La FIANCEE de FRANKENSTEIN

Alive and kicking

« Malheur à ceux, m’écriais-je, qui se servent du pouvoir qu’ils ont sur un cœur pour lui ravir les jouissances pures qui y germent d’elles-mêmes ! »

Johann Wolfgang von Goethe, Les souffrances du jeune Werther, 1774.

Que l’on soit érudit ou même simple d’esprit, il n’est pas interdit de penser que les deux adaptations inspirées de l’œuvre de Mary Shelley sont deux constituants d’un même corps. « Frankenstein » en serait le cerveau, la tête pensante, et « la Fiancée de Frankenstein » pourrait être le cœur. « Plus complexe que tous les autres organes du corps » nous dit bien le Docteur Pretorius qui vient prêter main forte au baron dans la poursuite de son projet dément. Mais de quel corps parle-t-on ? Celui de James Whale est une hypothèse à considérer. « La Fiancée de Frankenstein » est son œuvre de bout en bout, son bijou, un film pour lequel Carl Laemmle Jr, en charge de la section épouvante de la Universal, lui laissa les coudées franches. « La Fiancée de Frankenstein » est à « Frankenstein » ce que « Batman, le défi » sera plus tard à « Batman » pour Tim Burton, un film personnel, une chance unique, un miroir dans lequel le cinéaste peut se regarder en face sans frémir.

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Patrick STEWART (1940 – 2026)

Au revoir, professeur

« Nous avons perdu aujourd’hui l’un des géants de la scène et de l’écran. Et, à mes yeux, un ami et un homme extraordinaires. J’ai tant appris de lui. »

Hugh Jackman

Hugh Jackman et Patrick Stewart s’étaient retrouvés dans le magistral et crépusculaire « Logan » de James Mangold. L’un en Wolverine usé, l’autre en Professeur Charles Xavier agonisant. Ils interprétaient les ultimes survivants d’une équipe de super-héros mutants bien connus des lecteurs de Comics Marvel, le fameux groupe des X-Men créé par Stan Lee et Jack Kirby en 1963. Lorsqu’il s’est agi d’attribuer le rôle du fondateur de l’école pour « élèves surdoués » à la faveur d’une adaptation sur grand écran, il fallut peu de temps au réalisateur Bryan Singer pour détecter chez ce britannique shakespearien au crâne chauve, lauréat en 1979 du prix Olivier (équivalent des Molière en France) pour son interprétation de Enobarbus dans « Antoine et Cléopâtre », et vaillant capitaine du vaisseau Enterprise dans la série « Star Trek : the Next Generation », l’aura d’un meneur, d’un maître, d’un sage respecté de tous. En s’asseyant dans le fauteuil du mentat paraplégique, il devenait alors une figure incontournable de la galaxie Marvel, un indispensable.

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HOPE

Complètement ravagé

« C’est une aventure cinématographique absolument stupéfiante. Où aurions-nous l’occasion de voir un film pareil ? Un film où l’audace et la folie explosent ! Merci de nous avoir offert une telle performance, et je vous remercie sincèrement, en tant que confrère cinéaste. »

Bong Joon-ho, Séoul, juillet 2026.

En 2006, le Sud-Coréen Bong Joon-ho faisait émerger des profondeurs du Han un mutant gigantesque qui terrorisait la population. Vingt ans après « The Host », son compatriote Na Hong-jin s’éloigne de la capitale et gagne le petit port de « Hope » pour débusquer une autre forme de menace.  Au cœur des montagnes de la péninsule coréenne, dans les contrées les moins accessibles qui bordent la DMZ, qui sait ce que les épaisses forêts peuvent dissimuler de mystères inquiétants, de visiteurs étranges ou de dangers existentiels ? Apparemment, Na Hong-jin en a une petite idée et, après dix ans d’absence sur grand écran, il revient avec le plus gros budget de son pays pour en produire la preuve ébouriffante.

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MINOTAURE

Au loin s’amoncellent les nuages

« La guerre est comme un Minotaure qui engloutit la jeunesse, ne laissant pour survivre que des vieillards cyniques. »

Attribué à Charlie Chaplin.

Pour avoir dit le fond de sa pensée au président russe, Andreï Zviaguintsev est aujourd’hui un proscrit en son pays. Le réalisateur du « Bannissement » ajoute ainsi son nom à une longue liste de cinéastes, acteurs et techniciens qui vivent en dehors de leur pays par crainte de représailles sévères. Comment en aurait-il été autrement en découvrant ce qui enrobe le sujet central de ce « Minotaure » ? Ravivant la flamme criminelle de «la  Femme infidèle » de Claude Chabrol, il promène son personnage dans le dédale d’une Russie corrompue et entraînée sans consentement dans la folie meurtrière de son dirigeant.

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Le CORSET

Rester vertical

« Désir, trahir, maudire, rougir
Désir, souffrir, mourir, pourquoi ?
On ne dit jamais ces choses là
Un sentiment secret, d’accord
Un sentiment qui hurle fort. »

Marie Léonor, « Ouragan », chanté par Stéphanie de Monaco, 1986.

Connaissez-vous le Milwaukee ? Non, il ne s’agit pas de la grande ville du Wisconsin qui borde le lac Michigan. C’est le nom que l’on donne à un harnais de métal qui vient enserrer le corps des enfants et des adultes atteints de scoliose idiopathique évolutive, quelque chose entre l’armure de chevalier et un engin de torture, bref, un remède d’aspect médiéval qui, pour être efficace, doit être porté h24 et plusieurs années durant. Le réalisateur Louis Clichy sait bien de quoi il s’agit pour l’avoir subi pendant ses jeunes années. Cet objet traumatisant donne aujourd’hui son titre à ce premier film animé en solo : « Le Corset », prix spécial du jury à Cannes dans la sélection Un certain regard, et surtout trois prix au festival international du film d’animation d’Annecy, dont celui du jury et celui du public.

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FRANKENSTEIN (1931)

Du feu de Dieu

« On dit que « la fiancée de Frankenstein » est un meilleur film, mais il y a quelque chose de pur à propos de l’original. C’est comme explorer un territoire où personne n’est jamais allé. »

Joe Dante in Mad Movies n°277, septembre 2014.

Lorsque, à la veille de la fête d’Halloween, le « Frankenstein » de James Whale surgit sur les écrans américains, un siècle exactement le sépare de l’ultime version du roman éditée du vivant de Mary Shelley. Ce qui aurait pu n’être qu’un énième phénomène de foire inventé par les bateleurs d’Hollywood deviendra, pour l’œuvre imaginée un soir d’orage près de Genève, une deuxième naissance, une résurrection si impressionnante qu’elle fera le tour du monde et popularisera le mythe sous un nouveau visage. En décrivant sa créature (« sa peau jaune », « ses cheveux d’un noir brillant, et abondants », « les yeux transparents », « son teint parcheminé et ses lèvres droites et noires »), l’autrice n’avait sûrement pas en tête le maquillage créé par Jack Pierce : ce front osseux et suturé, les joues creuses et le regard mi-clos qui firent de Boris Karloff l’incarnation la plus célèbre de l’Histoire. Comme Prométhée avait volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes, la firme Universal dépossédait Mary Shelley de son œuvre pour la jeter dans les flammes du succès.

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RESIDENT EVIL (2026)

Biohazard bazar

« Nous pensions avoir survécu à l’horreur, mais nous avions tort. Une fois de plus, nous allions de voir nous battre… pour survivre. »

In « Resident Evil 5 : Retribution » de P. W. S. Anderson, 2012.

Cette année, la franchise de jeux vidéos lancée par le japonais Capcom souffle ses trente bougies. Cela valait bien également une résurgence cinématographique hollywoodienne sobrement intitulée « Resident Evil ». La marque, pour l’occasion, fait peau neuve, se débarrasse de la présence encombrante de l’actrice Milla Jovovich et du réalisateur/producteur de l’hexalogie originale, Paul W. S. Anderson. Zach Cregger, le nouveau prodige de l’horreur made in US, prend le relai en laissant dans le rétroviseur les nanardesques antécédents – dont il prétend même n’avoir vu aucun opus. Il a sa petite idée quant à la formule à privilégier. C’est donc, antidote en poche, et tout en glissades pas toujours contrôlées, qu’il se lance, par une nuit neigeuse, sur la route de Raccoon City.

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The DESCENT

Au fond du trou

« Et cette nuit ne s’arrêtait jamais, toujours identique à elle-même, toujours aussi noire, toujours aussi silencieuse et éternelle. La nuit souterraine est vraiment différente de la nuit cosmique, l’opacité est absolue. A l’extérieur au contraire on y voit toujours un peu, la nuit ; la lueur des étoiles ou celle de la nuit laisse toujours apercevoir quelque chose, quelques objets. Là où je suis, rien. »

Michel Siffre, Hors du temps, 1963.

Au commencement était le néant. Noir, vide, absolu. Puis la lumière fut. Unique, vivante, inspirante. Il en va de la vie comme de l’univers tout en entier : on part de rien pour aller vers le tout, et ce tout de retourner un jour au néant. Telles des étoiles dans un ciel d’encre, les lampes de spéléologie éclairent « The Descent », film d’horreur britannique signé Neil Marshall. Si on en croit ses dires, ce deuxième long-métrage avait été pensé sur une plateforme pétrolière assaillie de morts-vivants, un énième délire d’amateur de bis qui aurait sans doute fini à la fosse commune des histoires du même genre. Mais son producteur, dans l’incapacité de financer un tel projet, lui demanda d’écrire un autre scénario. Et c’est peut-être en refusant la voie touristique, en optant plutôt pour un inconfortable glissement vers les profondeurs, qu’il signe ce qui demeure à ce jour son seul et unique chef d’œuvre.

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LEVITICUS

Jeux interdits

« Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. »

Lévitique, 18:22

Dans le frémissement actuel qui s’observe autour du cinéma d’horreur australien, certaines figures se démarquent. De cette effrayante pouponnière du bush sont sortis dernièrement Michael Shanks et son perturbant « Together », mais aussi les frères Philippou qui, en deux films éprouvants (« talk to me » et « bring her back »), ont inscrit les antipodes sur la carte de l’épouvante moderne. Il faudra désormais ajouter à cette liste (très incomplète) le tout jeune Adrian Chiarella qui, dès son premier film, est allé émouvoir les festivaliers de Sundance avant de se projeter au-devant des spectateurs du monde entier. « Leviticus » suit la ligne de ses compatriotes qui consiste à aborder un sujet de société par le prisme du genre horrifique tout en s’appuyant sur une identité locale puissante.

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NOTRE SALUT

Et toujours le bras levé

« Il est difficile aujourd’hui de se rappeler avec quelle fièvre on échafauda des projets. D’aucuns le firent avec la joie qu’apporte la vengeance : la République honnie, la « gueuse » était morte. Cependant, les antirépublicains de toujours ne furent pas les seuls à s’épanouir ; d’autres, et ils furent nombreux, furent heureux d’être délivrés des procédures sclérosées de l’immobilisme politique. »

Robert O. Paxton, La France de Vichy, 1973.

Dans l’antenne du Commissariat à la Lutte contre le Chômage du Limousin, une machine à écrire vient frapper d’une croix les caractères d’un papier à entête indiquant « République française ». La défaite de 1940 a fini d’abattre les derniers espoirs de la démocratie parlementaire qui disparaît sous la francisque de l’Etat français dirigé par Philippe Pétain. C’est auprès du vieux héros de 14-18 que se trouve peut-être désormais « Notre Salut », c’est en tout cas ce qu’imaginait à l’époque l’arrière-grand-père du réalisateur Emmanuel Marre. Celui-ci a épluché les archives, lu et relu des liasses de lettres pour retracer le parcours de cet aïeul maudit, et faire de cette « mémoire fantôme » de notre pays un film qui refuse d’oublier les taches du passé.

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