Thracésiens

Le thème des Thracésiens (en grec θέμα Θρᾳκησίων, thema Thrakēsiōn, ou plus simplement Θρᾳκήσιοι, Thrakēsioi) est une province ou thème de l'Empire byzantin située à l'ouest de l'Asie mineure, dans l'actuelle Turquie, et comprenant les anciennes régions d'Ionie et de Lydie ainsi que des parties de la Phrygie et de la Carie[1].
Histoire
[modifier | modifier le code]La date exacte de sa création est incertaine. Les premiers spécialistes du sujet pensaient que c'était à l'origine une turme du thème des Anatoliques devenue un thème par la suite, mais des recherches plus récentes ont montré qu'il avait été l'un des quatre premiers thèmes à avoir été créés. Quoi qu'il en soit, la première trace attestée du thème des Thracésiens date de 711, même si certains chercheurs pensent que l'armée thracésienne doit être identifiée à l'armée thrace (Thracianus exercitus) mentionnée dans un décret de 687[1],[2]. Le nom du thème vient du fait que les thèmes ont été constitués vers 640 en tant que secteurs de campement militaire pour les vestiges des vieilles armées de campagnes de l'Empire romain à la suite des conquêtes musulmanes ; dans le cas des Thracésiens, l'armée de campagne du magister militum de Thrace[3]. Ceci est appuyé par le fait que deux unités qui sont connues pour avoir fait partie de cette armée pendant les IVe et Ve siècles, la vexillatio palatina des Equites Theodosiaci Iuniores et l'auxilium palatinum des Victores, sont certifiées comme deux turmes du thème au Xe siècle, Theodosiakoi et Viktores. Le thème des Thracésiens a ainsi la distinction de comprendre certaines des unités les plus anciennes de l'armée byzantine[2],[4],[5].

Le thème comprenait environ 20 cités, Éphèse (aussi connue sous le nom de Theologos à l'époque) étant la plus grande d'entre elles. Toutefois, sa capitale était très certainement Chônai[1]. Il était l'un des thèmes les plus importants à l'apogée du système, pendant les VIIIe et IXe siècles, et son stratège commandait environ 10 000 hommes et avait un salaire annuel de 40 livres d'or[1]. En 949, ses officiers supérieurs étaient, par ordre de rang, le tourmarque des Theodosiakoi, le tourmarque des Viktores, le tourmarque de la côte maritime et un meriarque[2],[6]. La côte était aussi sous l'autorité parallèle du stratège du thème naval de Samos, qui y recrutait des équipages et y construisait des navires[2].
La plus grande partie du thème a été conquise par les Seldjoukides à la fin du XIe siècle mais la plupart de ces territoires ont été reconquis durant la Première croisade. Jean II Comnène le rétablit, dans une taille plus réduite, sous l'autorité d'un duc (dux) établi à Philadelphie. La partie méridionale du vieux thème devint quant à elle une partie du nouveau thème de Mylasa et Melanoudion[7]. Le thème a été l'un des derniers territoires byzantins d'Asie mineure à passer sous contrôle turc. Au début du XIVe siècle, il était réduit à la région de Smyrne, jusqu'à la conquête de la ville par l'émir d'Aydin en 1330[1].
Stratèges connus
[modifier | modifier le code]| Nom | Mandat | Degré de certitude | Notes | Refs |
|---|---|---|---|---|
| Sisinnios | 741–743 | Certain | Patrikios et premier stratège des Thracésiens connu avec certitude. Parent de Constantin V, il soutient celui-ci lors de la révolte d'Artabasde et participe à la reconquête de Constantinople. Peu après la victoire, Constantin le soupçonne à son tour de vouloir s'emparer du pouvoir et le fait aveugler. | [8] |
| Kratéros | VIIIe–IXe | Certain pour la fonction | Basilikos spatharios, probablement basilikos protospatharios, et stratège des Thracésiens, connu uniquement par un sceau. Son identification avec les stratèges homonymes des Anatoliques ou des Cibyrrhéotes est envisagée par la PmbZ mais jugée insuffisamment étayée. | [9] |
| Michel Lachanodrakôn | 766 – après 780 | Certain | Patrikios, basilikos protospatharios et stratège des Thracésiens, plus tard magistros. Nommé par Constantin V en 766, il devient l'un des principaux chefs militaires et iconoclastes de son règne. Il commande encore le thème lors des campagnes contre les Arabes de 778 et 780. | [10] |
| Bardanès | fin du VIIIe siècle – début du IXe siècle | Incertain | Patrikios et basilikos protospatharios, connu par plusieurs sceaux. L'un le qualifie de stratège de Thrace tandis qu'un autre a été lu comme « stratège des Thracésiens ». Il pourrait être identique à Bardanès Tourkos, mais ni la lecture du thème ni l'identification ne sont certaines. | [11] |
| Bardanès Tourkos | 799 | Certain | Patrikios et stratège des Thracésiens. Il est attesté dans cette fonction en 799, lorsqu'il participe à une cérémonie organisée par l'impératrice Irène l'Athénienne. Il devient ensuite stratège des Anatoliques et se révolte contre Nicéphore Ier en 803. | [12] |
| Lamaris | 815–820 (?) | Probable | Iconoclaste présenté par la Vie de Pierre d'Atroa comme « exarque de l'Asie ». La PmbZ estime que cette expression archaïsante désigne probablement le stratège du thème des Thracésiens. Il fait arrêter et interroger Pierre d'Atroa et son frère Paul. | [13] |
| Bardas | 819 | Certain | Stratège des Thracésiens sous Léon V l'Arménien. D'abord iconoclaste, il aurait brièvement adopté le culte des images lors d'une grave maladie avant d'être convaincu de revenir à l'iconoclasme. Il intervient également dans la persécution des moines studites. | [14] |
| Orabé | 817/818 | Certain pour la fonction ; nom incertain | Qualifié d'Asiarches par les sources hagiographiques, titre que la PmbZ identifie ici à celui de stratège des Thracésiens. Son nom n'est transmis que sous une forme probablement corrompue. Une identification avec Bardas (#789) est possible mais jugée très incertaine par la PmbZ. | [15] |
| Constantin Kontomytès | avant 842 | Certain | Patrikios et stratège des Thracésiens sous Théophile. Il repousse une attaque des Arabes de Crète contre l'Asie Mineure occidentale. Sous Michel III, il est envoyé à la tête d'une importante flotte en Sicile, dont il devient stratège. | [16] |
| Pétronas | avant 863 – 863 | Certain | Frère de l'impératrice Théodora, patrikios et ancien drongaire de la Vigla. Il est explicitement attesté comme stratège des Thracésiens lors de la campagne de 863 contre Omar al-Aqta, qui s'achève par la grande victoire byzantine de Poson. Il devient ensuite magistros et domestique des Scholes. | [17] |
| Symbatios | 866–866/867 | Certain | Patrikios, ancien logothète du Drome et gendre du Caesar Bardas. Après l'assassinat de celui-ci, il obtient de Michel III le stratégiat des Thracésiens. Il se révolte peu après avec le comte de l'Opsikion Georges Peganès contre l'ascension de Basile le Macédonien ; vaincu, il est mutilé et exilé. | [18] |
| Nicéphore Pastilas | 960 | Certain | Général expérimenté dans les guerres contre les Arabes et stratège des Thracésiens. Il participe sous les ordres de Nicéphore Phocas à l'expédition de reconquête de la Crète en 960. Envoyé avec un détachement reconnaître l'intérieur de l'île, il est surpris par les Arabes et tué au combat. | [19] |
| Théophane | c. 970–c. 980 | Certain | Basilikos protospatharios et stratège des Thracésiens. Il exerce également un commandement à Ioannopolis, l'ancienne Preslav, dans les territoires bulgares conquis par Jean Ier Tzimiskès. Il est connu principalement par la sigillographie. | [20] |
| Jean | c. 1000 | Certain | Basilikos protospatharios et stratège des Thracésiens, exerçant également un commandement à Ioannopolis en Bulgarie. Il est principalement connu par la sigillographie. | [21] |
| Constantin Karantènos | premier quart du XIe siècle | Certain | Protospatharios du Chrysotriklinos et stratège des Thracésiens. Comme Théophane et Jean avant lui, il exerce également un commandement à Ioannopolis, en Bulgarie. | [22] |
| Constantin Diogène | Vers 1029 | Certain | Important général, il est notamment actif dans les Balkans avant d'être mêlé à un complot contre Romain III Argyre. Il est alors envoyé en Orient pour être brièvement stratège des Thracésiens avant d'être arrêté et de se suicider. | [23] |
| Jean Cantacuzène (pinkernès) | Entre 1244 et 1249 | Certain | Il est gouverneur de la région des Thracésiens à l'époque de l'empire de Nicée. |
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 Kazhdan 1991, p. 2080
- 1 2 3 4 Nesbitt et Oikonomidès 1994, p. 4
- ↑ Haldon 1999, p. 73
- ↑ Treadgold 1995, p. 97-100
- ↑ Haldon, p. 112.
- ↑ Treadgold 1995, p. 99
- ↑ Haldon 1999, p. 97
- ↑ Pmbz, Sisinnios (#6753).
- ↑ Pmbz, Krateros (#4157).
- ↑ Pmbz, Michael Lachanodrakon (#5027).
- ↑ Pmbz, Bardanes (#761).
- ↑ Pmbz, Bardanes Turkos (#766).
- ↑ Pmbz, Lamaris (#4220).
- ↑ Pmbz, Bardas (#789).
- ↑ Pmbz, Orabe (#5660).
- ↑ Pmbz, Konstantinos Kontomytes (#3929).
- ↑ Pmbz, Petronas (#5929).
- ↑ Pmbz, Symbatios (#7169).
- ↑ Pmbz, Nikephoros Pastilas (#25606).
- ↑ Pmbz, Theophanes.
- ↑ Pmbz, Ioannes.
- ↑ Pmbz, Konstantinos Karantenos.
- ↑ Pmbz, Konstantinos Diogenes (#24045).
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) John F. Haldon, Warfare, State and Society in the Byzantine world, Londres, Routledge, (ISBN 1-85728-494-1).
- (en) Alexander Kazhdan (dir.), Oxford Dictionary of Byzantium, New York et Oxford, Oxford University Press, , 1re éd., 3 tom. (ISBN 978-0-19-504652-6 et 0-19-504652-8, LCCN 90023208).
- (en) John W. Nesbitt et Nicolas Oikonomidès, Catalogue of Byzantine Seals at Dumbarton Oaks and in the Fogg Museum of Art, vol. 2 : South of the Balkans, the Islands, South of Asia Minor, Washington, Dumbarton Oaks Research Library and Collection, , 233 p. (ISBN 0-88402-226-9).
- (en) Warren Treadgold, Byzantium and Its Army, 284–1081, Stanford University Press, (ISBN 0-8047-3163-2).
- Nicolas Oikonomidès, Les Listes de préséance byzantines des IXe et Xe siècles, Paris,
- (de) Ralph-Johannes Lilie, Claudia Ludwig (de), Beate Zielke et Thomas Pratsch (dir.), Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit Online, De Gruyter, (lire en ligne).