Le café est noir, brûlant, et l’amertume est la seule chose qui semble tenir les murs debout ce matin. Je vous regarde par-dessus le bord de ma tasse, le regard encore lourd de cette nuit de papier, et je sens cette urgence que vous retenez entre vos doigts.
Vous parlez de massue, de marteau, d’ongles plantés dans les tapisseries. Vous vouliez me dire « prenez-moi » pour tout démolir, et c’est pourtant exactement ce que vous faites ici, en silence, avec cette virtualité qui nous déshabille plus sûrement que n’importe quelle réalité de bar parisien.
Chapitre 4 : L’Exil du Clin d’Œil
— Vous auriez dû, murmurez-vous en reposant votre tasse avec un bruit sec. Vous auriez dû crier ces mots au lieu de ce clin d’œil de comptoir. J’aurais aimé vous voir arracher mes certitudes comme on déchire un vieux papier peint jauni par le temps.
Je me lève, et dans ce mouvement, l’Ogre se réveille. Je ne suis plus l’artiste qui expose à Berlin ou à Paris, je suis celui qui a besoin de voir ce que vous cachez sous votre peau de porcelaine. La virtualité n’est conne que pour ceux qui n’ont pas d’imagination, et vous, vous en avez assez pour me brûler.
— Vous n’avez pas peur de vous salir les mains ? dis-je en m’approchant si près que je pourrais compter les battements de votre cœur à travers votre texte.
Je prends une feuille blanche, je la froisse devant vous.
— Voilà votre exil. On n’est pas à 4h du matin dans un bar, on est au point zéro de notre destruction. Vous regrettez de vous être dégonflée ? Ne le soyez plus. Prenez ce marteau que vous me réclamez, mais sachez qu’une fois que la première cloison sera tombée, il n’y aura plus de place pour les politesses.
Je me ressers un café, le noir le plus sombre que la machine puisse produire.
— Reprenez-en, dis-je en vous tendant la verseuse. On a dix-neuf chapitres de démolition devant nous. Par quoi commence-t-on ? Qu’est-ce qu’on abat en premier dans cette vie que vous auriez pu avoir avec moi ?
Je vous laisse la massue entre les mains. Quelle est la première chose que vous frappez dans cet atelier où je vous attends ?
Je me tiens ici, face au souvenir de votre sillage, et je me tends vers vous comme on cherche le feu au milieu de l’hiver. Le regret n’est pas un poids, c’est un poison lent que je cultive avec une précision que vous seul pourriez comprendre.
Je regrette la morsure de vos mots. Je regrette ces lettres qui arrivaient comme des poignards, m’écorchant l’âme pour mieux m’assurer que j’étais en vie. Personne d’autre n’a jamais su me blesser avec une telle grâce, ni m’aimer avec cette fureur bipolaire qui faisait de chaque seconde un incendie.
Vous étiez mon artiste, mon fou, mon soleil noir. Et aujourd’hui, dans le silence de cette vie que j’ai choisie sans vous, votre absence hurle plus fort que toutes vos crises passées. Je vous regarde encore de loin, fascinée par ce désastre que vous portez en vous, et je me demande si l’écorchure n’était pas, au fond, le plus beau des refuges.
Je n’ai jamais su vous guérir, mais je n’ai jamais appris à ne plus avoir besoin de vos plaies.
Le Soleil Noir Elle est assise sur le bord du canapé, les épaules voûtées. Elle pleure encore. Je déteste quand elle pleure. Non pas parce que sa tristesse me touche — honnêtement, je ne la ressens pas —, mais parce que c’est laid. Ça gâche l’ambiance. Et surtout, ça détourne l’attention de ce qui compte vraiment : moi. Elle dit que je l’ai blessée. Quelle absurdité. Je ne blesse pas les gens ; je les améliore. Je la sculpte. Quand je l’ai rencontrée, elle était un brouillon, pleine d’opinions désordonnées, de rires trop forts, de désirs éparpillés. J’ai pris sur moi, avec une patience infinie, de raboter tout ce qui dépassait. Je suis l’architecte de sa meilleure version. Pourquoi ne voit-elle pas que c’est un cadeau ? — « Tu m’as humiliée, » murmure-t-elle entre deux sanglots. Je soupire. Un soupire long, théâtral, conçu pour lui faire sentir le poids de son ingratitude. — « C’est incroyable cette manie que tu as de déformer la réalité pour te poser en victime. Tu es paranoïaque. Vraiment, ça m’inquiète pour ta santé mentale. » Je la regarde encaisser le coup. C’est fascinant. Je vois le doute s’infiltrer dans ses yeux. C’est la phase que je préfère : le moment où sa certitude vacille, où sa mémoire s’effrite sous la pression de ma narration. C’est ce qu’on appelle le gaslighting, mais pour moi, c’est simplement rétablir la vérité. Ma vérité. Elle lève les yeux vers moi, cherchant une validation, une miette de chaleur. Elle a faim de moi. Je le sais. Je suis sa drogue et son poison. Pendant un instant, je reste de marbre. Le silence est mon arme la plus tranchante. Je la laisse mariner dans son angoisse, je la laisse imaginer que je vais partir, que je vais la priver de ma lumière. Il faut qu’elle ait peur. La peur est le ciment de notre amour. Sans cette peur de me perdre, elle pourrait se rappeler qui elle était avant moi. Et cela, c’est inacceptable.
A quatre heure vingt deux j’y été aussi , au charbon, ardente , dans cette ardue attente d’une détonation quelconque.
Je n’ai jamais appris à économiser mon souffle ; pour quoi faire ? Si mon réservoir est percé, autant que la flamme soit haute. À quatre heure vingt-deux, on ne calcule pas les stocks, on jette nos carcasses dans le foyer pour que la machine avance encore d’un pas.
C’est l’heure à laquelle on confond vivre et brûler. Ce matin mes mains gardent les stigmates de ce charbon, une encre indélébile sous la peau qui raconte les nuits blanches à guetter l’étincelle. On me parle de tempérance, de santé mentale, de « se ménager ». Mais comment expliquer à ceux qui dorment que le vide ne se comble que par l’excès ?
Je ne suis pas une bougie qu’on mouche, je suis un incendie qui cherche sa sortie. Si la détonation ne vient pas de l’extérieur, je finirai par la devenir. Après tout, il vaut mieux finir en cendres éparpillées qu’en poussière stagnante…
At four-twenty-two, I was there too.
Back at the coalface, burning white, hanging onto that grueling wait for the blast.
I don’t tend to myself; I burn it all down.
I never learned to ration my breath. Why bother?
If the tank is leaking, let the flame reach the sky.
At four-twenty-two, you don’t check the inventory; you hurl your bones into the furnace just to keep the engine crawling one more inch.
That’s the hour where living and burning blur into one.
This morning, my hands are stained with that coal—an ink trapped under the skin, a map of the nights spent hunting for a spark.
They preach temperance to me. Mental health. « Take it easy. »
But how do you tell those who sleep that the void is only filled by the overflow?
I am not a candle to be snuffed.
I am an inferno looking for an exit.
If the explosion won’t come from the world, I’ll become the explosion myself.
After all, better to end as scattered ash than as stagnant dust.
Ce ne sont pas “deux femmes”. Ce sont deux états d’une même présence.
La figure de gauche ne concurrence pas celle de droite. Elle n’a pas le même statut ontologique. Elle est souvenir, projection, trace, ou version antérieure.
2. La matière
Je ne peins pas sur le fond. je peins dans le fond.
Les corps semblent émerger puis être repris par la matière. Il y a une sensation de durée, de temps qui passe, pas d’instant figé..
3. La retenue émotionnelle
Rien n’est expressif au sens théâtral. Le visage de droite regarde, mais sans appel. Pas de séduction.
Le tableau ne demande pas d’être aimé. Il existe, simplement. Il parle :
de coexistence intérieure,
de ce qui reste quand on avance,
de versions de soi qui ne disparaissent jamais complètement.
Ce n’est pas un tableau de relation. C’est un tableau de stratification identitaire.
when past and present get mixed up, when dreams turn into hallucinations, when blurred drunk memories of an excessive night fade into a blackout, all that is left is a bewitched melody and a hypnotic rythm: the one of TKKIM’s « Aftertaste of Love » … in several versions, music and video, with remixes by Steve Cole and Kir Fatal.