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Berry, Lucinda – Petit ange

Titre original : The perfect Child
Traduction : Hélène Collon
Editions Presses de la Cité

Un soir, une petite fille ne portant qu’une couche culotte et un collier de chien est découverte errant dans un parking. Extrêmement maigre, couverte de sang, elle est emmenée à l’hôpital et confiée à Christopher Bauer, chirurgien aux urgences où sa femme Hannah est infirmière de nuit. Tous deux souffrent de n’avoir pas d’enfant.
Au fil des jours, Christopher s’attache à Janie, âgée de 6 ans qui le lui rend bien et s’avère fort intelligente.
Piper Goldstein, assistante sociale à la protection de l’enfance, reçoit les Bauer qui proposent d’héberger Janie en vue d’une adoption à laquelle Christopher aspire alors qu’Hannah est plus réticente mais accepte finalement.
Régulièrement les policiers Ron et Luke font des incursions dans le roman et interrogent Piper, l’accusant, l’acculant.

Hannah a surtout accepté cette adoption parce qu’elle se sent coupable de ne pouvoir mener une grossesse à terme et parce que Christopher est fou de la petite, mais son intuition a perçu une fragrance sombre chez Janie.
Le petit ange se manifeste en présence de Christopher et aussitôt qu’il rentre du travail mais dès son départ, elle devient insupportable, entre dans des rages ahurissantes, se montre d’une violence effrayante. Et chaque nuit elle réclame la présence de Christopher, son papa chéri, autrement elle crie sans relâche. Une nuit Christopher parvient à rejoindre sa femme.
Et Hannah tombe enceinte, heureuse grossesse hélas teintée de l’ angoisse permanente d’une agression contre son bébé par celle qui veut être la seule à être aimée par son père à l’exclusion de tout autre.
sychiquement éprouvée, Hannah est au bord de l’abîme tandis que Christopher, aveuglé par son amour pour Janie, n’accepte qu’à contrecoeur de la faire voir par une psychiatre spécialisée.
Janie pourra-t-elle sortir du cercle vicieux dans lequel elle s’est construite ? Tant de souffrances aboutiront-elles au drame ou à la réparation ? Sera-ce le petit ange ou le démon qui triomphera en finale ?
La fin est abrupte mais prévisible, ou pas.
Ce thriller fortement anxiogène m’a donné quelques palpitations effrénées et j’en suis sortie lessivée, avec également le contentement d’avoir fréquenté des personnages finement analysés dont les névroses, les souffrances et les fragilités sont poussées au maximum par cette enfant profondément marquée du sceau de la maltraitance et par le pressentiment d’une catastrophe imaginée ou réelle.
Naît-on ange ou démon ou le devient-on ? Cette inclination est-elle innée ou acquise ? Ou les deux ?

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Le Tellier, Hervé – L’anomalie

Editions Gallimard.

Le roman s’ouvre sur la parole d’un tueur à gages fier de son talent de caméléon, suivent le récit d’autres personnes, dont une avocate engagée dans la défense de pollueurs, une petite fille abusée prenant grand soin de sa grenouille.
Tous vont se retrouver à bord du vol Paris-New York, pris soudain dans une tempête d’une violence extrême qui prend fin subitement, laissant place à un ciel lumineux.
Avant de pouvoir atterrir, le pilote doit identifier son avion à plusieurs reprises et donner la liste complète des passagers.
Pourquoi tant de défiance ?

Il y a, bien au-delà de ce que je peux vous en dire, une dimension de type « et si, parmi toutes les possibilités que le monde nous offre, celle-ci advenait ? »
Celle que l’auteur a choisie est non seulement introduite sous un axe personnel destiné à nous impliquer émotionnellement, mais cette situation imaginée et mise en scène est aussi l’occasion de réflexions scientifiques, philosophiques et religieuses.
Enfin, et surtout, cette hypothèse rendue réelle par le miracle de la fiction, accule chacun à se poser les questions ultimes de tout être humain : qui suis-je ? quelle place puis-je occuper parmi les hommes ? Qu’est ce qui constitue mon identité, et que puis-je abandonner sans que celle-ci n’en pâtisse ?
On s’en doute malgré le flou que je suis obligée d’adopter, cette histoire est celle d’un ébranlement fondamental de l’être quand il ne peut plus se cacher derrière ses illusions, mettant forcément à l’épreuve son entourage et suscitant force réactions, interprétations et gesticulations d’un public fasciné/rejetant toute étrangeté. L’auteur a astucieusement placé sa fiction avant l’époque des réseaux sociaux, évitant ainsi de s’y apesantir, quoique…
Un roman justement primé, aussi intelligent que stimulant.
Et si cela m’arrivait, comment réagirais-je ?

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Laipsker, Alexis – Le cercle de Kern

Editions Michel Lafon

Dans le village isolé de la Sagnée entouré de profondes forêts, une fillette de 12 ans est retrouvée morte après avoir été violée et affreusement torturée.
8 ans plus tard, en route pour des vacances avec sa fille de 12 ans, Chloé, Philippe Kern détruit sa voiture en voulant éviter un homme, Par chance, un policier se pointe et conduit père et fille dans le village voisin de La Sagnée qui ne possède ni réseau ni confort.
Le lendemain, Chloé a disparu. Affolé Philippe part à sa recherche, seul, le policier refusant de se lancer dans la forêt sans les renforts attendus.
Ailleurs, la commandante Cavalier est chargée d’identifier un tueur en série qui torture et viole de toutes jeunes adolescentes, une charge partagée en secret par Léonora Koka depuis sa prison d’où elle s’enfuit quand, à la télévision, elle reconnaît le visage du monstre.

Quel drôle de village que celui de La Sagnée, avec sa quarantaine d’habitants renfermés et patibulaires, avec son policier peu empressé à retrouver la jeune Chloé disparue, avec cet étonnant jeune homme parcourant la forêt dont on ne sait s’il est innocent ou dangereux et qui trace des symboles et des cercles sur les arbres. Avec encore cet homme à l’abondante barbe rousse que personne d’autre que Philippe n’a jamais vu et avec cette dame douce et malheureuse que les villageois s’évertuent à ignorer mais à qui est confié l’hébergement de Philippe.
Et toujours Chloé disparue.
Philippe a beau secouer policier et villageois, il s’entend répondre une sorte de « tout est sous contrôle » bien peu rassurant, plutôt même angoissant.
Pendant ce temps la commandante Cavalier court derrière Léonora fugitive qui elle-même court derrière le tueur des jeunes adolescentes auquel elle s’intéresse depuis des années sans que l’on en sache la rime et la raison.
Une raison que nous serions d’ailleurs bien prêts de perdre si Alexis Laipsker, plus astucieusement tordu que jamais, ne réassemblait sous nos yeux éberlués et admiratifs les pièces dispersées de son puzzle. Un puzzle un peu irrégulier et bancal mais tellement génial et impressionnant.

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Wetterwald, Claudie O. – Ce qui dort sous le camélia

Les éditions du Gros caillou

Le livre s’ouvre sur l’après Désastre et le procès de 254 femmes (mais aucun homme!), un procès particulièrement inique et corrompu à la fin duquel sera jugée Lisenn, la plus grande criminelle, défendue par Rym, son avocate qui veut lui éviter l’immolation à laquelle est est promise.
Avant le désastre, Lisenn était peu sûre d’elle, elle épouse Sam, un homme divorcé plus âgé qu’elle, père de deux filles adolescentes qui la haïssent et le lui montrent bien.
Au moment du désastre – l’arrêt total du réseau électrique mettant fin à toute communication et tout confort – Lisenn se trouve avec ses deux belles-filles, Sam étant coincé à Paris.
Tandis que les hommes se livrent aux violences et aux pillages, Lisenn accompagnée par sa vieille voisine férue des plantes, crée un lieu de partage des biens et des savoirs. Et comme elle est enceinte, elle demande à une sage-femme comment aider les femmes à donner naissance ou à avorter.

Quel beau personnage que celui de Lisenn, cette jeune femme d’une générosité et d’un courage admirables, pleine d’empathie, qui instaure et maintient une belle solidarité tout au long de cette période qui plonge tant de femmes dans le désespoir.
Par contre, et à quelques exceptions près, les hommes déchaînent leur violence, ils attaquent, volent et demeurent dans le schéma selon lequel un homme doit se battre pour vivre et trouver sa place dans le monde.
Le procès de Lisenn met en avant la haine de ceux qui se sont vus dépouillés de leurs savoirs technologiques au profit des savoirs naturels des femmes, des savoirs qui s’apparentent furieusement à ceux des sorcières.
De plus le désastre a mis de nombreuses femmes dans l’incapacité de s’occuper d’un nourrisson, faute de moyens ou faute d’amour pour l’enfant d’un viol, elles se sont alors emparées d’un droit que l’homme s’attribue, celui de régenter le corps des femmes, d’en être maître et seul possesseur.
J’ai été bousculée par des fleuves d’émotions et transportée par l’intelligence de ce roman qui déploie la question du féminin et du masculin au coeur du désastre, où il se voit que l’homme a peu de chance de survivre à moins qu’il ne rallie les valeurs féminines.

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Robert, Juliette – Hystérie champêtre

Auto-édité

2021 en plein confinement, France et Jacques quittent Paris avec leurs filles Louise 18 ans et Madeleine 7 ans, et s’installent dans une riche demeure rurale. Une décision de France pour retrouver son équilibre mais qui contrarie Louise à quelques mois de ses examens de bac, oblige le père à retourner à Paris pour son travail et isole Madeleine, qui a appris à subir sans rien dire.
Et tout cela pour que France dorme des jours entiers ou étale le contenu des cartons sans rien ranger.
LC, le fils de la voisine, est engagé par Jacques comme jardinier stagiaire. C’ est un garçon heureux et ouvert, vaguement épris de Louise.
Pourquoi donc Madeleine fait-elle chaque nuit d’affreux cauchemars que Louise apaise en la prenant dans ses bras ?

Très vite, dans la famille nouvellement arrivée, se ressent une pesanteur bridant toute spontanéité, toute chaleur, toute possibilité d’un dialogue vrai avec un père centré sur son travail et une mère qui, puisqu’à elle s’applique le terme d’hystérie à prendre comme discours d’insatisfaction permanent, attribue d’abord cette insatisfaction à ses filles qui ont entravé une carrière idéalisée et dont elle ne veut pas être responsable, car cette charge lui pèse et la submerge, tout comme lui pèse et la submerge toute responsabilité qu’elle fuit dans le sommeil ou les tâches inutiles.
Quant au père, quoi qu’aimant profondément ses filles, il préfère ne jamais s’opposer à sa femme, s’évitant ainsi reproches et plaintes sans fin.
Si Louise reproche à sa mère, avec la violence d’une longue souffrance, de n’être pas aimante, Madeleine souffre en silence mais hurle lors d’affreux cauchemars dont l’aveuglement du père et l’incapacité de la mère à la protéger sont les ingrédients.
Ce thriller d’une finesse psychologique rare démontre également que l’argent ne fait pas le bonheur par contraste avec les voisins, peu nantis mais accueillants et chaleureux.
« Hystérie champêtre » appelle néanmoins une suite parce qu’il se termine abruptement à la fin d’un chapitre, et d’un chapitre particulièrement brûlant. Ce qui peut frustrer ou inciter à attendre impatiemment la suite.

Merci à Juliette Robert pour l’envoi de son livre en Service Presse.

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Devi, Ananda – Chronique d’un royaume perdu

Île Maurice. Monsieur Dumontais, homme froid et dur, règne en maître sur une immense propriété et sur un peuple d’esclaves noirs qu’il traite plus mal que des animaux. Il a épousé une femme plantureuse à qui il n’a pu donner d’enfant. Elle va chercher la vie et la couleur dans les bras du Vieux Bouc, le magnifique noir et d’eux naquirent trois enfants ; Stanley, Raymond et Mylène. Leur couleur de peau déniée et cachée fut, à la mort de leur mère, le lieu d’une révélation radieuse et libératrice.
Eugénie, la beauté de la communauté noire, a perdu ses attraits éteinte sous les assauts du Vieux Bouc et les viols de Monsieur Dumontais. De chacun d’eux elle conçut deux enfants dont seuls  deux ont survécu à l’épidémie de choléra : Mattieu celui qui doit se sacrifier et Mary la nourricière.
Quand l’esclavage fut officiellement aboli , la plupart d’entre eux poursuivirent leur labeur désormais payé chichement, mais les cinq frères et demi-frères et soeurs partirent avec leurs conjoints vers l’inexploré Sud de l’île, vers ce lieu splendide qu’ils nommèrent le Bouchon, lieu du bonheur, de la perte, où de nouveaux mythes s’épanouirent, où la terre et la mer se montrèrent généreuses ou rétives, où se centrèrent bientôt la convoitise des descendants Dumontais.
Chaque personnage issu de ces unions incarne une puissance, une rébellion, une figure mythique, fomentant une généalogie de dieux et de déesses sublimes et inoubliables. Tous excentriques, singuliers et excessifs,
L’écriture d’Ananda Devi, l’une des plus belles que je connaisse, se déploie telle un chant somptueux où tout se transfigure par le mystère d’une langue des origines, grandiose et merveilleuse.

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Carvin, Sam – Je sais qui vous êtes

Auto-édité

Victor Sorel est psychologue. Formé par Madame Godefroid qui l’initie à l’observation de ce qui échappe au discours du patient, il nourrit une immense vénération pour sa mentor. Son diplôme en main, et après quelques temps de pratique, il parvient à fonder un hôpital psychiatrique qu’il dirige et où il exerce comme praticien.
Dans l’aile sécurisée de l’hôpital une étrange personne, nommée Madame Jolie, est internée, aujourd’hui depuis 25 ans.
Car notre psychologue est loin de l’idée que l’on peut s’en faire, manipulateur et prédateur, il utilise ce que les personnes lui confient pour se jouer d’elles, du moins de certaines d’entre elles,
Il a épousé Aurore qu’il aime sincèrement mais drogue et a deux enfants, Angéla 17 ans qu’il adore et Louis l’adolescent collé à ses jeux.
Pourtant, très apprécié par le personnel de l’hôpital, Victor s’est acquis une réputation de grande compétence.

En fait Victor est un homme terriblement angoissé dès lors qu’il n’a pas le contrôle sur tout et tout le monde. Sans cesse en alerte, ce qu’il glorifie comme un esprit qui analyse et prévoit tout, il n’en reste pas moins qu’au fond Victor est prisonnier de ce qu’il contrôle.
Notre psychologue est certes un pervers en ce qu’il s’estime au-dessus des lois morales et déontologiques, détournant les confidences des patients pour les piéger mais parfois l’un d’eux ne réagit pas comme Victor l’anticipait. Il lui reste alors à puiser dans le vaste répertoire de mensonges disponibles pour restaurer son image d’éternel gagnant.
La conception de la thérapie qui fut enseignée à Victor est qu’il faut guider et diriger le patient, soi-disant vers son bien, en réalité dans une direction qui rassure le thérapeute, mais dans l’esprit pervers de Victor, il convient de conduire le patient là où cela satisfait le sentiment de toute puissance du thérapeute.
Quand quelqu’un parvient enfin à déboussoler Victor, et comment mieux le faire vaciller qu’en sapant sa possibilité de contrôle et en lui signifiant qu’il est démasqué, que ses mensonges ne marchent plus ? Victor est prêt à tout pour que sa vie ne sombre pas sans percevoir que sa vie n’est qu’un château de cartes inhabitable, sans concevoir ni être capable de vivre un autre mode d’existence.
Comme défauts à ce thriller par ailleurs construit de façon magistrale et avec des révélations finales d’envergure, je noterai quelques longueurs et la confusion entre Victor le psychologue et un Victor qui se comporte et est accepté comme médecin psychiatre, prescrivant des médicaments ou décidant de l’admission sous contrainte de nouveaux patients.

Un grand merci à Sam Carvin de m’avoir envoyé son thriller en Service Presse.

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Herngren, Moa – La belle-mère

Traduction : Marina Heide
Editions Buchet-Chastel

Asa a élevé seule son fils Andreas et leur relation était quasi fusionnelle. Devenu adulte, Andreas se lie à Josefin, la fille des meilleurs amis de sa mère. Hélas, Asa a toujours considéré la jeune femme comme une personne égoïste et exigeante. Néanmoins elle accepte d’héberger le couple, le temps que les travaux se terminent. chez eux
D’emblée, la relation entre la belle-mère et Josefin est crispée, la belle-fille se conduit comme à l’hôtel et sa froideur est blessante tandis qu’Asa, pleine de ces bonnes intentions qui pavent l’enfer, s’ingère et reçoit en retour une volée de bois vert.
Plus tard naît l’enfant du couple, Sam en qui Asa retrouve Andreas petit. Dès lors les jalousies, maladresses, mauvaises interprétations et paroles malheureuses s’exaspèrent si bien qu’ Andreas finit par fuir avec Josefin et Sam et interdit à sa mère de s’approcher d’eux.

On peut bien être une consultante en communication reconnue et respectée, comme c’est le cas d’Asa, quand les pulsions et les émotions qui agitent les rapports intimes entrent en jeu, plus rien n’a de poids sinon les réticences et les ressentiments. Elle sait agir contre ses intérêts mais ne peut s’empêcher d’imposer sa bonne volonté à Josefin qui la déteste .et y oppose sa mauvaise (volonté).
J’ai trouvé Asa aussi attachante qu’exaspérante, avec un penchant vers le second qualificatif, quoique…
De son côté Josefin se montre d’une jalousie constamment sur le qui-vive et d’une exigence rare, privant ainsi son entourage de liberté et le soumettant à ses humeurs, ce qui la rend peu sympathique à première vue.
De manière ostensible chez Josefin, sous une couche de bonne volonté chez Asa, les deux femmes, en plus de leur inimitié spontanée, se disputent l’amour d’Andreas et de Sam.
On suit alternativement le vécu et les pensées de chacune d’elles, on les entend puiser dans ce répertoire sans fin de justifications à leurs actes et de bonnes raisons à leurs décisions malheureuses.
L’auteure ne prend pas parti en faveur de l’une ou l’autre des femmes mais nous montre qu’à trop vouloir (ou à vouloir tout court), on passe à côté de l’amour et de la joie de vivre.

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Lecèdre, Iris – Beauté sous pression

Auto-édité.

Juliette travaille comme secrétaire dans le cabiner du docteur Bellini, chirurgien plasticien. Elle sert le café et méprise silencieusement cette clientèle liftée et lissée à haut coût par un chirurgien froid mais talentueux.
Ce matin là, trois clients ont rendez-vous à 9 heures, Mme Roussel pour un lifting, Hélena une séduisante influeneuse pour une correction quelconque et Mr Berger pour des implants capillaires.
Arrive alors un inconnu nommé Dario. Il pénètre d’autorité dans le cabinet du docteur, sort une arme, entrave les otages, verrouille tous liens avec l’extérieur et s’enferme derechef avec Bellini dans son bureau.
Les quatre otages, choqués, tentent désespérément d’alerter les secours.

Les tentatives des trois femmes attachées au même canapé afin d’atteindre l’alarme incendie sont franchement hilarantes mais le rire nous rentrera bien vite dans la gorge.
Le grand moment de ce livre est celui où les préjugés de Juliette, et les nôtres selon lesquels les personnes qui se font opérer le font par vanité et superficialité , vont s’effondrer quand l’auteure nous fait entendre les souffrances, les peurs et les contraintes qui pèsent sur elles et président à leurs choix.
Dans ces moments de paix temporaire, alors que les otages tentent de dialoguer avec Dario et de le raisonner, Bellini impassible et calculateur, refuse tout compromis avec Dario, si bien que les otages, sans prendre parti pour Dario, ne soutiennent plus le docteur Bellini.
J’ai cependant trouvé la fin moins aboutie, un peu trop facile, la plume d’Iris Lecèdre est d’une belle qualité et sa lecture fort agréable.

Merci à Iris Lecèdre de m’avoir permis de lire son roman en SP.

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Tyson, Tiffany Quay – Les trois rivières

Titre original : Three Rivers
Traduction : Héloïse Esquié
Editions Sonatine

Melody a connu une jeunesse sans joie ; sa mère , Geneva, est partie rejoindre ces femmes visionnaires grâce aux plantes hallucinogènes, son père alcoolique violent, s’est soigné par la suite, son frère, Bobby, est passablement perturbé après un accident.
Alors Melody s’enfuit et, douée d’une belle voix, crée un groupe dont elle se voit vite dépossédée. Au même moment, elle reçoit un appel : son père est mourant. Sans hésiter, elle s’y rend.
Le Mississipi de son père, pays du coton et du soja, est devenu un pays pauvre, saupoudré d’églises aux pasteurs pérorants, traversé de canicules, de déluges et de tempêtes.
Obi doit fuir avec son fils car menacé par un drogué, il le tue par accident . Sa fuite se heurte au déluge et et aboutit au domaine du père de Melody,
De son côté, Geneva sent qu’elle doit rentrer auprès de son mari mais le déluge la surprend.

Dans ce roman de l’Amérique profonde, le statut des femmes est remarquable en ce que toutes n’ont le choix qu’entre l’obligation de sacrifier leur jeunesse et leur vie au service des hommes ou l’impératif de fuir pour épanouir leur féminité et leurs talents.
Quant aux hommes, abandonnés par une mère, une femme, une soeur, ils se sentent, soit lésés et en droit d’exiger et de réclamer le sacrifice des femmes. Seul Obi échappe à cette dépendance et assume pleinement la protection de son fils.
Ainsi seules les femmes sont-elles responsables du bien-être de leurs proches et fuir cette tâche est punissable d’une culpabilité dont l’occultation n’est jamais que temporaire.
Ce roman débute dans une chaleur étouffante, mais cette canicule n’est pas accablante, elle est même électrisante comme une annonce d’orage, suscitant l’échauffement agressif des hommes et énervant une nature qui crépite et s’électrise dangereusement.
Quand surviennent les pluies torrentielles et avec elles, la montée rapide, trop rapide des eaux, ce sont toutes les tensions humaines qui ressortent du tréfonds des âmes, déversant haine et colère, ouvrant aussi les ouïes où se tapissait la personne authentique telle qu’elle s’ignorait et ignorait sa grandeur et sa force.

Merci aux éditions Sonatine ainsi qu’à NetGalley pour cette lecture.

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Ellory R.J . – Everglades

Titre original : The bell tower
Traduction :  Étienne Gomez
Editions Sonatine

1976 .Garrett Nelson, adjoint du shérif, se porte volontaire pour une mission dangereuse au cours de laquelle il reçoit une balle dévastatrice dans la jambe.
Opéré et longuement, fermement, revalidé par les mains d’Hannah Montgomery, Nelson ne pourra cependant plus reprendre du service mais il aura rencontré en Hannah la femme de sa vie.
Femme courageuse et généreuse, Hannah n’esquive jamais les sujets difficiles et sa loyauté est indéfectible.
Il s’avère que le père d’Hannah, ainsi qu’un de ses frères, travaillent dans le pénitencier de Southern State situé dans les Everglades. Nelson pourrait y devenir gardien.
Etant sans a priori et désireux de travailler pour pouvoir s’établir avec Hannah , Nelson accepte le poste de gardien à l’essai où il se distingue rapidement par son sang-froid et le respect qu’il manifeste envers les prisonniers.
Hannah sait, par expérience, que ce métier transforme ceux qui l’exercent, les assombrit et les endurcit, aussi se prépare-t-elle à soutenir et éclairer son compagnon dans cette traversée des ténèbres.
Dès son entrée, Garrett Nelson est instruit des règles strictes codifiant les rapports entre gardiens et prisonniers, notamment le maintien strict d’une distance indispensable avec ces hommes souvent violents, déréglés et dangereux, mais une distance qui entrave toute parole, toute main tendue, tout ce qui aspire à plus d’humanité.
Nelson est envoyé du secteur des prisonniers temporaires à celui du couloir de la mort, où il assiste à une exécution sur la chaise électrique, véritable scène traumatique qui ébranle profondément ses idées sur la peine de mort et donc, sur la justice en général que dans sa naïveté, il estimait jusqu’alors représenter la morale.
Des rixes, des assassinats, des émeutes, des menaces et des provocations émaillent le quotidien pourtant souvent sans histoires du jeune gardien, mais cette agressivité ambiante et la vigilance qu’elle nécessite grignote peu à peu le coeur des gardiens, leur arrachant des bouts d’empathie et des morceaux de présence.
L’écriture de R.J.Ellory subjugue et nous emporte inexorablement jusqu’au bout des pages et des émotions, la grande intelligence de l’auteur, sa perception de l’amour comme une passion où le courage d’être vrai et l’ardeur du don dissolvent toutes les amertumes et les bassesses par où fuit l’amour.
Cette expérience du quotidien au sein d’un pénitencier de haute sécurité nous précipite dans de nombreuses questions qui restent insolubles tant chaque homme est unique, imprévisible et insondable.

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Connelly, Michael – Nuit sombre et sacrée

Editions Calmann Levy


Renée Ballard a été reléguée au service de nuit par une mesure disciplinaire injuste mais elle s’y plaît beaucoup . Un soir elle aperçoit un inconnu fouiller dans des fichiers, elle bondit mais apprend qu’il s’agit de Harry Bosch, retraité des Homicides du LAPD.
Harry est obsédé depuis des années par le meurtre irrésolu de Daisy Clayton, quinze ans, étranglée, son corps, passé à la javel est jeté parmi les ordures. De plus Bosch héberge la mère de Daisy qu’il a tirée de la drogue mais elle part, sachant que la fille d’Harry refuse de le voir à cause d’elle.
Bosch s’acharne à retrouver le meurtrier de Daisy, et Ballard, touchée par cette histoire, l’aide à fouiller les rapports de l’époque et à prendre tous les risques pour retrouver ce tueur de jeunes femmes toujours actif.

Cette recherche du tueur en série est régulièrement interrompue par des infractions, crimes, vols et pourparlers qui sont le quotidien de Ballard. Ils témoignant de son agilité intellectuelle et physique et dessinent une arborescence autour de laquelle nos deux B enquêtent de concert.
Renée Ballard a du mal à tolérer le non respect des limites légales chez Bosh, car le non respect des lois et des procédures peut facilement conduire à des comportements odieux, voire criminels.
Si Renée peut éventuellement faire fi d’un mandat ou toute autre paperasse entravant une enquête, elle reste néanmoins mesurée et possède un sens moral indéfectible.
Je n’ai jamais été une admiratrice de Bosch, loin de là, par contre Ballard me semble un personnage bien plus intéressant et compétent.
La construction de l’intrigue, l’écriture, l’intérêt maintenu du bout en bout, tout est bon (dans le cochon), bien que je craigne d’oublier ce tome dans les plus brefs délais.

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Desjours, Ingrid – Une bonne épouse

Editions Harper Collins Noir

Vous vous sentez déprimée ? Vous désirez changer de vie ? Venez aux ateliers Hera, un programme de réappropriation du Soi au coeur des montagnes et dans un climat sain.
Endeuillée, licenciée, trompée par son mari, Alice s’effondre et perd la garde de sa petite Clara. Elle voit en Hera une bouée salvatrice et en effet, bientôt Alice se sent revivre.
Dans sa chambre, il y a un ordinateur ouvert sur le site Pax Domestica où des femmes épanouies témoignent du plaisir d’être des tradwifes vivant dans de jolis chalets en un lieu dit la Fosse aux Anges.
Par hasard, Alice tombe alors sur le genre d’homme dont elle rêve, il lui offre de s’établir à la Fosse aux Anges dont il lui montre la beauté et où elle rencontre quelques unes des tradwifes.

Alice est prête à croire et à espérer en une vie nouvelle, mais des petits accrocs finissent par ranimer ses alertes de journaliste : à la Fosse aux Anges, il n’y a aucun enfant, pas de magasins ni aucune ouverture sur l’extérieur. Quand Alice émet ces réserves à Lou, une des résidentes du lieu dont elle admirait la beauté paisible sur les vidéos vues récemment, quand elle lui manifeste son étonnement de la voir si docile envers les hommes, Lou reçoit ce qualificatif comme un dessillement.
Ces femmes ont-elles réellement choisi la manière dont elles vivent ou y sont-elles contraintes  ?
Ce thriller est donc bien une dénonciation de la tradwife, une vision de la femme créée par les masculinistes, et dont l’auteure peine à imaginer qu’il puisse être librement choisi.
Qui donc opte délibérément pour une vie d’esclave ?
Un thriller riche et brillant, avec un parfait équilibre entre actions et psychologie, un art de captiver dans les filets de son écriture et une fin assez explosive.

C’est grâce à Nath que je me suis finalement lancée dans ce thriller original autant que passionnant. Merci à toi.

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Serrado, Romuald – Lâche ton com ou crève !

Auto-édité.


Victor Langoisse vient de perdre son emploi, remplacé par l’IA. Désormais sans ressources, il ne voit d’issue que dans la vente de son roman « Coeur en miettes » démontrant la nature mensongère de l’amour.
Comme aucune maison d’éditions n’accepte son livre, il se tourne vers un site d’auto-édition, et, une fois son livre en vente, attend les premiers acheteurs, qui se montent à zéro.
Pour promouvoir son roman, il s’inscrit sur Facebook, sans amis puisqu’il n’a que son chat, Régis, comme interlocuteur, et se met à l’affût d’une vente, d’un avis, d’un signe d’intérêt, mais se heurte au néant.
Quand enfin un avis intervient, et qu’il est négatif, Victor le ressent comme un rejet, une humiliation pareille à celle qu’il subissait jadis au quotidien dans son collège, C’est insupportable, ça le met en rage.


D’emblée de jeu, Victor tire fierté de correspondre au portrait type du sociopathe, une étiquette qui lui permet de justifier et ne pas s’interroger sur son isolement, partagé avec son chat, le seul être supportable à ses yeux, le seul dont il puisse prendre soin sans que sa liberté n’en pâtisse. Il transforme ainsi son malheur d’être seul en mirage d’un choix délibéré.
Victor a peur de l’amour, il a subi trop de déceptions et de moqueries blessantes pour oser s’y lancer. Une telle prise de conscience reste néanmoins inadmissible, elle saperait son illusion d’être maître à bord de lui-même. Il prétend donc avoir choisi le rejet de l’amour, rejet dont il a d’ailleurs fait le thème de son roman selon lequel l’amour est mensonge et lâcheté.
Par conséquent, il convertit son besoin d’amour en un besoin de reconnaissance.
Hélas, comme les réseaux sociaux nous y engagent, il confond le paraître et l’être, l’oeuvre et son créateur, le nombre de commentaires et la valeur de son existence. En sorte que toute critique devient une déclaration de guerre à l’égard de son être.
Certes ce roman possède un côté excessif assumé par l’auteur mais qui peut déranger certains lecteurs, certes l’écriture est mise au service de l’histoire et commet quelques écarts, mais ce thriller est une dénonciation truculente et tragique des réseaux sociaux comme réduisant l’être de l’homme à sa popularité et à sa visibilité, à son petit ego.

Merci à Romuald Serrado pour l’envoi de son thriller en service presse.

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Cario, Daniel – Trois femmes en noir

Presses de la Cité

1990. A Port-Louis, la vie s’écoule au fil de la pêche. Or, ce matin là, Chim (Joachim) le simplet du village, tombe sur le corps de son amie Eugénie, violée et poignardée. Effrayé il s’enfuit mais deux pêcheuses de palourdes arrivent et avertissent la gendarmerie.
Chim est bien sûr le premier suspect. Mis en garde à vue, il en sort mutique, profondément traumatisé.
Avant de mourir, Eugénie a tracé dans le sable le mot Louis précédé d’une croix, ce qui oriente l’adjudant Derval vers les trois Louis partis à bord du Saint Louis. Quand les chalutiers rentrent au port, celui des Louis manque. Les trois femmes, épouse, mère et soeur des Louis s’inquiètent 
Ont-ils fui la justice ou ont-ils fait naufrage ?
Et pourquoi Eugénie est-elle sortie en pleine nuit, elle qui est encore comme une enfant ?

Dans ce village où rien ne se passe mais où les langues cherchent à s’agiter, le viol et la mort d’Eugénie sidère. Petite fille dans un corps de femme, elle avait 16 ans et était appréciée de tous bien que considérée comme bizarre.
Très vite cependant, l’étonnement fait place au d’ besoin de désigner un bouc émissaire, de préférence sans défense, et donc les trois Louis ou, à défaut, les trois femmes qui en sont les plus proches, cibles idéales pour le mauvaises langues, dont une de vipère qui, contrairement à l’idée commune, n’est pas féminine.
Ces trois femmes en noir, Mauricette, la plus âgée, Lucie qui tient le café du village et Rozenn employée dans la poissonnerie du coin, se soutiennent et, devant l’inertie de la gendarmerie toujours en attente des pêcheurs disparus, décident de mener leur propre enquête pour rétablir l’honneur de leurs Louis.
C’est un roman où la mort d’une innocente fait office de révélateur de cette propension humaine à nuire, un roman sur le courage des femmes, écrit dans une langue belle comme l’est ce coin de Bretagne.

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Smith, Michael Farris – Le pays des oubliés

Titre original : The Fighter
Traduction : Fabrice Pointeau
Editions Sonatine

Delta du Mississipi.
Jack, enfant abandonné, est recueilli et adopté par Maryann qui malgré les rejets et les crises d’animosité de Jack, l’aime et le soutient au mieux de son amour.
La colère de Jack se déporte dans les combats où il se distingue très vite. Hélas les paris et les jeux l’endettent auprès de Big Momma Sweet, une mafieuse sadique, et de la banque qui, dans quelques jours, saisira la maison de Maryann hospitalisée, or Jack tient à la ramener chez elle pour qu’elle y meure en paix.
Annette n’a jamais connu son père, aussi supplie-t-elle sa mère de lui parler, mais cet homme fut un passager de lit dont cette mère a tout oublié,
Alors Annette part sur les routes, munie de sa foi dans les hasards et rencontres qui l’ameneront là où elle est destinée à advenir.

Comme on peut s’y attendre avec cet auteur c’est un récit sombre et mélancolique, l’histoire de deux échoués sur cette terre d’Amérique impitoyable envers ses déshérités. Et pourtant, quelle beauté d’écriture, quelle grandeur au sein de la désespérance !
Le périple de ces deux errants de la vie, est un trajet aussi extérieur qu’intérieur. La recherche de l’amour fidèle est un idéal qu’ils rendent impossible en ne s’engageant jamais et l’existence est une quête dont le sens ne s’entrevoit que dans cette synchronicité – ces hasards sensés – à laquelle Annette voue un culte ou dans l’exercice de la perte où se fourvoie Jack.
Ce qui caractérise l’auteur c’est sa prodigieuse manière de nous capturer au coeur d’un périple où la vie est une combat permanent, où la solitude est totale, où la souffrance habille les corps de ses marques et de ses couleurs. L’auteur se distingue également par sa faculté à créer une atmosphère brumeuse, envoûtante, presqu’ éthérée, d’où émergent des fulgurances de lumière, miracles arrachés à la noirceur du monde, ou encore des générosités inouïes qui percent la carapace des égoïsmes généralisés.

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McFadden, Freida – L’intruse

Titre original : The Intruder
Traduction : Karine Xaragai
City Éditions


De nos jours.
Après avoir perdu son emploi d’enseignante et privée de ressources, Casey a loué un chalet minable au fond d’un trou, elle y vit chichement mais en paix. Comme une forte tempête s’annonce, Casey s’inquiète pour le toit dégradé et l’arbre voisin vacillant.
Mais une troisième menace survient en la personne de la petite Eleanor, affamée, manifestement maltraitée et couverte de sang, la petite brandit un couteau car sauvage, aux aguets, méfiante, elle ne fait confiance à personne, et surtout pas à Casey.
Auparavant.
Ella a 13 ans et vit avec une mère cruelle atteinte du symptôme de Diogène, une mère qui tient davantage à ses ordures qu’à sa fille.
Ne possédant ni vêtements propres, ni espace de travail, Ella est sujette aux moqueries et au mépris des autres collégiens.

Actuellement, Casey désire protéger son invitée mais aussi s’en protéger . En effet tantôt Eleanor fait montre d’une solitude, d’une peur et d’une vulnérabilité touchantes, tantôt elle réagit avec une force et une dangerosité efffrayantes.
D’ailleurs Casey est tout aussi duelle qui s’engage à taire la présence d’Eleanor et ne rêve pourtant que d’ avertir au plus tôt la police au point que l’on se demande si elle désire véritablement éviter à l’adolescente de retourner chez son parent bourreau ?
Ainsi, les deux femmes se sentent menacées tant par cet arbre qui craque et risque à tout moment d’écraser la maison et ses occupantes que l’une par l’autre, étant toutes deux armées.
Dans les intermèdes du passé, on compatit au sort de la petite Ella livrée à la violence d’une mère prête à torturer et terrifier sa fille pour défendre ses ordures.
Ella est maltraitée à l’école et subit les quolibets d’Anton, un meneur violent. Pourtant, courageuse et dotée d’un sens aigu de la justice, elle prendra la défense de cet Anton en prise à un adversaire armé.
Il devient dès lors son seul ami, celui qui prendra sa défense contre ses agresseurs comme il le fait avec rage et ferveur pour protéger son petit frère contre les coups d’un père alcoolique.
Plus sombre et d’une portée sociale plus riche que ses livres précédents destinés à la plage, ce roman dénonce les violences parentales des mères comme des pères. C’est le premier roman qui met en scène une enfant forcée de vivre avec une personne accumulatrice, dans un tel climat malsain et vicié, sinon vicieux.
Ce livre reste néanmoins du Freida McFadden, il faut donc accepter certaines facilités et coïncidences peu crédibles et ne pas chercher une écriture somptueuse.

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Valisoa, Aïkà – La Reine Rouge

Auto-édité

En 1788, au Royaume d’Emyrün, naît Amhara.
Son père, cousin du roi, est banni de la cour suite à un mariage indigne, sa mère perd la protection des puissances matriarcales pour avoir enfanté.
C’est ainsi que grandit Amhara, entre les coups du père et la dureté d’une mère vénérant les talismans magiques. Seule et privée de tout, l’enfant joue à frapper des cailloux les uns contre les autres et s’identifie au plus résistant, elle règnera avec un coeur de pierre.
Le destin la conduit à épouser le prince héritier Damarok. Pourfendeur des rites anciens et adepte des idées,des Lumières,il abolit les castes et à accueille les étrangers venus avec leur inventions et leurs femmes.
Quand la Reine Rouge monte enfin sur le trône, elle rétablit les violentes coutumes antiques et le culte aux puissances magiques.
Et donne naissance à un fils : Dahélion.

Ecoutez cette voix originelle qui fait se lever un monde de puissances encore informelles, puis s’ériger les primes formes visibles se précisant jusqu’à donner vie à Amhara, l’héroïne de ce récit.
Tout enfant encore, Amhara apprend qu’elle ne peut céder ni à la peur ni à la faiblesse si elle veut survivre. Jeune épouse, elle comprend qu’elle est seule et ne peut compter sur personne. Reine, elle se sait entourée de traîtres, d’ennemis, d’opportunistes et d’un homme loyal, Vaelor.
Depuis que son époux, le roi Damarok a interdit la pratique des cultes anciens et exécuté d’abord les parents d’Amhara, celle-ci se venge en lui refusant une descendance et en le suivant partout, ombre silencieuse et menaçante pesant lourdement sur ce roi hypocrite, telle un jugement ou une conscience.
Construite dans cette fermeté et cette fermeture à toute émotion, Amhara l’impitoyable, Amhara la Terreur faite femme, souffre néanmoins de n’être pas aimée et cette douleur la rend féroce.
Darhélion, son fils, enfant tendre et jeune homme sensible, échappera-t-il à l’attrait des idéologies et religions sanguinaires ainsi qu’aux intérêts personnels auxquels inclinent les détenteurs du pouvoir ?
Ce poème épique mérite d’être lu à voix haute, tant le style en est exceptionnel. Chaque phrase est travaillée jusqu’à l’épure, chaque mot choisi avec soin, chacun des chapitres est un chant héroïque ou pathétique que la voix singulière de l’auteure porte à son incandescence.
Par-delà l’écriture d’une beauté stupéfiante, par-delà l’histoire monstrueuse et tragique de la Reine Rouge, Aïkà Valisoa explore la troisième dimension, celle de la profondeur en nous donnant à comprendre, à creuser, à humaniser la cruauté de son héroïne. Impitoyable, elle l’est pour n’avoir reçu ni amour ni lumière et sans eux se meurt toute vie désormais condamnée à un terrible combat pour la survie.

Ne manquez pas la très belle chronique de Lilou.

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Jaworowski, Ken – Small town sins

Traduction :  Clément Baude
Editions du Seuil


Locksburg, petite ville minière de Pennsylvanie.
Nathan travaille dans une usine d’assemblage, il est également pompier volontaire. Depuis qu’il a volé une grosse somme d’argent lors d’une intervention comme pompier, il commence à rêver d’une autre vie et s’éloigne de sa femme qui l’exhorte à rendre l’argent.
Andy et Kate, tous deux toxicos, ont arrêté de se droguer à la naissance de leur petite Angie atteinte de trisomie 21, leur enfant soleil. Quand la petite meurt, sa mère s’overdose et lui-même n’y échappe qu’en se donnant une autre mission.
Callie infirmière au grand coeur, souffre d’un bec de lièvre mal soigné, elle va tout risquer pour permettre à une jeune fille en fin de vie de réaliser son rêve

Tous trois portent la honte comme une croix gravée sur le corps ou sur le coeur. Nathan a payé l’avortement de sa jeune maîtresse en volant la précieuse bague de sa mère, avant de, plus tard, voler dans ‘une maison en feu’. Callie affiche sur son visage la trace d’un bec de lièvre jamais bien cicatrisée et endure le regard méprisant ou dégoûté des autres. Andy s’est engourdi longtemps dans les drogues dures et y a maintenu sa jeune épouse
Ces trois vies éloignées les unes de autres n’ont de lien que celui d’une durée triste et monotone où même leurs rêves s’effondrent pour donner place à une source d’espoir qui les anime et les transporte tous trois au-delà d’eux-mêmes dans un élan d’amour où ils se libèrent de tout ce qui les accablait.
Un espoir et un don qui les transfigurent et font la grandeur de ces vies dans la petitesse de leur apparence.
Ce roman où la noirceur devient lumière m’a profondément émue. Surtout lisez-le jusqu’au bout, car c’est là que ce roman plonge dans l’éblouissement du silence.
J’ai découvert « Small town sins » grâce aux magnifiques retours d’Esther et de Frédéric que je vous recommande vivement. Merci à vous deux.

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Fontanel, Philippe – L’ombre du doute

Editions du Cluzel

Au commissariat de St Etienne, Boris Lenatnof apprend la mort de son ami Ric et se souvient.
De l’accueil chaleureux de Ric, alors que Boris n’était encore qu’un jeune policier débutant, des dettes de jeu de Ric, épongées grâce au travail de danseuse et de prostituée de Rosita, sa femme bien-aimée. Et de la mort de Rosita, abattue d’une balle en même temps que son client, Joao Machado, le célèbre peintre.
Le meurtrier a prélevé la phalange de l’index droit du peintre car seule cette empreinte, apposée sur une de ses oeuvres, en atteste l’authenticité.
Dans son testament, Machado partage sa fortune entre Clelia sa femme, Jeanne sa sublime maîtresse et sa fille issue d’une passade.
Mais qui donc a tué Machado et Rosita ? Et pourquoi ?

Clovis Bertin, le commissaire chargé d’enquêter sur ce double meurtre, déteste Ric et l’écarte d’emblée de l’affaire, mieux même, il l’accuse dès qu’il le peut et comme il est impulsif et veut la peau de son rival, il perd toute crédibilité au yeux de Boris bien obligé, pour accomplir son devoir d’enquête, d’agir sans en informer ce chef.
A première vue, la raison de ces meurtres semble mercantile, étant donné le vol de l’index-signature de Machado, mais peut être est-ce là une chausse-trappe destinée à masquer le véritable motif de ces crimes : jalousie, haine, vengeance etc.
Boris est un ami fidèle et dévoué. Désireux de faire avancer une enquête qui s’enlise, il suit les conseils recueillis auprès de son formateur et ami écroué, et cela à l’insu du commissaire Bertin trop content de voir Ric incarcéré et estimant dès lors l’enquête close. C’est grâce à Ric d’ailleurs que Lenatnof découvre une nouvelle piste que Bertin ne pourra négliger.
J’ai beaucoup aimé le travail d’écriture, les personnages contrastés, l’ imbrication parfaite des éléments d’enquête et le maintien du suspense tout au long du roman sans recourir aux recettes de l’agitation et des rebondissements effrénés .
Philippe Fontanel nos réserve cependant une dernière surprise en clôturant son thriller par une magistrale cascade de dominos.

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Harpman Jacqueline – Eve et autres nouvelles

Intelligente, froide et déterminée, sensuelle et drôle, Harpman nous livre, en ces cinq nouvelles, une panoplie quasi exhaustive de ses talents et des genres qu’elle pratique, ailleurs, en ses romans, ainsi que de ce qui, en elle, la pousse à écrire de telle façon, de telles histoires.

« Eve » Volontiers iconoclaste, Harpman reçoit, dans la première nouvelle, une lettre d’Eve se plaignant de la version édulcorée et fausse que l’on prêta à son destin. Car l’Eden fut un lieu d’ennui mortel dont Eve ne s’échappa que grâce à son désir de savoir. Ce qui donna lieu, d’ailleurs, à une bien étrange découverte que je vous laisse découvrir.

«Le placard à balais»  Quand il est question d’amour, l’auteur n’est jamais romantique, mais passionnée, forcenée, sans scrupules, et même cruelle, ainsi que le dévoile cette nouvelle où, voyageant dans un wagon-restaurant luxueux, Harpman se prend à rêver d’elle en beauté d’une autre époque, riche et hautaine s’abandonnant à des fantasmes d’ardentes amours tumultueuses.

 «Histoire de Jenny» Dans la troisième nouvelle, l’écrivaine se souvient d’une amie d’enfance, plus que de l’amitié, elle ressentait une compassion teintée de mépris pour elle, mais un mépris qui dissimule mal ce qu’il évite, l’angoisse devant ce qu’elle aurait pu connaître ce que connut Jenny, juive comme elle mais qui, durant les années de guerre, connut un sort autrement éprouvant avant d’en sortir marquée à jamais.

« La forêt d’Ardenne » Après « Moi qui n’ai pas connu les hommes » l’auteur revient avec le même questionnement sur le sens de l’existence en mettant en scène un groupe d’hommes et de femmes chargés de parcourir une forêt infinie afin de la défendre contre d’éventuels et invisibles ennemis. Tous poursuivront jusqu’à la mort leur marche insensée, soumis à un devoir et une mission devenus, depuis longtemps, obsolètes.

 «La vieille dame et moi » Pour finir, l’auteure converse avec sa dernière heure. Ce dialogue déploie, avec une lucidité sans concession, les sombres couleurs de son âme complexe qui, dans la vie, cache ses vilenies sous une apparence de dignité, qui, dans l’écriture, étale ses laideurs sous le voile d’un phrasé admirable et qui, dans la vie et dans l’écriture, se reproche ce double mensonge et cette double infatuation.
(article repris et corrigé d’un ancien blog)

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Siegel, Sheldon – La confession

Auto-édité


Rosie Fernandez et Mike Daley, couple divorcé mais amants fidèles, ont fondé leur cabinet d’avocats. Mike était prêtre il y a 20 ans et c’est justement un prêtre, le père Ramon, qui leur demande de le défendre aujourd’hui.
Il est accusé d’avoir assassiné Maria Conception chez qui des témoins l’ont vu entrer. La victime était l’avocate d’une prostituée violée par un prêtre, elle dérangeait donc beaucoup l’archidiocèse qui envoie ses propres avocats défendre Ramon parce qu’un prêtre violeur et un autre tueur, ça fait désordre.
Le père Ramon est en mauvaise posture, l’autopsie dévoile que Maria Conception était enceinte et qu’elle l’était de lui.

L’archidiocèse envoie ses propres avocats qui s’acharnent à écarter Mike et Rosie parce qu’ils ont pour mission de défendre les intérêts de l’archevêque, bien moins ceux de Ramon qu’ils lâcheront si le vent tourne.
Comment nos avocats vont-il satisfaire à la double demande de Ramon, à savoir garder sa place de prêtre au sein de sa communauté et ne pas être écroué, voire exécuté ?
Mike et Rosie sont bien embêtés d’apprendre que l’accusé a a mis enceinte la victime. A ce stade, il est clair que c’est foutu pour la réintégration pleine et entière de l’accusé dans ses fonctions de prêtrise, reste à lui éviter la prison ou l’exécution.
A cette fin, Mike sollicite l’aide de son frère, ancien flic devenu détective privé, un acharné au travail qui connaît tout le monde.
Pour sauver le prêtre, leur seule issue est de prouver sans doute possible la présence d’un ou plusieurs autres suspects aux abords des lieux du crime et d’établir un motif pour que ce suspect veuille la mort de la victime.
C’est une partie du roman extrêmement longue, cette recherche s’apparente à du surplace, ce qui n’est guère passionnant. La balance retrouve néanmoins son équilibre grâce à l’humour subtil de l’auteur et grâce à la finale cohérente.
Ce thriller juridique est très agréable à lire mais ne restera pas ancré durablement dans ma mémoire.

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Harper, Jane – Canicule

Titre original : The Dry
Traduction ; Renaud Bombard
Editions Kero (Calmann Levy)

Aaron Falk, policier aux finances, revient dans son village natal pour les funérailles de Luke Hadler, son ami d’enfance, de sa femme et de leur fils.
Dans ce sud de l’Australie règne une sécheresse dévastatrice, une chaleur inquiétante, exaspérant la colère et la nervosité des villageois.
Si Falk accepte ce retour qu’il redoute puisque son père et lui-même en ont été chassés jadis, accusés d’avoir tué la jeune Ellie en la noyant, Ellie qu’Aaron aimait ; si donc Falk revient c’est parce que les parents de Luke le lui ont demandé et qu’il se considérait autrefois un peu comme leur fils.
Avec l’aide du policier local, Aaron devra répondre à deux questions : Qui a, jadis, tué Ellie  ? Luke s’est-il suicidé avec sa femme et son fils ou ont-ils été exécutés et par qui?

Remarquable de prime abord est non la description mais bien la sensation caniculaire que dégagent ces pages sur lesquelles actions et émotions se posent tandis que nos doigts poisseux peinent à les tourner, écrasés de chaleur.
D’actions pourtant il y en a fort peu, ce polar dévidant plutôt un long ruban dont chaque face explore une zone du temps, un ruban de pensées, de souvenirs, d’émotions et de révélations émergeant progressivement.
Par sa seule présence Aaron Falk ranime les vieux souvenirs enfouis, réveille les haines sous-jacentes ainsi que les culpabilités occultées, toutes choses bien déplaisantes aux yeux de ceux qui faisaient l’autruche. Aussi ce policier revenu au pays est-il vu comme un fâcheux, un fouineur susceptible de réveiller les braises dormantes et de raviver les inimitiés incendiaires.
Falk est pourtant et ce depuis son enfance, un homme de paix, réfléchi, jamais belliqueux face à la violence de certains habitants, courageux, à l’écoute des autres, prêt à reconnaître le seul mensonge qu’il fit autrefois sous la pression de Luke et sous le coup de l’urgence.
Ce sont les dialogues et le lent dévoilement des raisons obscures qui viendront à bout de cette double enquête et ce pour le plus grand bonheur de ceux qui, comme moi, adorent les polars psychologiques.

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Vix, Elisa – L’hexamètre de Quintilien

Editions du Rouergue

L’hexamètre de Quintilien (communément appelé QQOQCCP qui, quoi, où, quand, comment, combien, pourquoi) est donc un hexa (6) qui se compose de 7 questions issues de la rhétorique antique et particulièrement adaptées aux enquêtes.

Lucie est une pigiste qui survit grâce à de maigres publications. Elle loge au dernier étage d’un immeuble et, regardant dehors, voit la police retirer un bébé sans vie d’un sac poubelle.
Elle descend précipitamment et s’effare car le visage du petit mort a été défoncé.
La commissaire Beethoven, flique mal fagotée mais respectée, lui apprend qu’il s’agit de Yanis, l’enfant de Leila que Lucie dépanne en gardant sa petite Sarah et Yanis quand leur mère travaille tard.
La commissaire soupçonne tous les résidents : Pierre, médecin de nuit et son fils Kévin, un ado fan de jeux vidéo violents qui, lui aussi, garde parfois les enfants de Leila et, au premier étage, Marco le riche bellâtre qui change de femme comme de chemise.


On apprend assez vite que Leila, après une période d’hébétude douloureuse, s’est dénoncée ; elle a tué Yanis en frappant encore et encore son petit visage avec un marteau.
Telle est, dit l’article de Lucie, la tragique et terrifiante issue d’une vie éreintante aux horaires indécents, aux salaires ridicules, avec deux enfants à charge dont le petit Yanis qu’il faut bercer des nuits entières pour apaiser ses cris qui déplaisent au propriétaire.
Lucie est le personnage central de ce roman, elle sympathise avec chacun des occupants, est amoureuse de Marco et apprécie la commissaire Beethoven, femme pleine de coeur et d’humour sous des dehors rudes et peu engageants.
Quoique peu reconnue, Lucie est une journaliste de talent, elle rédige des articles sans parti pris ni jugements, elle tente plutôt d’ouvrir les perspectives et d’amener son public à réfléchir.
Cet immeuble rassemble de nombreuses problématiques actuelles telles que la pénibilité d’être une mère célibataire sans diplôme, la gestion des émotions adolescentes par leur rejet déplacé sur les proches, la richesse prise pour de l’héroïsme, le jugement de valeur fondé sur l’apparence etc.
Quant à la fin, saisissante, admirable, épouvantable, logique, elle est un aboutissement aussi brutal que parfait à ce roman noir facile à lire mais d’une humanité folle.

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Thilliez, Frank – L’autre moi

Fleuve éditions.

« Sybille est psychiatre et un collègue lui demande son avis sur une patiente qu’elle ne peut regarder sans quoi le Veilleur tapi dans les pupilles de la patiente l’aspirera dans Longepin, le labyrinthe ». Tel est un des cauchemars qui réveillent Sybille chaque nuit depuis ce terrible accident qui lui a arraché le visage et a emporté Tom, son petit garçon.
Par la suite, son amnésie, sa dépression et son somnambulisme autodestructeur conduisent son compagnon Erwann, docteur en neurosciences à accepter un prestigieux emploi dans le centre de recherche de Longepin, classé secret défense, où Sybille pourra être soignée.
Ailleurs les policiers Vic et Vadim enquêtent sur la mort et la mutilation d’une jeune femme dont on a prélevé les yeux et fracassé le visage, un visage qui jadis avait été reconstitué.

Le labyrinthe de Longepin, annoncé dès le premier cauchemar de Sybille, est un lieu de mystères protégés de l’extérieur par une bonne couche d’humanitarisme puisque des toutes nouvelles prothèses y sont conçues pour rendre leur mobilité aux grands blessés de guerre.
Des mystères cachés de l’intérieur par une surveillance étroite où que Sybille se rende et par un couvre-feu strict dès 21 heures.
Longepin est bien un labyrinthe au bout duquel la jeune femme pressent que résident sa mémoire perdue et la levée de sa dépression.
Si au début Sybille se réjouit que sa thérapeute lui administre de quoi dormir comme une masse sans aucun cauchemar, bien vite elle se sent privée de sa seule entrée dans la vérité sur ce lieu de mystères effrayants, une vérité que ses cauchemars divulguent symboliquement et que seul son courage permettra d’atteindre.
Mais quelle vérité effroyable !!
J’ai suivi cette intrigue palpitante et magnifiquement construite en me rongeant les ongles, j’ai vibré, craint, souffert et connu la terreur à l’unisson de Sybille, la narratrice, j’ai admiré cette femme courageuse qui a préféré les cauchemars à l’inconscience et le danger à l’ignorance.

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Expert, Jacques – L’ascenseur

Editions Calmann Levy Noir.

Victor est un gamin de 6 ans, ses parents sont divorcés et quand il rentre chez sa mère, il aime monter seul dans l’ascenseur et s’arrêter à chaque étage avant de rejoindre celui de sa mère, mais aujourd’hui elle l’attend en vain, Victor s’est perdu entre le rez-de-chaussée où son père l’a déposé et l’étage de sa mère.
Qu’est-il advenu à l’enfant ? C’est ce que Jeanne la commissaire et son amie le capitaine Pauline vont tenter de découvrir, avec d’autant plus d’acharnement de la part de la commissaire qu’elle a perdu son fils de 6 ans, fauché par un bolide qui a pris la fuite.

Si vous l’avez lu et aimé ne lisez pas ma critique, si vous ne l’avez pas lu et pensez le lire, ne lisez pas la suite.
Les habitants des différents étages vont être successivement soupçonnés, mis sur écoute, saisis en garde à vue, leur serrure crochetée au besoin, leur appartement fouillé, tout cela sans autre élément de preuve que des rumeurs, des opinions, des suppositions et tout cela avec l’accord aveugle et béat d’un juge dont on se demande s’il a acquis quelques notions juridiques.
Et pour faire bonne mesure, Jeanne dispose d’une équipe illimitée, chacun des habitants étant suivi jour et nuit. Des fouilles inutiles sont entreprises des jours entiers parce qu’un des habitants est entré dans une zone blanche dépourvue de réseau mobile.
Mieux même, il arrive que la commissaire glisse à l’oreille d’un journaliste quelques rumeurs sur un suspect sur lequel elle s’acharne on ne sait pourquoi, indifférente aux conséquences dramatiques de cette diffusion.
La fin est surprenante, particulièrement choquante, elle emporte toute la violence du livre et entraîne un puissant lancer du livre par la fenêtre.

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Hinckel, Florence – Toutes les filles en jaune.

Sur une place, un homme siffle une passante habillée en jaune. Elle poursuit sa route mais il la suit en émettant des bruits obscènes. Enervée, elle se retourne et l’injurie, en retour il la gifle brutalement. Cette anecdote va bouleverser plusieurs vies.
Virginie, une enseignante âgée, a filmé la scène depuis son balcon,
Adèle, la femme giflée, espère devenir écrivaine. Comme son manuscrit est refusé, elle reçoit cette rebuffade comme une seconde gifle.
Myriam, 12 ans, entend la gifle qui retentit en elle comme un ébranlement de son être..
Quant à Joaquim un étudiant, il a vu la dame filmer depuis son balcon mais, pressé, il poursuit sa route.

Encouragée par un ami qui veut donner de la visibilité à ce que les femmes subissent au quotidien, Virginie publie la vidéo. Cette dernière déclenche immédiatement une avalanche de commentaires qui vont rapidement pourrir la vie tant de celle qui a filmé cette scène que de celle qui l’a soufferte. Comme par hasard, l’agresseur ne sera jamais malmené ni désigné comme fautif, une attitude assez typique d’un cynisme qui pratique l’inversion des rôles comme celle des valeurs.
Toute vidéo, tout texte et image détient un potentiel de mort. Du moins dans le contexte actuel de violence et de haine qui fait feu de tout bois.
Virginie atterrée, cherche dans son passé et son histoire ce qui aurait pu alimenter le désir de révéler ce qu’elle a filmé.
Pour Adèle, le monde s’écroule, la gifle reçue est à présent démultipliée, la honte l’envahit ainsi que la peur d’être reconnue et agressée.
Le son de la gifle a ravivé le pire souvenir de la petite Myriam qui n’a jamais su comment s’affirmer.
Quant à Joachim, mal à l’aise dans sa relation aux filles, c’est d’un réveil salvateur qu’il sortira de cette scène et de ses retombées.
Ce roman où présent et passé se font écho, où dans l’espace-temps d’un clin d’oeil l’essence d’une vie se révèle, est destiné aux adolescents mais peut être lu également par les jeunes et même les vieux adultes.

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Chattam, Maxime – 8,2 secondes

Constance est scénariste, elle pleure toujours son époux Tom ainsi que son fils, décédés dans un accident il y a un an.
A cette occasion, elle se retire dans leur chalet éloigné de tout, sauf d’un vieux voisin, afin de décider s’il lui reste encore une raison de vivre ou non.
Des phénomènes étranges liés au passé de sa famille viennent l’ébranler et piquer sa curiosité. Elle entreprend de fouiller au plus profond de ce chalet bâti par ses ancêtres.
May est policière, elle est sur la piste d’un Grand Méchant Loup ainsi nommé car il mord les femmes qu’il tue préalablement. Sur le trajet de son enquête, elle rencontre Jack avec lequel une idylle se noue.
Très vite, un fil rouge traverse les vies de Constance et de May, sans que l’on sache quelle en est la nature.

Si May s’acharne à résoudre l’affaire du tueur en série, c’est avant tout parce qu’elle désire sortir de son commissariat et intégrer l’unité d’élite chargée de traquer les grands criminels.
Est-il possible de concilier un tel désir avec la passion qu’elle vit avec Jack?
Mais faut-il vraiment (May) choisir entre carrière et amour ? Faut-il vraiment (Constance) choisir entre vie et mort ?
Pour éloigner la mort, Constance devient enquêtrice de son passé en même temps qu’elle élabore un scénario pour un prochain film, ou un livre, mais rien ne vient, sinon au cours de ses nuits tourmentées durant lesquelles les mots surgissent pour s’écrire malgré elle, et former une histoire.
Avec un délicatesse et une bienveillance qui m’ont beaucoup touchée, l’auteur met en résonance la vie de ces deux héroïnes. Des mots, des images, des signes renvoient d’une histoire à l’autre, se répercutent d’une femme à l’autre selon un procédé de réverbérations où se trame la vérité.
Maxime Chattam nous révèle que la fiction n’a pas d’intérêt en elle-même, sa valeur est toute entière contenue dans sa capacité à entrer en résonance avec une vérité enfouie.
J’ai adoré.

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Bletin, Nicolas – Ce que hurle la mémoire.

Olympe Littera éditions

Une lecture inspirée par Camille.
Un grand merci à Olympe Littera éditions ainsi qu’à Nicolas Bletin pour ce service de presse.

Thomas entre comme jeune infirmier en EHPAD. Il aspire à prodiguer des soins humains aux personnes âgées mais les sous-effectifs et le matériel défectueux l’obligent à une course effrénée d’une chambre à l’autre..
Il est touché par madame Dubois, une résidente atteinte de la maladie d’Alzheimer et perdue dans un brouillard d’où n’émergent que l’urgence de sauver son enfant et la culpabilité de ne pas y parvenir.
Mis sur une voie de garage par une hiérarchie malveillante, Thomas démissionne et travaille à présent dans un foyer pour adolescents placés par le juge. Il veille discrètement sur Emma, car il devine, au coeur de son repli sur soi et de ses terreurs nocturnes, qu’elle est une survivante.

Thomas est un homme pleinement engagé et dont l’idéal humaniste n’est en rien ébranlé par la pression directoriale ni par l’usure d’un travail dans les pires conditions.
Si Thomas démissionne c’est uniquement parce qu’il est accusé à tort par une direction qui n’aime pas le voir mettre l’humain avant le rentable ni le voir rechigner à utiliser la grille GIR classant les résidents selon leur degré de dépendance, les personnes autonomes recevant des secours et des soins plus rapides et complets que les autres.
Certes, Thomas est le lien entre l’ EHPAD, le centre pour patients Alzheimer et le foyer pour jeunes retirés à leurs familles, mais il existe également un fil rouge qui part de Madame Dubois rongée par le remords, frôle sa fille Anne qui n’a de temps pour personne et rejoint Emma, traversée de cauchemars terrifiants culminant dans le nom « Chipie » auquel elle ne peut rien opposer sinon une terreur absolue à laquelle s’ajoute l’humiliation d’une panique que les autres ne comprennent pas et la honte d’être soi.
Ces souffrances prennent forme d’histoire grâce au regard attentif et pénétrant de Thomas.
Nous sommes ici dans un roman d’une grande noirceur émotionnelle et fort bien écrit, son seul défaut étant de ne nous accorder aucun répit dans la douleur et l’angoisse, aucun temps de respiration, de ces moments plus légers où le soleil luit et un enfant rit.


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Dillard, François-Xavier – La ferme

Editions Récamier


Elisabeth se meurt d’un cancer, elle confesse avoir, en tant qu’infirmière, substitué un nouveau-né orphelin à un nourrisson décédé.
20 ans plus tard. Axelle, une universitaire brillante dans tous les domaines, aspire à devenir astronaute.
Au Bangladesh un employée doit regarder en continu toutes les vidéos de France pour détecter celles où Axelle figure.
Un jour, les parents d’Axelle l’appellent en urgence, elle se précipite et les découvre tous deux égorgés. Elle signale ces crimes à la police qui veut aussitôt la menotter (!!). Par chance elle parvient à s’enfuir avec son amie et l’amant de celle-ci. Une fuite qui aboutit finalement à la ferme où des jeunes robotisés et soumis à une discipline de fer sont configurés pour résister aux changements climatiques.

Les vingt années d’écart entre les vies d’Elisabeth et d’Axelle se croisent et se coupent selon une alternance d’interrogations et de révélations habilement construite.
C’est d’abord un grand chercheur en génétique, dont les deux petites ont succombé à ‘une maladie mystérieuse, qui veut programmer des embryons capables de survivre aux maladies et aux catastrophes climatiques, ce qui me semble délirant car quel homme, aussi eugénisé et augmenté soit-il, peut résister aux incendies, tornades ou inondations comme on en connaît  actuellement (à moins de nous transformer en tardigrades).
Il semble d’ailleurs que tel ne soit pas le véritable but de la ferme, sinon pourquoi un tel régime dictatorial digne des pires formations militaires où aucun loisir n’est toléré, où les sanctions pour non réussites aux épreuves sont teintées de sadisme ? Cela fait davantage penser à la quête de la perfection, du surhomme, à une sorte d’armée d’êtres dressés pour obéir aveuglément qu’à une tentative salvatrice envers l’espèce humaine.
Dans ce thriller, ça court et se poursuit, ça explose et ça saigne beaucoup au détriment de la psychologie des personnages, assez rudimentaire.
C’est d’autant plus dommage que le début était palpitant et que les scènes où des enfants se battent en vain contre les éléments en furie, sont particulièrement bouleversantes.
Une lecture mitigée en ce qui me concerne mais nombreux sont ceux qui ont adoré ce roman.

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Denzil, Sarah A. – Les mensonges de ma fille

Titre original : Only Daughter
Traduction : Amélie Brizio
Auto-édité

Katie est née dans la plus extrême misère auprès d’une mère alcoolique, cruelle et méchante. Fille bagarreuse et violente, elle est décrétée sociopathe, après s’être acharnée sur un jeune qui en décède et avoir causé le départ en urgence d’Annie, sa seule amie qu’elle ne reverra plus.
Plus tard, Katie rencontre Charles, un homme riche et doux qui l’épouse. Le couple s’installe dans une somptueuse demeure, ils ont une fille, Grace qui à 17 ans, disparaît pour réapparaître, morte, dans la fosse aux suicidés. La police conclut au suicide, Grace ayant laissé un mot d’adieu, mais Kat constate que, si c’est bien l’ écriture de sa fille ce ce n’est pas là son langage. Elle décide donc de mener sa propre enquête.

Dans sa jeunesse, Katie – elle sera Katie jusqu’à sa rencontre avec Charles à partie de quoi, reniant son passé, elle prend le nom de Kat – a été déclarée sociopathe, un diagnostic fondé sur son manque d’empathie envers les autres, sa solitude voulue et une agressivité sans limites.
Persuadée de posséder un potentiel dangereux et craignant de nuire à sa fille Kat s’engage dans une thérapie avec Angela, une psychothérapeute recommandée par une amie. Elle met tout en oeuvre pour devenir la meilleure mère possible, mais les mots de sa génitrice qu’elle voit de temps à autre, ravivent sa certitude d’avoir été une mère certes inconsciemment, selon sa psychothérapeute, mais néanmoins néfaste à Grace.
Au cours de cette enquête dans laquelle Kat se sent bien seule puisque Charles, son époux, s’effondre dans le deuil pour ensuite s’engloutir dans le travail, Kat apprend avec stupéfaction que sa fille était enceinte. Par la suite, elle exhume des vidéos où une tout autre Grace apparaît, ce n’est plus sa fille gentille et compatissante, mais une jeune femme cruelle et méprisante. Kat s’en veut, soit sa sociopathie s’est transmise à son enfant, soit elle n’a pas été à la hauteur, elle qui devait parfois se forcer à être présente pour Grace alors qu’elle aurait préféré s’isoler.
Et qui est le père de ce petit être de deux mois ? Grande est la décepton de Kat qui pensait être proche de sa fille et au final en savait si peu sur elle.
Ce thriller psychologique pose la question de de l’influence entre mère et fille, celle qui est voulue et celle qui s’exerce involontairement entre elles.
L’auteure repense autrement ce fossé entre le pardon libérateur et l’enfermement revanchard, de part et d’autre de la culpabilité.
Décidément j’aime beaucoup l’oeuvre de Sarah A.Denzil.

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Le Mer, Françoise – Les brûlures de la baie

Editions Palémon.

Bretagne.Un groupe d’incels est convié à se réunir en se protégeant derrière un pseudo. Après s’être échauffés en invectivant la gent féminine, Kill, leur animateur, attribue à chacun d’eux une jeune femme indépendante afin qu’il la défigure avec un jet de vitriol.
Le commissaire Le Gwen assisté de l’inspecteur Le Fur et de la très dégourdie inspectrice Geoffroy se met en branle dès la première victime, en effet un tampon contenant un I a été apposé dans le creux poplité de la femme et des tracts haineux ont été dispersés, deux signes augurant d’une suite, voire d’une série.
Alice est une jeune étudiante douée que son professeur de littérature médiévale séduit et épouse, mais l’homme est un pervers narcissique, et la vie d’Alice devient un enfer.

Le Gwen est un commissaire intelligent, équilibré et d’une grande humanité, il a rassemblé une équipe soudée et efficace, ce qui déjà attire mon attention et ma sympathie.
L’intrigue se préoccupe du sort des femmes qui, alors même que leurs conditions sociales et légales s’améliorent, font, par un effet de boomerang, l’objet d’une violence sans précédents de la part de certains hommes.
A l’instar des inquisiteurs qui n’ont pas supporté la théorie de l’héliocentrisme et donc ont condamné et emprisonné Galilée, certains hommes s’enragent actuellement de ce qu’ils perçoivent comme un féminocentrisme, en vertu de quoi ils estiment pouvoir condamner et emprisonner celles qui osent les priver de leur position centrale et dominante.
Ces violences dégradantes sont ici particulièrement élaborées puisque l’auteure nous propose le portrait d’un pervers narcissique comme il semble en pulluler depuis quelques décennies, ainsi qu’un mouvement d’incels d’une cruauté semblable à celle que la frustration d’un gamin colérique peut susciter.
L’intrigue est bien construite, la plume excellente et la conduite de l’enquête se fait sans précipitation mais avec rigueur, une porte s’ouvrant après l’autre, avec juste le coup de pouce de la chance qui après tant de recherches, déverrouille la dernière porte.

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Beaussault, Mathilde – Les saules

Editions du Seuil

Marie, dix-sept ans, est allongée sous les saules bordant la rivière, mais en regardant plus près, les marques sur son cou racontent une histoire d’assassinat. Qui dans ce village de ruraux, s’en est pris à la jeune fille du pharmacien et de sa riche et discrète épouse ?
Seule Marguerite, une petite fille solitaire que tous pensent simple d’esprit, a vu quelque chose. Livrée à elle-même, sale et dépenaillée, moquée, elle ne reçoit guère d’affection de ses parents, éreintés par le travail de la terre et mal à l’aise pour exprimer leur affection.
Marguerite voudrait bien aider Marie, la seule qui était gentille avec elle. Mais voilà, Marguerite a peu de mots, elle écoute et observe de loin, cachée afin de ne pas être rabrouée.

Les gendarmes auront fort à faire, car chacun des habitants interrogé se répand en clameurs d’innocence, fuit les questions indiscrètes des flics et détourne leur attention en désignant d’autres personnes à interroger : les voisins retors ou mieux encore, les riches habitants c’est-à-dire les parents de Marie avec ce pharmacien qui se permet d’appeler la police quand l’un des habitants déverse des polluants dans la rivière.
Ce qui m’a étonnée dans ce roman est que l’auteure attribue à ces ruraux des pensées et des paroles faites de préjugés simplistes et d’idées toutes faites, ce qui est, bien évidemment une vision parfaitement cliché d’un village reculé et de ses habitants qui seraient forcément obtus, mal dégrossis et incultes.
Ce qui, à mes yeux, sauve ce roman, c’est Marguerite trop souvent rabrouée par des parents épuisés, la mère n’a même pas le temps de lui démêler les cheveux et de la laver, Marguerite dont les enfants se moquent à l’école et parfois l’agressent, Marguerite qui accepte tout sans se plaindre ni réclamer et qui se baigne dans le bonheur quand sa mère lui donne une si rare caresse, Marguerite que seul Victor, l’enfant turbulent et rejeté par ses parents, recherche dès qu’il rentre de pension, et qu’il veut épouser.
L’écriture possède une tonalité très personnelle, avec de nombreux raccourcis et des formules étonnantes qui lui confère une expressivité puissante et une poésie proche de la nature et des gens.

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Boccou, Jean-Christophe – Une main vers le ciel

Editions La manufacture des livres

1975. Khieu Saran a 17 ans quand le régime du Pol Pot déporte la population vers des camps de travail. Khieu aboutit dans un camp dirigé par Vorn, un tortionnaire particulièrement vicieux.
Acharné contre Khieu, Vorn l’oblige à devenir un bourreau s’il veut rester en vie.
En 1979 le régime des khmers rouges tombe et des décennies plus tard, on retrouve Khieu en tant que juge d’instruction à la cour pénale chargée d’enquêter et de juger les anciens criminels khmers rouges.
Lorsque Khieu apprend que Vorn s’est réfugié en France, il s’y rend avec sa fille adoptive, Sokha. Mais un différend les oppose : alors que Sokha veut la vengeance, Khieu revendique la justice.


Malheureusement faire justice est une entreprise trop souvent vouée à l’échec face à des tribunaux dont certains juges sont d’anciens khmers rouges, face surtout au nouveau gouvernement qui a mis à sa tête Han Sunn qui fut un redoutable khmer rouge en son temps.
Si Khieu s’est battu pour réussir des études de droit et constituer un tribunal spécial dédié aux criminels de guerre et aux crimes contre l’humanité commis au Cambodge, c’est en finale dans le but de traduire Vorn devant la justice. Par ailleurs si Sokha s’est formée au tir d’élite et enrôlée dans une Triade mafieuse c’est en finale pour pouvoir se venger des violeurs qui l’ont séquestrée et torturée dans sa jeunesse.
Ce roman ne manque pas d’intérêt puisqu’il attire l’attention sur le génocide du peuple cambodgien, néanmoins le personnage de Khieu, figure centrale du roman, reste un être de papier parce que réduit à des actes et des émotions primaires de peur et de colère. Même envers sa fille adoptive pourtant démonstrative, il demeure distant, comme si son esprit dérivait constamment vers l’image de Vorn.
Pire même, Khieu ne ressent ni culpabilité pour avoir été lui-même un bourreau ni scrupules à juger ceux qui, peut-être, ont aussi choisi d’assassiner plutôt que de mourir.
La dernière partie de ce livre est malheureusement tirée en longueur et peu intéressante même si elle se conclut sur une belle révérence.


Lisez également l’avis plus complet, plus instruit et sorti de la plume auteurisée de Céline C.

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Turow, Scott – Représailles

Titre original : Testimony
Traduction : Philippe Bonnet
Editions JC Lattès

Avocat pour une clientèle en col blanc, puis procureur aux E.U, il démissionne et entre, grâce à un ami, comme juge à la Cour Pénale Internationale (CPI) de La Haye.
Son nom est Bill Ten Boom et sa mission consiste à vérifier la véracité d’un témoin qui, dix ans plus tôt, a assisté en Bosnie à l’enlèvement forcé de 400 roms emmenés de force dans une grotte que des hommes vêtus en soldats ont fait exploser. Qui a commis ce crime? Le serbe Kajevic, criminel de guerre insaisissable? Les Tchetniks, paramilitaires serbes ? Les américains dont une base se situait non loin? Mais les américains font obstacle à l’enquête de la CPI, ne reconnaissant que leurs tribunaux pour juger leurs ressortissants.
Boom devra vérifier les dires du témoin représenté par l’avocate Esma Czarni, elle-même rom.


Ce roman est passionnant à plusieurs égards. L’ enquête confiée au juge Ten Boom s’avère compliquée, délicate et parfois dangereuse, elle oblige le juge à se rendre des Pays-Bas aux États-Unis, puis en Bosnie et cela à plusieurs reprises. Bill est une homme d’une intégrité et d’un courage admirables face à l’adversité, une adversité tant professionnelle que personnelle.
De nombreux personnages gravitent autour de lui notamment Esma Czarni, l’avocate qui a introduit l’enquête en soutenant le témoin du massacre des roms. Elle possède une forte personnalité ainsi qu’un pouvoir de séduction manifeste.
Ensuite Attila la guide insaisissable de Bill en Bosnie, capable de lui procurer n’importe quel engin ou service dont elle dispose à travers le monde.
Enfin le général américain en poste à l’époque, partagé entre sa loyauté envers son pays qui l’astreint à ne rien dire et le désir d’aider Bill dans sa quête de vérité.
Outre ces personnages aux multiples nuances et qui nous laissent une forte empreinte, Scott Turow a développé une histoire qui s’insère parfaitement dans l’Histoire afin de nous intéresser sans lourdeur à un pan des tensions résiduelles entre communautés de l’ex-Yougoslavie, mais aussi aux responsabilités du CPI qui ne dispose que de pouvoirs limités pour mener ses enquêtes, et quand il y condamne un homme pour crimes de guerre, ce dernier est quasi toujours caché et protégé par une escouade de partisans.
Un roman passionnant, enrichissant, intelligent mais aussi psychologiquement subtil et fort bien écrit.

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Miller, Suzie – Les preuves

Titre original : Prima Facie
Traduction, : Sophie Guyon
Editions de l’Archipel


Issue d’un milieu pauvre, Tessa, ambitieuse et intelligente, gagne une bourse qui lui permet d’entrer en faculté de droit à Cambridge, la plus prestigieuse du Royaume Uni où elle réussit plus que brillamment.
Admise au sein d’un cabinet d’avocats, elle s’y épanouit, se fait même une réputation dans la défense des hommes suspectés de viol.
Convaincue de son rôle essentiel, Tessa défend au mieux ses clients et parvient fréquemment à mettre en doute le témoignage des victimes en pointant des incohérences dans leur discours.
Selon sa conception de la justice, chacun des avocats en présence construit la meilleure histoire apte à disculper son client, après quoi ils peuvent se laver les mains, ce sont les jury et juges qui doivent rendre leur verdict. Ce verdict est la justice juridique, la seule possible en un tel lieu.
Jusqu’au jour où elle est violée, et pas par n’importe qui. Avec peur mais confiante, Tessa porte plainte.

La théorie de la justice que prône la pénaliste implique que les avocats des deux parties soient de qualité et de compétence équivalentes, ce que Tessa sait n’être pas le cas puisque son frère en a fait les frais avec son défenseur incapable.
Quand on demande à Tessa comment elle peut défendre des violeurs et des criminels, elle répond que cela revient à avoir déjà jugé son client avant le procès et que son rôle est justement de partir sur une saine ignorance afin que la justice puisse être rendue par d’autres qu’elle-même.
Le verdict, on l’a compris, n’est pas une affaire de vérité, il est la récompense attribuée à l’avocat qui aura le mieux plaidé en lui faisant gagner le procès.
Quand Tessa se retrouve de l’autre côté, elle part au combat avec sa foi et son idéalisme. Néanmoins les examens médicaux, les interrogatoires intimes, la mise en doute de chacune de ses déclarations, les tentatives de déstabilisation de l’avocat de la partie adverse (miroir de sa position d’avant) lui dessillent les yeux jadis bandés comme ceux de la Justice.
Ce n’est pas un grand livre littérairement parlant, mais il éclaire sur le métier d’avocat, les failles du système judiciaire et le combat incessant pour qu’il s’adapte à un monde en perpétuel changement.

C’est à Laure que je dois d’avoir découvert ce roman. Merci à toi

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Giebel, Karine – J’aime votre peur

Editions Recamier/pocket


Dans ce recueil de 14 nouvelles, l’auteure met en scène la peur et la douleur dans différentes situations propres à nos sociétés. Elle extrait l’essence de ces émotions pour mieux empoigner ses personnages et nous-mêmes.
Face à ce qui effraye, blesse ou piège, chaque personnage réagit différemment, parmi ces réactions se rencontrent la sidération, la culpabilité, la fuite, l’amour ou encore le courage .
Et l’intensité de cette peur/douleur change selon que les personnages ont peur pour eux- mêmes ou pour un ou des autres.

Ceux qui sont à l’origine de la peur agissent ainsi pour éprouver un sentiment de puissance, parce qu’ils sont dominés par la colère, pour satisfaire un besoin de vengeance, pour préserver leur soi-disant honneur d’ego, pour s’approprier le bien de l’autre…
Tous sèment la terreur parce qu’ils sont sous l’emprise d’un instinct qu’ils sont bien incapables de dompter, alors que, comme disait Camus « Un homme, ça s’empêche ».

L’auteure manie à merveille l’art de nous entraîner dans de puissantes émotions, positives ou négatives, de peur surtout, de douleur, d’indignation, ou même dans certaines de ces nouvelles, d’une tendresse qui nous prend à la gorge.
Je trouve Karine Giebel plus fine et délicate dans ses nouvelles que dans ses romans, les personnages y sont plus contrastés, tandis que la forme ramassée de la nouvelle ne procure pas ce sentiment de sursaturation souvent éprouvé à la lecture de ses romans.

Merci infiniment Christine pour l’envoi si généreux de ce recueil qui m’a fait frémir et m’a enchantée.

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McConaghy , Charlotte – Les fantômes de Shearwater

Titre original : Wild Dark Shore
Traduction : Marie Chabin
Editions Gaïa/Aares Sud


C’est le superbe article de Lilou qui m’a permis de découvrir cette merveille. Merci à toi !

L’île de Shearwater est une surprenante réserve pour les manchots royaux, les colonies d’otaries, d’éléphants de mer et de phoques, de plus c’est le lieu où toutes les espèces de graines venues du monde entier sont triées et conservées dans des coffres en surgélation.
Le phare au Nord de l’île abrite Dom le père et ses trois enfants, Raff, Fen et Orly.
Un matin, Fen trouve une femme fracassée sur les rochers, à peine vivante. Soignée par Dom et veillée par Orly, Rowan s’est échouée en tentant de rejoindre son époux, un des nombreux scientifiques travaillant dans l’île, mais tous sont partis. Pourtant il a appelé sa femme à l’aide ?

Les vents féroces et la montée des eaux galopante saccagent et grignotent peu à peu l’île. Elle doit être évacuée et faute des scientifiques, les quatre derniers résidents doivent rassembler les seules graines comestibles au détriment de la splendeur et de l’inventivité végétale inouïe. En effet, la place et l’argent manquent dans le nouvel entrepôt, mais quel crève coeur que cette sélection !
Dom le père endeuillé de sa femme est sans cesse inquiet pour ses enfants fragiles malgré leurs compétences. Raff, l’aîné, pleure son amour perdu et défoule sa colère sur un sac de boxe  Fen l’adolescente vit parmi les animaux marins et veut nager comme eux, Orly, hypersensible et surdoué, est le coeur de sa famille, lui pour la vie duquel sa mère a choisi de mourir.
Une ambiance de menace et de danger court à travers les pages de ce roman, Rowan s’attache ses hôtes, mais elle perçoit leurs réticences, leurs mensonges et en conçoit davantage d’angoisse.
Une fois remise de ses plaies, elle est déterminée à trouver la vérité.
Quelle écriture mes aïeux ! Elle magnifie la nature et chacun des êtres peuplant cette île, elle leur prête une vie unique, exceptionnelle et embrasse chacun des personnages en souffrance dans les replis de sa tendresse et de sa ferveur.
Et cette fin qu’on lit la gorge nouée est absolument sublime.

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Boyne, John – Les éléments

Titre original : The Elements
Traduction : Sophie Aslanides
Editions Lattès

Après un deuil qui l’a brisée et l’incarcération de son mari, choquée et fracassée, Vanessa se retire sur une île austère où la vie dénuée de tout confort et les relations sans fards l’apaisent peu à peu.
Evan, joueur de foot en plein essor participe à un acte criminel et, sans aucune compassion pour la victime, apporte un faux témoignage devant le tribunal.
Freya, une chirurgienne reconnue pour son travail auprès des grands brûlés, éprouve l’irrépressible besoin d’inlassablement punir ceux qui ressemblent à ses bourreaux de son enfance.
Un père, marqué jadis par sa rencontre avec Freya, s’envole avec son fils auprès de Rebecca, la fille de Vanessa et la mère de l’adolescent. C’est sur l’île où Vanessa trouva jadis l’apaisement qu’eux aussi pourront pardonner au passé.


L’abus sexuel sous différentes formes et ses conséquences dévastatrices sur les criminels, leur famille et leurs victimes constitue le thème fondateur de ce roman empreint de douleurs, de laideurs, de grandeur et de compassion.
Depuis l’absence totale de remords et le négationnisme de certains abuseurs qui parviennent à se convaincre de leur innocence avec une mauvaise foi écoeurante, en passant par un repentir longtemps différé, si longtemps que même la réparation du mal infligé n’en pourra venir à bout, pour dériver vers la culpabilité accablante qui pèse sur les proches du criminel, aveuglés qu’ils ont été par un amour incompatible avec une horreur pareille. Cette faute là, cette sorte de complicité avec le crime ressentie à tort mais néanmoins présente, ne pourra être apaisée que si elle s’accorde un pardon fondé sur la tristesse et la compassion.
Semblablement la victime d’abus sexuel ressent presque toujours une honte et une culpabilité injustifiées et paralysantes tant qu’elles ne se dissolvent pas par et dans la bonté envers elles-mêmes et les autres.
Tout au long de cette lecture, on est pris dans l’émotion tout en n’oubliant pas la beauté du texte ni la profondeur du propos. Un grand roman, de ceux qui nous humanisent et nous grandissent, un livre que je recommande fortement.

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White, Loreth Ann – La femme de l’ombre

Titre original : In the Dark
Traduction : Maud Cordier
Editions Dark Alley

Kit Darling est employée par une agence pour nettoyer les demeures d’un quartier riche. Mais Kit a un défaut, elle est fouineuse. Son ami lui signale que c’est dangereux mais sa fouillomanie est plus forte qu’elle.
Son agence l’envoie laver la maison du couple formé par Daisy et Jon, un champion olympique de ski. Kit réalise qu’elle les a connus jadis et en garde un souvenir détestable.
Un jour, une vieille dame voit Kit entrer avec son matériel de nettoyage dans la maison d’en face, celle de Vanessa North et de son mari. Peu après elle entend des cris atroces et appelle la police.
L’inspectrice Mal(lory) arrive avec son collègue Benoit. La maison est barbouillée de sang et le couple North a disparu ainsi que Kit..


Comme elle entame son travail chez Daisy et Jon, la jeune femme se saisit devant les immenses portraits de Jon en skieur . Elle se souvient du champion et de Daisy, fille d’un homme richissime possédant et gérant de nombreuses stations de ski.
Tandis que Kit se débat avec les souvenirs de son passé et le gâchis de sa vie qui s’ensuivit, tandis qu’en dépit des alertes de son ami, elle fouille la maison de Jon et Daisy, l’inspectrice Mal assiste, impuissante et consternée, à la lente dégradation de son mari bien-aimé, Peter, atteint de la maladie d’Alzheimer. Après une période de colère et d’irritabilité, il est aujourd’hui calme mais son esprit vogue souvent ailleurs.
Son collègue Benoit, récemment devenu père d’un petit bébé, a jadis connu le pire au Congo. Au début, ce thriller a retenu mon attention par son côté énigmatique et c’est moitié devinant, moitié avançant dans l’histoire que le paysage s’est peu à peu éclairci.
A cela s’ajoutent une équipe fort attachante et des personnages chargés d’un passé, ou d’un avenir, lourd à porter. Une intrigue sans retournements à vous donner le vertige mais qu’on suit avec curiosité et plaisir.

Voir aussi l’avis paru récemment de Cindy
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Lu dans le cadre du Challenge un hiver polar d’Alexandra que je remercie pour sa fabuleuse organisation qui m’a permis de connaître d’autres blogs et pour son attention à chacun.

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Mercero, Antonio – La fin de l’homme

Traduction : Sophie Barthélemy
Editions l’Aube Noire

Carlos Luna va, pour la première fois, faire son apparition devant son équipe de policiers en tant que Sofia Luna, munie de sa nouvelle carte d’identité et d’une perruque blonde.
Un appel interrompt ses préparatifs ; Jon, le fils du célèbre écrivain Julio Senovilla, a été poignardé avec une dague médiévale. Or justement, l’écrivain est connu pour ses romans historiques principalement sur cette période.
Le commissaire Amedo appelle donc Carlos pour qu’il se presse de mettre la main sur le tueur avant que les médias ne se déchaînent.
Et quand c’est Sofia qui se présente finalement devant lui, Amedo est furieux et veut lui retirer l’affaire.

Carlos repousse donc son entrée en tant que femme, mais le jour où il le faut, sa déconvenue est immense : son chef, le commissaire Amedo, estime devoir lui retirer l’affaire, furieux de ce changement qu’il ne comprend pas, mais Sophia se rebelle et ce n’est qu’assortie de menaces qu’elle parvient à garder son poste. Elle se heurte également au rejet primesautier de sa collègue et compagne Laura, aux sarcasmes de certains collègues masculins et surtout, au choc de Dani, son fils de 17 ans, qui n’accepte pas vraiment cette métamorphose.
Les suspects s’accumulent autour de Jon et de son père, le premier ambigu et profiteur, le second un étonnant personnage, indifférent à tous et d’abord à la mort de son fils, ne vit que pour briller et utilise son début d’Alzheimer pour justifier certaines lacunes dans son récit devant la police.
Et les autres membres de la famille et de l’entourage de Julio et de Jon, ont bien des raisons de détester, de se venger ou de vouloir se débarrasser de ces deux êtres méprisants pour qui les autres ne sont que des instruments.
Ce qui domine cependant dans ce polar complexe et parfois mal construit , c’est la personnalité de Sofia, son trajet douloureux, son courage et sa détermination, sa déception devant les réticences de certains, de son fils surtout, déception qu’elle accepte pourtant au nom d’un amour qui croit en la maturation et le dépassement des préjugés.


Lu pour le challenge hiver polar prolongé par Alexandra je lis, je blogue

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Pulixi, Piergiogio – La librairie des chats noirs

Traduction : Anatole Pons-Reumaux
Editions Gallmeister


Il sonne chez vous, vous assomme, se faufile, ligote et bâillonne la maisonnée, puis vous demande de choisir entre votre conjoint et votre enfant, l’un d’eux sera abattu, les deux en l’absence de choix. Vous avez une minute top chrono. Plusieurs crimes sans liens quoique sur le même modèle forcent la police à donner sa langue aux chats, en l’occurrence à ceux de la librairie de polar tenue par Marzio, les bien nommés Poirot et Miss Marple.
Marzio et son club du mardi, quatre fervents lecteurs de polars, sont plus que ravis d’émettre des suggestions sur le criminel et ses motivations.
On remarque bien sûr que cette demande, irrecevable dans un thriller digne de ce nom, est propre à nous acheminer vers un cosy mystery.

La cruauté du choix que l’assassin impose réside non seulement dans l’impossibilité de ce choix, mais aussi dans l’obligation de devoir vivre avec cette culpabilité insupportable d’être celui qui a infligé la mort de celui ou celle qu’il a été contraint de choisir.
Marzio s’est lancé dans la vente des livres après avoir été renvoyé de l’enseignement pour acte de violence envers le père maltraitant d’un de ses élèves. Soupe au lait, très vite irrité, Marzio est un déplorable vendeur, heureusement sa joyeuse et dynamique assistante, Patricia, est là pour sauver la mise. Elle et Nunzia, la vieille dame qui institue le club de lecture du mardi et dont l’érudition attire les foules, et les ventes, jusqu’à son entrée en maison de repos pour cause d’oublis fréquents.
Ce roman passionnant allie les genres de façon subtile et met en valeur la complexité de nos émotions, de nos motivations et des interactions humaines, telles celles de Marzio, aussi irritable que bienveillant envers les plus fragiles, aussi sympathique que rébarbatif ou romantique.
Bien écrit, ce roman nous invite, en sus, à revoir nos classiques.
Un livre prenant, avec des scènes touchantes mais qui manque de profondeur. C’est normal pour un cosy mystery ? Oui sans doute, et pour un demi cosy mystery ?


Lu pour le dernier jour du Challenge hiver polar d’Alexandra du blog je lis je blogue

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Pitz, Clarence – Les enfants du serpent

Editions Phénix Noir.

2012. Congo. La misère et la violence règnent en maîtres. Des hommes issus de l’armée gouvernementale et de l’ONU entrent dans le village de Bumia pour assouvir leurs pires instincts et tuent ensuite les survivants afin que nul ne puisse témoigner contre eux.
Seules Gloria et sa fille Phoniah de 9 ans en réchappent et fuient jusqu’au dispensaire de Jonas le médecin qui répare les femmes mais les lésions de Phionah sont irrémédiables.
Comme les soldats traquent les deux rescapées, seules témoins de leurs crimes, Jonas les emmène dans un lieu secret .
2017, Bruxelles. L’inspecteur Karel Jacobs est appelé auprès d’un homme défiguré et énucléé. Karel reconnaît dans ces violences la patte des soldats décimant la région où vit son ami Jonas. Et cela au moment où un de ces soldats attend son procès à Bruxelles.

Gloria et Phoniah, survivent à leurs tortures mentales et physiques grâce à la force de leur amour, un de ces amours qui déplacent les montagnes.
Gloria est néanmoins poursuivie par la culpabilité de n’avoir pu protéger son enfant alors que c’était impossible ; le moindre geste de sa part aurait valu des rétorsions sur la petite Phoniah.
D’autre part on apprend que leur mari et père, Benjamin, s’est également soustrait au carnage, Il est animé par la rage de se venger et de retrouver sa femme et sa fille, mais c’est par le crime et la violence qu’il trace sa route vers elles.
« Même les pires ordures sont capables d’aimer » nous dit Clarence Pitz.
Sans doute mais qu’est devenu l’amour de celui qui a trahi, tué, volé  sans scrupules? Peut-il être le même qu’avant ces crimes ? Je ne le pense pas.
Il y a tant de façons de mal aimer.
Ce roman foisonnant nous plonge au coeur d’un pays que le colonialisme esclavagiste et prédateur a laissé déstructuré, voué à la loi du plus fort, là où aucune paix, aucune reconstruction ne tiennent.
Les plus vives émotions nous empoignent au cours de ces pages bouleversantes et d’autant plus fortes qu’on reconnaît en ce récit un miroir fidèle d’une réalité latente en chaque peuple .
Ces émotions vives s’accompagnent de réflexions qui nous hantent longtemps au sortir de cette lecture dure, importante, désespérante, bien que, cachée dans un repli de la tristesse, survive une faible lueur d’espoir..


Lu pour le Challenge hiver polar d’Alexandra dans son blog je lis, je blogue

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Gil, Philippe – Avant d’avoir tout oublié

Editions Nouvelles Plumes


Charlotte, 5 ans, joue dans le parc quand soudain son père, Jacques, ne la voit plus. Affolé il interroge les personnes présentes avant d’appeler la police.
Un vieil homme atteint d’Alzheimer, se promène dans le même parc quand soudain il se rend au commissariat où il répète en boucle « Elle est morte » sans s’expliquer davantage. Reconduit dans l’EHPAD d’où il s’était enfui, celui que tous nomment le professeur consigne ses souvenirs avant que ceux-ci ne s’évaporent.
Le capitaine Mauduy prend la recherche de Charlotte très à coeur. Après une battue en règle, il questionne l’entourage des parents, les témoins potentiels et s’engage à ne pas lâcher l’affaire.
Tandis que Jacques reprend son travail d’interne, il faudra bien du temps à Louise, sa femme infirmière, pour accepter ce qu’elle ressent être un deuil, deuil que son mari refuse, certain que Charlotte vit toujours.

Aucune rançon n’est demandée pour la petite Charlotte alors que les parents de Louise sont connus pour leur immense fortune, faut-il dès lors envisager le pire des destins pour la petite Charlotte ?
Quelque temps plus tard, une autre petite fille du même âge est kidnappée. Comme la mère de celle-ci est sans le sou et prostituée, Mauduy l’accuse presque, du fait qu’ «elle n’a pas l’allure d’une mère de famille » !! A ce moment là, j’ai détesté le capitaine en oubliant ses nombreuses qualités.
Plus important est de savoir si le sort des deux fillettes est lié ou non.
Le récit de l’enquête est régulièrement interrompu par des extraits du journal du vieux professeur qui, antérieurement à sa maladie, fut un éminent chirurgien cardiaque
Mauduy ne lâchera jamais cette affaire, même s’il y aura de longues années sans aucune piste, jusqu’au dénouement terrible, effarant, du moins quand, comme moi, on ne se doute de rien.
Un roman policier bien mené, captivant même s’il va son petit bonhomme de chemin, avec des personnages touchants, détestables, attachants ou odieux et un final à tomber par terre.
Ce roman aurait été parfait si son écriture avait été davantage travaillée mais comme c’est le premier livre de l’auteur, j’ai bon espoir qu’il s’y emploiera.


Lu pour le Challenge un hiver polar organisé par Alexandra du blog je lis, je blogue

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Job, Armel _ Le meurtre du docteur Vanloo

Editions Robert Laffont


Dans le village de Fontenal, en Ardenne, le docteur Vanloo n’est pas fort apprécié, surtout par la gente masculine en raison de ses talents de coureur de jupons. Aussi quand Alice, la femme de ménage du docteur, le découvre poignardé dans le dos, les suspects seront nombreux parmi les femmes meurtries d’avoir été lâchées du jour au lendemain et les hommes furieux de s’être fait cocufier. C’est de prime abord ce que pense le commissaire Demaret, sorte de Colombo ne quittant pas la pièce sans poser sa dernière petite question.
A moins que ce meurtre ne soit l’oeuvre de sa femme, séparée de lui depuis des années mais à qui il refuse obstinément le divorce. D’ailleurs pourquoi donc le lui refuse-t-il ?

Ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce roman policier assez classique puisqu’il y faut prouver la culpabilité d’un des suspects potentiels, c’est l’évolution du commissaire Demaret . Au début de l’enquête je le trouvais singulièrement antipathique, sûr de lui, arrogant, il avait d’autorité emprisonné un des villageois sans autre preuve que sa propre conviction.
L’intervention de la jeune magistrate qu’il méprisait parce que femme et débutante va lui ouvrir les yeux sur d’autres façons de comprendre la situation et les gens. Le commissaire est assez intègre pour admettre ses erreurs, et prête donc davantage d’attention à chaque mot, chaque geste de ceux qu’il interroge, cette écoute le rend plus empathique, plus hésitant, plus compétent en somme.
Armel Job est un artiste des atmosphères, un peintre délicat des mouvements du coeur, un homme à l’ ironie gentille, sauf avec les hypocrites, et un grand humaniste capable de rendre la révélation finale aussi surprenante que profondément touchante..
Dans chacun de ses romans j’ai entrevu un auteur qui clair voyant les horreurs dont l’homme est capable, lui dénie cependant la faculté de faire le mal pour le mal.
J’ai pris un grand plaisir à me plonger dans ce roman qui m’a captivée et émue. Je le recommande à ceux qui aiment les romans policiers tout en finesse et qui ne se complaisent ni dans le sang ni dans la violence.

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Lu grâce au Challenge Un hiver polar d’Alexandra et son blog Je lis, je blogue

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Carrisi, Donato – La maison des silences

Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza  
Editions Calmann-Lévy

Pietro Gerber, hypnothérapeute pour ‘enfants, est aujourd’hui complètement seul, il n’a ni famille ni amis, comme si un mal étrange le rongeait.
Des parents alarmés font appel à lui, leur fils Matias, 9 ans, fait chaque nuit le rêve d’une femme vêtue de noir qui le regarde en silence, un long cri s’échappe alors de l’enfant, une terreur que ses parents ont du mal à calmer, si bien que Mathias lutte contre le sommeil, il se renfrogne et ne s’intéresse plus à rien.
Au fil des séances, Gerber a l’intuition que le hurlement est celui de la femme en noir, qu’à travers l’enfant elle appelle à l’aide. Grâce à l’hypnose, Matias va pouvoir communiquer avec la dame de ses rêves et raconter son histoire. Une terrible histoire hantée par celui qu’elle nomme le Cafard.
La dame en noir est-elle réelle ou une production issue de l’inconscient de l’enfant ?

Au moyen de l’hypnose, la femme en noir parle à travers l’enfant, à moins que ce ne soit l’enfant qui s’exprime au moyen de cette étrange femme silencieuse. Elle/lui raconte son enfance heureuse auprès d’une mère aimante, une enfance brisée par l’arrivée du Cafard qui détruit tout, son bonheur et ses rêves, un Cafard suivi de nombreux autres, comme dans ces rêves où le poursuivant ne cesse de revenir sous une autre forme sans jamais pouvoir être tué ni semé.
Comme ce récit terrifiant qui se poursuit, ou se répète d’un rêve à l’autre, est émaillé de descriptions précises de lieux, Pietro, tente de les repérer dans la réalité, une démarche contraire à sa profession certes, mais l’hypnotiseur ne respecte aucune règle déontologique chez Carrisi, qui aime transgresser les frontières entre réel et étrangeté comme Gerber le fait entre les impératifs d’un métier et les incartades d’un esprit rebelle.
L’hypnotiseur parviendra-t-il finalement à délivrer l’enfant de ses cauchemars ?
En fin de livre, Donato Carrisi nous laisse espérer que le prochain, et sans doute dernier tome de cette série, sera dédié à la personne de Pietro Gerber, car cet homme est travaillé par le drame de sa naissance, par un étrange et violent sentiment d’amour/haine envers son père ainsi que par l’occultation totale et très étonnante pour un thérapeute, de ce qu’il a vécu au cours de « La maison des voix ».
J’ai énormément aimé ce thriller qui aborde les violences faites aux femmes et démontre, entre autres, comme les silences peuvent crier et les paroles cacher.
Un thriller psychologique dont j’attends impatiemment la suite.

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Lu pour le Challenge Un Hiver Polar organisé par Alexandra du blog Je lis, je blogue

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Simenon, Georges – Le chien jaune


A Concarneau, dans le luxueux Hôtel de l’Amiral, quatre richards se retrouvent régulièrement pour jouer aux cartes. Or quelqu’un semble vouloir leur mort. Le premier d’entre eux évite de justesse une balle qui atteint un malheureux passant.
Un ancien journaliste grassement enrichi disparaît ensuite. Mandé sur les lieux, Maigret s’installe à l’Hôtel et le massacre se poursuit. Le troisième notable est empoisonné à la strychnine et le dernier, terrorisé par sa mort prochaine, en appelle au commissaire qui le met en cellule pour le protéger (!!).
Maigret est touché par la serveuse de l’Hôtel, Emma, une jeune femme éteinte qui subit son sort en silence.
On signale alors la présence d’un vagabond rôdant aux alentours et dans le même temps, celle d’un chien jaune assez effrayant qui devient un gentil toutou en présence d’Emma.

Si l’auteur possède l’art de rendre palpable l’atmosphère de cette ville bretonne sombre et pluvieuse, les personncenages ne sont nullement fouillés, ils sont là pour jouer leur brève partition, puis se laissent oublier sans laisser de traces. Ainsi le maire qui ne cesse de presser Maigret et l’enjoint même d’accuser le premier venu pour boucler cette affaire qui dérange ses administrés, ou le jeune inspecteur Leroy dont le rôle est de faire contraste avec la méthode intuitive et impressionniste de Maigret en s’appuyant, comme appris à l’école de police, sur des faits et des preuves concrètes.
Le commissaire donne une image de calme, il est même exaspérément paisible au coeur de l’affolement général, s’attardant à l’hôtel en tirant sur sa légendaire pipe.
On doit se contenter de suivre le déroulé de cette intrigue sans boussole car nul suspect ne se profile sinon peut-être ce vagabond mais ce serait trop facile, trop cliché pour être admissible.
Seul Maigret sera à même de conclure l’affaire à l’aide d’un dossier tiré d’on ne sait quel chapeau de magicien. Un dossier sur une sombre. affaire, révoltante et triste.
Ce roman policier paru en 1930, a été, malgré ses lacunes, une agréable lecture qui nous dit en substance : rien n’est tel qu’il n’y paraît, pas même les meurtres.
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Un roman policier lu dans le cadre du Challenge Hiver Polar organisé par Alexandra du blog Je lis, je blogue.

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Abel, Barbara – Ici s’arrête le monde

Editions Récamier Noir.


Bruxelles. Hélène et Raphaël, tous deux divorcés, se sont mariés et, avec leurs enfants, forment une famille recomposée.
Ce soir justement tous leurs enfants âgés entre 17 et 8 ans sont présents, ainsi que le copain de Marius, leur plus jeune fils, lorsque des explosions ébranlent leur quartier, les vitres éclatent, la terre tremble. Tous se réfugient dans la cave froide et crasseuse.
Les bombes, car ce sont des bombes, continuent de pleuvoir tandis que les enfants apeurés et glacés se réfugient dans les bras d’Hélène et de Raphaël..
Quand au matin le calme revient, les parents constatent, sidérés et bouleversés, l’horreur : les morts, les maisons effondrées, la rue lacérée.
Raphaël recueille un bébé dont les parents sont décédés. Au cours des jours suivants, les frappes se poursuivent, entre lesquelles il faut chercher du lait pour le bébé, recueillir un grand blessé, se défendre contre les agresseurs qui profitent du désastre.
Après une nouvelle frappe virulente, Raphaël décide de quitter Bruxelles mais Hélène hésite, le copain de leur fils attend son père, tout comme l’aînée d’ Hélène qui lui en veut d’avoir divorcé.


Qui est à l’origine de ces frappes aériennes et dans quel but surviennent-elles ? Bien vite, cette question s’efface, semble vaine, seules comptent les réactions de chacun face à une telle catastrophe et comment chacun se révélera dans des situations de danger, de panique et d’urgence.
Choisir sa propre survie d’abord parce que nos proches ont besoin de nous, ou choisir de sauver l’autre au risque de sa propre vie, en laissant peut-être son enfant orphelin ? Voilà bien une fausse interrogation car il n’entre aucun temps de réflexion ni de décision dans un tel geste dicté par le mouvement profond de ce que nous sommes, effrayé ou fonceur mais en aucun cas justifiable d’être taxé d’égoïste ou d’altruiste, de lâche ou de courageux.
Vient ensuite le débat que l’urgence impose, qui va-t-on abandonner à son sort et qui sauver en priorité ? Ses propres enfants ? Les enfants qui nous sont confiés ? Les voisins ? Les personnes inconnues en détresse absolue?
Et comment trancher dans des situations qui nous sont étrangères et qu’il faut agir vite, quand en plus aucun choix n’est bon ? Tel le geste qu’Hélène est acculée à effectuer, rongée ensuite par sentiment d’avoir mal agi mais que n’avoir pas agi ainsi aurait été pire, ou peut-être pas? Comment savoir si ne rien faire est pire ou mieux que faire mal ? Il faudrait pour cela connaître l’avenir et les conséquences de nos actes, chose totalement impossible.
Foncer ou hésiter peut-être décisif dans une situation de guerre, mais là où notre vraie humanité et nos valeurs prennent place est ailleurs, dans le questionnement qui s’ensuit, le scrupule, la culpabilité peut-être de n’être pas le héros qu’on aurait voulu être.
Dans ce roman, les seuls véritables salauds s’introduisent dans les maisons, abusent des femmes seules, pillent et saccagent, fiers de se comporter comme des charognards.
Un récit vivant et passionnant, avec des personnages que j’ai appréciés, surtout Hélène, une femme magnifique que j’ai énormément aimée. Un roman d’une grande profondeur psychologique, offrant de nombreux sujets de réflexion et enfin une écriture superbe.
Bref vous l’aurez compris, un vrai coup de coeur.


Un roman lu dans le cadre du Challenge Hiver Polar organise par Alexandra du blog Je lis, je blogue.

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Michaud Andrée A. – Baignades


Editions Rivages Noir

Laurence et Max se réjouissent d’être enfin en vacances pour quinze jours, avec leur petite Charlie de 4 ans, dans un paysage de rêve agrémenté d’un lac pur. Ils laissent la petite s’ébrouer dans l’eau quand le propriétaire de leur habitation, accourt furieux et choqué de voir ces gens laisser l’enfant nue.
Ce qui met Max en rogne. Le soir même un couple leur manifeste leur solidarité mais comme l’homme caresse le bras de la petite, à nouveau Max s’emporte, le traite de pédophile et dans sa rage, décide de déménager bien que la nuit soit tombée et que la région lui soit inconnue, elle est même plus inquiétante qu’il ne le pensait.
La seconde partie se déroule quatre ans plus tard. Les parents de Laurence invitent leurs enfants et petits-enfants pour fêter la Saint- Jean. Laurence vient leur présenter son nouveau compagnon, Philippe, un homme doux, mal à l’aise au milieu de cette famille bruyante.

Ce roman, l’un des plus stressant que j’aie eu l’occasion de lire, se déroule dans un climat d’oppression quasi permanent, car le danger est constamment aux aguets, il suffit d’une simple réaction épidermique, d’un mouvement d’humeur, d’un rien finalement pour déclencher une cascade de catastrophes.
(A noter que c’est bien l’homme, sourd aux protestations de sa femme et aux pleurs de son enfant, qui se laisse emporter par ses pulsions, parce que bien sûr, un homme ça ne se contrôle pas !)
L’auteure nous prouve également, tout au long de son intrigue, que l’apôtre de la morale stricte est un criminel en puissance, que le détenteur de la justice est un exterminateur tenu en laisse d’une main fébrile, que le prétendu défenseur du bon droit et de la juste cause est un aveugle et un monstre prêt à tout détruire si les circonstances s’y prêtent.
Andrée A. Michaud trouve le ton et les mots pour créer les différents climats psychologiques de ce thriller : son entame réjouie et cordiale dévie petit à petit vers un malaise qui s’amplifie jusqu’à devenir une angoisse fondée sur l’imprévisibilité de son évolution. A chaque instant, elle peut s’éteindre et grimper jusqu’à l’horreur. Les dialogues bien dosés sont parsemés d’expressions québecoises absolument savoureuses. Et la finale, ah la finale, vous le savez vous comment ça va se terminer quand vous êtes en pleine descente sur les montagnes russes ?
Un roman qui ne s’oublie pas.


Un livre lu dans le cadre du Challenge Hiver Polar organisé par Alexandra du blog Je lis, je blogue.

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Saubaber, Delphine – L’enfant de l’ogre


Editions Phébus

Mathis a six ans quand sa maman, son repère essentiel, disparaît, elle s’est perdue en forêt raconte son papa. Le vide est infini pour le petit garçon qui n’a que le silence et la solitude pour s’exprimer, ses hésitations pour raconter comment se comportaient ses parents. Une policière chargée de l’interroger se heurte aux je ne sais pas de Mathis qui était fréquemment envoyé jouer dans sa chambre pendant que papa et maman discutaient.
Privé de sa mère disparue et de son père emprisonné, le garçon est recueilli par son grand-père qu’il connaît à peine, déraciné, loin de son école, de ses amis et de ses jouets ; l’enfant toujours plus renfermé n’a plus que la tristesse comme compagne. L’aïeul tente de nouer une relation non tant verbale que pratique et manuelle avec Mathis, heureux d’exister encore pour quelqu’un.

Les cris chargés de violence, insupportables, découpent des fêlures de silence chez le petit Mathis, et creusent sa sensibilité débordée d’impressions et de cette connaissance intuitive qui n’a pas encore les mots pour se dire.
Désormais il vit dans la peur de l’abandon, du noir et du vide, et il est coupable du sort de ses parents qui se disputaient souvent au sujet de leur fils.
Le temps fait des bonds entre diverses périodes dispersées autour de la disparition de la mère correspondant à l’année zéro, comme une césure consacrant une ère nouvelle et un temps autrement marqué.
De même on navigue entre les pensées des différents personnages, celles de la mère, déçues et poisseuses, celles du père, crues et jugeantes, celles du journaliste, factuelles, celles enfin de Mathis, chacune d’elles reconnaissable à son ton et son style différent.
L’auteure tente d’exprimer les pensées de Mathis à l’aide de paroles qui certes ne sont ni de son âge ni de son vocabulaire, mais dont la forme poétique exclusivement liée à l’enfant, paraît la plus juste et la plus proche d’un mutisme où a sombré toute parole mais aussi d’où elle jaillit, inaudible et autre.
Ce roman dont la forme disparate peut déconcerter, parle le langage de l’indicible, et du moment où l’enfant est confronté à l’insupportable.

Merci à Babelio et sa Masse critique ainsi qu’aux éditions Phébus pour cette lecture.

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