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Fleuves du Paradis

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Les quatre fleuves du Paradis dans un manuscrit du XIIe siècle

Les fleuves du Paradis[1], les quatre fleuves du Paradis[2], ou « les fleuves d’[3]/qui coulent d’Éden[4] », sont les quatre fleuves décrits dans le passage de la Genèse narrant la création[5], où un cours d’eau sans nom, sortant du jardin d’Éden, se divise en quatre branches : Pishon, Gihon, Hiddekel (Tigre) et Phrath (Perath, Euphrate). Ces quatre fleuves constituent un élément du Jardin qui est populaire dans les religions abrahamiques[6].

Présentation

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La partie de la Genèse décrivant le Paradis présente ainsi son fleuve[7] : « Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin et de là il se divisait pour former quatre bras. Le premier s'appelle le Pishôn : il contourne tout le pays de Havila, où il y a l'or ; l'or de ce pays est pur et là se trouve le bdellium et la pierre d'onyx. Le deuxième fleuve s'appelle le Gihôn : il contourne le pays de Kush. Le troisième fleuve s'appelle le Tigre : il coule à l'orient d'Assur. Le quatrième fleuve est l'Euphrate ».

Géographie

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Bien que certains commentateurs rejettent totalement l'attribution géographique du jardin d'Éden[8],[9], de nombreuses recherches ont été menées pour faire correspondre les fleuves de la Genèse aux fleuves réels, partant du principe que le jardin était « manifestement une réalité géographique » pour l'auteur du verset de la Genèse (ainsi que pour sa source), et que le rejet de l'emplacement physique des fleuves relève donc de l'interprétation[10]. Pour un second groupe de chercheurs, l'attribution de l'Euphrate ne fait aucun doute, la plupart s'accordent sur le Tigre (Hiddekel), mais l'identification du Pishon et du Gihon reste ambiguë[6].

Dans la Septante en grec koinè, la plus ancienne traduction en grec ancien de l'Ancien Testament, dans le Livre de la Genèse, ces quatre fleuves apparaissent comme Φισῶν pour Pishon, Γεῶν pour Gihon, Τίγρις pour Hiddekel et Εὐφράτης pour Phrath.

Pour les érudits religieux, une question naturelle se pose : « Comment les fleuves célestes sont-ils arrivés sur Terre ? » Diverses réponses ont été fournies dans le passé[11].

La Bible de Jérusalem (1955) commente ainsi dans cette note : « Les versets 10 à 14 veulent préciser la situation du paradis. le Tigre et l'Euphrate sont bien connus et ont des sources rapprochées, dans les monts d'Arménie ; mais le Pishôn et le Gihôn sont inconnus. Havila est d'après la Génèse, 10:29 une région d'Arabie et Kush désigne ailleurs la Haute-Égypte, mais il n'est pas sûr que ces deux noms soient à prendre ici dans le même sens ».

Christianisme

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Fleuves du Paradis coulant sous les pieds de l'Agneau de Dieu (mosaïque de Santi Cosma e Damiano, Italie, vers 530)

À la suite de saint Ambroise[2] (selon Cohen[12] l'association fut établie plus tôt, dans une lettre de Cyprien en 256), les fleuves sont interprétés comme quatre évangélistes (ou Évangiles), l'eau de Vie (en) jaillissant de la parole du Christ (la fontaine de Vie[12]) pour apporter le salut. Dans les manuscrits des Évangiles, ce lien est établi soit dans les titres (cf. Évangiles de saint Gauzelin, Évangéliaire de Lothaire), soit à titre d'illustration (Bible Vivien)[12]. Au XIe siècle (Codex Uta), par une longue tradition exégétique, Gihon fut personnifié en Matthieu (et associé au bonheur), le Tigre en Marc (rapidité), l'Euphrate en Luc (fertilité) et le Pishon en Jean (inspiration)[13]. Le commentaire du Pseudo-Jérôme (en) sur les Évangiles (VIIe siècle) contient différentes associations avec les évangélistes ainsi que d'autres quadruples, dont les quatre éléments et les vertus cardinales[14].

Les quatre fleuves du Paradis ont été fréquemment utilisés dans l'art chrétien du IVe siècle au VIe siècle. (et plus tard à l'époque médiévale, en particulier pendant la période carolingienne[12]) dans de multiples significations allégoriques[1].

Dans les arts visuels, les rivières coulent généralement sous les pieds du Christ ou depuis son trône (voir mosaïques des absides de Santa Costanza, Santi Cosma e Damiano, Sainte Praxède, Santa Pudenziana, Saint Clément du Lateran, archibasilique Saint-Jean-de-Latran, basilique Saint-Vital). Deux cerfs sont parfois représentés s'abreuvant aux sources, en référence au psaume 42 : « Comme une biche soupire après l’eau des courants, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! »[15]. Sur le portail nord de la cathédrale de Chartres, les rivières sont représentées par de jeunes hommes portant des vases d'eau jaillissante[2].

La tradition rabbinique n'interprète pas les fleuves au sens littéral ; ils sont plutôt considérés comme représentant le miel, le lait, le baume et le vin[16]. Le Bereshit Rabba identifie les fleuves aux quatre coins du monde : le Pishon pour Babylone, le Gihon pour la Médie, le Hiddekel pour la Grèce et l'Euphrate pour Rome. Il affirme également que toutes les eaux du monde proviennent du pied de l'Arbre de Vie (en)[17].

À l'instar du judaïsme[18], l'islam considère les fleuves du Paradis (anhār al-janna) comme transportant le miel, le lait, l'eau et le vin. Ainsi le dit le Coran dans la sourate Muhammad[19] : « Exemple du Paradis qui a été promis aux pieux : là, il y a des ruisseaux d'une eau jamais malodorante, et des ruisseaux d'un lait au goût inaltérable, et des ruisseaux d'un vin, délice des buveurs, ainsi que des ruisseaux d'un miel purifié »)[20]. Cependant, Abdol Majid Hosseinizadeh[21] fait remarquer qu'il ne s'agit pas des mêmes fleuves que ceux mentionnés dans la Bible, car ce verset parle de quatre types de fleuves, et non de quatre fleuves. De plus, d'autres types sont évoqués ailleurs dans le Coran. Il en est ainsi dans ces deux passages de la sourate Al-Insan[22] : « Oui, les charitables boiront d'une coupe dont le mélange sera de camphre, d'une source que l'on fera jaillir de jaillissement ; en boiront les esclaves de Dieu, ceux qui accomplissent le vœu pieux et redoutent un Jour dont le mal plane et nourrisse de nourriture, pour l'amour de Dieu, le pauvre et l'orphelin et le prisonnier » et « Et là ils seront abreuvés d'une coupe dont le mélange sera de gingembre, d'une source là-bas qui s'appelle Salsabil (en) ». Cela suggère l'absence de lien significatif entre les fleuves bibliques du Paradis et ceux du Coran[23]. Concernant Salsabil, Muhammad Hamidullah le présente comme une source du Paradis, dont le nom est apparemment composé de « salas » (marche facile) et de « sabil » (sentier), c'est-à-dire une eau coulante et agréable[22].

Le Coran utilise l’expression « sous eux » qui a été interprétée comme désignant des rivières coulant sous les arbres dans les jardins et les chambres des habitants du paradis[20].

Plan du Charbagh au mausolée de Jahângîr à Lahore, Pakistan

Les quatre fleuves semblables à ceux de la Genèse sont mentionnés dans les hadiths. Un hadith rapporté par le prophète Mahomet indique que quatre fleuves émergent du ciel : l’Euphrate, le Nil, le Sayhan et le Jayhan. Hosseinizadeh souligne que les deux derniers ne sont pas nécessairement le Sayhan (Syr-Daria) et le Jayhan (Amou-Daria)[23]. Dans un hadith rapporté par Ibn Abbas, le Tigre est également inclus parmi les fleuves du Paradis, le Sayhan est identifié à l’Indus et le Jayhan à Balkh[23].

Dans le hadith de Mi'raj, Mahomet voit quatre rivières d'eau, de lait, de vin et de miel couler de la base de l'arbre Sidrat al-Muntaha (en)[24].

Hunt[25] établit des parallèles entre les rivières du Paradis et la conception du jardin persan Charbagh.

Références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Rivers of Paradise » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 Kazhdan 1991.
  2. 1 2 3 Murray et Murray 1998.
  3. ↑ Hosseinizadeh 2012.
  4. ↑ Grant 1992, p. 109.
  5. ↑ Genèse (2:10-14)
  6. 1 2 Hosseinizadeh 2012, p. 36.
  7. ↑ Genèse : 2:10 à 14, Bible de Jérusalem (1955)
  8. ↑ Speiser 1967, "It does no good to argue, as has often been done, that the ancients had weird notions of geography", p. 25.
  9. ↑ Hosseinizadeh 2012, p. 34.
  10. ↑ Speiser 1967, p. 23.
  11. ↑ Hosseinizadeh 2012, p. 38-39.
  12. 1 2 3 4 Cohen 2000, p. 105.
  13. ↑ Cohen 2000, p. 106.
  14. ↑ Cohen 2000, p. 107.
  15. ↑ « Ps 42:1 {{{3}}} »
  16. ↑ Speiser 1967, p. 27.
  17. ↑ Hosseinizadeh 2012, p. 38.
  18. ↑ Speiser 1967, Note 10, p. 27.
  19. ↑ Coran, 47e sourate (Muhammad) versets 15 et 16, dans l'édition traduite et annotée par Muhammad Hamidullah, professeur à l'Université d'Istanbul (1959).
  20. 1 2 El-Zein 2012.
  21. ↑ Hosseinizadeh 2012, p. 41.
  22. 1 2 Coran, 76e sourate (Al-Insan) versets 5 à 8, dans l'édition traduite et annotée par Muhammad Hamidullah, professeur à l'Université d'Istanbul (1959).
  23. 1 2 3 Hosseinizadeh 2012, p. 42.
  24. ↑ Hosseinizadeh 2012, p. 43.
  25. ↑ Hunt, « Persian Paradise Gardens: Eden and Beyond as Chahar Bagh », Electrum Magazine,‎ (lire en ligne)