & d’or de 10 piĂšces ; au crancelin de sinople, brochant en bande.
(Histoire généalogique et chronologique des maréchaux de France, tome neuviÚme, deuxiÚme partie, pages 606 et 607).

Les Germains (suite) : Arminius.

Publié le 13/11/2017 à 10:08 par titelive

Varus, rends-moi mes légions !

SuĂ©tone prĂȘte cette incantation d’angoisse et de douleur Ă  l’empereur Auguste, au souvenir du dĂ©sastre de Teutoburg, en l’an 9 aprĂšs J.-C., oĂč le Germain Arminius put vaincre et massacrer trois lĂ©gions romaines sous le commandement de Varus. Ce dĂ©sastre, dit SuĂ©tone, « faillit entraĂźner l’effondrement de l’Empire » et força les Romains Ă  se replier sur la frontiĂšre du Rhin. La consternation d’Auguste fut si grande qu’il resta des mois sans se faire tailler les cheveux ni raser la barbe et que souvent il allait cognant de la tĂȘte contre les portes, hurlant : « Quintilius Varus, rends-moi mes lĂ©gions ! », et qu’il prit l’habitude d’observer l’anniversaire de la catastrophe comme jour de deuil et de lamentations.
Six ans aprĂšs le dĂ©sastre, l’armĂ©e de Germanicus dĂ©couvrit les ossements des trois lĂ©gions et les ensevelit.

Le gĂ©nĂ©ral romain Publius Quentilius Varus fut Consul (en 12 avant J.-C.), lĂ©gat en Syrie (6-4 avant J.-C.), et il continua sous l’Empire la tradition des gouverneurs rapaces de la RĂ©publique, et s’enrichit par des spoliations. En l’an 7 de notre Ăšre, il fut chargĂ© par Auguste d’organiser la Germanie dĂ©jĂ  conquise par les Romains sur la rive droite du Rhin. Son administration persĂ©cutrice, sa prĂ©tention de substituer le droit romain au droit germanique exaspĂ©rĂšrent les populations. Une conspiration se forma sous la conduite d’Arminius. À l’automne de l’an 9, alors qu’ayant quittĂ© les bords de la Weser il marchait en direction de ses quartiers du Rhin, Varus fut surpris au Teutoburger Wald, une rĂ©gion de marais et de bois ; les trois lĂ©gions, soit 18000 hommes, qu’il avait avec lui furent dĂ©truites et lui-mĂȘme se donna la mort.

Arminius (Hermann), nĂ© vers 18 ou 16 avant J.-C., est un chef germain, de la tribu des ChĂ©rusques. Fils de Segimar, il servit d’abord, comme son frĂšre Flavus, dans les auxiliaires germains employĂ©s par Rome et fut fait citoyen de rang Ă©questre. RentrĂ© dans son pays en l’an 7 aprĂšs J.-C., il exploita la confiance aveugle que lui tĂ©moignait le gouverneur romain Varus pour former en secret une vaste coalition comprenant les ChĂ©rusques, les BructĂšres, les Marses et diverses tribus germaniques septentrionales. Il surprit avec son armĂ©e les lĂ©gionnaires romains entre l’Ems et la Weser, au Teutoburger Wald, prĂšs de la ville actuelle de Detmold.
Il lutta ensuite entre 14 et 16 contre Germanicus, mais sa femme, Thusnelda, fut emmenĂ©e captive Ă  Rome, oĂč elle donna naissance Ă  un fils, et tous deux ornĂšrent le triomphe de Germanicus.
Il battit ensuite le roi des Marcomans, Marbode, allié des Romains, mais périt peu aprÚs, empoisonné par des conspirateurs. Sa mort est située entre les années 19 et 21.
Salué par Tacite du titre de « libérateur de la Germanie », Arminius est resté vénéré en Allemagne comme un héros national. Un monument lui a été élevé prÚs de Detmold en 1875.
Germanicus, en l’an 16, vit naütre sa fille Agrippine à Ara Ubiorum. La ville prendra le nom de Colonia Agrippinensis, Cologne.
Germanicus est mort le 10 octobre 19 prùs d’Antioche.

Les biographies de Varus et d’Arminius dont je me suis largement inspirĂ©, sont celles de la « Biographie universelle ancienne et moderne » sous la direction de Louis-Gabriel Michaud.
Le Suisse Philipp Albert Stapfer est l’auteur de la biographie d’Arminius, dans le tome 2, pages 236 Ă  239 ; et Pierre Charles Weiss est le rĂ©dacteur de celle de Varus, dans le tome 42, pages 665 Ă  666.

Le maréchal Bugeaud

Publié le 05/11/2017 à 23:39 par titelive

 

                                        BUGEAUD.


Thomas Robert Bugeaud de La Piconnerie.

Né à Limoges le 15 octobre 1784, fils de Jean Ambroise Bugeaud, seigneur de la Piconnerie, et de Françoise de Sutton de Clonard.
Son pÚre était un gentilhomme du Périgord, originaire de Lanouaille.
Sa mùre appartenait à une famille noble d’Irlande, dont quelques membres s’expatriùrent avec Jacques II et se fixùrent en France.

Il est enrÎlé en 1804 comme simple grenadier vélite de la garde impériale et il fait ses premiÚres campagnes sur les cÎtes de la Manche.
En 1805, il combat au sein de la Grande ArmĂ©e. Caporal Ă  Austerlitz, sous-lieutenant l’annĂ©e suivante, blessĂ© Ă  Pultusk le 26 dĂ©cembre 1806, il sert ensuite en Espagne, comme capitaine sous les ordres du gĂ©nĂ©ral Lamarque. Il est prĂ©sent, en 1810-1811, aux siĂšges de LĂ©rida, de Tortosa et de Tarragone. Il met en dĂ©route Ă  Ordal, en Catalogne, un rĂ©giment anglais, ce qui lui vaut le grade de lieutenant-colonel.
RentrĂ© en France, il est nommĂ© colonel. En juin 1815, en Savoie, avec 1700 hommes et 40 chevaux, il bat une division autrichienne de 10000 hommes soutenue par 500 chevaux et 6 piĂšces de canon. Les Français restent maĂźtres du champ de bataille oĂč pĂ©rissent 2000 Autrichiens.
LicenciĂ© de l’armĂ©e Ă  la seconde Restauration, colonel en demi-solde, il se retire dans sa propriĂ©tĂ© de la Durantie, Ă  Lanouaille prĂšs d’Excideuil, oĂč il s’occupe d’amĂ©liorer l’exploitation de ses terres en introduisant d’utiles innovations comme le chaulage ou la culture de la betterave.
En 1821, Il devient membre de la SociĂ©tĂ© d’Agriculture du dĂ©partement. En mai 1824, il tient chez lui, Ă  La Durantie, une grande rĂ©union agricole qui a pour but de faire constater les rĂ©sultats de ses expĂ©riences : suppression de la jachĂšre et doublement de la ration alimentaire des bestiaux par l’introduction de la prairie artificielle.
C’est un succĂšs qui lui donne l’idĂ©e d’organiser un comice agricole. Le 6 aoĂ»t 1824, ayant rĂ©uni Ă  Plagne, une assemblĂ©e de propriĂ©taires «inscrits Ă  la mairie de Lanouaille dans la vue de former un comice agricole pour accĂ©lĂ©rer autant que possible les progrĂšs de l’agriculture dans la contrĂ©e environnante», l’assemblĂ©e fonde effectivement dans le canton de Lanouaille, le premier comice agricole du dĂ©partement de la Dordogne.
En 1823 le gouvernement refuse sa rĂ©intĂ©gration dans l’armĂ©e. AdhĂ©rant Ă  l’opposition libĂ©rale, il est candidat malheureux Ă  une Ă©lection en Dordogne en 1829.
La Monarchie de Juillet le rappelle Ă  l’activitĂ© comme marĂ©chal de camp. Élu dĂ©putĂ© d’Excideuil en juillet 1831, il reprĂ©sente la Dordogne Ă  la Chambre jusqu’à sa mort.
Le gouvernement le charge de garder Ă  la citadelle de Blaye la duchesse de Berry, et plus tard de l’accompagner Ă  Palerme. Une allusion Ă  ce rĂŽle, faite Ă  une sĂ©ance de la Chambre par le dĂ©putĂ© de l’Eure François Charles Dulong, donne lieu Ă  un duel au cours duquel ce dernier est tuĂ© par Bugeaud, le 27 janvier 1834.
En avril 1834, il reçoit la mission de commander une brigade face Ă  des Ă©meutiers. Certains de ses soldats se livrent Ă  des massacres, notamment 12 rue Transnonain (oĂč tous les insurgĂ©s et habitants sont tuĂ©s), ce qui le rend, Ă  jamais, fort impopulaire Ă  Paris. Les rĂ©publicains en font porter la responsabilitĂ© Ă  Bugeaud, mais cet homme a la confiance du roi.
EnvoyĂ© en Afrique du Nord, il marche d’Oran sur Tlemcen, aprĂšs avoir forcĂ© Abd el-Kader Ă  la retraite. Puis il attaque ce dernier le 6 juillet 1836 sur la Sikkah avec 1000 cavaliers et 12000 fantassins. L’émir est vaincu et Bugeaud est Ă©levĂ© au grade de lieutenant gĂ©nĂ©ral. Le PrĂ©sident du Conseil, Thiers, le nomme alors commandant de la nouvelle LĂ©gion Ă©trangĂšre, en aoĂ»t 1836. Mais Bugeaud n’a pas le temps de prendre son commandement avant la chute de Thiers.
En dĂ©cembre 1836, il remplace Clauzel Ă  la tĂȘte des troupes en AlgĂ©rie.
Le 30 octobre 1837, il conclut avec Abd el-Kader le traité de la Tafna.
Ce traitĂ© renferme des clauses secrĂštes, dont une savoureuse : la remise de 100 000 boudjouks (1 boudjouk Ă©quivaut Ă  3,60 franc), promise Ă  Bugeaud pour l’entretien des chemins vicinaux d’Excideuil, commune dont le gĂ©nĂ©ral est dĂ©putĂ©.

Puis il est nommĂ© gouverneur gĂ©nĂ©ral de l’AlgĂ©rie le 29 dĂ©cembre 1840.
En trois ans, il soumet le territoire arabe et kabyle depuis la frontiĂšre de Tunisie jusqu’à celle du Maroc. Il est fait marĂ©chal de France en fĂ©vrier 1843. C’est grĂące Ă  la campagne du Maroc qu’il Ă©tablit sa renommĂ©e, aprĂšs la bataille d’Isly oĂč il dĂ©fait l’armĂ©e marocaine avec des forces infĂ©rieures. Il reçoit en rĂ©compense le titre de duc d’Isly, par lettres patentes du 16 septembre 1844.
Les directives de Bugeaud pour soumettre les populations sont formelles : « Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, fumez-les Ă  outrance comme des renards. » Les exactions et crimes de guerre commis par les troupes françaises, commandĂ©es par PĂ©lissier ou Saint-Arnaud, en particulier les « enfumades » du 11 juin 1844, et du 18 juin 1845 Ă  Dahra, seront couverts et revendiquĂ©s par Bugeaud Ă  la chambre des Pairs. Ces enfumades feront des centaines de morts, asphyxiĂ©s, de tous Ăąges et tous sexes. Il traque ensuite Abd el-Kader, qui se rend en 1847. Au moment de la rĂ©volution de 1848, il reçoit de Barrot et Thiers, le 24 fĂ©vrier 1848, le commandement de l’armĂ©e et de la garde nationale de Paris. Mais Louis-Philippe ne lui donne pas la possibilitĂ© de rĂ©sister Ă  l’émeute. Il offre ensuite ses services Ă  la RĂ©publique, qui le laisse dans l’inactivitĂ©. Élu Ă  la Constituante par une Ă©lection partielle Ă  l’automne 1848, les conservateurs songent Ă  lui pour une candidature Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique. Mais il se dĂ©siste en faveur de Louis-NapolĂ©on Bonaparte qui lui confie le commandement en chef de l’armĂ©e des Alpes.
Il meurt du choléra à Paris, quai Voltaire, le 10 juin 1849.

Marié à Elisabeth Jouffre de Lafaye, le 30 mars 1818, il laisse quatre fils et deux filles.
Au plan politique, il est maire de Lanouaille en 1825, conseiller gĂ©nĂ©ral en 1830, dĂ©putĂ© de la Dordogne de juillet 1831 Ă  fĂ©vrier 1848, vice-prĂ©sident de la Chambre des dĂ©putĂ©s en 1847. En 1848, il est Ă©lu dĂ©putĂ© de la Charente-InfĂ©rieure. Bugeaud Ă©tait  Franc-maçon, aussi la loge BĂ©lisaire d’Alger fit-elle battre une batterie de deuil en sa mĂ©moire l’annĂ©e de sa mort en le traitant de « VĂ©nĂ©rable honoraire de la loge d’Oran ».

Armoiries : Au 1 d’azur au chevron d’or accompagnĂ© en pointe d’une Ă©toile du mĂȘme, au chef cousu de gueules chargĂ© de trois Ă©toiles d’or ; au 2 coupĂ©, d’or Ă  l’épĂ©e haute de sable au soc de charrue d’azur posĂ© en bande.
Le recueil de ses écrits militaires fut publié en 1883.
Le Musée militaire du Périgord, à Périgueux, possÚde de nombreux souvenirs personnels ayant appartenu au maréchal Bugeaud.
Excideuil a érigée une statue de son « grand homme », celui de la casquette que chante le refrain populaire.


Le gĂ©nĂ©ral Bugeaud Ă©crit le 18 janvier 1843 au gĂ©nĂ©ral de la MoriciĂšre: « Plus d'indulgence, plus de crĂ©dulitĂ© dans les promesses. DĂ©vastations, poursuite acharnĂ©e jusqu'Ă  ce qu'on me livre les arsenaux, les chevaux et mĂȘme quelques otages de marque...Les otages sont un moyen de plus, nous l'emploierons, mais je compte avant tout sur la guerre active et la destruction des rĂ©coltes et des vergers... Nous attaquerons aussi souvent que nous le pourrons pour empĂȘcher Abd el Kader de faire des progrĂšs et ruiner quelques unes des tribus les plus hostiles ou les plus fĂ©lonnes. »

Le 24 janvier il Ă©crit au mĂȘme: « J'espĂšre qu'aprĂšs votre heureuse razzia le temps, quoique souvent mauvais, vous aura permis de pousser en avant et de tomber sur ces populations que vous avez si souvent mis en fuite et que vous finirez par dĂ©truire, sinon par la force du moins par la famine et les autres misĂšres. »

Bugeaud déclare dans un discours à la Chambre le 24 janvier 1845 : « J'entrerai dans vos montagnes; je brûlerai vos villages et vos moissons; je couperai vos arbres fruitiers, et alors ne vous en prenez qu'à vous seuls. »

Les « colonnes infernales » de Bugeaud et de ses adjoints mettent largement à exécution ces menaces à l'égard des populations insoumises ou en révolte. L'objectif n'était-il pas de vider l'Algérie de ses habitants, de n'y tolérer tout au moins que des esclaves ?

 

 

TALBOT

Publié le 29/10/2017 à 19:20 par titelive

John Talbot, Lord Furnival, comte de Shrewsbury.

NĂ© Ă  Blechmore, dans le Shropshire, vers 1384, deuxiĂšme fils de Richard, cinquiĂšme baron Talbot et d’Ankaret Strange, il descend de Richard Talbot (fin du XIIe siĂšcle).
L’origine des Talbot remonterait, au tout dĂ©but du XIe siĂšcle, aux barons de Cleuville au pays de Caux, du mĂȘme nom.
Ses ancĂȘtres, postĂ©s aux frontiĂšres du Pays de Galles, ont contractĂ© d’excellentes alliances.
Il se marie, le 12 mars 1407, avec Maud Neville, héritiÚre des barons Furnival, dont il prend le nom ; il la représente en 1410 à une séance du Parlement anglais.
De 1404 Ă  1413, il se bat contre les Gallois. Puis il est nommĂ© lord-lieutenant d’Irlande, pays oĂč ses activitĂ©s sont Ă©galement militaires. Il y rĂ©side jusqu’en 1419.
Il commande ensuite en France Ă  Rouen, Ă  partir de 1419, et, sauf pour un bref sĂ©jour dans son chĂąteau, y reste jusqu’en 1424. Une nouvelle campagne l’y conduit en 1427. Avec le comte de Suffolk, il se rend maĂźtre de Pontoise et prend Alençon en 1428. L’annĂ©e suivante, il ne peut pas empĂȘcher Jeanne d’Arc de dĂ©livrer OrlĂ©ans. Il fortifie alors Melun et prend Laval. NommĂ© commandant en chef des troupes anglaises aprĂšs la bataille de Jargeau oĂč Suffolk est fait prisonnier, il perd celle de Patay, oĂč Xaintrailles le capture le 18 juin 1429. Captif pendant quatre ans, il revient en 1434, est au siĂšge de Saint-Denis en 1435, contribue presque Ă  lui seul au maintien de la prĂ©sence anglaise en Normandie, rĂ©duit le pays de Caux qui s’est soulevĂ©. Il reprend Ivry, Pontoise et Le Crotoy en 1437.
Il est fait marĂ©chal de France en 1438 (avant le 10 novembre) par le roi Henry VI  [d’Angleterre] pour sa victoire du Crotoy l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Il est Ă©galement nommĂ© capitaine de Rouen. Il surprend Harfleur en 1440, et est fait comte de Shrewsbury le 20 mai 1442 (pairie d’Angleterre) puis comte de Waterford le 17 juillet 1446 (pairie d’Irlande). Durant l’hiver 1442-1443 il met le siĂšge devant Dieppe. LĂ , il se serait entendu si mal avec ses soldats « que plus ne voulurent le supporter », dit la Chronique de Londres. Contraint par ces circonstances Ă  rompre le siĂšge, il retourne commander en Irlande oĂč il se conduit de façon « telle que jamais vu depuis les temps du roi H érode », toujours d’aprĂšs la mĂȘme Chronique de Londres. Puis il est chargĂ© de nĂ©gocier la paix avec la France en 1443. Fait prisonnier par les Français au moment de la prise de Rouen en 1449, il est remis en libertĂ© en Ă©change de la reddition de Falaise en 1450.
Plus tard, l’emprise française se faisant de plus en plus forte en Guyenne, aprĂšs la visite en Angleterre d’une dĂ©lĂ©gation bordelaise venue s’en plaindre, le dernier compagnon survivant d’Henry V est envoyĂ© dans cette province en 1452, avec les titres de gouverneur et lieutenant gĂ©nĂ©ral. Il dĂ©barqua le 21 octobre 1452, Ă  Soulac, et fit son entrĂ©e dans Bordeaux le 23 octobre oĂč il fut accueilli triomphalement.
Les petites garnisons françaises de Libourne, Cadillac, Castillon, Rions, La RĂ©ole tombĂšrent peu aprĂšs sans rĂ©sistance. En revanche Bourg et Blaye tinrent bon. Joachim Rouhault se maintint avec une compagnie de 600 lances Ă  Fronsac. Talbot se trouva rapidement dans sa conquĂȘte en position d’assiĂ©gĂ©. Durant l’hiver 1452-1453, chacun se prĂ©para donc Ă  l’affrontement. Henry VI expĂ©dia 3000 Ă  4000 hommes de renfort conduits par le comte de Lisle et Talbot s’empara de Fronsac. De son cĂŽtĂ© Charles VII dĂ©cida de conduire en personne la campagne de reconquĂȘte et mit en Ɠuvre des moyens considĂ©rables. PressĂ© par les Bordelais, Talbot se dĂ©cida Ă  affronter les Français devant la petite place de Castillon. Ce fut la derniĂšre grande bataille, le 17 juillet 1453, de la guerre de Cent Ans. John Talbot et deux de ses fils y furent tuĂ©s. La victoire des Français leur assurait la reprise dĂ©finitive de Bordeaux ainsi que la maĂźtrise de la Guyenne. Le corps de Talbot fut transportĂ© en Angleterre et inhumĂ© Ă  Whitchurch.

La bataille de Castillon est fort bien racontée dans la Revue historique des Armées (Numéro 3 -1976) par Michel  de LombarÚs.

Un tableau de la célÚbre galerie des batailles, à Versailles, commémore la scÚne.

John Talbot, chevalier de la JarretiÚre, comte de Shrewsbury comme de Waterford, était baron Talbot et Strange depuis la mort de sa niÚce en 1421.
De sa seconde femme, Margaret, fille de Richard Beauchamp, comte de Warwick, il laisse une descendance encore reprĂ©sentĂ©e par les comtes de Shrewsbury & Waterford, les plus anciens d’Angleterre Ă  ne porter que le titre de comte, mais issus des Norfolk, le patronyme Talbot s’étant Ă©teint en 1856.
Parmi ses descendants, le plus cĂ©lĂšbre est Charles, seul duc de Shrewsbury (1660-1718). Filleul de Charles II, converti Ă  l’anglicanisme, un des premiers Ă  appeler Guillaume d’Orange Ă  rĂ©gner sur l’Angleterre, il est nommĂ© par le nouveau roi deux fois secrĂ©taire d’Etat, rĂ©gent du royaume par intĂ©rim, et fait duc. AprĂšs sept ans d’exil Ă  Rome, il revient en Angleterre et est l’un des principaux artisans de l’avĂšnement pacifique de l’électeur de Hanovre au trĂŽne d’Angleterre sous le nom de George Ier. Mort sans enfants le 12 juillet 1718, le titre de duc de Shrewsbury disparut avec lui.

La gĂ©nĂ©alogie de Talbot et de sa descendance se trouve dans le tome VII, pages 86 Ă  92, de l’Histoire GĂ©nĂ©alogique & Chronologique
 dite du PĂšre Anselme, oĂč il apparait dans la chronologie des MarĂ©chaux de France, bien qu’ayant Ă©tĂ© nommĂ© par le roi Henri VI d’Angleterre, qui avait Ă©tĂ©, aussi, sacrĂ© roi de France en 1431.

Post-scriptum :

Leo Drouyn, dans son Ɠuvre maĂźtresse La Guienne militaire, parue en 1865, a consacrĂ© un chapitre Ă  « Castillon-en-PĂ©rigord », dans le tome second pages 89 Ă  105.
Il y dĂ©crit la derniĂšre bataille de la Guerre de Cent Ans et donne le plan du camp retranchĂ©, ou parc des Français, oĂč l’artillerie des frĂšres Bureau attendait les troupes anglo-gasconnes commandĂ©es par Talbot.
Ses travaux ont été utilisés à bon escient par Michel de LombarÚs.

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