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Date de création : 11.11.2010
DerniĂšre mise Ă  jour : 12.06.2023
220 articles


Impasse 2 - Post scriptum

Publié le 12/06/2023 à 13:06 par eudeslancien Tags : prix sur bonne base place monde coup mort

Impasse 2.   Post scriptum

 

Ukraine.

Militairement, rien de bien nouveau depuis six mois : blocage, carnage, dĂ©sinformation. En revanche, retombĂ©es extĂ©rieures de la guerre significatives et parfois inattendues. Les appels Ă  la nĂ©gociation se multiplient, surtout enprovenance du « Sud global ». Mais souvent sans proposition prĂ©cise sur les « contours possibles » d’un rĂšglement du conflit.

Enkystement

Depuis l’étĂ© dernier, la ligne de front n’a guĂšre changĂ© qu’à la marge. Avec les succĂšs brillants, mais sans lendemains, d’Izioum et de Kherson pour les Ukrainiens, l’acharnement autour de Bachkout, « hachoir Ă  viande », sinon Verdun local selon les analystes, finalement aux mains des Wagner (jusqu’à quand ?). Blocage donc, mais au prix de pertes en hommes et matĂ©riel dĂ©mesurĂ©es, et, ailleurs, de dĂ©gĂąts et destructions de plus en plus considĂ©rables et inĂ©dites (les barrages). Dans une atmosphĂšre de dĂ©sinformation Ă©chevelĂ©e de part et d’autre. L’affrontement, nĂ©anmoins, reste circonscrit par une double mise en garde des « parrains » des antagonistes : moindre allusion Ă  la menace nuclĂ©aire sur insistance des Chinois, sanctuarisation du territoire russe exigĂ©e par les AmĂ©ricains.

Dans ce contexte, on attendait la contre-offensive ukrainienne, arlĂ©sienne du théùtre des opĂ©rations depuis des semaines. Elle semblait  un Ă©lĂ©ment de propagande pour doper le moral de l’arriĂšre, et un argument pour obtenir des Occidentaux toujours plus de moyens, surtout en Ă©quipements lourds, tant de dĂ©fense que d’assaut. Zelensky lui-mĂȘme et son Ă©tat-major paraissaient hĂ©siter devant les risques d’une opĂ©ration alĂ©atoire et coĂ»teuse, qui se heurterait  à une dĂ©fense russe trĂšs renforcĂ©e, et aux compĂ©tences tactiques, de l’avis des experts, trĂšs amĂ©liorĂ©es. Mais son imminence ou, dĂ©sormais, des succĂšs, mĂȘme limitĂ©s, peuvent ĂȘtre un atout dans une Ă©ventuelle nĂ©gociation.

Résilience

Les retombĂ©es extĂ©rieures du conflit se sont rĂ©vĂ©lĂ©es, au contraire, Ă  bien des Ă©gards surprenantes. Les Ă©conomies des protagonistes ont fait preuve d’une Ă©tonnante plasticitĂ©. Les sanctions occidentales, dans un premier temps du moins, n’ont guĂšre pĂ©nalisĂ© la Russie, qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© de la mise en place rapide de rĂ©seaux parallĂšles et plus ou moins clandestins d’approvisionnement et de vente. Et continuĂ© Ă  exporter son pĂ©trole, Ă  prix bradĂ©s certes, Ă  d’autres clients, Chine, Inde, Turquie, voire Etats du Golfe,  dont une bonne part rĂ©expĂ©diĂ©e sur les marchĂ©s occidentaux. Quant aux importations  essentielles Ă  son effort de guerre, elles ont afflué  via les Etats voisins, sous des formes souvent incongrues pour dĂ©sossage et recyclage (Ă©quipement mĂ©nager).

Les EuropĂ©ens auront aussi fait face assez rapidement aux principales pĂ©nuries provoquĂ©es transitoirement par la guerre. Ils auront  modifiĂ© assez vite leur mix Ă©nergĂ©tique et leurs sources d’approvisionnement pour se passer quasi totalement du gaz russe, ce qui reprĂ©sentera sans doute pour Moscou le passif le plus lourd de son affrontement  avec l’Occident. L’impact de la guerre sur les prix de l’énergie et de quelques matiĂšres premiĂšres essentielles, au dĂ©but considĂ©rable, s’est assez rapidement estompĂ©, puisqu’ on retrouve depuis quelques mois les niveaux d’avant le conflit. L’inflation persistante et la stagnation/rĂ©cession qu’elle induit tiennent dĂ©sormais Ă  beaucoup d’autres facteurs, le gonflement abusif des marges des entreprises, le  laxisme des politiques budgĂ©taires des Etats, les politiques monĂ©taires Ă  contretemps des grandes banques centrales.

 

 

Bascule

 Plus spectaculaire encore, la bascule gĂ©opolitique du monde : dĂ©soccidentalisation, dĂ©dollarisation, Ă©mergence du Sud global et de son multi-alignement. Avec, en figures de proue, l’Inde, et plus gĂ©nĂ©ralement l’Asie du sud-est (IndonĂ©sie, Vietnam), les Etats du Golfe et les ambitions nouvelles de l’Arabie Saoudite, le BrĂ©sil d’un Lula en pleine madurisation, hĂ©raut  de l’aprĂšs-dollar, la Turquie,  champion incontesté  du double jeu.

En regard, le carrĂ© d’as. Les deux puissances dominantes, aux performances antithĂ©tiques. La Chine, dont l’économie a souffert cruellement d’un covid mal gĂ©rĂ©, a du mal Ă  se redresser, et, aux prises avec de lourds et multiples problĂšmes, ne retrouvera pas sa vigueur passĂ©e. Mais la percĂ©e diplomatique de PĂ©kin est impressionnante : aprĂšs l’Afrique et l’AmĂ©rique latine, la captation de l’Iran et son rapprochement avec l’Arabie saoudite, qui stabilise le Moyen Orient, les liens commerciaux et financiers  avec l’ensemble du monde arabe. Les USA, grands gagnants Ă©conomiques de la guerre d’Ukraine,  ont repris la main en Europe et sĂ©parĂ© pour longtemps l’Allemagne de la Russie, qu’ils espĂšrent saigner Ă  blanc sans engager un soldat. Mais  leur position dominante est un peu partout contestĂ©e. Et  leur politique de sanctions tous azimuts et d’ingĂ©rence universelle est de moins en moins bien acceptĂ©e par l’ensemble des pays « émergents ».

En retrait, au contraire, la Russie et l’Union europĂ©enne. Moscou aura perdu  les « juteux marchĂ©s occidentaux », son prestige militaire, la confiance des anciens pays satellites. DĂ©pend de plus en plus de ses ennemis « historiques » (Iran, Turquie), jusqu’à la vassalisation en ce qui concerne la Chine
 voire aux camouflets (confĂ©rence avec les pays d’Asie  centrale sans elle, exclusion du projet de G4, directoire du monde !). L’Union europĂ©enne, elle, a perdu des investissements importants, et  dĂ» diversifier Ă  grands frais ses sources d’approvisionnement. VassalisĂ©e de nouveau par les Etat-Unis, elle est aussi fragilisĂ©e : divergences est-ouest, sur la Russie notamment, dissentiments  franco-allemands sur presque tous les grands sujets, l’énergie en particulier, dominance croissante de l’Allemagne, elle-mĂȘme en pleine recherche d’un nouveau modĂšle de dĂ©veloppement. En grand retard technico-Ă©conomique dans la compĂ©tition mondiale, elle irrite et perd son influence en  se mĂȘlant de toutes les affaires du monde et distribuant des leçons au nom de valeurs supposĂ©es universelles,  que rĂ©cuse  plus de la moitiĂ© de l’humanitĂ©.

Guerre et paix

Paradoxe amusant : c’est aujourd’hui le Sud global (BrĂ©sil, Etats africains, Etats du Golfe, IndonĂ©sie et Chine, bien sĂ»r !) qui s’immisce dans les affaires purement europĂ©ennes en prĂŽnant des nĂ©gociations pour mettre fin Ă  un conflit qui   perturbe le bon ordre international, considĂ©rant que les deux camps opposĂ©s partagent les torts et n’ont pas Ă  se faire justice eux-mĂȘmes. Beaucoup de mĂ©diateurs potentiels donc, mais assez peu de schĂ©mas prĂ©cis de rĂšglement. On peut tenter d’en esquisser les grandes lignes, aprĂšs en avoir justifiĂ© l’intĂ©rĂȘt, sinon la nĂ©cessitĂ©.

Il est vrai qu’une large fraction des Ă©lites et responsables occidentaux, surtout europĂ©ens, et plus encore dans l’est du continent (sinon les peuples, mais sont-ils jamais consultĂ©s ?!) rejettent l’idĂ©e mĂȘme d’une  nĂ©gociation. Elle serait l’assurance que Poutine recommencera dĂšs qu’il en aura les moyens et l’opportunitĂ©. La victoire doit ĂȘtre totale. Mais quelle victoire ? S’arrĂȘter aux frontiĂšres de l’Ukraine ne garantit en rien que Moscou ne reprendra pas un jour le combat. Franchir ces frontiĂšres serait dĂ©clencher le pire (guerre mondiale, feu nuclĂ©aire ?) 
 et justifier le discours poutinien d’une nouvelle agression de la Russie par l’Occident et sa thĂšse un rien dĂ©lirante d’un affrontement civilisationnel. Quelle hypocrisie, sinon franche indĂ©cence, par ailleurs, d’envoyer se battre et sacrifier jusqu’au dernier Ukrainien pour une cause qui concernerait tout l’Occident dĂ©mocratique ! De plus, par ses agressions, Poutine, en vrai Gribouille, aura rĂ©veillĂ© un Otan « en Ă©tat de mort cĂ©rĂ©brale ».Une nĂ©gociation bien conduite aboutirait au pire Ă  une paix armĂ©e, ouvrant une nouvelle Ăšre de guerre froide, pĂ©riode qui fut aprĂšs tout l’une des plus calmes et des moins belliqueuses de l’histoire rĂ©cente.

Si nĂ©gociation il y a, quelles pourraient en ĂȘtre les grandes lignes ?  Avec la prise de Bakhmout, Prigorine dĂ©clarait que les Russes avaient atteint leurs objectifs et que la guerre pouvait donc se terminer. Avis qui semble partagĂ© en haut lieu. C’est une version minimaliste par rapport aux ambitions de dĂ©part. Mais Poutine pourra faire valoir qu’il a effectivement protĂ©gĂ© des populations russes contre une « agression de l’Otan », et apprĂ©ciera le maintien de la CrimĂ©e de Potemkine et de  SĂ©bastopol dans le giron de la mĂšre-patrie. PrĂ©tentions exorbitantes ? La CrimĂ©e est russe depuis le XVIII° siĂšcle, et n’a Ă©tĂ© cĂ©dĂ©e Ă  l’Ukraine, au titre de mesure  d’administration interne, qu’au milieu du XX° par un Kroutchev en mal de dĂ©culpabilisation. Et le coup de force de 2014 a tout de mĂȘme reçu l’assentiment d’une trĂšs large majoritĂ© de la population locale. Le Donbass, assez mal traitĂ© par Kiev, a fait sĂ©cession depuis prĂšs de dix ans, et l’a dĂ©fendue par les armes dans des conditions difficiles. Au titre des principes, le droit Ă  l’autodĂ©termination vaut-il moins que le respect des frontiĂšres des Etats, souvent arbitrairement fixĂ©es ?  On peut Ă  bon droit s’interroger, surtout si la situation nouvelle assure Ă  terme pacification et stabilitĂ©. Les Occidentaux lui ont d’ailleurs donnĂ© prioritĂ© en diverses circonstances ces derniĂšres annĂ©es. C’est l’argument « deux poids, deux mesures »,  qui fait mouche dans le reste du monde.

Le plan de paix en dix points de Zelensky est, au contraire, maximaliste. Base de dĂ©part comprĂ©hensible, qui permettrait Ă  peu de frais l’abandon en cours de discussion des points les « moins acceptables gĂ©opolitiquement ». L’essentiel pour l’Ukrainien est qu’il bĂ©nĂ©ficie prĂ©sentement d’une conjoncture plutĂŽt favorable, qui risque de se dĂ©grader. Les experts n’attendent pas de rĂ©sultats dĂ©cisifs de la contre-offensive annoncĂ©e, qui risque d’ĂȘtre trĂšs meurtriĂšre et d’aggraver la lassitude d’une population dĂ©jĂ  trĂšs Ă©prouvĂ©e. L’obtention (improbable ?) d’une aide massive des Occidentaux en armes lourdes pourrait dĂ©clencher la riposte chinoise qu’on a jusqu’ici Ă©vitĂ©e. Les populations europĂ©ennes partagent de moins en moins l’enthousiasme belliqueux de leurs dirigeants en faveur de la guerre. Et les responsables amĂ©ricains s’interrogent de plus en plus sur la pertinence d’une prolongation du conflit et d’un engagement trop massif, qui  pourrait ĂȘtre remis en cause Ă  l’issue de la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle. Dans ce momentum, l’abandon de la revendication d’un retour aux frontiĂšres initiales du pays apparait comme un levier possible plutĂŽt qu’une capitulation dĂ©ceptive. Pourquoi s’acharner Ă  rĂ©cupĂ©rer des terres irrĂ©dentistes, ruinĂ©es et vidĂ©es d’une population largement hostile ? Qui seront toujours un boulet intĂ©rieur et un handicap international. Ne vaut-il pas mieux se recentrer sur le noyau vĂ©ritablement europĂ©en et historique du pays ? Mais en exigeant et obtenant en contrepartie un engagement de non-agression des Russes, des garanties  de sĂ©curitĂ© rĂ©elles des Occidentaux (adhĂ©sion Ă  l’Otan dĂšs les hostilitĂ©s terminĂ©es ?), un plan Marshall massif des EuropĂ©ens pour la reconstruction et le dĂ©veloppement du pays, plutĂŽt qu’une adhĂ©sion prĂ©cipitĂ©e Ă  l’Union, qui poserait de trĂšs gros problĂšmes sans aider Ă  l’essentiel.

Cette malice dialectique constitue peut-ĂȘtre la clef pour une pacification durable de la rĂ©gion. On peut toujours rĂȘver. Mais aussi dĂ©plorer qu’aucune autoritĂ© morale n’ait dĂ©noncĂ© solennellement un affrontement dĂ©sastreux et  indigne de gens civilisĂ©s, et que fassent dĂ©faut un ou des diplomates de  bonne envergure, capables, Ă  la façon du vieux Kissinger, de forcer le destin et de modifier le cours de l’histoire.

 

                                                                                   

Impasse(2)

Publié le 18/10/2022 à 15:14 par eudeslancien Tags : divers sur place chez mode fond

Impasse (2)    (mise à jour)

 

Divers indices  suggĂšrent une ouverture de Moscou Ă  la nĂ©gociation, au moins d’un cessez-le-feu ?  La Chine, l’Inde, la Turquie et quelques moindres puissances poussent manifestement en ce sens.  La clĂ© de sortie de crise est entre les mains des USA, les seuls grands gagnants d’un conflit, dont ils auraient maintenant intĂ©rĂȘt Ă  hĂąter la fin, au moins provisoire,  les seuls aussi qui puissent calmer les bellicistes  de Kiev, de Bruxelles et d’ailleurs.

Ouverture ?

 On a gĂ©nĂ©ralement analysĂ© le grand discours de Poutine lors de la cĂ©lĂ©bration grandiose de l’annexion de quatre provinces ukrainiennes comme une nouvelle escalade dans le conflit. Pourtant, l’essentiel en Ă©tait consacrĂ© Ă  une diatribe contre l’Occident « colonialiste » (pas toujours injustifiĂ©e d’ailleurs). DestinĂ©e plutĂŽt Ă  la population russe. Mais aussi au « Sud global », assez hostile Ă  l’impĂ©rialisme politique, Ă©conomique et idĂ©ologique des « dĂ©mocraties », sans toutefois s’engager vraiment  pour un camp plutĂŽt que l’autre. La place rĂ©servĂ©e Ă  la guerre en Ukraine y  était somme toute assez rĂ©duite, les prĂ©tentions anciennes au dĂ©peçage du voisin abandonnĂ©es ou en sourdine. Et l’annexion prĂ©cipitĂ©e des quatre oblasts plutĂŽt une indication des bornes et Ă©lĂ©ments d’une nĂ©gociation possible, d’ailleurs accessoirement Ă©voquĂ©e, comme l’incertitude sur les frontiĂšres exactes de ces territoires. Un cessez le feu aujourd’hui stabiliserait la ligne de front actuelle entre les deux armĂ©es, qui recoupe approximativement le partage entre les zones Ă  dominante russe ou ukrainienne. Autre indice d’ouverture possible : l’annonce qu’on ne renouvellerait pas pour l’instant le dĂ©luge de feu qui a suivi l’attentat contre le  pont de Kertch, aprĂšs la nomination d’un nouveau chef de guerre Ă  la rĂ©putation sulfureuse.

MalgrĂ© l’étroitesse de leurs relations avec Moscou,  l’Inde et la Chine, manifestement inquiets de l’évolution de la situation, ont   prodiguĂ© des conseils de modĂ©ration, Ă  Samarkand et aprĂšs. MĂȘme XI s’est engagĂ© Ă  protĂ©ger le Kazakhstan en cas de menaces (de qui ?) contre son intĂ©gritĂ© territoriale. La Turquie vient Ă  nouveau d’appeler officiellement Ă  la nĂ©gociation,  proposant comme dĂ©jĂ  sa mĂ©diation. A cette rĂ©serve croissante des tiers Etats contre une poursuite, voire une intensification, du conflit une double raison : l’agitation inconsidĂ©rĂ©e et rĂ©pĂ©tĂ©e de la menace atomique ; la dĂ©gradation inquiĂ©tante de la conjoncture Ă©conomique et financiĂšre internationale, dont risquent de souffrir, beaucoup plus que les USA, l’Europe, les Ă©mergents et la Chine.

Les marrons du feu

 Selon Marc Fiorentino, les USA auraient atteint cinq objectifs majeurs Ă  la faveur (!!) du conflit ukrainien : la reviviscence de l’OTAN et son extension Ă  des pays traditionnellement neutres ; l’augmentation des budgets militaires en Europe,  en Allemagne principalement, source de substantiels  contrats pour les industries d’armement outre-Atlantique ;  un rappel Ă  l’ordre, sinon la mise au pas de l’Europe,  spĂ©cialement d’une Allemagne obligĂ©e Ă  renoncer Ă  ses tropismes russe et chinois ; un avertissement Ă  la Chine et un affaiblissement durable de la Russie. Les trois premiers rĂ©sultats ne sont pas contestĂ©s, les deux autres moins Ă©vidents. D’aprĂšs MF, « les Etats-Unis veulent gagner dix ans minimum avant que l’annexion inĂ©luctable de TaĂŻwan par la Chine se produise, le temps de rĂ©duire la dĂ©pendance aux semi-conducteurs de l’üle ». Beaucoup d’experts estiment le bon crĂ©neau d’intervention plus rĂ©duit et plus proche. Mais il est vrai que l’évolution de la guerre en Ukraine,  la  dĂ©gradation de la conjoncture Ă©conomique et la traditionnelle patience des dĂ©cideurs chinois devraient retarder l’échĂ©ance. Les sanctions contre la Russie, comme souvent, se rĂ©vĂšlent assez peu efficaces, dans l’immĂ©diat au moins. Mais la flambĂ©e des cours du pĂ©trole et du gaz, si bĂ©nĂ©fique jusqu'ici, masque la rĂ©alitĂ©, et sa durĂ©e reste alĂ©atoire. A terme, Moscou  aura perdu ses colossaux marchĂ©s europĂ©ens avant d’encaisser le choc de la transition Ă©nergĂ©tique. A quoi s’ajoutent un moindre accĂšs aux hautes technologies et le dĂ©part massif d’une main d’Ɠuvre jeune, bien formĂ©e et entreprenante. Sans Ă©voquer une sĂ©vĂšre perte de crĂ©dibilitĂ© de la machine militaire russe,   mĂȘme si ses apparentes dĂ©faillances sont prĂ©sentĂ©es ici et lĂ  comme une stratĂ©gie dĂ©libĂ©rĂ©e. StratĂ©gie qui, en tout cas, n’aura pas affaibli les USA, le grand adversaire. Ceux-ci sortent indemnes des crises actuelles, sauf Ă  rĂ©sorber les excĂšs de leurs politiques publiques par un resserrement monĂ©taire. Auto-suffisants en matiĂšre Ă©nergĂ©tique, avec un dollar au plus haut par rapport Ă  toutes les monnaies, et, selon P. Artus, un pib en volume qui progresserait de prĂšs de 25% de plus que celui de la Chine dans les trente prochaines annĂ©es.

Forte de ces avantages et d’une situation privilĂ©giĂ©e, l’AmĂ©rique a probablement intĂ©rĂȘt dĂ©sormais Ă  une cessation des hostilitĂ©s en Ukraine. Certaines dĂ©clarations officielles ou indices (fuites sur le meurtre Douguine, prudence Ă  l’ONU sur la CrimĂ©e) semblent le confirmer. Pour parler cru, les risques deviennent plus sĂ©rieux que les retombĂ©es « positives »( ?). Crainte d’un dĂ©rapage incontrĂŽlable, un Armageddon nuclĂ©aire, thĂšme dĂ©jĂ  exploitĂ© par l’opposition rĂ©publicaine. Crainte de dĂ©gĂąts excessifs Ă  l’économie mondiale, notamment chez les Ă©mergents, dĂ©jĂ  fragilisĂ©s par les multiples dĂ©rĂšglements des deux derniĂšres annĂ©es et par l’éclipse provisoire de l’économie chinoise. Crainte d’un Ă©clatement du consensus europĂ©en, et de rĂ©actions violentes, sociales, voire politiques, Ă  la poussĂ©e inĂ©dite d’inflation, puis Ă  la rĂ©cession. Crainte de s’aliĂ©ner plus encore le « Sud global » par un jusqu’auboutisme  guerrier insolent et incompris, 
 maniĂšre de rĂ©ponse aussi aux rebuffades rĂ©pĂ©tĂ©es des Etats pĂ©troliers du Golfe. Crainte mĂȘme d’un possible, mais improbable, effondrement russe, avec un aprĂšs-Poutine incontrĂŽlable et plus dangereux encore que l’actuel dĂ©fi.

 Bravaches

Les rĂ©cents succĂšs militaires de Kiev ont ravivĂ© les fantasmes guerriers et punitifs des extrĂ©mistes du parti ukrainien. Sans Ă©voquer Koutouzov, mieux vaut ne pas vendre la peau de l’ours prĂ©maturĂ©ment. Ni politiquement, ni militairement. Poutine semble toujours bĂ©nĂ©ficier du soutien d’une large majoritĂ© de la population, sensible au thĂšme de l’identitĂ© nationale et favorable Ă  la rĂ©cupĂ©ration des  terres de la vieille Russie. La menace d’un putsch des nationalistes ou des militaires (sans leader Ă©vident) paraĂźt d’autant plus improbable que « le PrĂ©sident est bien gardĂ© par le tout-puissant FSO ». Militairement, puisque le mode est aux comparaisons historiques, on rappellera le prĂ©cĂ©dent de la guerre russo-finlandaise de 39-40, dĂ©butant par un feu d’artifice des troupes de Mannerheim pour se conclure par une catastrophe nationale. S’ils sont aussi brillants qu’inattendus, les rĂ©cents succĂšs ukrainiens restent limitĂ©s et n’ont pas provoquĂ© l’effondrement annoncĂ© de l’armĂ©e russe. Qui, rĂ©organisĂ©e, mieux Ă©quipĂ©e et dirigĂ©e, retrouverait la supĂ©rioritĂ© du nombre et des moyens, et pourrait plus que rĂ©tablir une situation qu’on jugeait compromise. L’armĂ©e ukrainienne de son cĂŽtĂ© a perdu beaucoup d’hommes. Et il n’est pas sĂ»r que la population, voire les dirigeants du pays, acceptent trĂšs longtemps les destructions massives et le sacrifice d’une large part de gĂ©nĂ©rations d’hommes jeunes et valides.

Envoi

Au bout du compte, aprĂšs six mois de guerre, de ruines et de deuils, les antagonistes se retrouvent Ă  trĂšs peu prĂšs dans la situation de dĂ©part. Une sorte de match nul militaire, un Ă©quilibre des forces au moins apparent et provisoire, avec des moyens et atouts diffĂ©rents, qui pourrait durer jusqu’au printemps prochain. Raisonnablement, la somme des dĂ©gĂąts et dĂ©convenues devient telle qu’une pause paraĂźt s’imposer, Ă  dĂ©faut d’un rĂšglement de fond, qui prendra du temps, si jamais il advient. Donc un cessez-le-feu nĂ©gociĂ©, appuyĂ© par quelques grands neutres, dont l’Inde, avec Ă  la manƓuvre la Turquie et l’ONU, et Macron en mouche du coche. Et deux parrains : la Chine faisant pression sur Moscou, et les USA sur l’Ukraine. L’arrĂȘt des hostilitĂ©s, mĂȘme s’il ne dĂ©bouche que sur une trĂȘve prolongĂ©e, devrait permettre une dĂ©sescalade dans l’affrontement Russie-Occident, profitable aux deux parties. Mieux  vaut toujours une paix armĂ©e qu’une guerre ouverte. Est-ce le scĂ©nario de l’impossible ?

 

                                                                                            

Impasse

Publié le 15/08/2022 à 22:09 par eudeslancien Tags : mort image prix sur monde coup fond sur fond pouvoir

Impasse

(point d’étape aprĂšs six mois de guerre en Ukraine)

 

Thébaïde

Depuis le plus lointain passĂ©, mythique ou historique, les affrontements fratricides, comme les guerres de religion,  ont toujours Ă©tĂ© aussi monstrueux qu’inexpiables. Ces derniĂšres annĂ©es, la malĂ©diction   a frappĂ© les peuples slaves : aprĂšs les slaves du sud, ceux de l’est. Avec, au dĂ©part, les mĂȘmes incomprĂ©hensions et mĂ©prises, puis, sur fond d’hystĂ©rie, une montĂ©e aux extrĂȘmes, que rien ne semble pouvoir enrayer. Pour l’Ukraine aujourd’hui, la prĂ©tention et l’assurance de rĂ©cupĂ©rer ses territoires perdus en infligeant Ă  Moscou une sĂ©vĂšre  dĂ©faite, suivie d’un affaiblissement dĂ©cisif de l’ogre russe, avec chute de Poutine et instauration au Kremlin  d’une vraie dĂ©mocratie (Ă  l’ukrainienne ?).  Du cĂŽtĂ© russe, la lutte finale contre le rĂ©gime nazi (modĂšle 1942) installĂ© Ă  Kiev par les AmĂ©ricains, un dĂ©ferlement militaire jusqu’à la frontiĂšre polonaise, l’annexion, outre la CrimĂ©e et le Donbass, de tout le sud du pays jusqu’à la Transnitrie, la russification  de la population restante aprĂšs expulsion des rĂ©calcitrants (dixit un fier descendant du grand TolstoĂŻ). Et entre l’Otan, Washington et Moscou, une escalade stĂ©rile et redoutable de propos irresponsables, voire injurieux, Ă  la maniĂšre d’une rixe de voyous.Outrances et rodomontades qu’on  jugerait puĂ©riles, voire grotesques, si la situation n’était aussi dramatique. Plus sĂ©rieusement, au terme de cet affrontement qui finira bien par advenir, que restera-t-il des territoires envahis ? Plus la guerre se prolonge, surtout avec l’intensitĂ© des rĂ©cents combats, plus la dĂ©vastation et la dĂ©solation s’étendent. Quelle absurditĂ© que cette lutte Ă  mort pour rĂ©gner finalement sur un pays ravagĂ©, exsangue et dĂ©peuplé ? Comme le dit R. Girard, accepter un champ de ruines n’a jamais rien rapportĂ© Ă  personne.

Maßtre des horloges ?

AprÚs sa lourde erreur initiale, Poutine  paraßt avoir repris la main face au « collectif occidental ». Mais le bilan est-il si favorable ?

Militairement, la premiĂšre phase de l’ « opĂ©ration spĂ©ciale » ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un franc succĂšs. MĂȘme  si Moscou invoque sa retenue Ă  l’égard des populations civiles et  la sauvegarde du territoire, dont ne tĂ©moignent pas vraiment les destructions Ă  Marioupol et dans le Donbass. Beaucoup y ont vu plutĂŽt un coup dur, un rien ridicule, pour la crĂ©dibilitĂ© de la machine de guerre russe, considĂ©rĂ©e jusqu’alors comme particuliĂšrement redoutable.  Situation et image se sont nettement redressĂ©es lors de la deuxiĂšme phase du conflit qui semble s’achever. Avec un net avantage et une supĂ©rioritĂ© manifeste des troupes d’invasion, et  des avancĂ©es substantielles dans l’est et le sud du pays. Toutefois, au prix de pertes sĂ©vĂšres, le gros du corps de bataille ukrainien a Ă©chappĂ© pour l’instant Ă  l’encerclement, voire Ă  l’anĂ©antissement, dont il Ă©tait menacĂ©. Et la progression russe vers Odessa  semble au minimum stoppĂ©e. AprĂšs la probable occupation totale du Donbass, sans doute ardue et coĂ»teuse par l’armĂ©e d’invasion, la ligne de front pourrait se stabiliser, et une guerre d’usure et de position (« de corsaires » ?) s’installer durablement. Poutine rĂ©pugnant Ă  une mobilisation gĂ©nĂ©rale, et lui prĂ©fĂ©rant le recrutement de mercenaires surpayĂ©s dans les zones perdues du territoire, voire d’alliĂ©s exotiques (Nord-CorĂ©e ?). Et les Ukrainiens bĂ©nĂ©ficiant du tempo lent du conflit pour se procurer les armes lourdes qui leur font dĂ©faut et entraĂźner leurs troupes Ă  s’en servir. Situation qui prĂ©figurerait  un cessez-le-feu Ă©ventuel, prenant en compte les forces et limites des antagonistes.

 Poutine, par ailleurs, a bien ressuscitĂ© l’Otan , poussĂ© ses membres, l’Allemagne en tĂȘte (modĂšle 1941 ?), Ă  muscler et Ă©toffer leurs capacitĂ©s militaires, mais surtout provoquĂ© un retour  en force des AmĂ©ricains  et leur mainmise totale sur l’organisation. Il a donc transformĂ© en danger bien rĂ©el une menace qui restait largement virtuelle. Bascule que fort habilement il prĂ©sente aprĂšs coup comme la preuve du bien-fondĂ© de son action prĂ©ventive, et une justification du nouvel accĂšs de fiĂšvre obsidionale de son pays. Il y a du gribouille et pas mal d’inconsĂ©quence dans cette partie de judo stratĂ©gico-politique. De mĂȘme lorsque Lavrov justifie une extension des buts de guerre du Kremlin par la prĂ©sence d’armes lourdes en Ukraine, qu’il retrouverait au centuple s’il Ă©largissait ses ambitions jusqu‘aux frontiĂšres polonaises.

Vis-Ă -vis de l’Europe Ă©galement, Poutine paraĂźt jouer excellemment, de l’arme Ă©nergĂ©tique en particulier. La cohĂ©sion retrouvĂ©e de l'Union  lors du dĂ©clenchement du conflit s’est rapidement fissurĂ©e. Entre faucons  et colombes, plus encore selon le degrĂ© de dĂ©pendance au gaz russe. Mais aussi du fait de l’instabilitĂ© politique des dĂ©mocraties, qui fait la joie de Medvedev, mĂȘme si la chute successive de Johnson et Draghi, voire de Macron, s’expliquent principalement par des raisons de politique intĂ©rieure. Ces points marquĂ©s, plutĂŽt brillamment, suscitent pourtant des interrogations. Dans un premier temps,  la Russie a bĂ©nĂ©ficiĂ© Ă  plein de l’envolĂ©e des cours de l’énergie,  les EuropĂ©ens finançant largement et paradoxalement son effort de guerre. Mais peut-elle vraiment Ă  terme se passer de ses clients europĂ©ens ? Elle vend Ă  prix bradĂ©s du pĂ©trole Ă  la Chine et Ă  l’Inde, qui le rĂ©expĂ©die avec bĂ©nĂ©fice Ă  l’Occident. Supprimer l‘approvisionnement en gaz des pays europĂ©ens, c’est leur crĂ©er d’énormes problĂšmes, Ă©conomiques, sociaux, voire politiques. Mais c’est aussi tuer la poule aux Ɠufs d’or, car le gaz ne s’exporte pas sans installations appropriĂ©es, mĂȘme si on envisage dans un futur lointain  une dĂ©rivation vers la Chine. Pour l’hiver prochain et pour la suite, c’est aussi accĂ©lĂ©rer la recherche de substituts aux Ă©nergies fossiles, et hĂąter la transition Ă©nergĂ©tique, qui implique leur abandon programmĂ©.

A quoi s’ajoute un risque conjoncturel sĂ©rieux. Nous allons basculer quelque temps d’une Ă©conomie de raretĂ© vers une Ă©conomie de surplus. Avec quelques autres facteurs, la flambĂ©e des prix de l’énergie (et de l’alimentation), largement attisĂ©e par la spĂ©culation,  pourrait entraĂźner assez rapidement une rĂ©cession  plus ou moins sĂ©vĂšre, dĂ©jĂ  amorcĂ©e aux USA, voire en Allemagne. Avec baisse consĂ©cutive des cours mondiaux, dĂ©jĂ  sensible sur les matiĂšres premiĂšres. Et consĂ©quemment une dĂ©crue, sinon un effondrement (provisoire, mais pas nĂ©cessairement bref) du prix du pĂ©trole et du gaz, qui ont toujours mis Ă  mal les Ă©conomies et les finances des pays producteurs. Ceux-ci, d’ailleurs,semblent avoir senti le vent du boulet, en  refusant les hausses de production demandĂ©es par Biden, qui risquaient d’accĂ©lĂ©rer le plongeon de l’économie mondiale.

Bévues.

Sans Ă©voquer les controverses sur la lĂ©gitimitĂ© et la pertinence gĂ©o-stratĂ©gique des rĂ©actions occidentales au coup de force russe, on doit constater l'Ă©chec de  sanctions que Bruxelles et Washington n'ont pas cessé  d’alourdir . Elles se rĂ©vĂšlent inefficaces, voire contre-productives, comme tous les prĂ©cĂ©dents rĂ©cents le confirment, de Cuba Ă  l’Iran. Elles renforcent les rĂ©gimes visĂ©s, rassemblant leurs populations autour de leurs dirigeants, bien qu’elles en souffrent plus qu’eux. Elles sont largement contournĂ©es, tant  par adaptation des circuits d’échanges extĂ©rieurs que par rĂ©amĂ©nagement des structures productives intĂ©rieures. Le cas russe ne dĂ©ment pas ces conclusions. Possiblement trĂšs affectĂ© Ă  long terme, notamment par l’exode des cadres et techniciens supĂ©rieurs, Moscou, dans l’immĂ©diat, tire profit on l’a vu, de la situation (revenus des groupes Ă©nergĂ©tiques, rĂ©serves et taux de change). Pour les EuropĂ©ens, au contraire, le bilan est passablement nĂ©gatif. Ils auront perdu des dizaines de milliards d’investissements (modĂšle 1917 !) et des marchĂ©s importants. Ils payent un prix exorbitant pour leur dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique. Avec, en prime, et pour de multiples raisons, la perspective, sinon de sombrer dans la stagflation, de subir la double peine successive de l’inflation, puis de la rĂ©cession. In fine, comme le dit R. Girard, que sanctionnent les sanctions europĂ©ennes, si ce n’est l’Europe en premier lieu ?  BĂ©vue grossiĂšre, Ă  quoi s’ajoute le renforcement de la tutelle amĂ©ricaine et des bĂ©nĂ©fices que tirent les USA de cette crise, dont ils sortent grands gagnants, et sans doute dĂ©sormais, maĂźtres du jeu politico-militaire.

BĂ©vue  aussi que l’admission, sous quelque forme et Ă  quelque Ă©chĂ©ance que soit, de l’Ukraine dans l’Otan. Ce serait pĂ©renniser un motif majeur de conflit, dont nul ne sait comment il  peut  dĂ©gĂ©nĂ©rer. De mĂȘme que serait une lourde erreur l’adhĂ©sion Ă  l’Union europĂ©enne d’un pays oĂč la dĂ©mocratie et ses « valeurs » laissent beaucoup Ă  dĂ©sirer ; qui modifierait complĂštement l’Union en renforçant sa composante orientale, instable et aux options internationales aventureuses, sinon dangereuses ; qui l'Ă©largirait  encore et la rendrait  trop diverse pour ĂȘtre vraiment viable, et qui, accessoirement, mettrait en minoritĂ© le « couple » franco-allemand.

MĂ©prise, enfin, quant Ă  l’impact sur l’opinion internationale  de la condamnation par« l’Occident » de l’intervention russe. Sa croisade pour le droit, la libertĂ© et l’ordre international suscite beaucoup plus que des rĂ©serves dans des pays qui groupent plus de la moitiĂ© de l’humanitĂ©. Ce «reste du monde » (et les populations encore plus que les dirigeants),  travaillĂ© par une campagne mĂ©diatique appropriĂ©e, ne parait guĂšre convaincu par le rĂ©cit occidental de la guerre en Ukraine. Il y voit un conflit entre voisins comme bien d’autres de par le monde, aux responsabilitĂ©s partagĂ©es. Il estime que les mĂ©thodes d’intervention condamnĂ©es ont Ă©tĂ© largement utilisĂ©es par leurs censeurs dans le passĂ© et ailleurs (le « deux poids, deux mesures » de Poutine). Il rejette  dĂ©sormais le leadership occidental, amĂ©ricain surtout, la prĂ©tention des USA Ă  ĂȘtre le gendarme du monde,  rĂ©gent et ordonnateur des affaires de tous. A quoi s’ajoutent  en bien des endroits le prurit post/ et anticolonial et l’agacement que suscite la volontĂ© des dĂ©mocraties libĂ©rales d’imposer leurs valeurs, sociĂ©tales notamment, Ă  des populations rĂ©fractaires ( « harcĂšlement condescendant »,  selon Naledi Pandor). Pour tous, la thĂšse russe sur l’avĂšnement d’un monde multipolaire est largement partagĂ©e. MĂȘme si l’on peut douter que cette mutation ouvre la voie Ă  une prĂ©dominance du tandem autocratique sino-russe. 

Impasse ?

AprĂšs six mois de conflit, la dĂ©termination des protagonistes semble inchangĂ©e. Mais, comme le dit M. Goya, en gĂ©nĂ©ral, lorsque les dirigeants politiques se croient obligĂ©s d’annoncer qu’ils ne lĂącheront rien, c’est qu’en rĂ©alitĂ© le terrain est en train de les lĂącher. Au terme de ce semestre, le passif de l’opĂ©ration s’est considĂ©rablement alourdi. Et pourrait s’esquisser la conviction que le temps vient de mettre un terme Ă  un jeu perdant-perdant. Quelques signes annonciateurs semblent indiquer que les lignes bougent : l’accord sur les exportations de cĂ©rĂ©ales, le changement de ton amĂ©ricain, que pourrait accĂ©lĂ©rer la tension autour de TaĂŻwan, mĂȘme si elle semble renforcer la collusion Poutine-Xi Jinping, et mĂȘme le rĂ©cent rapport d’Amnesty International sur la conduite ukrainienne des opĂ©rations.

 Militairement, on peut s’attendre Ă  une nouvelle poussĂ©e russe pour achever la conquĂȘte du Donbass. Mais qui marquerait la limite de leur action offensive. S’ouvrirait alors la possibilitĂ© d’un cessez-le-feu Ă  la corĂ©enne. Et pourquoi pas Ă  terme, la nĂ©gociation de paix et de bon voisinage qu’on attend depuis la chute de l’URSS ? Mais il y faudrait un initiateur (tels Nixon et Kissinger), le rejet de l’idĂ©e que, du cĂŽtĂ© occidental,  c’est Ă  l’Ukraine de fixer les conditions du rĂšglement, l’abandon du dogme du respect des frontiĂšres arbitrairement fixĂ©es en 1945
 et la reconnaissance des rĂ©alitĂ©s historiques, par exemple qu’il y a deux Ukraine, qui devraient pouvoir choisir leur avenir, commun ou sĂ©parĂ©.

 

                                                                                            

Eloge de l"électeur

Publié le 25/06/2022 à 18:40 par eudeslancien Tags : pari sur vie france monde coup société pouvoir

Eloge de l’électeur

 

SĂ©isme, impasse, tragĂ©die, quinquennat d’enfer, autant de gros mots parmi bien d’autres pour qualifier les rĂ©sultats du second tour des Ă©lections lĂ©gislatives. Et si, bien au contraire, un Ă©lectorat avisĂ©, usant des ressources insoupçonnĂ©es du scrutin majoritaire, avait contribuĂ© Ă  dĂ©bloquer une mĂ©canique institutionnelle passablement grippĂ©e ? Dont on dĂ©nonce et dĂ©plore depuis longtemps les dysfonctionnements tout en se gardant bien d’y porter remĂšde.

Par ses votes (choix et rejets), l’électeur a imposĂ©  une sorte de proportionnelle, cette sempiternelle arlĂ©sienne du dĂ©bat sur la dĂ©mocratie. Assurant enfin une reprĂ©sentation dĂ©cente de citoyens pratiquement exclus du champ politique, Ă  gauche depuis cinq ans, Ă  la droite « extrĂȘme » depuis trente-cinq ans. Alors qu’ils constituent selon les scrutins entre un gros tiers et la moitiĂ© des votants. Exclusion de masse qui, de surcroĂźt, concerne principalement les classes populaires, la France active des « ronds-points » et des pĂ©riphĂ©ries rurales, marginalisĂ©e, ignorĂ©e, voire mĂ©prisĂ©e par les tenants progressistes du « cercle de la raison ». De sorte qu’on voit rĂ©apparaĂźtre Ă  l’AssemblĂ©e nationale des profils professionnels longtemps absents, voire inĂ©dits : ouvriers, employĂ©s, prĂ©caires et soutiers de la sociĂ©tĂ© de consommation.

C’est aussi l’électeur (le peuple de gauche) qui aura finalement imposĂ© l’union Ă  des chefaillons  tout occupĂ©s Ă  leurs querelles de chapelle ou d’ego. Dynamique habilement captĂ©e par MĂ©lenchon. Mais qui a trouvĂ© finalement ses limites, puisqu’à l’issue du vote, l’équilibre est Ă  peu prĂšs rĂ©tabli au profit des partis du cartel qui Ă©taient allĂ©s Ă  Canossa s’incliner devant le chef des Insoumis. Au passage, parenthĂšse curieuse sur la relativitĂ© des modes de scrutin : avec une proportionnelle intĂ©grale et prime pour le bloc arrivĂ© en tĂȘte, MĂ©lenchon gagnait son pari de devenir potentiellement  Premier Ministre.

Par ses votes, l’électeur aura Ă©galement imposĂ© un rééquilibrage du pouvoir, cassĂ© sa verticalitĂ©, donnĂ© un coup d’arrĂȘt Ă  la « dĂ©mocratie exĂ©cutive », en restituant au Parlement ses attributions longtemps confisquĂ©es : animation du dĂ©bat dĂ©mocratique, fabrication de la loi, contrĂŽle de l’exĂ©cutif, et accessoirement vrai « Conseil de la refondation ». L’élection d’une assemblĂ©e composite sans majoritĂ© absolue ne constitue pas une aberration institutionnelle. C’était le schĂ©ma normalement prĂ©vu par les auteurs de la Constitution. Loin d’ouvrir une crise de rĂ©gime, elle signe le retour du politique (une alternative est possible) et une normalisation de la vie dĂ©mocratique. La loi serait rĂ©ellement dĂ©battue par les reprĂ©sentants du peuple, en laissant aux « extrĂȘmes » la possibilitĂ© de s’exprimer Ă  la tribune plutĂŽt que dans la rue. . Elle serait Ă  nouveau prĂ©fĂ©rĂ©e au rĂ©gime des ordonnances, aux  textes de circonstance, d’urgence et d’exception permanentes, Ă©laborĂ©s au sein de conseils secrets    dans leur composition et leur dĂ©libĂ©rĂ©. La technocratie serait remise Ă  son rang, subordonnĂ©.  Et le compromis substituĂ© aux diktats enregistrĂ©s par des Ă©lus godillots.

Cette majoritĂ© relative fait craindre aussi blocage et immobilisme dans un pays ingouvernable. Elle laisse en rĂ©alitĂ© Ă  l’exĂ©cutif une marge d’action non nĂ©gligeable, bien balisĂ©e par les constituants,  et abondamment dĂ©crite ces jours-ci par des experts et gens d’expĂ©rience (Roussellier, Bazin, Urvoas). Avant le recours in extremis aux armes lourdes de la motion de censure (difficile Ă  mettre en Ɠuvre) et de la dissolution (alĂ©atoire). Elle devrait redonner quelque consistance au rĂŽle du Premier ministre, sous rĂ©serve que soit dĂ©signĂ© un politique et non un simple technicien, aussi douĂ© et brillant soit-il. Elle pourrait obliger le PrĂ©sident de la RĂ©publique Ă  prendre du champ, et Ă  moins s’impliquer dans le dĂ©tail de la gestion des affaires. Mais aussi toute la classe politique Ă  accepter et apprendre le compromis. MĂȘme les partis « extrĂȘmes », qui se discrĂ©diteraient par une opposition trop violente et systĂ©matique dans notre monde ultra-mĂ©diatisĂ©. Et dont la radicalitĂ© s’émousse avec leur participation, mĂȘme marginale, Ă  la conduite du pays, comme le suggĂšrent nombre d’expĂ©riences Ă©trangĂšres.

Au total, loin d’ĂȘtre un saut dans l’inconnu et la menace des affres de l’enfer, la crise politique ouverte par cette sĂ©quence Ă©lectorale pourrait ouvrir modestement la voie Ă  une rĂ©novation, voire un « rĂ©enchantement » de notre dĂ©mocratie. Sans surestimer les vertus du rĂ©gime parlementaire ni la subtilitĂ© de l’électeur, resteront Ă  rĂ©gler quelques problĂšmes, et non des moindres :  foisonnement des autoritĂ©s parallĂšles, dĂ©membrements de l’Etat, - nomocratie et empiĂštements du judiciaire (français et europĂ©en), - remise dans le circuit normal de la pratique rĂ©fĂ©rendaire, expression constitutionnelle de la volontĂ© du peuple.  Mais, comme dit Ă  peu prĂšs le fabuliste : «Dans un chemin montant, sablonneux, malaisĂ©, Et de tous les cĂŽtĂ©s au [dĂ©ni] exposé  ..." !

 

                                                                                         25/6/22

Faits d'armes

Publié le 02/05/2022 à 14:59 par eudeslancien Tags : image prix sur base roman place soi chez mode article pouvoir

 

 

On a beaucoup glosĂ© sur les brillants faits d’armes de notre PrĂ©sident avant sa réélection de marĂ©chal, et son triomphe pour une fois modeste, dans la crainte de lendemains batailleurs. Evocation des plus saillants de ces hauts faits.

La correction musclĂ©e, mais paternelle, infligĂ©e aux gilets jaunes, petit peuple (ou populace ?) en rĂ©bellion. Une gestion ordonnĂ©e et limpide, libĂ©rale et consensuelle de la crise sanitaire. La remise Ă  niveau spectaculaire de l’industrie, de l’école, de l’universitĂ© et de la recherche, de l’hĂŽpital et du tribunal, de la police et de l’armĂ©e, passĂ©s en cinq ans de l’ombre Ă  la lumiĂšre. En fin de parcours libĂ©ral, un keynĂ©sianisme dĂ©bridĂ©, qui  a, certes, favorisĂ© l’emploi et rĂ©duit le chĂŽmage,  mais creusĂ© monstrueusement le double dĂ©ficit des comptes publics et de la balance extĂ©rieure, et confortĂ© le bon peuple dans sa croyance Ă  l’argent facile et la cassette publique inĂ©puisable. Le retour de l’attractivitĂ© du territoire, grĂące Ă  quoi les gĂ©ants amĂ©ricains de l’industrie localisent principalement outre-Rhin leurs investissements lourds en rĂ©ponse aux crises internationales. Accessoirement, le reflux, sinon l’éradication de l’extrĂȘme droite Ă  l’issue du quinquennat.

On a moins parlé  de la rĂ©ticence de Macron au changement institutionnel et de sa traque maniaque de l’excellence Ă  la française. Revue sommaire.

Pour rĂ©pondre au « dĂ©fi du renouveau dĂ©mocratique » et Ă  la crise de la reprĂ©sentation, plusieurs pistes classiques : une modification du mode et de l’agenda du scrutin des lĂ©gislatives, diverses formules de participation directe des citoyens. E .Macron  a rĂ©cusĂ© ou dĂ©naturĂ© l’une et l’autre, proposant en lieu et place  « l’invention collective d’une mĂ©thode refondĂ©e » (?).

Il agite rĂ©guliĂšrement le hochet d’une proportionnelle-croupion, qu’on se garde bien d’instaurer. RĂ©forme non prioritaire !. On  la ressortira sans doute Ă  nouveau, pour faire diversion Ă  la contestation sociale annoncĂ©e et redoutĂ©e, mais pour l’appliquer au mieux Ă  la fin des annĂ©es 20.  Sauf stratagĂšme Ă©lectoral, le prĂ©sident ne manifeste pas d’appĂ©tence non plus pour le rĂ©fĂ©rendum, surtout d’initiative populaire. Ce mode d’exercice de la souverainetĂ© au mĂȘme titre que la reprĂ©sentation (article 3 de la constitution),  est, il est vrai, tombĂ© en dĂ©suĂ©tude (?) depuis plus de quinze ans, et assorti de telles conditions qu’il est inapplicable et inopĂ©rant, quand il n’est pas rĂ©cusĂ© par le juge. Macron a dĂ©voyĂ©, voire discrĂ©ditĂ© aussi les formules de dĂ©mocratie participative qu’il a expĂ©rimentĂ©es. Etats gĂ©nĂ©raux, d’oĂč est issue une abondante littĂ©rature, jamais exploitĂ©e et enterrĂ©e dans les tiroirs des ministĂšres. Grand dĂ©bat, faire-valoir du PrĂ©sident auprĂšs d’un public « panĂ©lisé », bourgeois et marginal (le « populisme » de la sĂ©duction » selon M. Gauchet). Les conventions « citoyennes » enfin, caricaturales par leur recrutement, leur encadrement, leur mode d’information, leur irresponsabilitĂ©, leur mauvaise articulation avec les pouvoirs exĂ©cutif et lĂ©gislatif, « leurre et prĂ©cieux cache-sexe de l’étatisme technocratique » (J.T. Lesueur).

Il est vrai que, dans la macronie, les reprĂ©sentants du peuple ne sont guĂšre mieux traitĂ©s que le peuple lui-mĂȘme. Le Roi en ses conseils tient en lisiĂšre, quand il ne les ignore pas, ces godillots hors sol, de moins en moins sollicitĂ©s : 180 lois promulguĂ©es en cinq ans contre 250 ordonnances. Comme l’écrit J.J. Urvoas, dans la monocratie de Macron, l’AssemblĂ©e n’aura Ă©tĂ© qu’un tabernacle vide. Ce PrĂ©sident n’a guĂšre montrĂ© plus de considĂ©ration pour les Ă©lus locaux. Relations heurtĂ©es, sauf dans les passes dĂ©licates de son mandat. Le millefeuille administratif, abracabrantesque, a subsistĂ©, plutĂŽt aggravĂ©, avec sa lourdeur et l’éparpillement des responsabilitĂ©s. Avec l’avancĂ©e aussi d’un Ă©tatisme technocratique, qui accable les collectivitĂ©s locales de charges nouvelles, mais les « prive de libertĂ©s financiĂšres et d’autonomie fiscale en supprimant la taxe d’habitation et en opĂ©rant une recentralisation discrĂšte, mais implacable (JT Lesueur).

Sur ce dĂ©sintĂ©rĂȘt pour l’institutionnel se greffe une entreprise de dĂ©mantĂšlement  de la sphĂšre publique, avec la casse successive des points forts de notre modĂšle, et la traque, partout et toujours, de l’excellence. EnumĂ©ration non limitative.

Descente aux enfers d’EdF, ex-joyau de nos entreprises nationales, en butte aux pires difficultĂ©s, ballotĂ©e entre des missions , injonctions et prioritĂ©s contradictoires, doublement pĂ©nalisĂ©e par le marchĂ© communautaire de l’électricitĂ©, et le financement du « bouclier » de protection du consommateur contre les hausses des prix de l’énergie. Et toujours menacĂ©e de dĂ©peçage et tripartition par les autoritĂ©s bruxelloises.

DĂ©labrement accĂ©lĂ©rĂ© du nuclĂ©aire (installations, image et savoir-faire) du fait de l’inconsistance et de l’inconsĂ©quence des choix (?) publics. MalgrĂ© un repentir rĂ©cent du pouvoir, modeste et prĂ©caire, imposĂ© par la crise Ă©nergĂ©tique.

Ruine et deuil de la fonction publique. Suppression de l’ENA et des grands corps, dont la prĂ©fectorale et les Inspections, Ă  l’exclusion des judiciaires, qui pourtant empiĂštent de plus en plus sur les attributions de l’exĂ©cutif et du lĂ©gislatif. Mais aussi le corps diplomatique, par dĂ©cret pris en catimini entre les deux tours de l’élection. Grande lessive, pour laisser place Ă  un melting pot d’agents sans compĂ©tences particuliĂšres, gĂ©rĂ©s sur la base de la fonction Ă  exercer, aux affectations incertaines au grĂ© du copinage, du clientĂ©lisme ou des affinitĂ©s politiques. Tout ce qu’avait voulu corriger le rĂ©formateur de 1945. On acte ainsi la disparition de ce qui formait l’ossature de l’Etat rĂ©publicain, hauts fonctionnaires dont les talents, la classe et l’expĂ©rience Ă©taient universellement apprĂ©ciĂ©s, voire enviĂ©s, punis en rĂ©alitĂ© pour les erreurs et insuffisances des politiciens mĂ©diocres qui en font mauvais usage. L’expertise incertaine de leurs successeurs favorisera, de surcroĂźt, le recours coĂ»teux, voire douteux, aux cabinets de consultants privĂ©s petits et grands, et souvent Ă©trangers. « On ne substitue pas impunĂ©ment le tout fonctionnel Ă  l’institutionnel organisé » (M. Pochard)

Perversion du mode ordinaire de sĂ©lection : l’entretien paternaliste ou technocratique en place du concours, le « vĂ©cu » plutĂŽt que  la culture gĂ©nĂ©rale et le savoir, porte ouverte Ă  l’entre-soi et au favoritisme, Ă  toutes les complaisances. Mise aux normes de la mĂ©diocritĂ© des plus fameux lycĂ©es d’Etat, populisme scolaire qui risque de chasser plus encore les bons Ă©lĂ©ments vers l’enseignement privĂ©, dĂ©jĂ  largement en tĂȘte dans le palmarĂšs des Ă©tablissements. Eviction des mathĂ©matiques de l’enseignement secondaire (au pays des mĂ©daillĂ©s Fields !), voie d’accĂšs obligĂ© aux formations d’ingĂ©nieurs, financiers, informaticiens, traditionnels points forts du pays. Atteinte  au gĂ©nie national, qui a provoquĂ© un tel tollĂ© chez les scientifiques,  les grands patrons, les grandes Ă©coles de commerce et d’ingĂ©nieurs,  que le pouvoir s’est vu contraint Ă  un « rĂ©tropĂ©dalage » prĂ©cipitĂ©, salvateur, s’il n’est pas Ă©dulcorĂ©  et ne reste pas simplement Ă©lectoral.

En rĂ©sumĂ©, un jeu de massacre, qui disloque et dĂ©truit l’architecture Ă©tatique hĂ©ritĂ©e de l’époque napolĂ©onienne, de la III° RĂ©publique et du Conseil de la RĂ©sistance. Une chasse Ă  l’excellence, qui, au nom d’une idĂ©ologie faussement Ă©galitaire, abaisse tragiquement le niveau gĂ©nĂ©ral des connaissances et compĂ©tences,i entrave, voire interdit la promotion sociale qu’assurait tant bien que mal la mĂ©ritocratie rĂ©publicaine.   Avec la réélection du prĂ©sident on peut craindre que rien ne change, alors que tout change, et que le pire ne se perpĂ©tue. AprĂšs l’histoire (foin du roman national !) et la culture française (qui n’existe pas, sauf son Ă©picentre quelque part au Congo), du passĂ© on fait table rase. On continuera le combat. En marche donc vers la start-up nation, l'Ă©tatisme managĂ©rial et le dĂ©mantĂšlement de l’Etat  (en mĂȘme temps !), la monocratie consensuelle, et, cerise sur le gĂąteau, la souverainetĂ© europĂ©enne sous ombrelle ( ?) amĂ©ricaine

 

                                                                                             

 

 

 

Politiquement confus

Publié le 17/04/2022 à 17:31 par eudeslancien Tags : pouvoir image sur vie france place monde centre enfant

Politiquement confus

Donc on rejoue la mĂȘme piĂšce, avec les mĂȘmes acteurs, un rien dĂ©fraĂźchis, avec les mĂȘmes folles promesses, les mĂȘmes antiennes et  invectives, les mĂȘmes excommunications. Et sensiblement les mĂȘmes rĂ©sultats, Ă  quelques nuances prĂšs, mais significatives. Les votes protestataires, dits populistes, deviennent majoritaires, et les « extrĂȘmes » continuent de progresser, Ă  gauche comme Ă  droite.

Mais en France le populisme est plutĂŽt bon  enfant. MĂ©lenchon n’est ni Boulanger, ni Peron, ni Chavez. Patriarche bardĂ© de rhĂ©torique, politicien blanchi sous le harnais, il occupe, sans plus effrayer le bourgeois, mais en tenant moins bien ses troupes, la place laissĂ©e vacante par un parti communiste  croupion. Quant Ă  l’extrĂȘme droite vĂ©ritable, antirĂ©publicaine, antisĂ©mite, Ă©ventuellement xĂ©nophobe (au sens vrai du terme), courant marginal de chapelles rivales, elle vomit Zemmour et Le Pen, coupables de ne pas mĂ©riter ces qualificatifs, et d'ĂȘtre, de surcroĂźt,  des suppĂŽts du sionisme. Au vrai, comme l’écrit M. Gauchet, « quand on parle d’extrĂȘme droite aujourd’hui, on parle en fait d’un sujet et d’un seul : le rapport Ă  l’immigration et Ă  ses consĂ©quences ». Question qui empoisonne et structure la vie politique française depuis trop longtemps pour qu’on ne tente pas de lui apporter solution en consultant le peuple souverain. De mĂȘme qu’il faudra bien trouver oĂč fixer le curseur pour Ă©viter la dĂ©rive de l’état de droit vers le gouvernement des juges, pour rendre au peuple une souverainetĂ© en voie de rĂ©trĂ©cissement continu, et restaurer une juste rĂ©partition des pouvoirs (J.E. Schoettl).

Plus prĂ©cisĂ©ment,  le scrutin rĂ©vĂšlerait,, dit-on,  une division de l’électorat en trois parts sensiblement Ă©gales (qui seraient quatre avec l’abstention !) : la  gauche radicale et Ă©cologiste de MĂ©lenchon, le centre macronien, « en mĂȘme temps » de droite et de gauche, la droite « radicalisĂ©e » et souverainiste de Zemmour et Le Pen. Tripartition gĂ©ographique Ă©galement : Ă  Macron les grandes villes, les banlieues pour MĂ©lenchon, la France moyenne et rurale pour Le Pen. Mais on constate aussi une concentration inhabituelle des suffrages (les trois quarts) sur trois candidats seulement, qu’explique l’ampleur inĂ©dite du vote utile et de dernier moment (30%). A l’inverse du comportement classique, l’électeur devenu tacticien, a  Ă©limine au lieu de choisir dĂšs le premier tour, avec les sondages pour boussole. « Siphonnage » qui a jouĂ© fortement pour chacun des trois candidats.. D’oĂč l’on doit conclure que ce tableau en trompe-l’Ɠil des rĂ©sultats du scrutin ne traduit pas - et de loin – la physionomie vĂ©ritable de la France politique. Pas plus d’ailleurs que les qualificatifs dont les candidats sont ordinairement affublĂ©s.  Revue de dĂ©tail.

L’électorat de MĂ©lenchon apparaĂźt disparate et probablement instable. Trois parts. Le noyau dur des Insoumis aux caractĂ©ristiques connues : notamment beaucoup de jeunes, mais guĂšre plus d'un cinquiĂšme de cette tranche d’ñge compte tenu du fort taux d’abstention dans la catĂ©gorie, et les « alternatifs » du midi oriental et occidental. En second lieu, le vote utile : le « peuple de gauche » s'est refusĂ© Ă  ne pas figurer dans la compĂ©tition, en Ă©cartant les solutions imposĂ©es par des chefs Ă  la dĂ©marche trop personnelle. Vote utile mportant dans les mĂ©tropoles et grandes villes, oĂč les scores Ă©cologistes et socialistes sont sans rapport avec leur niveau habituel (vois Paris et les grandes agglomĂ©rations dĂ©rĂ©es par des Ă©cologistes). Mais sans doute provisoire, Ă  la maniĂšre des dĂ©sistements classiques, avec retour au bercail, lors de scrutins moins contraints, d’électeurs qui ne souscrivent pas vraiment au programme mĂ©lenchonien. DerniĂšre part enfin : le vote musulman, orchestrĂ© et massif (70%, deux fois plus qu’en 2017). Fruit de l’inquiĂ©tude face aux positions et propositions sur l’islam et l’immigration de la plupart des candidats de droite. Vote communautaire, qui prendra son autonomie dĂšs qu’il pourra se passer de la mĂ©diation de tel ou tel parti de gauche. Au total, la radicalitĂ© ne concerne vraiment que les Insoumis, les votes des autres groupes rĂ©pondant Ă  des motivations diffĂ©rentes.

Le candidat Macron a bĂ©nĂ©ficiĂ©, lui, d’un  fort report  de voix de droite (PĂ©cresse), des gens d’ñge probablement, influencĂ©s par « l’effet drapeau » et les ralliements de nombre de caciques de « l’ancien monde » (socialistes et LR). Transfert sans doute aussi volatil et provisoire, si Macron confirme le virage Ă  gauche de sa campagne, son keynĂ©sianisme dĂ©bridĂ© et son laxisme budgĂ©taire, qui finiront par inquiĂ©ter  et par menacer l’épargne des possĂ©dants.

Le troisiĂšme bloc est plus hĂ©tĂ©rogĂšne, du fait notamment de la percĂ©e relative d’E. Zemmour. Comme beaucoup de candidatures mĂ©tĂ©oriques du passĂ© (Million, Pasqua-Villiers, ChevĂšnement), la bulle euphorique s’est dĂ©gonflĂ©e aussi vite qu’elle s’était formĂ©e. Et paradoxalement au profit Ă  la fois de MĂ©lanchon (vote musulman) et de M. Le Pen, dĂ©portĂ©e vers le centre par l’abrupt et l’intransigeance de son concurrent direct. Celle-ci a bĂ©nĂ©ficiĂ© par ailleurs de l’adoucissement de son image (fĂ©minine), de sa campagne  de proximitĂ© sans tapage, de l’édulcoration de ses positions rĂ©galiennes, mais surtout, parce qu'elle s'est adaptĂ©e Ă  son Ă©lectorat, d’un programme Ă©conomique et social de gauche, voire d’extrĂȘme gauche, dans un moment  particuliĂšrement dĂ©favorable au pouvoir d’achat des populations les moins favorisĂ©es..

Car, comme l’écrit  J.F. Kahn, « la forte droitisation apparente du pays concerne le rĂ©galien », dont la gauche apparemment n’a cure. A quoi s’oppose une « forte gauchisation apparente sur l’économique et le social ». Or, en ces temps de graves perturbations de tous ordres, la fin du monde (ou d’un monde) importe moins que la fin du mois, selon la formule expressive des Gilets jaunes. Et dĂšs lors le rĂ©galien reste en sourdine, s’il ne passe pas dĂ©cidĂ©ment Ă  la trappe. Marine Le Pen l’a compris, d’oĂč sa remontĂ©e Ă©tonnante dans les sondages. Accessoirement, l’écologie  - canal historique ou converti de fraĂźche date, comme notre PrĂ©sident – doit faire face au mĂȘme dĂ©fi. La transition Ă©nergĂ©tique porte en elle l’orage social : atteinte grave au niveau de vie, et nouveau dĂ©classement des classes moyennes et populaires.

Finalement, que retenir de ce scrutin ? Pas tout Ă  fait le triomphe de la « radicalité », ni l’éclipse totale du vieux monde politique. Pour la France, une tendance Ă  la « gauchisation » dans un univers de plus en plus incertain et troublĂ©. La perspective d’un succĂšs Ă©triquĂ© pour un centre attrape-tout, - une sorte de troisiĂšme force ressuscitĂ©e -, et une  marginalisation des mouvements contestataires, pourtant majoritaires, toujours exclus pratiquement de la reprĂ©sentation nationale.  Mais aussi, quel que soit l’élu, le risque et la menace de lendemains turbulents, sinon tumultueux. RĂ©volution, dirait Macron ?

                                                                                        

Holodomor ?

Publié le 07/03/2022 à 18:01 par eudeslancien Tags : mort course prix sur plat bonne france place monde coup amis divers

  

 

L’entrĂ©e des troupes russes en Ukraine, rupture brutale, sinon inĂ©dite (prĂ©cĂ©dents US et autres), de l’ordre international,  est condamnable et assez unanimement condamnĂ©e. Mais les responsabilitĂ©s occidentales et ukrainienne dans cette crise majeure ne sont pas moins Ă©videntes, qu’il s’agisse de l’OTAN, des autoritĂ©s amĂ©ricaines ou de Kiev.  Quoi qu’il en soit, il semble clair que  ce coup de force, « pire qu’un crime, est une faute », Ă  terme  une  erreur lourde,   étonnante de la part du Kremlin.

Erreur de diagnostic d’abord. L’opĂ©ration de police prĂ©vue et annoncĂ©e, brĂšve et ciblĂ©e,  a fait long feu. Et, pour vaincre la rĂ©sistance inattendue d’une large fraction de la population, fait place Ă   une guerre vĂ©ritable, fratricide, avec son cortĂšge de dĂ©sastres.  Kiev semble espĂ©rer que la rĂ©probation internationale, voire interne (retour en Russie des cercueils des soldats morts) imposera l’arrĂȘt des combats. Vu la dĂ©termination de Poutine et son obstination, semblent plus vraisemblables, cependant,  une intensification des hostilitĂ©s, la mise en oeuvre de moyens  lourds, des destructions massives, jusqu’à la dĂ©faite des forces adverses et la mise au pas du pays (dĂ©membrement et protectorat, voire annexion).

Erreur de manƓuvre, sinon « dĂ©gringolade stratĂ©gique »  surtout. Pour un bĂ©nĂ©fice immĂ©diat,- de taille il est vrai, puisqu’ il obtiendra (provisoirement ?) la rĂ©unification recherchĂ©e des trois Russies, le maĂźtre du Kremlin  hypothĂšque lourdement l’avenir, gros des consĂ©quences les plus fĂącheuses, et les plus opposĂ©es Ă  ses objectifs politiques.

Inventaire succinct (sans mĂȘme Ă©voquer la dĂ©gradation de l’image de la Russie dans  l’opinion, ni le discrĂ©dit des amis de ce pays, partisans de son retour dans le concert europĂ©en, toute choses dont Poutine, Ă©videmment, n’a cure).

 RĂ©surrection d’un Otan en Ă©tat de « mort cĂ©rĂ©brale », Ă  la remorque de ses  membres les plus aventureux. Renforcement de sa capacitĂ© de nuisance  pour la Russie , de son attrait pour des pays jusqu’ici non engagĂ©s (SuĂšde, Finlande), mais, plus ecore, de la sujĂ©tion de ses membres Ă  la politique et aux intĂ©rĂȘts Ă©conomiques amĂ©ricains (gaz, armement notamment). Avec une plus grande implication des USA dans les affaires europĂ©ennes, malgrĂ© la prioritĂ© accordĂ©e Ă  la zone Pacifique.

CohĂ©sion retrouvĂ©e, au moins provisoirement et en apparence, de l’Union europĂ©enne, que Moscou avait toujours cherchĂ© Ă  diviser. Fin ( ?) notamment du tropisme pro-russe de l’Allemagne, et rĂ©vision de sa politique Ă©nergĂ©tique et commerciale.

Réarmement allemand et feu vert à de possibles interventions militaires extérieures (hommes et/ou matériels), hantise de toujours des stratÚges du Kremlin. Relance un peu partout de la course au nucléaire  civil et militaire.

TempĂȘte Ă©conomique, financiĂšre et monĂ©taire. La dĂ©fense des « valeurs » comme l’usage de la force ont un prix. Il sera sans doute plus Ă©levĂ© que ne l’envisagent les experts, vu l’ampleur inĂ©dite des sanctions occidentales et des mesures de reprĂ©sailles russes qui se dessinent et devraient se durcir encore, quelle que soit l’évolution du conflit. Tous les protagonistes seront lourdement pĂ©nalisĂ©s. Plus spĂ©cialement : perspective de « chaos financier et gĂ©opolitique » sur les marchĂ©s de l’énergie, dĂ©jĂ  passablement perturbĂ©s. Alimentant, avec quelques autres facteurs, une poussĂ©e majeure d’inflation, ferment redoutable de dĂ©stabilisation sociale et politique (« l’inflation mĂšre des rĂ©volutions »).

Ukrainisation. Depuis Anne de Kiev, on dispute, sans conclusion probante, de l’identitĂ© ukrainienne ou russe de ce morceau de territoire, plat, fertile et sans frontiĂšres, aux peuples divers, avec ses villes phares de Kiev et d’Odessa. Poutine s’est dĂ©cidĂ© Ă  trancher le dĂ©bat par le fer et  le feu. Ce nouvel Holodomor aura provoquĂ© une « ukrainisation » accĂ©lĂ©rĂ©e du pays, dĂ©jĂ  largement amorcĂ©e par la « rĂ©volution » de MaĂŻdan, puis les sĂ©cessions du Donbass et de la CrimĂ©e. Dans le scĂ©nario du pire, nĂ©anmoins le plus probable, l’Ukraine sera soumise, et sans doute dĂ©membrĂ©e. Les experts estiment qu’avec le soutien de 10 Ă  15% de la population (Russes, anciens communistes, opportunistes) le pays peut ĂȘtre « tenu », surtout en rĂ©gime autocratique.  Mais subsistera un ressentiment formidable et pĂ©rilleux. Au total, la « Grande Russie » aura Ă©tĂ© reconstituĂ©e, mais avec sur ses marges (BiĂ©lorussie, Ukraine, Kazakhstan) des populations majoritairement hostiles et potentiellement rĂ©voltĂ©es.

PĂ©ril jaune. On fait grand cas de l’alliance sino-russe, recours qui permettrait Ă  Moscou de rĂ©orienter son commerce et ses relations vers la Chine. Effectivement, celle-ci achĂšte (ra) (Ă  prix bradĂ©s !) pĂ©trole, gaz et autres cĂ©rĂ©ales, dont elle n’a pas suffisance. Mais, malgré « l’amitiĂ© sans limites » entre les deux leaders maximaux, elle mĂ©nage ses clients occidentaux et reste assez rĂ©servĂ©e sur ce partenaire aux  foucades imprĂ©vues, voire dangereuses. De son cĂŽtĂ©, la Russie ne peut (Ă  terme) se rĂ©soudre Ă  une trop grande dĂ©pendance de ce voisin surpuissant. L’histoire et la gĂ©ographie enseignent que les intĂ©rĂȘts communs de ces alliĂ©s de fraĂźche date pĂšsent moins que les risques de friction, voire de conflit : Ă  propos de la SibĂ©rie, sous-peuplĂ©e et riche de ressources qui manquent Ă  sa gigantesque voisine ; en Asie centrale, terrain de chasse et zone-tampon pour les deux protagonistes (« deux crocodiles dans le mĂȘme marigot ! »).

Ubris. Poutine commet une erreur d’échelle, source des autres, en surestimant les capacitĂ©s de son pays et de son peuple, et probablement les siennes propres. Monstrueusement surarmĂ©e certes, la Russie reste un nain Ă©conomique (pib de l’Espagne), une Ă©conomie de rente, riche de la seule exportation de quelques matiĂšres premiĂšres, avec la prĂ©caritĂ©, sinon la malĂ©diction, qui s ‘attache Ă  ce type de spĂ©cialisation. Mais surtout un pays qui connait un dĂ©clin dĂ©mographique calamiteux, rapide et sans doute irrĂ©versible. Au total, une grosse puissance moyenne, pas tellement plus que cette France, dont Poutine moquait les prĂ©tentions devant deux de nos derniers prĂ©sidents. Nettement dĂ©passĂ©e dans la cour des grands malgrĂ© son enflure militaire, elle ne dispose pas de la masse critique suffisante pour gĂ©rer les affaires du monde selon son bon plaisir, ni  dicter sa conduite, voire mettre sous sa loi, une Europe trois fois plus peuplĂ©e et Ă  l’économie surpuissante.

Moralité (s)

N’est pas Pierre le Grand ou Staline qui veut. L’anachronisme est source d’erreurs de jugement et de mauvaises dĂ©cisions ;  nous ne sommes ni en 1938, ni en 1933 ou en 1942. W. Fodorovski Ă©voque trois issues possibles de la crise actuelle : une guerre mondiale, une Ăšre de sanctions, une dĂ©sescalade. La seconde perspective, de guerre froide dure et prolongĂ©e, semble la plus probable, avec, possiblement, dĂ©rive Ă  la nord-corĂ©enne d’un cĂŽtĂ©, et stagflation ravageuse de l’autre. Mais, avec un peu (beaucoup !) de bonne foi, de bonne volontĂ©, de bon sens et de rĂ©alisme, l’amĂšre tragĂ©die et l’affrontement hystĂ©rique auxquels nous assistons, pour des motifs somme toute mineurs, pourraient dĂ©boucher sur la dĂ©sescalade. Il n’est pas interdit de rĂȘver.

                                   

                                                                                             

 

 

FlorilĂšge 2/22

Publié le 18/02/2022 à 17:43 par eudeslancien Tags : monde texte sur france argent homme travail société mort histoire centre femmes mali

 S'il [Jadot] voulait mettre en oeuvre son projet d'énergie renouvelable comme en Allemagne, cela voudrait dire 2% du territoire consacré aux éoliennes et aux panneaux solaires. Il y aurait immédiatement quatre millions de Français dans la rue.            (D. Cohn Bendit)

  Ne pas sous-estimer l'influence allemande. L'Allemagne dépend du gaz, mais la Russie dépend de l'argent du gaz. Le deuxiÚme argument en faveur des Européens est Swift, le systÚme européen de transactions financiÚres. Sortir la Russie du systÚme serait un problÚme non seulement pour Poutine..., mais aussi pour toute l'économie russe.   (d°)

  Imaginez-vous des troupes russes stationnées à la frontiÚre mexicaine ou canadienne ?     (Ch. Bless)   .... Comment réagiraient les USA si le Canada envisageait de s'Úloigner d'eux et de rejoindre une alliance pilotée par Moscou ?   (M. Bock CÎté)

  Macron incarne les contradictions de la France, mais demeure étranger à son génie. Son vrai point faible, le voilà.      (J. Julliard)

 Ch. Albanel, qui a rédigé le texte [discours de Chirac au Vel'd'Hiv'], reconnait -  ce  qu'elle regrette tout en le justifiant - qu'elle a préféré écrire que "la France" plutÎt que "Vichy" avait "commis l'irréparable", en partie pour des raisons de style - et ainsi éviter une répétition.    ( J M BastiÚre)

  La France humble, silencieuse et au travail ...    (E. Macron)

  Ce n'est pas l'épidémie qui a provoqué la fermeture de la Chine, mais la volonté politique de fermer la Chine qui a instrumentalisé l'épidémie.      (N. Baverez)

  Le véritable ennemi de la démocratie, c'est la fragmentation de la puissance publique, la désinstitutionnalisation de la société. ... L'échappement vers le centre, autrement dit, en politique française, vers le vide.    (A. Teyssier)

  Quoi qu'il en soit, le ou la président-e n'aura convaincu avec son programme qu'une minorité de Français (au plus 25 à 30%). Personne ne pose cela comme le problÚme fondamental de la politique en France.  La classe politique actuelle  est incapable de penser coalition.    (D. Cohn Bendit)

  Ainsi la promotion de l'homme enceint [émoticÎnes]  contribue à l'effacement du féminin, ce qui est plutÎt cocasse à une époque qui prÎne la "visibilité" des femmes....  Le plus frappant dans cette histoire  est l'alliance de l'inclusivité et du capitalisme, du woke et de la Silicon Valley.         (E. Bastié)

  Entre l'excÚs des droits et l'excÚs de la surveillance, le libéralisme nous a projetés dans la nef des fous.    (Ch. Jaigu)

  Ce que je crains plus encore que le bruit   des bottes, c'est le silence des pantoufles.    (M. Frisch)

  Depuis soixante ans, nous avons mené 19 guerres sur trois continents et 13 grades opérations de police internationale dans le but de montrer que nous sommes toujours une nation qui compte.    (M. Goya)

  Nos intĂ©rĂȘts [ Ă  propos du Mali], c'est la sĂ©curitĂ© de nos concitoyens,  ce n'est pas de rĂ©genter uns rĂ©gion immense, dont les problĂšmes le sont tout autant.    (G. Araud)

  C'est de l'aspiration à l'individualisme que la démocratie est née ; c'est de son triomphe absolu sous l'effet du progrÚs économique qu'elle est aujourd'hui menacée de mort.   ...  On largue les derniÚres amarres [libre choix du nom] et les généalogistes sont assurés du plein emploi pendant des décennies.        (J. Julliard)

  Revenir enfin à la politique dans une campagne que la figure du "roi-pÚre" vise évidemment à dépolitiser. Et pour cela, il faut commencer par nommer l'adversaire pour ce qu'il est, au vu de son bilan réel et au delà des faux semblants et des repentirs tardifs : le candidat inespéré d'une social-démocratie ultra : ultra-étatiste, ultra-normative et ultra-dépensiÚre.     (Ch. de Voogd)

  Que se passe-t-il quand la loi obĂ©it aux cas particuliers ? Au lieu d'ĂȘtre une rĂšgle que viennent confirmer des exceptions, elle devient une rĂ©gularisation de l'exceptionnel et ce faisant elle entĂ©rine le drame tout en prĂ©tendant le dĂ©dramatiser.   (F. Hadjadj)

 

 

FlorilĂšge 1/22

Publié le 09/01/2022 à 12:25 par eudeslancien Tags : pouvoir prix sur bonne vie france saint monde mode fond femme société demain femmes

Il s'agissait autrefois de rassembler  la collectivité nationale autour d'une figure symbolique [commémorations]. Il s'agit maintenant de faire un geste politique ou de satisfaire un groupe, une famille, une frange de la nation, Aznavour pour les Arméniens, Simone Veil pour les femmes et les juifs, Joséphine Baker pour la diversité. C'est le signe d'une nation ethnicisée, parcellisée, émiettée. Quant à la cour des Invalides, la banalisation de ce lieu militaire, solennel et religieux risque bien d'en faire la salle des pas perdus de la gare Saint Lazare.    (P. Nora)

Pour Zemmour, la France n'est que l'exutoire de ses turpitudes et tortures excentrées.   (A. Pradié)

Les graphiques de l'OCDE sont sans appel. Sur à peu prÚs tous les sujets, la France est toujours à la traßne de la moyenne des pays développés.     (J. Olivier Martin)

Le fameux "deterrent", c'est-à-dire la dissuasion du faible au fort, est plus que jamais un concept exclusivement défensif, qui met en principe le détenteur de la bombe à l'abri de toute agression d'une autre puissance, mais qui ne lui permet nullement d'imposer sa volonté dans les autres cas de figure.    (J.Julliard)

Aujourd'hui l'ascenseur social est clairement en panne. Mais supprimer l'ENA, c'est prendre le problÚme à l'envers. Un ascenseur, cela se prend au rez-de-chaussée. Pas au huitiÚme étage....  Dans notre pays, il y a beaucoup d'intelligence et pas assez de caractÚres.    (B. Attali)

Sans doute l'interdiction du cumul des mandats a-t-elle amplifié le divorce entre l'Etat et les maires, en rompant tout lien -donc tout motif de se ménager- entre les élus locaux et l'Assemblé Nationale.    (G. Perrault)

Quand on dĂ©barque de l'autre bout du monde, et qu'on vous dit que votre voisin est raciste, Ă  moitiĂ© dĂ©bile, Ă  fond dans la consommation, son objectif de vie Ă©tant de  bouffer et de regarder la tĂ©lĂ©, on ne va pas Ă©pouser ses valeurs. Quand tu es respectĂ© culturellement, tu crĂ©es les conditions de l'assimilation des autres...  Il n'y a plus besoin d'ĂȘtre en dĂ©mocratie s'il n'existe que des minoritĂ©s.       (Ch. Guilluy)

La premiĂšre mesure Ă©cologique est d'arrĂȘter de faire venir des produits de Chine en cargo....    La gestion par la peur consiste Ă  promettre l'apocalypse, qu'elle soit dĂ©mocratique (retour des annĂ©es trente), Ă©cologique ou sanitaire. Et puisque les Ă©lites ne veulent ou ne peuvent pas rĂ©pondre au ressentiment des classes populaires, elles tiennent les populations par la peur.    (d°)

Loin d'ĂȘtre une anomalie, la "dĂ©sintermĂ©diation" tend Ă  devenir la norme qui s'impose Ă  tous. Haro sur les intermĂ©diaires (syndicalistes, parlementaires, reprĂ©sentants de l'autorité  publique). On veut ĂȘtre en relation directe avec autrui, avec le chef.    (J.P. Robin)

A mon sens, le problÚme principal [désorganisation de l'Etat]  est celui de la décomposition des services en agences indépendantes, supposées -en bonne logique libérale- améliorer son fonctionnement en adoptant les normes de l'entreprise, ce qu'on appelle le "new public managment". La réalité, c'est la constitution de féodalités... Bref, un Etat éclaté.    (M. Gauchet)

L'impact du choc des prix est particuliÚrement violent dans l'Union européenne, qui acquitte le prix fort pour avoir aligné sa politique énergétique sur celle de l'Allemagne, dont la sortie précipitée du nucléaire a débouché sur un quadruple échec : énergétique avec un déficit de production de plus de 10% pour la consommation prévue en 2030 ; économique avec la dilapidation de 500 milliards d'euros ; écologique avec le recours au lignite ; stratégique avec la dépendance au gaz russe.    (N. Baverez)

Conceptualiser, c'est généraliser. L'approche sociologique des fractures françaises, c'est une chose ; mais nier le bloc politique que constituent les gens ordinaires, c'est noyer le poisson.    (Ch. Guilluy)

Le pessimiste n'est pas d'abord celui qui s'attend au pire dans l'avenir, mais celui qui tient que la catastrophe est déjà là...  De son cÎté, l'optimiste n'est pas celui qui tient que tout ira mieux demain, mais celui qui prétend, à l'instar de Leibniz, que nous vivons d'ores et déjà dans le meilleur des mondes possible.    (L. Ferry)

Le paradoxe ultime du nĂ©ofĂ©minisme, n'est-ce pas de promouvoir un objet (la femme) qu'on veut en mĂȘme temps dĂ©construire ?   (E. BastiĂ©)

DÚs lors que l'on veut faire la démocratie par le droit et non plus le droit par la démocratie, le pouvoir échappe aux institutions politiques et se trouve transféré de plus en plus aux juridictions et aux autorités indépendantes. C'est ce modÚle que promeut l'Union européenne, qui se construit sur la dépolitisation de la société et de l'économie.    (H. Guaino)

La sociĂ©tĂ© des hommes est obligĂ©e de s'arrĂȘter pour ne pas fatiguer le personnel hospitalier.    (F. Beigbeder)

Nous retrouvons un modÚle d'équilibre entre les puissances qui rappelle celui d'avant 1914, mais à l'époque chaque puissance connaissait le mode d'emploi, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.    (G. Araud)

L'objectif transversal de ce projet réside dans sa capacité à renforcer le lien social à l'échelle du voisinage, en développant un véritable protocole de démocratie contributive qui permettra d'aboutir à un collectif de citoyens engagés, et à créer de nouveaux espaces de convivialité à l'échelle de proximité.    (projet Oasis)

L'oblomovisme ("l'appel Ă  la pantoufle") français va-t-il lui aussi mener Ă  un Ă©tat de dĂ©pendance ? LĂ  est le grand paradoxe de notre Ă©poque oĂč l'on brandit le souverainisme pour ne plus regarder la rĂ©alitĂ© en face, et oĂč l'on prĂ©pare notre assujettissement Ă  force de ne plus vouloir se colleter avec le monde.    (E. Gernelle)

 

 

BrÚves d'écritoire 11/21

Publié le 22/11/2021 à 12:21 par eudeslancien Tags : paris livre sur bonne vie afrique france place coup chez enfants fond femme société divers annonce pouvoir

Peuple et politiques 

 

Dans un rĂ©cent Ă©ditorial, F.O. Giesbert regrettait la disparition des « politiques de premier plan » et  la dĂ©gradation rapide de l’image du politique dans l’opinion. Pour lui rendre le pouvoir et la confiance populaires, il suggĂ©rait trois mesures fortes. Commentaire.

Admettre Ă  nouveau le cumul des mandats, Ă©cole unique de contact avec l’électeur et d’apprentissage de la gestion publique, en mĂȘme temps que contrepoids bienvenu de la province par rapport Ă  Paris et au centralisme jacobin et prĂ©sidentiel, tout en favorisant la  relation entre les divers Ă©chelons du pouvoir.

Revenir au septennat et Ă  l’architecture initiale de la V° RĂ©publique. Dissocier Ă©lections lĂ©gislative et prĂ©sidentielle, ce qui rééquilibrerait les pouvoirs : en restituant au Parlement autoritĂ© et marge de jeu ; en rĂ©duisant la toute-puissance d’un PrĂ©sident en campagne Ă©lectorale permanente, donc tentĂ© de privilĂ©gier la communication, sinon la distribution de « sucettes » Ă  toutes les strates de la sociĂ©tĂ©. Sans toucher Ă  l’élection au suffrage universel, que rĂ©cusaient ou incriminent beaucoup de bons esprits (M. DebrĂ©, P. Mazeaud, JL Bourlanges), mais qui reste une des seules prĂ©rogatives du modeste citoyen.

Mettre un frein Ă  la judiciarisation de la vie politique : pour une justice indĂ©pendante, mais non partisane (Ă  l’image du Parquet financier), et la restauration de la responsabilitĂ© politique et non pĂ©nale des hommes publics (b.a.ba Ă  l’origine de la dĂ©mocratie reprĂ©sentative). Mais aussi mettre le holĂ  Ă  la fĂ©dĂ©ralisation rampante de l’Union europĂ©enne par l’extension exorbitante et continue des domaines d’intervention d’instances juridictionnelles, Ă  la lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique  incertaine. Revenir aussi Ă  une application rigoureuse du principe de subsidiaritĂ©, qui redonnerait  aux exĂ©cutifs nationaux l’autoritĂ© et l’espace de libertĂ© qui leur sont progressivement refusĂ©s (moindres Ă  certains Ă©gards qu’aux Etats dans la fĂ©dĂ©ration amĂ©ricaine !).

Trois mesures nĂ©anmoins insuffisantes pour rĂ©tablir la confiance du citoyen dans la dĂ©mocratie. Si on ne rend pas sens et place Ă  la souverainetĂ© populaire, qui peut ĂȘtre un gage et une assurance d’efficacitĂ© dans l’action. Par le recours au referendum d’initiative populaire (Ă  la suisse), plutĂŽt qu’aux exercices d’une dĂ©mocratie participative, trop souvent biaisĂ©e, sinon manipulĂ©e. RIP cher aux « gilets jaunes », dont la rĂ©cusation paraĂźt tout de mĂȘme singuliĂšre dans un systĂšme gĂ©rĂ© et orientĂ© Ă  coup de sondages et de rĂ©v( et f)Ă©rence    aux rĂ©seaux sociaux. Un tel appel au peuple permettrait de corriger une dĂ©mocratie reprĂ©sentative qui ne reprĂ©sente rien, qu’un cercle restreint de citoyens privilĂ©giĂ©s. Comment accepter  que le substrat du pouvoir repose sur moins d’un quart de l’électorat, quand, par exemple, la droite dite extrĂȘme en regroupe entre un tiers Ă  quarante pour cent, mais n’est ni reprĂ©sentĂ©e ni entendue ? Sans aller jusqu’aux excĂšs des systĂšmes israĂ©lien, voire allemand, l’introduction d’une dose trĂšs  substantielle de proportionnelle rĂ©duirait la « verticalité » du pouvoir, obligerait les uns et les autres au compromis,  et redonnerait sa lĂ©gitimitĂ© Ă  notre dĂ©mocratie dĂ©figurĂ©e.

Les modifications institutionnelles ne sont certes qu’un adjuvant. Elles restent un facteur essentiel de rĂ©habilitation de la politique et des politiques.

 

 

 

               

Etouffe-chrétien

 

Une fois encore  - est-ce la bonne ? -, l’Eglise catholique se voit confrontĂ©e Ă  ses turpitudes. Le rapport SauvĂ© l’amĂšne Ă  reconnaĂźtre une responsabilitĂ© « systĂ©mique » dans l’inconduite de certains de ses clercs, et Ă  garantir l’indemnisation des victimes, mĂȘme en bradant son ( ?) patrimoine. Jugeons plutĂŽt.

De l’énorme pavĂ© (2000 pages), fruit des travaux de la commission SauvĂ©, on aura retenu finalement la conclusion phare : le dĂ©compte de 216.000  mineurs victimes de prĂ©dateurs ecclĂ©siastiques de 1950 Ă  2020. Annonce qui a provoquĂ© la sidĂ©ration indignĂ©e de l’opinion et des mĂ©dias, et un « tsunami » dans l’Eglise catholique, acculĂ©e Ă  admettre son implication institutionnelle et financiĂšre.

Comme pour l’actuelle pandĂ©mie, et bien d’autres pathologies sociales, la rĂ©fĂ©rence Ă  un indicateur unique, supposĂ© synthĂ©tique, ne suffit pas Ă  rendre compte du phĂ©nomĂšne examinĂ©, si elle ne le rend pas plus obscur. On peut s’étonner par exemple que l’évaluation soit si prĂ©cise pour une pĂ©riode aussi  longue, Ă©tant donnĂ© la mĂ©thode de sondage retenue pour apprĂ©hender des comportements aux multiples dimensions (la gamme Ă©tendue des abus sexuels).

 Le nombre d’exactions couvre une pĂ©riode de 70 ans, dont la moitiĂ© avant 1970. Ce qui, pour les cinquante derniĂšres annĂ©es, donne une moyenne de prĂ©dations de l’ordre de deux mille par an. Et donc frise le non-Ă©vĂšnement, mĂȘme si l’on doit fermement condamner les auteurs de ces turpitudes. Cette attention au temps long pose d’autres problĂšmes. De la rĂ©troactivitĂ© Ă©ventuelle des sanctions et de la prescription des crimes ou dĂ©lits. Cette derniĂšre retenue par la justice dans un cas d’ « inceste » sur mineur, qui a rĂ©cemment dĂ©frayĂ© la chronique. Pour les abus les plus nombreux, comment remonter si loin en arriĂšre, alors que beaucoup, sinon la plupart des acteurs, bourreaux ou victimes, sont morts ou hors d’ñge, que les mĂ©moires sont incertaines et les preuves difficiles Ă  rassembler ? Enfin, mais c’est une manie de l’époque, il y a quelque anachronisme Ă  transposer Ă  un passĂ© dĂ©jĂ  lointain, nos conceptions, voire nos marottes,  actuelles. Comme le notait Ch. Delsol, l’esprit du temps a changĂ©. Avant 1970, l’institution, toutes les institutions, prĂ©valaient sur l’individu. Des Ă©carts que le consensus estimait alors vĂ©niels sont aujourd’hui criminalisĂ©s ; c’est un « progrĂšs de civilisation ». Sans oublier, au passage, que la pĂ©dophilie fut glorifiĂ©e tout au long du XX° siĂšcle par nombre de littĂ©rateurs, largement pratiquĂ©e, mais hypocritement ignorĂ©e (tourisme sexuel en Afrique du Nord ou dans le sud-est asiatique), avant d’ĂȘtre revendiquĂ©e Ă  coup de pĂ©titions par les maĂźtres Ă  penser et Ă  vivre des annĂ©es soixante-huitardes. Au surplus, quelle distance entre les oies blanches adolescentes d’avant 68/80 et nos enfants qui, par la vertu de « l’éveil » scolaire et de la pornographie, sont plus informĂ©s sur le sexe que nos grands- parents, voire nos parents !

Plus qu’au prĂ©texte, somme toute mineur et marginal, de ce psychodrame portĂ© sur la place publique, peut-ĂȘtre vaut-il mieux s’intĂ©resser Ă  ses acteurs. Les membres de la commission SauvĂ©, sauf quelques catholiques d’avant-garde, Ă©taient assez peu christianisĂ©s, voire areligieux. Il est assez gaulois (Ă  tous Ă©gards) qu’ils s’érigent en censeurs et restaurateurs autorisĂ©s d’une Eglise en perdition ou qu’ils prĂ©tendent rĂ©former le droit canon. Et qu’ils concourent Ă  rendre le fond de l’air plus hostile  encore Ă  une religion catholique, dĂ©noncĂ©e et caricaturĂ©e de toutes parts, comme personne n’oserait le faire contre les religions dites du Livre.

Leurs propositions de laĂŻcisation et fĂ©minisation constituent une divine surprise pour les catholiques « progressistes »,  si mĂȘme ils ne  les ont pas inspirĂ©es.  Mais on  ne voit pas bien, par exemple, en quoi renoncer au cĂ©libat des prĂȘtres « guĂ©rirait » des pĂ©dophiles, quand quatre sur cinq des abus condamnĂ©s concernent des mineurs de sexe masculin ; la femme n’est pas leur problĂšme,  éventuellement un alibi ou une couverture. Quant Ă  la fĂ©minisation des cadres ecclĂ©siaux, on peut douter, depuis Diderot jusqu’aux Jeunes Filles en Uniforme, qu’elle limite les sĂ©vices sur les mineurs de sexe fĂ©minin.

La hiĂ©rarchie ecclĂ©siastique, enfin, courbe l’échine et tend l’autre joue au soufflet, en mettant genou en terre. A moins qu’elle ne se rĂ©jouisse secrĂštement des fenĂȘtres de tir qu’ouvrent le scandale et le dĂ©bat. Vatican III aprĂšs Vatican II ! La route vers un dĂ©litement accĂ©lĂ©rĂ© d’une religion vidĂ©e peu Ă  peu de sa substance. Vers une sorte d’arianisme modernisĂ©, qui facilite le retour des dieux paĂŻens,  Ă  moins qu’elle n’offre, comme au premier millĂ©naire en Espagne ou au Moyen-Orient, un terreau propice Ă  la revanche de l’Islam.

 

 

A droite, toute !

 

Des voix autorisĂ©es, politologues et autres sondeurs, nous assurent, enquĂȘtes Ă  l'appui, que l'Europe a virĂ© Ă  droite. Constat assez Ă©tonnant et paradoxal. La social-dĂ©mocratie, donnĂ©e pour moribonde (un grand cadavre Ă  la renverse !), est au pouvoir, sous des modalitĂ©s diverses, un peu partout sur le continent : pays scandinaves, pĂ©ninsule ibĂ©rique, Italie, et dĂ©sormais Allemagne.Les Ă©lections rĂ©centes dans ces deux pays ont mĂȘme actĂ© un recul de la droite plutĂŽt spectaculaire, dans toutes ses composantes. La gauche italienne l'a emportĂ©, souvent de loin, dans toutes les grandes villes.  Outre Rhin, la CDU  est tombĂ©e Ă  un plus bas historique (l'original socialo-Ă©cologiste prĂ©fĂ©rable Ă  sa copie merkĂ©lienne ?!). Nombre de personnalitĂ©s du parti ont Ă©tĂ© battues dans leurs fiefs traditionnels. Et mĂȘme la circonscription de Mme. Merkel (RĂ»gen) a basculĂ© dans l'autre camp.

Seuls bĂ©mols Ă  cette dĂ©convenue des conservateurs et des populistes. Une trĂšs forte abstention en Italie, oĂč le parti de Salvini paye les erreurs Ă  rĂ©pĂ©tition de sa direction. En Allemagne, un score modeste, mĂȘme s'il est en progrĂšs, des socialistes, une avance finalement limitĂ©e des Ă©cologistes, une gauche tout de mĂȘme minoritaire. Et, au pouvoir, un attelage "feux tricolores" improbable, avec risque de fragilitĂ© et d'inefficacitĂ© malgrĂ© le sens du compromis tant vantĂ© chez nos voisins.

A l'issue de ce bref tour d'horizon, faut-il, au vu des sondages, chercher la droite, supposée dominante en Europe, avec une lanterne ? N'est-elle pas d'ailleurs minoritaire au Parlement de l'Union.  Quant à la France, souvent décalée politiquement, elle semble faire exception. Simple retard à l'allumage ?

 

                                                                        

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