Sur un fil de la toile #6-7 | Il y a loin du simple blog d’opinion au vrai journalisme d’opinion

lunette_ordinateurII y a quelques semaines, je me suis permise de réagir aux éloges que M. Windisch s’adressait à lui-même au sujet du bilan mirifique de son blog, lesobservateurs.ch, dans la mesure où il avait une manière fort particulière de quantifier son succès, confondant notamment allègrement “pages vues” (c’est-à-dire affichées dans le navigateur) et “pages lues”. Il proposait alors des statistiques mirobolantes, supposées faire verdir de jalousie tous les autres médias romands. Mais, je n’ai que brièvement abordé la question de ce qui l’a motivé à lancer ce qu’il avait alors appelé son «projet de plateforme multimédia d’un type nouveau en Suisse romande». Il s’agissait notamment pour lui de remettre à l’honneur ce qu’il a appelé, dans un de ses tous premiers billets, publié le 29.01.2012, «l’esrpit de recherche», dont il estime, avec raison, qu’il est effectivement souvent en perte de vitesse et dont il donnait alors la définition suivante:

[…]à la fois la rigueur, exactitude et précision dans la vérification; rapidité pour saisir les idées les plus audacieuses et longue patience dans leur élaboration; capacité d’analyse détaillée et de synthèse; esprit positif de soumission aux faits et aptitude au doute et à la critique, capacité à exploiter la fécondité de l’erreur; les progrès de la connaissance contredisent les inerties des représentations stéréotypées; l’esprit de libre examen, d’indépendance; l’imagination, l’audace, l’originalité, l’inventivité, la curiosité, la créativité, le travail prolongé, approfondi et souvent solitaire, etc…

Ces qualités devraient être présentes aussi bien dans les sciences sociales que dans le journalisme. Ces deux domaines professionnels, qui cherchent tous deux à mieux comprendre et à expliquer les réalités sociales, culturelles et politiques, pourraient d’ailleurs collaborer bien davantage afin d’apporter encore plus de connaissances et de propositions de solutions aux gigantesques problèmes de nos sociétés actuelles.

On ne peut qu’être d’accord avec cette description de cette approche qu’il aurait aussi bien pu appeler par son nom: la méthode scientifique. Celle-ci fonde d’ailleurs en grande partie la pratique et la déontologie journalistique, même s’il n’est pas possible pour un journaliste d’aller autant au fond des choses que pour un universitaire qui peut consacrer des mois, voire des années, à un même sujet.

Mais, l’essentiel du projet des Observateurs.ch se situe ailleurs. En effet, comme il l’affirme au début de ce même billet, la lutte contre bien-pensance de gauche et le politiquement correct constitue l’un de [nos] leurs fils conducteurs. Le but des observateurs.ch serait donc d’apporter une diversité idéologique, soit de proposer un média d’opinion clairement positionné le plus à droite possible. Ce qui ne devait pas empêcher, comme indiqué par la citation ci-dessus, de constituer une plateforme médiatique intellectuellement rigoureuse et s’en tenant aux faits. Or, il faut reconnaître, deux ans après le lancement de cette expérience, que ce n’est pas grâce aux Observateurs que l’«esprit de recherche» risque de reprendre du poile de la bête! Plus exactement, “La Rédaction” (qui que soient la ou les personnes comprises dans ce titre) et M. Windisch ont régulièrement fait exactement le contraire de ce qu’il préconisait dans cette citation. De fait, j’en déduis que les responsables du blog ont donc complètement renié les objectifs initiaux qui devaient définir la ligne de ce blog…et ce, dès le début, pour se focaliser sur un seul but: dézinguer sans repos tout ce qui se trouve à leur gauche (soit à peu près 70% de la palette des positionnements politiques). Malheureusement pour eux, ils sont loin d’être les premiers venus sur ce créneau, puisque ce courant de pensée est non seulement déjà représenté sur d’autres blogs, notamment Commentaires.com, mais aussi, si, si, dans ces mêmes médias romands si détestés par lesobservateurs.ch! Continue reading

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Sur un fil de la toile #10-17 | Quantox – Mésusages idéologiques de la mécanique quantique

See on Scoop.itEpistemology | Epistémologie 2.1.

Une fois n’est pas coutume, commençons par la fin. Dans la toute dernière phrase, Richard Monvoisin1 introduit une notion à mettre à l’honneur, tant elle me paraît judicieuse : celle de « malinformation », comme on parle de « malbouffe ». C’est évidemment la conclusion de raisonnements étayés et argumentés, d’une analyse sans concession, mais que chacun peut constater dans sa vie quotidienne.

Commentaire d’Ariane Beldi:

Si ce petit opus est certainement très intéressant pour les sceptiques qui veulent mieux comprendre la question des mésusages des notions liées à la mécanique quantique par divers charlatans, c’est autre-chose qui a attiré mon attention. En effet, il semblerait que les analyses de Richard Monvoisin débouche sur une observation qui me semble clé pour décrire la manière dont les préjugés et les idées reçues concernant des sujets relevant de la science et des technologies de nos jours arrivent à circuler et proliférer. L’auteur de cette recension, Martin Brunschwig, ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’il commence par là.

Je fais référence à la notion de “malinformation”, que Richard Monvoisin à conçu par analogie avec la “malbouffe” dans le domaine alimentaire. La “malbouffe” se distingue de ce que l’on appelle la “malnutrition”, dans le sens où il ne s’agit pas seulement d’une alimentation inadaptée aux besoins du corps, mais aussi malsaine pour celui-ci et déficientes sur d’autres aspects essentiels de l’acte de se nourrir, à savoir l’ingurgitation et le goût, la sociabilité, et même le modèle économique auquel elle donne lieu. N’ayant pas encore lu l’ouvrage de Monvoisin, je ne suis pas sûre de la définition exacte qu’il donne à sa notion de malinformation, mais d’après la recension de Brunschwig, je pense que l’on peut imaginer que l’on peut la concevoir ainsi: il s’agirait d’une information qui peut causer des bloquages dans notre capacité à raisonner et à appréhender le monde, mais aussi carrément pervertir l’idée même de réflexion (donnant aux gens l’impression de réflechir alors qu’ils ne font qu’ingurgiter du prêt-à-penser) ainsi que celle de débat intellectuel et même favoriser les idéologies en tous genres.

Il me semble que la notion de “malinformation” pourrait être utile pour aborder la manière dont se diffuse aujourd’hui les pseudo-sciences et la patamédecine, alors que nous sommes censés vivre une ère de l’information (avec l’éducation que cela suppose). Bref, elle pourrait ouvrir un certain nombre de pistes d’études et de perspectives pour comprendre le fonctionnement du débat public.

See on www.pseudo-sciences.org

Pulling on a web string #6 | Critical thinking vs. partisan thinking

Lately, I’ve gotten very interested into issues of epistemology with regards to the status of scientific knowledge. I’m particularly fond of the French Association for Scientific Information (AFIS – only in French, unfortunately) website, which advocates for the defence of the scientific method and critical thinking. This is how I landed on the Center for Skeptical Inquiry (CSI) website and the cover of the latest issue of its magazine, the Skeptical Inquirer, immediately attracted my attention. Indeed, it unmistakably features a manga-like image. Since, I’m doing a Ph.D research on anime, an industrial sector tightly linked to that of manga production, I felt very curious, wondering whether they were promoting or denouncing certain types of manga. I was almost right on the point. However, what I thought would be a mere statement about yet another use of manga for communicating science, is becoming a much longer post on misconceptions about scepticism and science. Continue reading

Aside

Sur un fil de la toile #4: Journalisme visuel: une évolution du journalisme ou juste un outil de marketing?

Je viens de lire l’article du blog “Ecrans” à propos du premier jour du News World Summit (NEWS), intitulé Trois jours de rédactions en émulsion, qui met particulièrement en avant le concept de journalisme visuel. Celui-ci est décrit par un jeune journaliste, Chiqui Esteban, responsable des « nouveaux récits » pour le pure player espagnol Lainformacion, comme le fait d’«essayer de démontrer des choses, de présenter des données de manière graphique». Présenté comme une évolution du métier du journaliste, lequel devrait désormais être systématiquement accompagné d’un programmeur, voir le devenir lui-même, je dois avouer que j’ai plutôt l’impression qu’il s’agit là d’une manière de se distinguer d’un point de vue marketing. En effet, comme le dit le même journaliste: « Six ou sept des articles les plus lus du site contiennent des graphiques. » Même s’il ne s’agit pas de faire simplement joli, mais d’apporter une information, il n’en reste pas moins que le désire d’attirer l’oeil du lecteur semble constituer la principale logique sous-jacente qui motive cette décision de visualiser les données, soit de les présenter sous forme schématique plutôt que verbale (écrit ou oral). Avec le risque de tomber dans une généralisation et une simplification abusive de l’actualité. Continue reading

Status

Sur un fil de la toile #3: Etudier autrement le chemin de l’information dans un réseau social avec le Pegasus Data Project

Il y a trois heures de cela, j’ai découvert le Pegasus Data Project, qui m’a spontanément ajouté à sa liste Panel3_Romandie, composée de “Romands” actifs sur Twitter! Je les remercie de l’avoir fait!

Comme l’indique le sous-titre de leur blog,  les initiateurs de ce projet visent à développer des méthodes d’analyse des voies que prennent les informations en parcourant les réseaux sociaux. Et pas uniquement selon des calculs statistiques, même si ceux-ci en font partie intégrante, accompagnés d’outils de visualisation des relations entre usagers de Twitter en particulier.  En effet, les deux chercheurs, Yannick Rochat et Martin Grandjean, respectivement mathématicien et historien, semblent avoir décidé de mettre en commun les approches de leurs propres disciplines et de se les approprier de manière croisée dans une optique interdisciplinaire.

L’une des émissions matinales quotidienne de RTS-La 1ère, intitulée Ligne Directe, dont le principe est de faire débattre  les auditeurs, par téléphone, mais aussi et surtout par Twitter, leur sert de premier terrain d’expérimentation. Le hastag de l’émission #EnLD leur permet notamment de suivre les échanges des auditeurs chaque jour et de visualiser leurs interactions.

De telles recherches intéressent probablement la RTS et les producteurs de l’émission la Ligne Directe, mais aussi d’autres acteurs institutionnels du service public pour les précieuses informations qu’elles peuvent leur apporter sur la manière dont leurs publics se servent de ces technologies dans le cadre de leur audienciation (un terme barbare pour définir la manière dont les individus se constituent en audience en acceptant d’être assimilés à d’autres individus, généralement inconnus et éloignés géographiquement, imaginés comme partageant les mêmes goûts et pratiques). Par ailleurs, elles ouvrent de nouvelles manières d’aborder les questions de l’évolution des usages pour les chercheurs en sciences sociales, humaines et les ingénieurs, soit qu’ils se soucient de l’évolution actuelle de la société (surtout dans le cas des premiers), soit qu’ils cherchent à simplement mieux comprendre ce que cela signifie pour le monde économique dans lequel ils évoluent (pour les concepteurs de nouveaux produits).

En ce qui me concerne, je serai au poste mardi matin pour suivre le fil Twitter de La Ligne Directe, tout en l’écoutant sur ma tablette grâce à l’application “Radio” (je n’ai plus de radio depuis longtemps….)! En effet, je compte bien suivre l’évolution de ce projet, même si je ne pense pas être à même de contribuer immédiatement à ces recherches, mon travail actuel étant plutôt focalisé sur les usages de technologies numériques de livraison de contenu médiatique (i.e., le DVD) dans le cadre du divertissement audiovisuel pur. Mais, une fois ma thèse terminée, je ne souhaite pas me retrouver complètement larguée sur la question du rôle des réseaux sociaux dans l’information des gens et les débats citoyens, surtout que c’est un sujet qui semble préoccuper tout le monde, depuis les politiques jusqu’aux institutions scolaires en passant par tous les secteurs industriels. Or, il me semble que le Pegasus Data Project est un bon point de départ pour approfondir ma compréhension de ces phénomènes, même si ce n’est pas le seul.