jeudi 29 octobre 2026

6379

Notre époque est en avance sur son temps. Et donc, l'écart se creuse avec moi qui fus toujours très en retard sur elle. L'anachronisme est un anarchisme.


tu laisses derrière toi une traînée de limace

sur quoi glissent les vieilles et tous leurs os se cassent

ton ciel bord à bord par chance est un dais noir

automne sanglant crevard vendu aux charognards


(L'automne est la saison préférée des poètes, ainsi me sont venues spontanément ces quatre strophes allègres pour la célébrer.)



[Comme chaque année, l'Arbre vengeur ouvre une souscription pour le prochain volume de ce journal, L'Autofictif, sa grand-tante et son hortensia, qui paraîtra en janvier. Chaque souscripteur recevra avant Noël le livre dédicacé et une surprise (si surprenante que j'ignore moi-même à ce ce jour ce qu'elle sera). Et comme chaque année encore, je me permets de souligner que cette souscription permet à l'aventure de durer, que chaque commande est un soutien précieux pour l'auteur et ses éditeurs, tous ouvriers précaires de l'économie du livre... merci !]


mercredi 28 octobre 2026

6378

Seule entre les pierres celle que l'on fait ricocher cinq fois au moins a le temps de revoir toute sa vie depuis les âges géologiques avant de se noyer.


nuits suicidaires éveil zombi pensées insanes

je n'aime pas tes potages je n'aime pas tes tisanes

automne sanglant crevard vendu aux charognards

si tôt soit-il encore dès l'aube il est trop tard


Il me dit que lui aussi revient de Venise et me montre ses photos. Mais je ne le vois jamais à Venise, je le vois toujours devant.

mardi 27 octobre 2026

6377

Souvent, le vieil homme chemine les deux mains croisées sur les fesses, comme pour signifier que celles-là ont accompli leur tâche et bien mérité de rejoindre celles-ci dans l'oisiveté – et ensemble lentement se hâtent vers le canapé, le fauteuil profond, les coussins.


y a-t-il seulement de l'oxygène dans ce brouillard

automne sanglant crevard vendu aux charognards

cette bruine me noie sans me désaltérer

qui dort crapaudine d'un rêve de marais


Il semble tourner en rond, n'empêche que tu traverses l'enfance au triple galop sur le cheval de bois du carrousel.

lundi 26 octobre 2026

6376

Souvent, chez les très vieux couples que l'on observe marchant dans les villes, l'épouse précède l'époux de quelques mètres. C'est bien, mais, après 60 ans de cavale, l'avance est courte et le succès de la fuite toujours incertain.


automne sanglant crevard vendu aux charognards

écorché l'écureuil écorché le renard

mélancolie des bois forêt rousse me navre

transie sous les dépouilles de ces minces cadavres


Un petit moineau visiblement affamé se pose sur le banc où je me restaure. Tant il me fait pitié que je lui abandonne tout mon porridge et tout mon goulasch.

dimanche 25 octobre 2026

6375

Marcher sur l'eau ne garantit rien. Mieux vaut tout de même savoir nager. Imagine que tu trébuches sur une vaguelette.


L'Association des Alcooliques Mondains Anonymes peine à recruter.


J'écrirais volontiers encore quelques phrases bien senties sur Venise, ses ponts, ses peintres, ses moeche, mais j'ai le sentiment que, de cela aussi elle ne veut plus, que toute cette littérature commence à lui peser, contribuant ainsi à son affaissement.

samedi 24 octobre 2026

6374

Mais comment modeler un corps dans l'argile sans lui toucher un peu les fesses ?


Parfois, on n'y trouve qu'un maigre jambon, un pâle cornichon – tristes prises –, le piège du sandwich n'a pas bien fonctionné.


Qui, pour éteindre la flamme du pompier pyromane, sinon le plombier potomane ?


vendredi 23 octobre 2026

6373

C'est le moment de mordre dans le crabe vert de la lagune, il mue, il est mou. Pour le Vendéen que je suis, habitué à affronter le tourteau, quel soulagement de voyager léger enfin, sans tout son attirail de maillets, de tenailles, de piques et de curettes !


Peut-on considérer que la version en langue étrangère, établie par un traducteur honnête, travailleur et inspiré, d'un livre écrit par une IA confère à celui-ci l'épaisseur humaine qui lui faisait défaut ?


Attends d'être très vieux pour visiter Venise afin d'en jouir davantage – les escaliers de tous les ponts t'arracheront des soupirs.

jeudi 22 octobre 2026

6372

Trop de monde à Venise, bien sûr. Comme ma présence fait partie du problème, il m'apparaît que, si je n'étais pas venu, les conditions de mon séjour dans la ville auraient été plus confortables. Que n'y ai-je pensé plus tôt !


chez Peggy Guggenheim

soufflé

sur un Calder


Suzie me fait finement remarquer que, partout ailleurs, la gondole serait appelée pirogue comme toutes les autres pirogues.

mercredi 21 octobre 2026

6371

Me voici dans la Cité des Doges où je me suis transporté, animé encore de la fièvre révolutionnaire qui embrase en ce moment la France. Mais devant tous ces palais à taguer, tous ces campaniles à incendier, tous ces musées à piller, sans compter tout le verre de Murano à casser, toutes les dentelles de Burano à lacérer, une certaine fatigue me prend. Puis je n'ai pour accomplir ma tâche qu'une toute petite semaine...


Aspirer puis souffler, c’est respirer. Si tu fais le contraire, c’est que tu bois une soupe.


L'Escalier d'Or du Palais des Doges est surmonté d'un groupe statuaire terrible représentant Hercule terrassant l'hydre. Le colosse brandit sa lourde massue pour écraser la bête dont la tête est aujourd'hui hérissée de piques anti-pigeons, comme si l'épouvantail n'était pas jugé assez menaçant pour effrayer les piafs ni le bras du héros assez puissant pour réduire ces indésirables en bouillie avec le monstre, d'un coup d'un seul. Notre époque ne croit décidément plus en rien.

mardi 20 octobre 2026

6370

Pour ce qui nous concerne, c’est plié. Mais que vont devenir les animaux dans un monde régenté par l’IA ? Comment va-t-elle interférer dans le programme de leurs instincts ? Quel sort va-t-elle réserver à l’abeille et au puma ? Et au cèdre, d’ailleurs, au palmier, au saule pleureur ?


Quand l’apocalypse se produisit, on déplora de très nombreuses chutes de trottinette.


Méchante petite bruine tout le jour, risotto à la crème pas fraîche et aux champignons vénéneux qui me tourne l'estomac le soir, trois moustiques successifs durant la nuit. C'est très joli, Bergame, mais je recommande plutôt la Piazza Vecchia et la chapelle Colleoli.


lundi 19 octobre 2026

6369

Une page de pubs interrompt le film qui me tenait en haleine et que je ne regarderai pas jusqu’au bout, de ce fait, tant j’ai hâte maintenant d’aller acheter cette lessive, ce matelas, cette pizza et cette crème de jour.

 

vide

le cercueil

de l’arbre

 

Nous avons perdu l’agilité du chimpanzé, mais gardé de lui cette habitude de se gratter dubitativement le crâne.

 

dimanche 18 octobre 2026

6368

PAN est l’acronyme de Phénomène Aérospatial Non-identifié. Mais tout cela me paraît largement fautif. Et d’un, on écrit PAON. Et de deux, il s’agit d’un animal parfaitement identifié. Et de trois, le paon vole bas et sur une distance maximale de 100 mètres, si bien qu’il est très abusif de parler à son sujet de phénomène aérospatial !

 

En cas d’attaque de lion, une seule chose à faire, agiter les bras en tournant et bourdonnant à la manière d’une mouche : tu en seras quitte pour un coup de queue.

 

Mais comment la girafe parvient-elle à faire si bien abstraction de la réalité ?

samedi 17 octobre 2026

6367

Vieux mâle blanc qui se croyait enfin déconstruit par les coups de boutoir de ses filles et de ses nièces, j’hésite pourtant à voter pour une femme à la prochaine élection présidentielle. J’hésite, j’hésite justement parce qu’elle pourrait être en effet la première à atteindre cette haute fonction. Incurable macho que je suis !

 

Du jour où l’éléphant se glissa hors de sa peau, il fut franchement impossible de le regarder sans rougir.

 

Démasqué ! C’est une IA qui a confectionné le mille-feuille de ce pâtissier !

vendredi 16 octobre 2026

6366

Le véritable ami, dit-on, est celui qui t’aide sans poser de questions à dissimuler un cadavre. Aussi fus-je ému aux larmes quand ce vieux Gilles accepta d’entrer dans le cercueil que je lui présentai et ne protesta pas non plus quand j’en vissai sur lui le couvercle. Je savais bien qu’il m’aimait, mais cette preuve me toucha au cœur. De mon côté, je n’ai jamais pu piffrer cet emmerdeur.

 

Mais comment la liberté pourrait-elle être une habitude ?

 

Il a trouvé un excellent point de vue sur la piscine de la star. Il la guette, burin et maillet à la main, à côté d’un gros bloc de marbre, ce paparazzi sculpteur, connu déjà pour avoir immortalisé dans la pierre Charles III et sa maîtresse au sortir d’un night-club, dans une rue mal éclairée de Soho.

jeudi 15 octobre 2026

6365

Le sport favori de Julien Gracq était le boomerang, sans mentir, qu’il pratiquait encore à l’âge de 90 ans. Et je comprends pourquoi : entre le lancer et la réception, il te reste du temps pour écrire. Malheureux tennisman que je suis.

 

Simultanément, le fil d’encre suture ce que tranche la plume acérée. Peut-être aurions-nous mieux fait de ne toucher à rien ?

 

Je le hélai pour lui faire remarquer qu’il était malencontreusement en train de scier la branche sur laquelle il était assis… Sa réponse pleine de logique me rassura et je passai mon chemin : – C’est que je voulais y accrocher une corde pour me pendre et que je préfère, tout bien réfléchi, me fracasser le crâne contre le sol.

mercredi 14 octobre 2026

6364

Les mathématiciens aussi déplorent la brutale efficacité de l’IA. C’est l’occasion pour les littéraires de se réconcilier avec leurs ennemis héréditaires. J’ai toujours pensé que les humains de toute obédience feraient front contre une attaque extraterrestre. Nous y sommes !

 

Il faut donc croire que si nous avions des plumes sur le corps, nous aurions tout de même inventé le plumeau.

 

Son secrétaire recélait un tiroir secret. Jamais elle ne sut quoi cacher dedans et mourut soulagée par la certitude que nul n’en saurait rien.

mardi 13 octobre 2026

6363

Le premier colloque consacré à l’œuvre littéraire de ChatGPT se tiendra en novembre prochain à Stanford University. Sont attendues les interventions de Gemini, de Claude, de Copilot et de DeepSeek. Les actes du colloque seront publiés par les presses de l’université après relecture des contributions par Pangram afin d’écarter tout soupçon de collaboration humaine (trop la honte !).

 

Le vieil Albert marche dans la rue, jetant des regards à droite et à gauche, mais bientôt se fige sur ses lèvres son sourire un peu fat : nul ne semble s’apercevoir qu’il étrenne son nouveau béret !

 

Tu développes depuis des années ta cirrhose, patiemment, verre après verre, avec acharnement, et voilà qu’un cancer fulgurant voudrait saper l’œuvre de ta vie et te voler ta mort !

lundi 12 octobre 2026

6362

Diable Dieu, voilà que le ministère de la culture prétend me nommer Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres ! Mais ai-je envie d’être adoubé par ce gouvernement si chiche et méprisant avec la culture, entre autres faillites irrémédiables ? Je décline poliment.

 

Nous nous extasions devant les maisons couvertes de lierre, sans entendre les cris des habitants pieds et poings liés à l’intérieur.

 

(Puis je préfère rester Chevalier errant du Désordre parmi Lézards et Hêtres.)

dimanche 11 octobre 2026

6361

le taille-crayon

néglige

ses rosiers

 

la mitraille

ne vise

que le vitrail

 

puis une vague de sable

démolit

le château d’eau

samedi 10 octobre 2026

6360

Je n’aurai rien à redire aux livres rédigés par l’IA quand tous les lecteurs, dans un proche avenir, selon toute vraisemblance, seront eux-mêmes des robots.

 

C’est donc ça le septième ciel, se disait la fille en regardant le plafond.

 

Nous devons le papier à l’arbre puis aussi, mais un peu plus tard, comme pour se racheter, la gomme.

vendredi 9 octobre 2026

6359

Il aura fallu le fendre pour le savoir si tendre et admettre en conséquence que le cœur est une pastèque.


Mon chien de même est né sans queue, sans tête, sans tronc ni pattes – mais il me suit partout et vous ne me verrez jamais sans lui.

 

Embouteillage. Que n’ai-je plutôt ailé ce taxi !

jeudi 8 octobre 2026

6358

Si le bœuf qui tirait notre charrue avait prétendu un beau matin écrire aussi nos livres, n’aurions-nous pas jugé l’heure venue de le découper en quartiers ?

 

Querelle de voisinage. À qui est ce merle posé sur le mur mitoyen ?

 

Voilà pourquoi nous sommes foutus : la littérature est tellement vieille France.

 

mercredi 7 octobre 2026

6357

J’utilise finalement assez peu le fil à couper le beurre.

 

Sa vie n’était que ratage, ennui, solitude. Il se serait donné la mort sans hésiter s’il n’était si attaché encore à ses bonnes nuits de sommeil profond.

 

(Et je rechigne à m’en servir pour la margarine, sachant qu’il n’est pas vraiment fait pour ça.)

mardi 6 octobre 2026

6356

En dépit des révélations imparables, les lecteurs font un succès du livre de Thélyson Orélien. La plupart des écrivains et chroniqueurs également l’absolvent de toute faute. Dès le premier cas avéré (ici, un clin d’œil complice aux précautions d’usage) de mystification par l’IA, donc, tout le monde s’incline ! Tout le monde s’incline, front contre terre ! Nous conspuons d’une seule voix la vieille religion de l’auteur, ridicule, archaïque, quel prétentieux, ce Proust ! Nous nous dépossédons sans moufter de nos outils les plus fins, le crayon, le pinceau, la clé de sol, soulagés enfin de la besogne si pénible, nous déposons les armes sans combattre. Bienvenue dans le meilleur des mondes… mais abandonnez tout espoir, vous qui entrez ici !

 

Parfaitement abject aussi, le soupçon de racisme jeté sur tous les détracteurs de cet ouvrage si peu ouvragé (même si je veux bien croire que des sales casseurs se mêlent comme à chaque fois aux hardis manifestants). Joue au contraire en faveur de Thélyson Orélien une forme de discrimination positive qui me semble aussi infâmante que la pire injure raciste. Pourquoi devrait-il être déclaré non coupable de faux en écriture au prétexte qu’il est Haïtien ? Quel rapport ? Demandons plutôt leur avis sur la question aux écrivains africains francophones qui ont sué sang et encre sur leurs pages et cherchent vainement un éditeur dans notre beau pays…


(Fumée sans feu est aussi nuage sans pluie. Nous allons avoir faim et soif.)

lundi 5 octobre 2026

6355

Considérant que le péril d’une guerre nucléaire augmente chaque année, David Gross, prix Nobel de physique, au terme de rigoureux calculs de probabilité, prédit la fin de l’humanité pour 2061. Cela dit, il ne prend pas trop de risques sachant que je serai alors âgé de 97 ans.

 

Presque toute la poire est tombée au fond.

 

Je ne comprends pas très bien comment la tache d’huile fait boule de neige ni davantage comment la boule de neige fait tache d’huile.

dimanche 4 octobre 2026

6354

À en croire les spécialistes, si les abeilles disparaissaient, il ne se passerait pas cinq années avant que le miel ne manque pour combler, sur nos tartines, les trous de la mie.

 

Nous pouvons également le déplorer, la pratique de la rature est en train de se perdre.

 

Au reste, et si la fraîche rosée matinale était plutôt la sueur d’un monde qui ne dort jamais ?

samedi 3 octobre 2026

6353

Elle avance, très lente, très vieille, arc-boutée sur sa canne, déterminée pourtant, en direction de la boîte à livres. Je la regarde, têtue, acharnée, le cheveu et la dent rares, si maigre, toute proche maintenant, à force, de la boîte à livres. Qui est un obstacle sur son chemin et qu’elle contourne en soupirant… Même elle !

 

Tu regrettes aujourd’hui d’avoir étudié la perspective auprès des plus grands maîtres, vu tout ce qui s’annonce.


Tentation d’attribuer à la fonte des glaces ce visage mou dans le miroir.

 


 

vendredi 2 octobre 2026

6352

LUI – Dis donc, c’est toujours moi qui te prie de venir dîner. Il t’arrive de rendre les invitations ?!

 

Grand remplacement… Renaud Camus n’aurait-il pas éhontément dépossédé de ses terres Renaud Aquilin ?

 

Minable. Non seulement, j’ai raté mon smashe mais je n’ai pas réussi non plus ensuite à fracasser ma raquette sur le sol...

jeudi 1 octobre 2026

6351

Assis à ma table en terrasse, je vois soudain arriver droit sur moi ce bolide volant visiblement hors de contrôle. Le choc est inévitable, je n’ai le temps pour nulle esquive ni de me jeter au sol, ça va être brutal et, en effet, je suis violemment percuté – qui froisse toutes ses tôles contre mon torse puissant – par cette coccinelle.

 

Seul, comment se serrer davantage ?

 

Écrivain serait un beau métier s’il n’y avait toute cette paperasse.

mercredi 30 septembre 2026

6350

LUI – Veux-tu venir dîner demain ?

MOI – C’est très aimable. Dis-moi à quelle heure et ce que je peux apporter ?

LUI – Vers 7 heures du mat’ avec des croissants, ce sera très bien.

 

Bien sûr que j’ai la nostalgie de l’enfance (de mes filles).

 

Agenouillé face contre terre, tu constates humblement que la fourmi est un dieu suffisant.

 

mardi 29 septembre 2026

6349

Ce qui trouble évidemment, dans l’affaire Thélyson Orélien, si du moins la mystification se confirme, c’est que le premier écrivain artificiel avéré est un homme qui semblait incarner justement tout le contraire et défendre une écriture de la vérité, aux prises avec la vie, jaillie du cœur, née dans l’urgence mais puisant à ses racines caribéennes, ce rescapé d’une histoire contemporaine brutale…

 

… échappé donc du réel le plus abrupt pour s’abîmer au bout de l’exil dans le monde factice, livré aux robots, que notre époque laisse advenir. Grand écart déchirant. En cela, fils paradoxal, écartelé, de ce temps, son premier-né peut-être. Il faut être indulgent à ce titre et lui savoir gré en tout cas de nous montrer si innocemment ce que nous devenons.

 

(Est-il déjà trop tard ? C’est ça et mourir ?)

 

lundi 28 septembre 2026

6348

Elle termine sa digestion et elle s’y colle : les prochains volumes de La Comédie humaine seront l’œuvre de l’IA. Le corpus devrait doubler toutes les secondes.

 

Si la mort de l’auteur nous débarrassait de certains gougnafiers auxquels je pense, ce serait au moins un mal pour un bien et peut-être même, in fine, puisque le meilleur ne peut rivaliser avec le pire dans l’ordre du réel, un heureux événement.

 

Autre avantage des livres produits par l’IA, ils seront fournis avec leur résumé et même, pour les plus impatients, avec le mot unique qui les contiendra entièrement et nous dispensera d’en lire plus.

dimanche 27 septembre 2026

6347

LUI – Veux-tu venir dîner demain ?

MOI – D’accord !

LUI – Peux-tu apporter ta chaise, nous risquons d’en manquer ?

MOI – Très bien.

LUI – Et une petite table d’angle.

 

L'oiseau aussi monte au ciel cloué à sa croix.

 

Confier ainsi à un si jeune enfant le soin d’ouvrir pour nous le chemin, de braver les dangers, d’encaisser les chocs, de défricher la broussaille, de renverser les obstacles, me semble assez ignoble, et la poussette décidément une invention abjecte.

 

samedi 26 septembre 2026

6346

Autre conséquence regrettable de ces canicules, le soleil ardent cuit nos sols d’argile et nous nous retrouvons tout à coup juchés sur un toit de tuiles. Acrophobe aux jambes flageolantes, je risque la chute à chaque instant.

 

essuie-tout

mais quand même

surtout du sperme

 

Il faut appeler un chat qui n’est pas là une souris qui danse.

vendredi 25 septembre 2026

6345

LUI – Veux-tu venir dîner demain ?

MOI – Ma foi, avec plaisir !

LUI – Je crois que tu n’aimes pas le poisson ?

MOI – J’y suis même allergique.

LUI – Je te demande ça parce qu’il y en aura. Carpaccio de saumon en entrée, lotte à l’armoricaine ensuite et truite aux amandes pour le dessert.

 

Il fait des progrès au basket – il grandit.

 

Juré, j’AI tout écrit tout seul !

jeudi 24 septembre 2026

6344

Sainte famille que la mienne, mécréants, prosternez-vous ! Le soin de confectionner la mitre et la chasuble que portera le pape Léon XIV, samedi, à l’occasion de sa messe place de la Concorde, a été confié aux ateliers d’arts liturgiques de mes petits-cousins Chevillard, hé oui ! Le Vatican m’a par ailleurs demandé de lui écrire son sermon, comme si je n’avais que ça à foutre !

 

Attention, une oasis ! Prudence… Risque accru de présence humaine.

 

(Mais donc, nous l’habillons sur place. Est-ce à dire que le souverain pontife fait le voyage à poil depuis l’Italie ?)

mercredi 23 septembre 2026

6343

LUI – Veux-tu venir dîner demain ?

MOI – C’est gentil… oui, pourquoi pas ?

LUI – Eh bien, parce qu’il y aura aussi Jeanne et Melchior que tu n’apprécies pas beaucoup, je crois.

MOI – En effet.

LUI – Et Jean-Louis avec lequel tu es en procès, si je ne m’abuse.

 

L’alcool ne tient pas ses promesses. L’ivrogne titube dans les rues sans parvenir à se semer.

 

Ce matin, tout à coup, le soldat inconnu est sorti de son amnésie. Il se rappelle très bien qui il fut. Et compte entreprendre des démarches pour être inhumé auprès de Marthe.

mardi 22 septembre 2026

6342

Petit moment de désarroi collectif, samedi soir à la Maison de la poésie, tandis que Christophe Brault, souffrant pourtant d’un genou, parcourait de sa foulée déliée la 46ème étape de son marathon autofictif. Il en est désormais à l’année 2014 et, le 25 novembre, j’écrivais ceci, qu’il a donc lu sans faillir : « Au moins sait-on avec certitude que le citron précède sa pondeuse. »

 

Flottement dans l’assistance ordinairement très réactive, perplexité non dissimulée de Christophe lui-même, et moi, pas plus fier que les autres, mêmement accablé par l’obscurité de cette énigme. « Au moins sait-on avec certitude que le citron précède sa pondeuse. » Mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

 

D’habitude, je retrouve lorsque je les entends l’origine de mes formules les mieux tirées par les cheveux, quelle intuition poétique me les a dictées. Cette fois, chaque interprétation que je risque pour sauver la face est plus décevante que la précédente… Il m’arrive de céder au lâcher-prise émancipateur du nonsense, peut-être que ce fut le cas ce jour-là. Ou bien aurais-je saisi alors une vérité si poignante que nous peinons encore, douze ans plus tard, à la concevoir et à l’admettre lucidement ? Je penche pour cette dernière hypothèse.

lundi 21 septembre 2026

6341

LUI – Veux-tu venir dîner demain ? Ce sera très simple, sans chichis, sans tralala, à la bonne franquette, sur le pouce.

MOI – Heu… entendu… j’apporte quelque chose ?

LUI – Non, non, penses-tu ! Ou alors juste une quiche, une salade, deux ou trois fromages et une bouteille.

MOI – Bon.

LUI – Et je te laisse peut-être quand même te charger du dessert ?


Nostalgie… Nous ne connaissons plus la mélancolie des paquebots…


J’hésite entre ces deux matelas… L’argumentaire de l’un promet des étreintes torrides. Mais celui de l’autre, une mort paisible.

 

dimanche 20 septembre 2026

6340

Troubles hormonaux. Le corps change. La voix mue. Le dermatologue noyé dans ses pommades ne peut rien pour notre gueule ravagée. Le nez pousse. Théo sort avec Niki. L’humeur s’assombrit. L’inertie nous gagne. Fin de l’innocence. Plus personne ne nous comprend. C’est l’âge ingrat. La soixantaine.

 

Suspendu à une branche par les bras et les jambes tout le long du jour : on ne me verra jamais faire le paresseux comme ça.

 

– Qui m’aime me suive ! lança-t-il. Et bientôt, en effet, il sentit sur sa nuque l’haleine du fauve.

 

samedi 19 septembre 2026

6339

Plus charmante encore que son sourire si généreusement offert, il y a sa petite moue de dégoût que nous ne sommes que deux à connaître, le brocoli et moi.

 

Va droit au fond des choses – la pluie.

 

La terre fertile, nourricière, si noire soit-elle, est notre or véritable – et l’homme au terme de toute une vie d’efforts en est par récompense entièrement recouvert.

 

[Nous nous retrouvons donc ce soir à la Maison de la poésie à 19h 30 avec Christophe Brault pour la reprise du Marathon autofictif.]

 

vendredi 18 septembre 2026

6338

1… 2… 3… puis plus rien. Ici, s’arrête le décompte des brins d’herbe de ma pelouse. Les canicules de l’été ont tout cramé. Adieu, vertes prairies. Désormais, nous trierons les poussières.

 

Combien de grues pour paver le ciel ?

 

Si routinière soit l’existence, surtout après la sortie de la maternité, le journal reste le seul genre littéraire au sujet duquel il ne sera jamais possible d’affirmer que tout a été dit. Il y a toujours du suspense. Promesses et menaces devront être confirmées ou infirmées. S’ouvre aujourd’hui la vingtième année de L’Autofictif. Pour vous, c’est de la balle, mais moi, je tremble.