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Syracusia

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Représentation imaginaire du Syracusia par Nicolas Witsen, 1671.


Le Syracusia (grec : Συρακουσία ) est un navire marchand utilisé pour le transport de marchandises et de passagers. Il est considéré comme l'un des plus grands navires de l'Antiquité voir le plus grand connu[1], ou du moins de l'époque hellénistique[2],[3],[4]

Il fut construit à la demande de Hiéron II de Syracuse et son but était de démontrer la puissance du tyran dans la perspective du déploiement agonistique des ambitions des souverains hellénistiques de l'époque[5].

L'érudit grec Athénée de Naucratis donne une description détaillée du Syracusia dans son ouvrage les Deipnosophistes. C'est quasiment la seule source qui nous soit parvenue. Athénée y précise qu'il tient ces informations de Moschion de Phalesis, un écrivain plus ancien dont les écrits sont aujourd'hui perdus. L'identité de Moschion reste incertaine, car il n'est mentionné que par Athénée, qui le désigne simplement comme un « certain Moschion »[4]

Une discussion sur ce navire, ainsi que le texte complet d'Athénée à son sujet se trouve dans le livre de Lionel Casson Ships and Seamanship in the Ancient World[1].

Construction

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Commandé par le tyran de Syracuse Hiéron II, le Syracusia fut conçu avec plusieurs équipements proposés par Archimède et construit sous la direction de l'architecte Archias de Corinthe vers 240 av. J.-C. Hiéron s'assura également les services des charpentiers de marine et de tous les artisans nécessaires à la réalisation de la tâche. Environ trois cents artisans travaillaient sur le chantier, sans compter leurs assistants[3].

Le bois provient de forêts de pins du Mont Etna, les cordages en chanvre et le brai viennent d'Ibérie (Espagne), la poix étanchéifiant la coque est importée de la vallée du Rhône, tandis que d'autres matériaux provenaient de lieux très divers[6].

La quantité de matériaux utilisée pour le Syracusia aurait suffi à construire plus de 60 trières conventionnelles[7]

La coque était assemblée à l'aide de chevilles en cuivre. Au bout de six mois, le navire était à moitié construit, on recouvrit alors les bordés de feuilles de plomb[6].

Le succès du projet tenait tellement à cœur au roi Hiéron II qu'il se rendait lui-même au chantier tous les jours pour voir l'avancement de la construction.

La mise à l'eau s'avéra extrêmement difficile, suscitant un vif débat parmi les intervenants quant à la méthode à adopter. Finalement, Archimède parvint à mettre le navire à l'eau avec l'aide de quelques hommes seulement, grâce à un système de palans qu'il avait lui-même mis au point. L'aménagement intérieur du bateau fut réalisé par la suite[4].

Caractéristiques générales

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Réplique miniature du Syracusia exposée au musée des technologies de la Grèce antique à Athènes

Avec une longueur de 55 mètres (certaines sources évoquant jusqu'à 120 mètres), une largeur comprise entre 14 et 20 mètres, une hauteur de 13 mètres, il est considéré comme l'un des plus grands navires de l'Antiquité voir le plus grand connu[3],[4]

La capacité de charge du Syracusia est généralement estimée entre 1 700 et 1 900 tonnes[1]. Toutefois, les estimations varient et peuvent dépasser 3 650 tonnes[8]. L'historien Moschion de Phaselis, cité par Athénée, a écrit que ce navire pouvait porter une charge de 1600 à 1800 tonnes. Par exemple le navire pouvait transporter 60 000 sacs de céréales, 10 000 jarres de poisson salé de Sicile, ainsi que 20 000 talents de laine et 20 000 talents d'autres marchandises. Les vivres destinés à l'équipage étaient également inclus. On ignore quelles unités — *médimnes*, *modii* ou mesures alexandrines — servaient de base à ces chiffres.

Moschion signale qu'il pouvait aussi embarquer 1942 passagers et plus de 200 soldats[1].

Athénée cite également Moschion pour une épigramme qui aurait été composée par un poète nommé Archimélos, dont on ignore tout par ailleurs. En guise de récompense, Archimélos aurait reçu un don de 1 000 *médimnes* de grain, que Hiéron fit expédier à ses frais au Pirée, le port d'Athènes. Dans cette épigramme, le poète vante les dimensions immenses du navire, affirmant qu'il pouvait rivaliser avec l'Etna et que son mât supérieur touchait les étoiles. Il célèbre également la cargaison de grain offerte par Hiéron aux îles grecques[4].

Vis d'Archimède utilisée pour pomper de l'eau.

Un volet intéressant de la discussion concerne la construction du navire et la description détaillée des efforts déployés pour protéger la coque de l'encrassement biologique, notamment en l'enduisant de crin de cheval et de poix[4]. Il s'agit peut-être du premier exemple de technologie antifouling proactive (conçue pour empêcher la fixation d'organismes vivants embarrassants, plutôt que de les tuer).

Un navire d'une telle envergure absorbait inévitablement d'importantes quantités d'eau par la coque. Moschion, cité par Athénée, mentionne l'utilisation d'une vis d'Archimède comme pompe de cale sur le Syracusia. La machine d'Archimède était un appareil avec une lame tournante en forme de vis à l'intérieur d'un cylindre. L'eau de cale, même lorsqu'elle atteignait une grande profondeur, pouvait être aisément évacuée par un seul homme grâce à cette vis inventée par Archimède[4].

Apparence et équipement

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Peu de choses sont connues au sujet de l'aspect extérieur du navire. Le "Syracusia" était gréé de trois mâts : le grand-mât, le mât d'artimon et le mât de misaine[4]. Il était équipé de quatre ancres en bois et de huit ancres en fer[4].

Athénée décrit que le pont supérieur, qui était plus large que le reste du navire, était soutenu par des colonnes en bois magnifiquement ciselées représentant Atlas au lieu de colonnes en bois toutes simples[4].

Pour sa propulsion, 20 rangs de rames étaient visibles.

Sur l'aspect défensif, le navire était équipé de huit tourelles, deux à la poupe, deux à la proue et les autres au milieu du navire. Elles étaient chacune équipées de deux archers et de quatre hommes lourdement armés. A l'intérieur de chaque tourelle, une réserve de grosses pierres et de javelots était entreposée[4]. Sur la proue du bateau il y avait une plateforme surélevée pour le combat, au sommet de laquelle était installée une catapulte géante pouvant projeter des blocs de 70 kilos et deux balistes gigantesques capables de projeter des traits de cinq mètres de long jusqu'à une distance de cent quatre-vingts mètres[4].

Pour ce qui est du confort des passagers, le Syracusia était l'équivalent du Titanic comparé à d'autres navires de leurs époques respectives[9]. Ce navire avait été conçu pour offrir tout le luxe nécessaire afin d'accueillir jusqu'à 600 passagers dans ses 142 cabines. Son design innovant et sa taille imposante a permis la création de divers espaces de loisirs à bord, dont un jardin et une piscine couverte avec de l'eau chaude[4]. Les niveaux inférieurs du navire ont été réservés à l'équipage et aux soldats à bord, tandis que les niveaux supérieurs étaient à l'usage des passagers[3],[4]. Selon Athénée, le navire était magnifiquement décoré par l'utilisation de matériaux nobles comme l'ivoire ou le marbre, tandis que tous les espaces publics comprenaient des mosaïques représentant toute l'histoire de l’Iliade[3],[4],[10]. Le navire possédait également un manège[6], une bibliothèque, un salon luxueux et un gymnase réservés à l'usage des passagers, ainsi qu'un petit temple dédié à Aphrodite, protectrice des marins[3],[4].

Son gigantisme imposait de le remorquer à l'aide de plusieurs autres navires. Navire exceptionnel, sa démesure l'amena à ne faire qu'un voyage, rempli de vivres[6], de Syracuse en Sicile à Alexandrie en Égypte ptolémaïque où il fut donné à Ptolémée III qui le renomma Alexandria (grec: Συρακουσία )[11],[4].

Ptolémée IV, le fils et successeur de Ptolémée III, a cherché à surpasser le Syracusia. Il ordonna la construction d'un navire de guerre encore plus énorme, le Tessarakonteres : 423 pieds de haut, 80 pieds de large, et portant plus de 4 000 rameurs et 2 580 soldats [réf. nécessaire]. Le navire est cité par Athénée de Naucratis dans Les Deipnosophistes. Cependant, selon Plutarque dans sa Vies parallèles des hommes illustres", le navire était quasiment incapable de se mouvoir[1],[12]

Controverses sur l'existence du navire

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Comme ni le navire, ni la source d'information quasi exclusive Moschion, ni le poète Archimélos ne sont mentionnés ailleurs que dans les écrits d'Athénée, la crédibilité de ce récit a été mise en doute et l’existence même du navire reléguée au rang de fable[13]. L'affirmation selon laquelle, grâce à une invention d'Archimède, un seul homme aurait pu vider l'immense cale du navire a été considérée comme suspecte[14].

Plutarque rapporte qu'Archimède mit à l'eau un navire à trois mâts pour Hiéron II à l'aide d'un système de poulies[15]. Toutefois, il ne fait pas état, dans ce texte, d'une taille ou d'un statut exceptionnels pour ce navire, détails qu'il n'aurait pu omettre[16]. Proclus, qui reprend également cette anecdote, rapporte au Ve siècle dans son commentaire sur Euclide que l'ensemble des Syracusains ne parvenait pas à mettre à l'eau le navire à trois mâts destiné à Ptolémée d'Égypte[17]. Enfin, chez Jean Tzétzès, auteur du « Livre d'histoire ou Chiliades » au XIIe siècle, Archimède accomplit cet exploit alors que le navire était chargé de 600 000 médimnes[18].

Cependant, la richesse des détails de la description est généralement considérée comme une preuve de son exactitude[19]. Selon Lionel Casson, le « Syracusia » était le plus grand navire de l'Antiquité[1], ou du moins de l'époque hellénistique[2],[3].Les matériaux de construction mentionnés par Moschion — notamment le chanvre et le lin de la péninsule Ibérique ainsi que la poix du Rhône — ne purent être obtenus qu'après la fin de la première guerre punique, en 241 av. J.-C. La construction n'a donc pu débuter qu'en 240 av. J.-C. au plus tôt.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 Lionel Casson, Ships and Steamanship in the Ancient World, JHU Press, (lire en ligne)
  2. 1 2 Olaf Höckmann: Antike Seefahrt (= Beck’s archäologische Bibliothek). C.H. Beck, München 1985, (ISBN 3-406-30463-X), S. 60
  3. 1 2 3 4 5 6 7 Alan Hirshfeld, « Eureka man: the life and legacy of Archimedes », Walker Publishing Company Inc., (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] (lire en ligne), V, 40.
  5. Alain Guillerm, La Marine dans l'Antiquité, PUF, 1995, p. 98
  6. 1 2 3 4 Jean-Yves Frétigné, Histoire de la Sicile, Pluriel / Fayard, 2018, p. 79
  7. (en) « The Syracusia Ship by Michael Lahanas », sur www.hellenicaworld.com (consulté le )
  8. Jean Macintosh Turfa, Alwin G. Steinmayer Jr.: The Syracusia As a Giant Cargo Vessel. In: The International Journal of Nautical Archeology. Band 28, Nr. 2, 1999, S. 108 f.; Fausto Zevi: Le grandi navi mercantili, Puteoli e Roma. In: Le Ravitaillement en blé de Rome et des centres urbains des débuts de la République jusqu’au Haut-Empire. Actes du colloque international de Naples, 14–16 Février 1991 (= Publications de l’École française de Rome. Band 196). École Française de Rome, Rom 1994, S. 61–68, hier: S. 63 (Online); Caroline Lehmler: Syrakus unter Agathokles und Hieron II. Die Verbindung von Kultur und Macht in einer hellenistischen Metropole. Verlag Antike, Frankfurt am Main 2005, (ISBN 3-938032-07-3), S. 219.
  9. Superships (2007). Ancient Discoveries. The History Channel. Season 3, épisode 4.
  10. Lucilla Burn, Hellenistic art : from Alexander the Great to Augustus, The British Museum Press, (lire en ligne)
  11. John W. Humphrey, Oleson, John P;Sherwood, Andrew N., Greek and Roman technology : a sourcebook : annotated translations of Greek and Latin texts and documents, TJ International, (lire en ligne)
  12. Plutarque, Vie de Demetrius, 43.5
  13. Cecil Torr: Ancient Ships. Cambridge University Press, Cambridge 1894, S. 27–29 (Digitalisat).
  14. Arthur Breusing: Die Nautik der Alten. Schünemann, Bremen 1886 S. 37 (Digitalisat); vorsichtig zweifelnd Franz Susemihl: Die Geschichte der griechischen Literatur in der Alexandrinerzeit. Band 1. Teubner, Leipzig 1891, S. 882 f. mit Anmerkung 227 (Digitalisat).
  15. Plutarque, Marcellus 14,7–8 (englisch).
  16. Cecil Torr: Ancient Ships. Cambridge University Press, Cambridge 1894, S. 27 f. mit Anmerkung 74.
  17. Proklos, in Euclidem 18 (Grynaeus, englisch bei Google Books).
  18. Tzetzes, Chiliades 2,103–108 (englisch).
  19. Caroline Lehmler: Syrakus unter Agathokles und Hieron II. Die Verbindung von Kultur und Macht in einer hellenistischen Metropole. Verlag Antike, Frankfurt am Main 2005, (ISBN 3-938032-07-3), S. 219.

Articles connexes

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