帰郷、そして異邦人。バルセロナで過ごした9年を経て、フランスへ戻るということ
バルセロナの空の下で9年を過ごし、私はフランスへ帰ることを選んだ。それは逃避でも失望でもなく、自分のルーツへの回帰だった。しかし、ブルターニュの地に再び降り立った時、この帰還がこれほどまでに戸惑うものになるとは想像もしていなかった。出発の時よりも、帰還の方がずっと複雑だったのだ。
軌跡:ブルターニュの地とカタルーニャの生活の間で
スペインを離れたのは、飽きや倦怠感からではない。人生の必然だった。祖父、そして祖母の死。地理的には遠くなかったとしても、電話越しに聞く家族の現実は、私を少しずつ追い詰めていた。身近にいたいという本能的な欲求が、帰国を決意させた。
ブルターニュ人として、私たちは世界中を旅する。けれど、いつかは必ずこの土地に還るのだという確信は、常に胸の中にあった。
私はこれまで、国を比較してどちらが優れているかを論じるようなことはしたくないと生きてきた。フランスとスペインは、単に異なる楽譜で奏でられているだけだ。海外にいるフランス人の友人がスペインの習慣に不満を漏らすとき、私はいつもこう問いかけていた。「もしフランスの方が優れているなら、なぜ君はここにいるの?」と。そこに優劣はない。ただ、受容があるだけだ。
日常の衝撃:当たり前が「異質」に変わるとき
帰国して気づいたのは、フランス的な日常の「文法」を忘れてしまっていたことだ。9年という月日は、私を少しずつスペイン人へと変えていた。
最初の衝撃は、文化と気候だった。バルセロナの生活は、いつも「外」にある。広場、テラス、路地裏の雑談……すべてが自然だった。フランスで同じ spontaneity(自発性)を再現しようとすると、怪訝な顔をされるか、あるいは当局の介入を恐れなければならない。そして雨。ブルターニュでは、雨が降ろうと生活は止まらない。降りしきる雨の中を平然と歩く人々を見て、最初は理解できなかった。この「ブルターニュ的レジリエンス」に再適応するまでには時間がかかった。
物理的な距離感もまた然り。スペインでは、友情は触れ合いと共にあった。ブルターニュの友人たちに同じ距離感で接した際、相手が困惑しているのを見て、私はフランス社会の「目に見えない境界線」を忘れていたことに気づいた。
そして、言葉の壁。私のフランス語は、9年間の不在によって錆びついていた。忘れられないのが、母と台所にいた時のことだ。パスタを湯切りしようとして、私は「égouttoir(水切り)」と言おうとした。母は不思議そうに私を見て言った。「Edmond、それは『passoire(ザル)』と言うのよ」。私は「goutte(滴)」という言葉の根っこに囚われ、最も日常的な単語を失っていたのだ。
また、テクノロジーにまつわる面白い現象もありました。スペインで購入したパソコンだったので、Windowsのシステム言語がすべてスペイン語だったのです。帰国当初、これが私の脳にとってスイッチのような役割を果たしていました。パソコンから通知音が鳴り、画面にスペイン語のメッセージが表示されると、反射的に脳が『スペイン語モード』に切り替わってしまうのです。そのたび、フランス語を話そうとしているのに、口からは自然とスペイン語が出てきてしまう。まるで、パソコンが私の思考を操っているかのようでした。
言葉は、毎日水をやらないと枯れてしまう生き物なのだと痛感した。
「拡張された」フランス人:中間のアイデンティティ
FLE教師として、この経験は独自の視点を与えてくれた。フランスを外側から見るという経験は、私を「アップグレードされたフランス人(Français augmenté)」へと変えたのだ。
私の中には日本があり、スペインがあり、そしてフランスがある。これらの影響は矛盾するものではなく、重なり合い、互いを補完し合っている。この複雑な豊かさこそが、今の私が教える言葉の血肉となっている。
これから帰国を考えている人たちへ、伝えたいことがある。最初は自分が未知の土地にいるような感覚に陥るかもしれない。でも、それは正常なことだ。かつての自分を失ったと恐れる必要はない。その戸惑いは、あなたが成長し、異なる文化に育まれたという証拠だ。
あなたは以前よりも「減った」わけではない。むしろ、複数の鍵を持って世界を読み解くことができる、唯一無二の存在になったのだ。
(以下は、私が執筆したフランス語の原文です)
Revenir chez soi, l’air étranger : le choc de mon retour après 9 ans à Barcelone
Après neuf années passées sous le ciel de Barcelone, j’ai fait le choix de rentrer en France. Ce n'était ni une fuite, ni une déception, mais un rappel de mes racines. Pourtant, en posant mes valises en Bretagne, je ne m’attendais pas à ce que le retour soit, par certains aspects, plus déroutant que le départ.
La trajectoire : entre ancrage breton et vie catalane
Mon départ d'Espagne n'a pas été dicté par une lassitude, mais par la vie elle-même. Le décès de mon grand-père, puis celui de ma grand-mère, ont créé un vide que la distance géographique, aussi courte soit-elle, ne pouvait plus combler. Être informé des réalités familiales uniquement par téléphone générait en moi une forme de paranoïa, un besoin viscéral d'être présent.
En tant que Breton, j’ai cette particularité — que nous partageons souvent — d’aller explorer les quatre coins du monde, tout en portant en moi cette certitude que, tôt ou tard, le chemin ramènera vers notre terre.
Je n’ai jamais été de ceux qui comparent les pays pour déclarer un vainqueur. La France et l’Espagne proposent simplement des partitions différentes. Quand j'entendais certains amis français expatriés se plaindre des habitudes espagnoles, je leur posais toujours la même question, avec ma franchise habituelle : « Si c’est mieux en France, pourquoi tu vis ici ? ». Il n’y a pas de supériorité, il n’y a que de l’acceptation.
Le choc du quotidien : quand l’évidence devient étrangère
À mon retour, j’ai réalisé que j’avais perdu la « grammaire » du quotidien à la française. Après neuf ans, j’étais devenu, par osmose, un peu espagnol.
Le premier choc a été culturel et climatique. À Barcelone, la vie se joue dehors. Les places, les terrasses, le débat improvisé au coin d’une ruelle… tout est naturel. En France, tenter de recréer cette spontanéité, c'est parfois s'exposer à des regards interrogateurs, voire à l'intervention des autorités. Et puis, il y a la pluie. En Bretagne, la vie continue malgré les gouttes. Au début, je regardais les passants s'obstiner à vivre sous l'averse avec une incompréhension totale. Il m'a fallu du temps pour que cette résilience bretonne redevienne naturelle.
Le choc a aussi été physique. La distance interpersonnelle en France m'a déstabilisé. En Espagne, le contact est chaleureux, tactile. De retour en Bretagne, j'ai voulu appliquer ces codes avec mes amis, avant de réaliser, face à leur gêne, que j'avais oublié les frontières invisibles de la distance sociale française.
Et puis, il y a eu la langue. Ma mise à jour a été brutale. J'utilisais des expressions désuètes, figées par mes neuf ans d'absence. L'anecdote qui m'a le plus marqué est ce moment passé en cuisine avec ma mère. Voulant égoutter mes pâtes, je lui ai demandé où était « l’égouttoir ». Elle m’a regardé, amusée : « On dit une passoire, Edmond. ». J'étais resté bloqué sur la racine du mot « goutte », oubliant le terme courant.
Il y avait aussi un phénomène plus étrange encore. Comme j'avais acheté mon ordinateur en Espagne, mon système d'exploitation était entièrement en espagnol. Au début, c'était devenu un véritable déclencheur physique : dès qu'une notification Windows surgissait sur l'écran, mon cerveau basculait automatiquement en mode « Espagnol ». Je me surprenais à répondre à haute voix ou à m'adresser à mon entourage dans la langue de Cervantès, alors même que j'étais censé parler français. C'était comme si, à chaque alerte, ma machine dictait ma langue de pensée.
Ce décalage, parfois gênant, m'a rappelé que la langue vivante est un organisme qui évolue sans nous, si nous ne l'arrosons pas quotidiennement.
Français « augmenté » : mon identité de l’entre-deux
En tant que professeur de FLE, ce parcours prend une dimension particulière. Mon métier est devenu mon bouclier et ma loupe. Voir la France avec ce regard extérieur, forgé par mes années japonaises et espagnoles, m'a permis de développer une distance nécessaire. J'ai compris que ce sentiment d'être « étranger » dans son propre pays n'est pas une fatalité, mais un processus de transformation.
Je ne suis plus le Français que j'étais avant Barcelone. Je suis devenu un « Français augmenté ».
J'ai en moi le Japon, l'Espagne et la France. Ces influences ne se contredisent pas ; elles se superposent et se complètent. C’est cette richesse que je transmets aujourd’hui à mes élèves.
Aux expatriés qui envisagent de rentrer chez eux, je dirais ceci : ne soyez pas surpris de vous sentir en terrain inconnu au début. C’est normal. Ne craignez pas non plus d'avoir perdu une partie de votre essence d'origine. Au contraire, acceptez ce choc comme le signe que vous avez grandi, que vous avez été nourris par d'autres cultures. Vous n'êtes pas "moins" Japonais ou Français qu'avant ; vous êtes devenus des êtres uniques, capables de lire le monde avec plusieurs clés.
