Les commentaires de Florent_L
Je continue ma découverte de la bibliographie de Hubert, cette fois avec sa saga posthume, Ténébreuse. Et comme pour l'ensemble de ses autres œuvres, je suis charmé.
Ce premier tome a tous les ingrédients d'un bon tome d'heroic fantasy. D'abord, des personnages conventionnels mais très convaincants, avec en figures de proue le duo de protagonistes : Arzhur, chevalier téméraire mais déchu, et Islen, princesse ingénieuse aux pouvoirs surnaturels. Cette-dernière a pourtant la patte "Hubert" que je commence à déceler, sans cesse renvoyée à son statut de femme de part l'époque où elle évolue et surtout par les hommes, mais qui n'a qu'une envie (et les qualités pour), c'est de s'émanciper. Évidemment, une romance semble se dessiner entre les deux personnages dans ce premier tome, mais celle-ci est traitée avec délicatesse et respect, un très bon point.
Les "seconds-couteaux" se révèlent également peu à eu dans l'ouvrage, tous plus ou moins nuancés selon leur importance : le roi, la belle-mère, les mégères.. Chacune et chacun vient apporter sa pierre à l'édifice d'une intrigue aux rebondissements nombreux mais facilement devinables.
Pour l'univers qui nous est dépeint, rien de bien surprenant, très orienté "conte médiéval/fantasy", mais à nouveau tellement bien maitrisé !
Les dessins de Vincent Mallié sont délicieux, notamment les décors forestiers, et globalement l'atmosphère "Moyen-Age" est parfaitement bien retranscrite. Fort charmé également par les costumes ou accessoires des personnages.
Aller, il y a encore un autre tome à dévorer !
Afficher en entierJ'ai beaucoup apprécié le coup de crayon. Les illustrations ne sont jamais spectaculaires, mais les couleurs viennent jouer un rôle très important : elles sont chaudes, lumineuses, et apportent une vraie douceur, en contraste avec les thèmes plus graves du récit, mélancolique dans son ensemble.
J'ai également aimé plusieurs des thématiques abordées. Le comics explore de manière assez fine la question de l'acceptation de la mort, la dernière partie notamment m'a touché (même si bon, facile de mourir dans de belles conditions quand on a beaucoup d'argent). J'ai adhéré à la façon dont l’œuvre aborde aussi les relations humaines, amoureuses et familiales avec une certaine justesse, en montrant à quel point elles façonnent une existence.
En revanche, je n’ai pas vraiment adhéré au concept des différentes "morts" du personnage, et le scénario s'en retrouve trop redondant à mon goût. J’ai compris l’intention, mais je l’ai trouvé un peu vaine, voire légèrement prétentieuse dans la manière de vouloir donner du sens à chaque étape de la vie.
Très loin de raconter la même histoire, mais qui est basée sur le même schéma narratif, j'ai par exemple beaucoup plus apprécié Toutes les morts de Laila Starr de Ram V.
Afficher en entierTrès compliqué de juger cette bande dessinée... J'ai aimé ce que j'ai lu, j'adhère à ses engagements, mais difficile de suivre les intrigues entremêlées les unes aux autres, les thèmes abordés sont peut-être un peu trop nombreux et les évènements se passent trop vite pour imprégner un souvenir impérissable.
Afficher en entierEzra s'apprête à s'immoler par le feu : voilà le drame qui est annoncé dès le début du récit. On remonte dès lors le fil de sa vie à travers des écrits, façon journal intime, très fouillis et désordonnés. le problème, c'est que j'ai moi-même vite perdu le fil.
Ce qui ressort immédiatement de ces fragments de vie, c'est qu'Ezra s'est toujours senti en décalage avec les autres, dans une société qui ne le comprend pas ou le rejette (des thèmes assez classiques, au fond) pour qui il est : juif, homosexuel, progressiste. Une mère partie du jour au lendemain, un père qui se réfugie dans la religion, des relations amoureuses qui ne durent pas, et même l'impossibilité de garder contact avec ses amis… Entre dépression, rejet des normes et toile de fond politique avec l'élection de Trump, on suit un personnage qui va mal, mais qui reste très lucide sur lui-même.
On retrouve aussi une critique acerbe du puritanisme et de l'individualisme qui habitent la société américaine (et peut-être pas seulement américaine). Mais j'ai trouvé que cette narration éclatée dessert le récit : tout est souvent lourd, sans véritable respiration, on passe sans cesse du présent au passé au plus-que-passé sans vraie conclusion, et même si les nombreuses interrogations philosophiques du personnage sont touchantes tant elles sonnent juste, je me suis senti vraiment perdu. Je reconnais malgré tout le talent de la plume de l'auteur (et du traducteur), capable de retranscrire un mal-être profond avec des mots forts et des images marquantes.
Un OVNI, sans aucun doute. Mais comme souvent avec les OVNIs, il est facile de passer à côté.
(les couvertures de cette maison d'édition sont vraiment trop belles)
Afficher en entierJe me suis lancé dans le roman sans en savoir grand-chose, et plongé dans l'univers féérique proposé par Nicola Griffith, j'ai mis 70 pages à comprendre qu'il s'agissait ici d'une réécriture des mythes arthuriens... Et l'autrice ne se contente pas de revisiter un mythe : elle le décale et l’incarne autrement, y ajoute une belle dose queer, tout en prenant ses sources dans les vieilles légendes galloises.
Ainsi, l’ancrage historique et géographique dans un Pays de Galles rugueux, tangible, donne au récit une densité intéressante pour un format aussi court. Le cœur du roman reste Peretur. Cette version féminisée de Perceval est sans doute l’une des plus belles réussites du livre. Guerrière en devenir, étrangère au monde qu’elle découvre, elle avance avec une forme de naïveté qui la rend "attachante". J'ai particulièrement apprécié ses "états d'âme", ses incompréhensions face à la société (plutôt misogyne) qu'elle découvre petit à petit. J'ai trouvé à l'autrice un certain talent pour retranscrire les pensées et les émotions de son héroïne, qui s'intègrent parfaitement au ton contemplatif de l'action. Bizarrement, tout est organique, jamais démonstratif, et Nicola Griffith trouve le parfait équilibre entre roman historique et fantasy.
Néanmoins, je me suis retrouvé très extérieur aux scènes d'action (même si elles sont rares), avec beaucoup de difficultés à comprendre ce que l'on me racontait. De même, je n'ai pas été convaincu par la relation qui se noue entre Peretur et Nimuë, du fait du format court du livre, qui ne laisse pas le temps à cette histoire d'amour (mais en est-ce vraiment une ?) de se développer avec nous.
Au final, une lecture intelligente, bien contée, et subtilement engagée.
Afficher en entierÉmile, le maître d'un charment hôtel biscornu sur une falaise, accueille des personnes qui viennent de mourir. Une dernière étape avant de prendre le dernier train, pour faire face à leurs souvenirs, à leurs regrets. Mais un jour, tout se dérègle lorsque de nouveaux arrivants n’ont plus aucun souvenir de leur vie passée, ce qui met en péril tout l’équilibre de l'hôtel... À première vue, une idée pas très originale (le "sas" avant la véritable mort, qui permet de couper définitivement les ponts avec ce qui relie les personnages à leur "vie" passée), mais qui a un impact universel sur chacun d'entre nous. J'ai malheureusement trouvé l’ensemble assez prévisible et parfois un peu convenu. Certains rebondissements se devinent assez tôt, et j’ai eu l’impression que le récit restait en surface sur le plan émotionnel.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est le dessin. Le style de l'illustrateur est vraiment réussi : des personnages aux traits marqués, des décors à la fois doux et légèrement inquiétants, et des couleurs qui créent une ambiance très particulière, hors-du-temps.
Néanmoins, un point m’a vraiment dérangé : le traitement des personnages féminins, caractérisées uniquement par leur apparence physique et sources de luxure. Ce point de vue m'a sorti de ma lecture et m’a laissé une impression de déséquilibre parmi la galerie de personnages.
Afficher en entierL'impression d'avoir parcouru un livre que j'aurais dû apprécier, mais pour lequel je suis totalement passé à côté.
Comme le suggère le titre du roman, Fracture(s) s'intéresse notamment aux fractures sociales. Mais l'autrice tombe malheureusement dans les plus grands stéréotypes possibles pour animer ses personnages. Les riches bourgeois sont drogués, fêtards, violents et infidèles. Les pauvres prolétaires subissent leur travail, vivent dans des logements insalubres, les maris s'enfuient, regardent la télé-réalité et n'ont qu'un passe-temps : envier les riches. Certes, il est toujours utile de rappeler que les plus aisés oppriment les moins aisés, qu'il s'agit d'un schéma social qui se répète de bien des façons, mais j'ai trouvé que le traitement des personnages - des adolescents aux personnages parents - manquait de subtilité et de nuances. Pour exemple, Côme manipule et exploite Arthur, mais nous ne rentrons jamais dans la psyché du premier, et je trouve cela dommage de ne jamais trouver d'explications à son comportement - autre que le "riche" a forcément toutes les qualités que le "pauvre" n'a pas.
En revanche, j'ai apprécié le souhait de l'autrice, entre les lignes, de rappeler que ce sont les femmes qui finissent premières victimes de ce désordre social, même si encore une fois, une petite déception demeure : ne jamais avoir le point de vue de l'une d'elles, centrale au récit.
Du côté des points positifs, j'ai préféré le dernier tiers du livre, qui se transforme en polar, avec un suspense bien plaisant, et un dénouement à l' "affaire" qui m'a agréablement surpris... avant d'être, encore une fois, enquiquiné par le message délivré dans les dernières pages.
Le style d'écriture m'a aussi plu, l'autrice usant de phrases brèves et directes qui collent bien à l'ambiance générale du récit.
Afficher en entierQuelle ne fut pas ma surprise en refermant Les Ombres de découvrir que le livre avait été publié en 2013. J’étais persuadé qu’il était bien plus récent, tant l’histoire racontée reste malheureusement très actuelle et universelle.
Mais les surprises avaient commencé dès le début du récit. Sous des airs de conte, je pensais suivre l’histoire d’un frère et de sa jeune sœur, contraints à l’exil et en route vers "l'Autre pays" où ils pourraient recommencer une nouvelle vie. En réalité, ce n’est pas un conte, mais un récit flou, symbolique, déstabilisant, sur l'immigration (notamment clandestine). On ressent ainsi surtout la peur, la fatigue, la violence et la solitude, qui animent tour à tour (ou continuellement) les protagonistes. Une odyssée qui reflète le parcours brutal de millions de réfugiés.
Le dessin d’Hippolyte joue énormément sur les ombres, les contrastes et les silhouettes. J’ai beaucoup aimé ce style, notamment l’utilisation des masques comme visages des personnages ; on peut aisément penser aux Sans-Visage du Voyage de Chihiro. Malgré cela, ces mêmes personnages restent très expressifs, notamment par leurs postures. Personnages et décors transmettent d'ailleurs beaucoup d’émotions, sans avoir besoin de longs dialogues.
En revanche, j’ai un petit bémol concernant l’un des personnages secondaires, présenté comme sympathique, mais qui passe en réalité son temps à courtiser une petite fille. J’ai trouvé cela inutile, dérangeant et franchement incompréhensible.
Afficher en entierJe commence à développer une obsession pour l'œuvre littéraire et créative de Hubert. Après la saga Les Ogres Dieux qui fut ma plus belle découverte de 2025, voici naître le coup de cœur pour Peau d'Homme. Ainsi, j'admire son talent de conteur, j'adhère a ses idéaux, et j'envie la facilité avec laquelle il a réussi à moderniser en images contes & légendes populaires.
Ici c'est Peau d'âne qui est complètement revu pour délivrer une œuvre féministe, touchante et pleine d'enchantement. Le dispositif narratif — cette peau empruntée qui permet à l'héroïne de franchir les frontières morales de la société - est une excellente idée qui permet de traiter de sujets aussi larges que les questions de genre, la condition féminine, les normes sociales et tout simplement les différentes formes que peut prendre l'amour.
Le dessin de Zanzim contribue énormément au plaisir de lecture : c’est expressif, vivant, parfois tendre, parfois un peu irrévérencieux, ce qui colle parfaitement à l’ambiance du récit.
En clair, une BD intelligente, pleine d’humanité et d'humour, moderne et déjà à mettre entre les mains des plus jeunes.
Afficher en entier

Une très bonne hérétique représente ma première incursion dans la bibliographie de Becky Chambers, autrice qui commence à avoir sa petite popularité chez nous. Avant de m'attaquer à ses œuvres plus volumineuses, je commence donc par ce recueil de 5 nouvelles, qui se sont révélées être une lecture très plaisante.
J'étais curieux de découvrir de le "style" de Becky Chambers, dont j'avais entendu dire que les intrigues étaient plus "optimistes" que dans le SF classique. Et en effet, il y a ces sensations de "cocon" et de "douceur" que j'ai ressenties pendant ma lecture, parfois de mélancolie, très loin d'être désagréables. Pourtant, les thèmes évoqués sont durs (guerres, altération physique, discrimination...), mais c'est aussi ce qui fait de belles intrigues de SF !
En parcourant les différentes commentaires d'autres lecteurs et lectrices, je découvre que certaines nouvelles se déroulent directement dans un univers créé par Becky Chambers... Pourtant je ne me suis jamais senti perdu. Certes, certaines dénominations/"espèces extraterrestres" ne sont pas expliquées ou décrites frontalement, mais cela m'a permis de faire appel à mon imagination pour me les représenter ou donné du mystère supplémentaire à ce qui m'était conté. Aucun soucis de compréhension là-dessus.
Petite appréciation particulière pour "La Troufionne, l'Epée nova et Les Textes tri-chantés" !
Afficher en entier