
J’ai découvert l’œuvre de Peter Downsbrough bien avant de rencontrer Peter.
L’espace comme possibilité du langage, le langage comme structure de l’espace.
Peu a peu, en poursuivant ma connaissance de l’œuvre de Peter, je découvrais que son désir de création s’était emparé de tous les médiums qui lui permettaient de poursuivre, d’augmenter, de préciser ses visions et ses idées. La photographie, la vidéo, le dessin, le collage, la sculpture, la peinture… participent de son œuvre.
Peter Downsbrough voit dans l’espace les sculptures qu’il contient ; sur les murs des salles de musées, des galeries ou des espaces domestiques, il perçoit les peintures, les dessins et les installations qu’ils contiennent ; et dans l’espace urbain, il saisit les photographies et les films “donnés” par les villes à l’œil suffisamment aux aguets pour en déceler les structures.
Accompagner Peter dans son atelier, c’était la certitude d’y découvrir, parmi des projets connus, des œuvres surprenantes, inattendues, qui découvraient un peu plus son univers, et ouvraient davantage notre réflexion.
Comme toute pensée, l’œuvre de Peter est radicale. Il n’y a pas de pensée sans radicalité. Sinon cela s’appelle une opinion. Je ne me souviens pas que Peter ait jamais exprimé, en ma présence, une opinion.
Le noir comme élégance. Mais aussi le noir, avec toutes ses nuances de gris qui le séparent du blanc, plus aptes que la couleur à rendre les nuances des paysages du monde, comme dans la nouvelle d’Italo Calvino Senza Colori.
Surtout, le noir comme scalpel qui découpe l’espace.
Peter est un homme discret, élégant, qui semble toujours être à l’écoute… Quand il se joint à la conversation, c’est souvent pour plaisanter. Cette forme d’humour qui distingue l’intelligence la plus vive quand elle se fait humilité.
L’élégance d’une démarche, la lumière d’un œil qui éclaire ce qui l’entoure, l’humour comme complice du sens et parade efficace contre l’esprit de sérieux.
Est-ce l’assurance d’avoir su accomplir une œuvre qui fonde l’idée même de l’art que nous partageons aujourd’hui, Peter est humble et discret.
Je me souviens d’une longue conversation téléphonique avec Peter. Les discussions téléphoniques longues étaient rares avec Peter, il préférait me laisser après avoir pris de mes nouvelles et fait une plaisanterie, pour me passer Kaatje qui réglerait avec moi les problèmes d’intendance… Lors de cette rare et longue conversation, toute la sensibilité de Peter, tout son attachement aux personnes avec qui il travaillait et partageait ses enthousiasmes, toute sa fragilité aussi, s’y était exprimés.
Je me souviens de l’accent de Peter qui ajoutait au charme de ses plaisanteries. Je me souviens de la lumière qu’il avait dans l’œil et qui nous faisait parfois l’amitié de nous éclairer.
Il y a un mot qui me vient à l’esprit chaque fois que je pense à Peter : Élégance. L’élégance d’une démarche, l’élégance des gestes les plus simples, l’élégance d’une conversation qui privilégie l’écoute… l’élégance infinie d’une œuvre qui, si nous voulons être à sa hauteur, nous impose d’être élégants à notre tour, être radical, ambitieux et humble, ce mélange si subtil qu’aura su être Peter. Avoir connu Peter ne nous garantit pas le succès de cette entreprise, loin s’en faut, mais c’est une aide précieuse qui nous accompagne et nous guide au quotidien.




