Publié par : Xavier Bordes | 22 novembre 2023

Michel Deguy (décès)


Décès de Michel Deguy

Publié par : Xavier BORDES | 1 novembre 2026

Un samedi parmi d’autres


Un samedi parmi d’autres

Au dessus du toit des immeubles voisins ce nuage énorme comme un zeppelin
gonflé par un poids de soleil éblouissant surveille la circulation générale

Je pense à Ezra et son père qui sont allés à la pêche du côté des étangs de Romainville
Je les vois scrutant l’eau lisse tandis que les roseaux écrivent sur la brise

Ezra est devenu un garçon de douze ans grand et avenant qui lance sa ligne avec autorité
Il en sait tant sur les poissons qu’en l’écoutant je ressens mes lacunes ichtyologiques

Ce qui m’amène à l’idée que mon séjour sur Terre est truffé de bulles d’inconnaissance
au point que la leçon à en tirer sera d’enfin consentir à ce qui ne s’explique pas

 

Publié par : Xavier BORDES | 30 octobre 2026

Tout s’embrume


Tout s’embrume
.
Cette ligne d’horizon au fond des lignes du vignoble
ce regard perdu
bientôt borné par le mur des brumes de novembre
derrière la misère des arbres
Aucune chanson ne rattrape l’infini
ni n’emprisonne l’éternel
Les étés-mêmes deviennent âpres
avec leurs forêts de pins en cendres
avec leurs animaux qui se raréfient
et leurs pierres tombales aux heures
où le gravier crissant tremble d’air chaud
Avec les larmes des très-proches
et les frisons sur les nuques accablées
des femmes en deuil Ne parlons pas des nuages
qui assistent impuissants et muets
depuis le haut des collines
Ce regard perdu
où se mélangent songes et souvenirs
le mystique et le profane en un psaume inaudible !
C’est subterfuge que d’imaginer qu’on pourrait
fractionner la peine de nos vies
et que d’autres personnes pourraient supporter
une part du fardeau qui écrase

 

Reblogué du 28 oct 2019

Publié par : Xavier BORDES | 25 octobre 2026

À la vitesse du Présent


À la vitesse du Présent

Il y a si longtemps que la parole poétique
n’a plus rien formulé de véritablement décisif
On dirait que quelque chose du langage
s’est à jamais éteint en ce monde

Toujours ces pas sourds dans la nuit
Et le sommeil ce paradis qui nous absente par surprise
lorsqu’on s’est résigné à cesser de l’espérer

Embarquons à bord de la parole notre astronef d’argent
et fonçons dans les profondeurs du septième espace
dont l’univers infiniment plastique déploie l’impossible géométrie

Les images du passé jonchent notre présent
comme un tapis moisi de feuilles mortes
Cruauté des amours bonheurs folies regrets sans remèdes
Nos yeux dans ses yeux d’hiver nous scrutons notre Inéluctable
en frissonnant de la tête aux pieds du tragique sentiment de vivre

Et la vitesse du présent ô poète mon frère
(que tu crèves ou non la dalle !)
t’emporte – ainsi que tu l’écrivis jadis – “à ton Beau ouvert”...

Publié par : Xavier BORDES | 22 octobre 2026

Régression arcoise


Régression arcoise

Au flanc de la colline illuminée du matin au soir
le vieux village au milieu des toits agglomérés
dresse sa tour sarrasine
face au « Logis du Guetteur »

Devant la forêt qui moutonne jusqu’à la crête
il y a le vieux petit cimetière
ses tombes moyenâgeuses
aux gravures presque illisibles
et les sépultures plus récentes
où se lisent les noms de mes aïeux

Alentour les patronymes de nombre de gens
amis cousins voisins que j’ai connus autrefois
souvent honorés d’un bouquet de fleurs d’émail
entourent de syllabes familières
le regard du visiteur soudain nostalgique

Les petits villages sont comme une famille
si nombreuse que chacun n’a pas toujours eu
le loisir de fréquenter assidûment ses parents éloignés
Néanmoins au hasard des quelques venelles
on se rencontre on se salue on échange les nouvelles
et c’est réconfortant : nul de ceux qu’on connaît
ne veut de mal à quiconque on le sait

Ainsi du temps où j’y suis né le village
n’était pas un foyer de soupçons ni de malveillance
Peut-être est-ce encore le cas aujourd’hui
mais je n’en jurerais pas
Dans tout le pays la population la langue
et les façons de vivre ont tellement changé…

 

 

Publié par : Xavier BORDES | 20 octobre 2026

La Création


La Création

Est-ce Myris la magicienne au diadème tressé de palmes qui franchit les crêtes mauves de l’aube et s’esquive avec son escorte d’oiseaux ?

Ou sur la plage allongée habite-t-elle ce corps fluide qui se pénètre de la lumière née du triangle bleu pastel dont la réplique sous l’horizon satine la scintillante fourrure marine ?

La silhouette solitaire d’un olivier immémorial étire l’ombre de son tronc musclé comme un Milon de Crotone qu’une ample couronne de menues feuilles sentencieuses parachève.

Un chien quelque part qui voit dériver à l’occident la lune couleur d’ivoire jappe bruyamment comme s’il était persuadé qu’il s’agit de l’os dont il a toujours rêvé.

Aux prairies la rosée suscite des senteurs oxygénées de coriandre et de menthe que hument assis sur leurs coussins blancs des lapins moustachus à peine sortis de leurs terriers.

Dans la Création une vertu mystérieuse inspire de s’éloigner de la barbare horreur des villes de notre siècle pour aller retrouver un peu de paix sous le friselis des frondaisons et le concert des oiseaux…

Publié par : Xavier BORDES | 19 octobre 2026

Bousier


Bousier

Calme – le regard des fleurs aux balcons
Tu passes et la chair chante de toutes ses nervures de sang
Le coeur manque aux fenêtres à cause du vertige
infini dont le ciel les transit
Sous les ponts aux piles sculptées l’eau de la Seine
charrie des reflets d’arbres alignés aux quais

Pour de bruyantes réunions les goélands abusent des toits
Volatiles agressifs ils claquent des ailes et
sur un coup de tête – ou de bec – s’envolent porter ailleurs
leur mauvaise humeur qui ne dépare pas l’élégance
de leur vol rompu aux puissants vents océaniques

Cependant qu’au Sud, au pays de mes aïeux
Il fait joli temps C’est le temps des oliviers
Une écharpe d’hermine s’attarde au col de la montagne bleue
Des vagues moirées parcourent les herbes des prés
mais leur verdeur luisante ne recèle aucun poisson
Cet oiseau blanc venu de la mer en reconnaissance
pousse un cri de déception et retourne à la mer

Le joggeur aux pieds légers qui court sur le sentier
ne prête aucune attention au scarabée qui roule
péniblement sa boule de crottin vers nulle part
Ce Sisyphe des coléoptères me fait irrésistiblement penser
à certain vieux poète à profil de tortue
que je fréquente au quotidien !

 

1990 – 19/10/2026

Publié par : Xavier BORDES | 15 octobre 2026

Sept gargouillis pour la Muse


Sept gargouillis pour la Muse

L’arbre jeune s’épanouit avec une innocente insolence, ignorant qu’il sera tôt ou tard un arbre vieux.

Étonnante jeunesse sans mémoire, irresponsable de sa vie, qui n’aperçoit de réalité qu’en blanc et noir !

Le réel ne concorde jamais qu’approximativement avec ce que l’on dit de lui, si bien que la vérité en pâtit.

Le grand regret des scribes obsédés, c’est – en dépit de leurs résolutions et de leurs efforts – de ne pouvoir se taire !

Poète à tête de gargouille, ce que te renvoie le miroir est un spectre fait de cendre d’étoile, qu’un souffle dissipera !

Les civilisations ressemblent à la légère écume qui traverse la surface d’un océan pour finir bue par le sable.

Les poèmes : articles de journaux que délave l’intempérie et dont l’encre pâlit au soleil jusqu’à s’effacer.

Publié par : Xavier BORDES | 14 octobre 2026

Occident


Occident

Un nuage joue à éclipser le soleil
Dans un rapide froissement d’air
un pigeon sombre embouque la rue entière
Un homme dépenaillé se livre sous l’ombre d’un porche
à d’obscures activités qui ruissellent
à travers le trottoir jusqu’au caniveau…

Le passant découragé n’y fait plus attention
Il songe à se procurer quelques légumes chez l’épicier turc
à condition évidemment que les prix soient abordables
D’une fenêtre ouverte à l’étage s’échappe une musique sauvage
Un petit chien manifeste son indépendance
en allant flairer des poubelles

Par terre un tract sali fustige l’injustice de la société
C’est que les magistrats sont dévoyés
et n’ont plus de conscience éthique
C’est que tout l’Occident s’est avachi dans l’hédonisme
les délices de Capoue les drogues et l’irréalité
Sa civilisation décadente fait l’autruche
pour ne pas voir que son nihilisme foncier l’a mise
à la merci des premiers barbares venus !

Publié par : Xavier BORDES | 12 octobre 2026

Voie de vaticination


Voie de vaticination

Celui qui dans le Rif s’extasiait devant le vallon
qu’ébouriffait jusqu’à la mer
une buissonnante et libre floraison de lauriers-roses

est le même qui cinquante ans plus tard longe
sur le chemin des Chauves
une longue haie des mêmes lauriers-roses
laquelle drainant son regard intérieur lui fait
revisiter des moments vieux d’un demi-siècle

Mais ce monde-ci ne fleurit plus emprisonné qu’il est
dans l’horreur et la violence contemporaines
La gorge serrée l’on se souvient des espérances et des perspectives radieuses
d’un avenir perdu par l’irrémédiable stupidité des bipèdes humains

Et veillant sur la beauté comme du temps de la Guerre du Feu
Naoh le fils du Léopard
veillait sur la petite étincelle précieuse et fragile

quelques bonnes volontés qui ne veulent de mal à personne
s’appliquent désespérément et sans souci de réussir
à préserver ce qui pourrait survivre d’humain dans l’Humanité

alors qu’en anticipant d’un siècle dans l’avenir
l’on ne verra que quelques nuées grises autour de la planète
brouter le chiendent de plaines vides ou calcinées
que parsèment les ruines de cités villages et bourgades
figées dans l’immobilité silencieuse et radioactive
d’un univers réduit aux seuls chuchotis du règne végétal…

Publié par : Xavier BORDES | 11 octobre 2026

Devant toi


Devant toi

Invisible devant toi tu crois entendre
marcher le fantôme de l’Heure
à pas d’automne et de feuilles mortes

La pluie a changé les rues en ruisseaux
lavé à grandes larmes vitrines et façades
Passant devant un bistrot tu aperçois dans la pénombre
des gens agglomérés sous la clarté d’un téléviseur suspendu
On y voit courir en tous sens des footballeurs blancs ou rouges

Le long des trottoirs rouillent des vélos et luisent
des autos garées avec cet air penaud des machines inertes
D’autres chuintent bruyamment des quatre pneus
en filant à toute allure à travers l’avenue
vers des destinations ignorées

Tous ces êtres humains, tous ces êtres humains avec chacun
sa vie étrangement banale et inimaginable
chacun devancé par le fantôme de son Heure lequel

est prêt à se laisser rejoindre à l’improviste –
aujourd’hui peut-être – pour la minute ultime
à pas d’automne et de feuilles mortes !

 

 

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