Honnêteté
L'honnêteté est la qualité de ce qui est conforme à la vertu[1], à la morale ou à une convention reconnue.
La probité est la qualité d'une personne honnête qui respecte scrupuleusement ses devoirs, les règlements, etc.
Juridiquement, en France, le code pénal définit six manquements au devoir de probité, correspondant à six types d'infractions :
En philosophie
[modifier | modifier le code]En philosophie, lorsqu'on définit l'honnêteté comme la « qualité de ce qui est conforme à la vertu », l'honnêteté est une valeur morale qui se rapprocherait de la notion du « bon », en conséquence du postulat selon lequel « ce qui est juste est bon » : on affirme qu'être la chose même ou que dire la chose telle qu'elle est, c'est ce qui est juste[2],[3]
En revanche, lorsqu'on définit l'honnêteté comme la « qualité de ce qui est conforme à la morale ou une convention », on affirme que la croyance en un principe qui provient d'un accord entre les individus d'une même communauté est une condition suffisante, si on agit conformément à lui, pour dire la vérité et faire ce qu'il se doit, même si cela implique de ne plus pouvoir être la chose même.
Confucius
[modifier | modifier le code]Selon Confucius, plusieurs vertus sont reliées à l'honnêteté :
L'honnêteté scientifique
[modifier | modifier le code]Selon la philosophe Anne Fagot-Largeault :
« Le chercheur honnête se gardera scrupuleusement de tricher, c’est-à-dire, de faire passer pour vraies, ou des affirmations irréfutables, ou des affirmations insuffisamment confirmées par l’expérience, quel que soit l’avantage qu’il pourrait en tirer (gloriole médiatique ou bénéfice financier)[4]. »
L'honnêteté radicale
[modifier | modifier le code]L'honnêteté radicale[5] est la pratique, l'attitude qui consiste à être totalement honnête.
C'est un concept ancien de la philosophie grecque (où la parrhésie (ou parrêsia, du grec παρρησία) désignait le fait de dire la vérité ouvertement, franchement, avec courage, même quand cela comporte un risque social ou politique[6]. Les Épicuriens considéraient la parrhêsia comme une pratique essentielle de la vie philosophique[7] :
- ) elle consistait pour eux en une franchise critique exercée — entre amis — pour corriger les erreurs et progresser vers l’ataraxie, notamment décrite dans le traité Péri Parrhêsias du philosophe Philodème de Gadara ;
- ) cette franchise avait une fonction pédagogique et communautaire : dire la vérité sans détour devait servir à maintenir la cohésion du groupe d'ami, et à soutenir la progression morale de chacun (un thème fréquent des écrits épicuriens conservés à Herculanum).
Une version, intérieure, personnelle et très atténuée par le principe du Secret de la confession, en est retrouvée dans le cadre du rituel de la confession éventuellement associé à un processus de repentance incluant — après l’aveu — la réparation et/ou le changement ; dans l'église catholique[8], le judaïsme (où les fautes doivent être confessées directement à Dieu, surtout pendant le Yom Kippour) ou dans l'Islam (où les fautes sont aussi directement confessées à Dieu via l'Istighfar et le Tawba : repentance incluant l’aveu intérieur et la résolution de changer ; la confession morale pouvant aussi être faite à un guide spirituel dans le soufisme).
Michel Foucault a remis la Parrhêsias au cœur de la réflexion contemporaine, en considérant que est un engagement éthique (dans son cours Le courage de la vérité, dit au Collège de France en 1984)[9] ; Cette pratique n’est pas, selon lui, une transparence totale de soi, mais une technique de transformation de soi et des autres, où la vérité est dite pour provoquer un changement moral ou politique, comme il l’explique dans Le gouvernement de soi et des autres (1983)[10].
L'Honnêteté radiale a été plus récemment formulée comme démarche psychologique et communicationnelle, ou comme pratique d'assertivité et de développement personnel, dans les années 1990, par le psychothérapeute américain Brad Blanton, qui l'a notamment présentée dans son ouvrage Radical Honesty: How to Transform Your Life by Telling the Truth (1996). Il entend ici par « honnêteté » le choix de s'abstenir de dire même de pieux ou de petits mensonges, mais aussi de ne pas cacher ni refréner l'expression de soi. Les partisans de cette pratique affirment que le mensonge est la principale source de stress humain moderne, tant pour la personne qui ment que pour la personne qui reçoit le mensonge (ou le non-dit).
L'honnêteté radicale fait vivre un stress lorsque l'on s'apprête à dire sa vérité puis ce stress est supposé être ensuite libéré, tandis qu'il serait conservé si la vérité avait été tenue cachée, parfois des années durant, voire toute une vie. Une idée sous-jacente est que la plupart des individus vivent dans un état de tension permanente lié au contrôle de leur image sociale, et notamment à l'usage plus ou moins fréquent de mensonges, d'omissions ou de formulations visant à ménager les autres ou soi-même. Selon Blanton, cette autocensure engendre aussi des relations interpersonnelles artificielles.
L'honnêteté radicale propose de toujours exprimer - sans détour ni filtre, même sur des sujets douloureux ou tabous - ses pensées, émotions et réactions (mêmes immédiates), en renonçant aussi aux « mensonges » destinés à ménager autrui, au profit de l'authenticité, d'une responsabilité émotionnelle et d'un moindre stress lié à la dissimulation. Les gens seraient alors plus heureux, en créant avec leurs pairs une intimité qui est impossible si l'on cache, maquille ou détourne ce qui est.[réf. souhaitée]. Dans le contexte du couple, d'une thérapie ou d'une entité dont les membres peuvent avoir confiance les uns dans les autres, l’honnêteté radicale peut avoir une valeur, pédagogique notamment, pour par exemple conduire à l'acceptation de soi et des autres (lors d'un coming-out par exemple) ; et, utiliser la vérité — même inconfortable — pour contester des cultures (académiques par exemple) racistes et/ou patriarcales sources de honte et d'un sentiment d’illégitimité chez les femmes et/ou les universitaires racisés. En reconnaissant ouvertement ces dynamiques, l’honnêteté radicale crée un espace de confiance où professeurs et étudiants peuvent partager leurs vulnérabilités, leurs stratégies de soin et leurs expériences réelles. Selon B.C Williams (2023), dire ainsi la vérité sur les limites, les blessures et les contradictions du système universitaire, tout en restant engagé(e) en son sein, permet de reconstruire à la fois un sentiment de valeur personnelle et de communauté[11].
Selon BC Williams (2023), elle pourrait améliorer la pédagogie dans le contexte académique [12] ; selon Lockhart (2026), elle pourrait être utile dans certaines thérapies familiales[13]
Si elle est acceptée dans le contexte de relations amicales ou de grande confiance, ou dans le journal intime, elle fait toutefois l'objet de critiques concernant son usage dans la vie courante : des chercheurs et praticiens en psychologie sociale soulignent que cette injonction à une transparence totale, à “être soi‑même” set sans filtre, peut gravement nuire aux relations, ignorer les normes sociales protectrices, et servir de justification à des comportements agressifs. Selon Tomas Chamorro‑Premuzic (2025), la Recherche a montré que s'accrocher à une authenticité psychorigide nuit souvent à la réussite personnelle et professionnelle ; ceux qui réussissent dans la vie seraient plutôt ceux qui savent s'adapter au contexte, tenir compte du regard des autres et ajuster leur comportement selon les situations. Selon lui, une recherche obsessionnelle d'authenticité — des start‑ups à certains programmes de diversité — peut même finir par produire l'effet inverse de celui recherché. Il suggère moins d'expression de soi, et plus de compréhension des autres, comme voie vers une évolution personnelle plus efficace et vers des relations plus saines[14]. L'honnêteté radicale s'inscrit ainsi dans un débat plus large sur la communication authentique, la communication non violente du psychologue américain Marshall Rosenberg (qui valorise une expression sincère, mais toujours encadrée par des principes de respect et d'empathie).
De nombreuses personnes autistes sont réputées parler spontanément sans filtre, ce qui est source de fréquents malentendus voire d'éviction sociale, de licenciements...
Exemples
[modifier | modifier le code]- Le président américain George Washington est souvent présenté comme ayant été un enfant qui ne mentait jamais, mais c'est un mythe inventé après sa mort à partir d'une anecdote célèbre — celle du cerisier — inventée en 1806 par son premier biographe, Mason Locke Weems, pour illustrer sa vertu morale[15] ;
- L'Américain Brad Blanton, chef de file du mouvement de l'Honnêteté radicale (Radical Honesty (en) en anglais), s'est présenté deux fois à la candidature au Congrès des États-Unis, en promettant de manière inédite qu'il serait un politicien honnête[16]. En 2004, il remporte 25 % des votes[17] dans le 7e district de Virginie en tant que candidat indépendant face à son adversaire Eric Cantor ; en 2006, il renonce à poursuivre, car clairement battu dans sa course à l'investiture. En 2017, Brad Blanton en a fait une marque déposée en tant que technique de développement personnel, mais différents auteurs ont proposé des idées similaires, comme Sam Harris dans son livre Lying et Emmanuel Kant. La technique de l'honnêteté radicale de Blanton consiste à demander aux praticiens d'exprimer leurs sentiments sans ménagement et de manière directe, laissant à l'autre la responsabilité, la liberté et le pouvoir de vivre et exprimer leurs émotions face à ce qui leur est dit[a]. Les personnes sont invitées à se mettre en connexion avec leur ressenti corporel, puis à exprimer ce qu'elles ressentent pour permettre à l'émotion d'être vécue, reconnue et de s'apaiser. Les personnes peuvent aussi exprimer ce qu'elles pensent, en assumant et discernant totalement le fait qu'il s'agit bien là de leur pensée et non de la réalité qu'elles chercheraient à imposer à l'autre. Chacun partage donc à l'autre son monde intérieur, y compris lorsque la vérité est « mauvaise à entendre »[16]. « Radicale » n'est en effet pas ici le synonyme de « brutale » ou d'« obligatoire ».
Coût évité de la malhonnêteté
[modifier | modifier le code]Selon Julien Pillot (2026) l'avènement du Big Data a encore exacerbé l'asymétrie informationnelle entre les acteurs qui détiennent les données importantes et maitrisent l'informatique et les autres. Cette inégalité fausse la concurrence et enrichit les GAFAM (comme Facebook ou Google par exemple). L'économiste américain George Akerlof a décrit ce problème avec la métaphore du marché des véhicules d’occasion : Si et quand des vendeurs malhonnêtes profitent de leur avantage informationnel, le signaler n'est plus un indicateur de qualité, « les vendeurs honnêtes quittent le marché et la qualité moyenne s’effondre — un phénomène d’anti‑sélection »[18].
La malhonnêteté à un coût social qu'on cherche à éviter en créant des autorités de régulation, peuvent, dans une certaine mesure, corriger l’asymétrie informationnelle, dont en imposant à ceux qui mettent sur le marche des responsabilités, des mécanismes de réputation ou des certifications (comme le contrôle technique pour reprendre l'exemple des véhicules). Mais si une telle autorité est elle‑même capturée ou déloyale, elle peut manipuler les règles, cacher des informations et aggraver encore l’asymétrie au lieu de la réduire, comme le montrent les économistes David Thesmar et Augustin Landier dans leur livre « La société translucide »[18].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Brad Blanton recommande « de ne jamais mentir dans ses relations personnelles. Mais si vous cachez Anne Frank dans votre grenier et que les nazis frappent à votre porte, mentez… ». Il ajoute : « Je mens à tout représentant officiel du gouvernement. Je mens au fisc. Je requiers toujours de plus de déductions que de rigueur. Je mens au golf et au poker » ; Source : « Toute la vérité, rien que la vérité : j'ai testé l'honnêteté radicale », A.J. Jacobs, Rue89.com, 10 octobre 2014.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Larousse du XXe siècle.
- ↑ « Aristote : Ethique de Nicomaque : livre I », sur remacle.org (consulté le ).
- ↑ J. Locke, Essai philosophique sur l'entendement humain : Livres I et II, traduction par Jean-Michel Vienne., Paris, Vrin, (lire en ligne), Livre II, chapitre 8.
- ↑ Anne Fagot-Largeault, « L’honnêteté scientifique » [PDF], sur diplomatie.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ Blanton, Brad. et Côté, Jacques, 19..- ... angliciste. (trad. de l'anglais), L'honnêteté radicale : comment transformer sa vie en disant la vérité, Saint-Zénon (Québec)/Escalquens, L. Courteau, , 327 p. (ISBN 978-2-89239-320-0 et 2892393205, OCLC 762825680).
- ↑ (en) Kathryn Houston, « Cynic Parrhēsía : The Cure to the Repressive Hypothesis? Repression and Revolution in Contemporary Mexico », Chasqui, vol. 53, no 1, , p. 95–112 (ISSN 0145-8973, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Hélène Wiener, « Le Péri Parrhêsias de Philodème de Gadara et la parrhêsia dans les Actes des apôtres: », Études théologiques et religieuses, t. 93, no 2, , p. 301–316 (ISSN 0014-2239, DOI 10.3917/etr.932.0301, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Delia Doina Mihai, « Five Practical Applications of Honesty with God in the Christian Life », Kairos: Evangelical Journal of Theology, vol. 19, no 2, , p. 263–274 (ISSN 1846-4599 et 1848-2511, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Michel Foucault, Le Courage de la vérité Le gouvernement de soi et des autres. Cours au Collège France 1984, Le Seuil (présentation en ligne).
- ↑ Michel Foucault, Le gouvernement de soi et des autres, [Paris] : Seuil ; Gallimard (ISBN 978-2-02-065869-0 et 978-2-02-065870-6, lire en ligne).
- ↑ Williams, B. C. (2023). Radical honesty: Truth-telling as pedagogy for working through shame in academic spaces. In Race, equity, and the learning environment (pp. 71-82). Routledge. |https://www.taylorfrancis.com/chapters/edit/10.4324/9781003446637-7/radical-honesty-bianca-williams
- ↑ (en) « Radical Honesty : Truth-Telling as Pedagogy for Working Through Shame in Academic Spaces », dans Race, Equity, and the Learning Environment, Routledge, (DOI 10.4324/9781003446637-7/radical-honesty-bianca-williams, lire en ligne [archive du ]).
- ↑ Lockhart E.N (2026). Case Report: Treating Marital Resentment with Radical Honesty in Strategic Family Therapy {peer reviewed}. Mental Health Open, 2(1), 1-20. |url=https://mentalhealthopen.eu/index.php/mho/article/view/20
- ↑ (en) Tomas Chamorro-Premuzic, Don't Be Yourself: Why Authenticity Is Overrated (and What to Do Instead) [Ne soyez pas vous-même : pourquoi l'authenticité est surévaluée (et que faire à la place)], Harvard Business Press, (ISBN 978-1-64782-984-1, lire en ligne).
- ↑ (en) « Cherry Tree Myth », sur www.mountvernon.org (consulté le ).
- 1 2 « Toute la vérité, rien que la vérité : j'ai testé l'honnêteté radicale », A.J. Jacobs, Rue89.com, 10 octobre 2014.
- ↑ (en) « Statistics of the presidential and congressional election of november 2, 2004 », Jeff Trandahl, clerk.house.gov, 7 juin 2005.
- 1 2 Julien Pillot, « Le coût social de la malhonnêteté », sur The Conversation, (consulté le ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Blanton, Brad, 2005, Radical Honesty, The New Revised Edition: How to Transform Your Life by Telling the Truth, SparrowHawk Publications ; Édition révisée, (ISBN 0-9706938-4-2)
- [PDF] Anne Fagot-Largeault, « L’honnêteté scientifique », sur panoreon.gr
- Julien Pillot, « Le coût social de la malhonnêteté », sur The Conversation, (consulté le )